Le vieux fou déplace les montagnes

Publié le par Ysia

Le vieux fou déplace les montagnes

Les efforts extraordinaires de ces gens ordinaires et autres rêves insensés comme celui  de l’homme qui peignait la montagne en blanc pour abaisser la température ou celui qui créait des glaciers artificiels, ou encore ces miroirs spatiaux pour renvoyer la lumière du soleil  dans l’espace, ces filets servant à piéger les goutelettes de brouillard ou cette invention qui retransforme en pétrole les déchets plastiques – tout cela me rappelle deux adages chinois, le premier 铁杵磨针 (comment une vieille femme s’éreintait à frotter une barre de fer pour en faire une aiguille...) et le second 移山愚山 :

太行、王屋二山,方七百里,高万仞。本在冀州之南,河阳之北。北山愚公者,年且九十,面山而居。

Deux montagnes Taihang et Wangwu occupaient une superficie de 700 li  (350 km) et s’élevaient sur une hauteur de plusieurs milliers de mètres du sud de la préfecture Ji  au nord de Heyang. Un vieux fou âgé de 90 ans avait établi sa résidence en face des deux montagnes.

惩山北之塞,出入之迂也,聚室而谋曰:“吾与汝毕力平险, 指通豫南,达于汉阴,可乎?”

Mécontent que leur versant nord bloque le passage et freine ses allées et venues, il réunit sa maisonnée et fait part de son projet : « Ensemble pourquoi ne pas joindre nos forces pour frayer un passage direct vers le sud du Henan jusqu’à Hanyin? »

杂然相许。其妻献疑曰:“以君之力,曾不能损魁父之丘,如太行王屋何?且焉置土石?”

Tous approuvent à l’exception de son épouse qui s’exclame dubitative : « Tu n’es même pas capable de bouger la moindre petite butte, encore moins les deux montagnes Taihang et Wangwu. Et où jetteras-tu les débris accumulés ? »

杂曰:“投诸渤海之尾,隐土之北。” 遂 率子孙荷担者三夫,扣石垦壤,箕畚运于渤海之尾。

Tous s’accordent à lui répondre : «  Dans la mer Bohai, au nord du lieudit Yintu » Emmenant enfants et petits-enfants chargés de  leurs outils, le vieux fou se met à piocher la roche et défricher la terre, ramassant et transportant les débris jusque dans la mer Bohai.

邻人京城氏之孀妻,有遗男,始龀,跳往助之。寒暑易节,始一反焉。河曲智叟笑而止之,曰:“甚矣,汝之不 惠。以残年馀力,曾不能毁山之一毛,其如土石何?”

La veuve du voisin dénommé Jingcheng avait donné naissance à un fils. A peine a-t-il perdu ses dents de lait qu’il accourt pour les aider. Ce n'est qu'un an plus tard qu'ils rentrent chez eux. A la courbe de la rivière,  un vieux sage les arrête en chemin et dit en riant : «  Vieux fou, comment peux-tu être aussi stupide ! Avec le peu de force qu’il te reste les dernières années de ta vie, tu ne pourras même pas dépouiller la montagne de sa végétation,  encore moins de tout cet amas de rochers !

北山愚公长息曰:“汝心之固,固不可彻,曾不若孀妻弱子。虽我之死,有子存焉;子又生孙,孙又生子;子 又有子,子又有孙。子子孙孙,无穷匮也。而山不加增,何苦而不平?”河曲智叟亡以应。

Le vieux fou de la montagne du nord dit en soupirant : « Mais c'est toi qui est si borné que tu ne comprends pas ce que le jeune enfant de la veuve a compris. Même si je meurs, mes enfants me survivront et mes petits-enfants leur succéderont ainsi que mes arrière-petits-enfants et les générations qui suivront. Mais les montagnes, quant à elles, ne s’élèveront pas plus haut. Comment notre peine ne pourrait-elle en venir à bout ? » Le vieux sage à la courbe de la rivière ne dit mot et passe son chemin.
操蛇之神闻之,惧其不已也,告之于帝。帝感其诚,命夸娥氏二子负二山,一厝朔东,一厝朔南。自此,冀之南,汉之阴,无陇断焉。

L’Esprit au serpent, ayant entendu parler de son projet et craignant que le vieux fou ne persiste, le rapporte au Souverain céleste qui, ému par la foi sincère du vieux fou, ordonne aux deux fils du Titan Kua’e de déplacer les deux montagnes, l’une au nord-est et l’autre au sud de la préfecture Yong. Dès lors, du sud de la préfecture Ji jusqu’à la rive sud de la rivière Han, le paysage est plat.


  (《列子·汤问篇》)

 

Liezi, Questions de Yin Tang

Publié dans Les deux infinis

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Yi Jing ou Apophénie?

Publié le par Ysia

Dans le Dialogue entre mon âme et le Ciel, je faisais référence à ce que je conçois être les quatre dimensions:

  1. ce qui est,
  2. ce qui n’est pas,
  3. ce qui sera et
  4. ce devenir qui se modifie à chaque instant. 

Voilà bien ce que l'on appelle les correspondances universelles, le principe de synchronicité défini par C.J. Jung notamment dans son interprétation de la philosophie du Yi Jing 易经, le Livre des Mutations, à savoir comment une situation en amène à une autre, comment les événements sont inextricablement imbriqués dans l'enchevêtrement de l'histoire universelle ou individuelle. De un à deux, de deux à trois, ainsi de suite....

 

Stay on your own course, steadying your boat on the big river of your life. Never deviate from your own conscience, feelings, ethics.
   A young man decided to leave the world of society. He started to fish for eel as a living. Every day he fished for bait and prepared his lines, 1100 hooks. The first day he caught many eels, but after that - never again anything. He kept going on and on for 2 years, every day putting out his lines.
   Now he is an artist, famous for his etchings of fishing boats and the harbor. More than 20 years later he learned the cause of catching no eel: he did not pickle the lines, so the eel smelled death and stayed away.
   His dedication did not change, and it brought him what belongs to him, even if it did not make any sense rationally. (hexagram 32)

 

S'agissant de l'âme vivante du Livre des mutations, j'admire l'opinion peu orthodoxe et certainement non partagée parmi les intellectuels et scientifiques, du savant septuagénaire C.J. Jung  qui en 1949 s'aventurait à dire : Pourquoi ne pas s'essayer à un dialogue avec cet ancien classique, objet prétendu animé ? . C'est la part de l'inconscient qui fascine dans le processus du Yi Jing, comment l'inconscient collectif ou individuel, de l'observant ou de l'observé, entre en jeu pour témoigner de la puissance d'une force spirituelle abstruse dont la science métempirique agit en tant que dialogue entre le mondain et le sacré. Intervient ici notre propre attitude face à une situation donnée qui crée les prémices des développements futurs, la graine de l'avenir, delà la nécessité maintes fois répétée de conserver sérénité et magnanimité face à la vie. Courage et lâcher prise de nos peurs intrinsèques en sont le préalable.

 

 

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Émotion et Compassion

Publié le par Ysia

Les émotions sont des pensées.

Elles n’ont de l’importance qu’à travers le prisme de nos jugements individuels.

Les conflits émotionnels sont des pensées entrées en rivalité.

Compassion envers soi et les autres...

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L'esprit et le cerveau

Publié le par Ysia

 

L'esprit, identité spirituelle du cerveau, s’émerveille devant son propre fonctionnement et cherche à comprendre comment il procède organiquement. La boîte crânienne non seulement abrite et protège le cerveau mais participe également des fonctions de la respiration, de la vocalisation, de la vision et des organes sensoriels. Sans qu’il soit certain de savoir comment et pourquoi l’évolution a pris place au cours de millions d’années, il demeure qu’une place plus grande a été faite à l’organe du cerveau élargissant par là même le spectre des fréquences sonores et permettant par la perte du groin animal l’adaptation au langage chez l’Homo (Daniel E Lieberman, The Evolution of the Human Head, Harvard University Press, 2011, p.8). Toute évolution des points de vue allométriques et hétérochroniques implique des modifications du squelette crânien et facial (ibid., p.19) Il s’agit de considérer dans une perspective temporelle, spatiale et tridimensionnelle le repositionnement des diverses unités crâniennes et faciales au sein de la tête.

 

Dans quelle mesure notre expérience quotidienne est-elle influencée par les mécanismes psychiques inconscients ? Comment les impulsions inconscientes surgissent-elles dans la sphère de la conscience ? On peut parler de différents degrés de conscience. Il y a l’observant face à l’observé. S’en suit la réaction émotionnelle intérieure de l’observant et le message subjectif que l’objet de son observation suscite, reflet de sa sensibilité et de son activité cognitive,  qui le conduit à travers un dialogue intérieur à définir par l’image et/ou à dénommer par le langage.

 

La cognition, ou processus d’acquisition de la connaissance, dépend du cortex cérébral, c'est-à-dire la région du cerveau qui participe de la conscience, du langage et des fonctions cognitives supérieures et qui englobe le cortex visuel et olfactif.  Il faut noter que la région du cerveau qui traite du phénomène acoustique de l’écho, dont le rôle a été souligné dans la création des peintures rupestres néolithiques (Anthropologie psychoanalytique), est en fait le cortex visuel et non pas la région afférente de l’ouïe. La taille du cortex visuel, à savoir la place assignée dans le cerveau pour le traitement visuel des données recueillies, varie selon les individus, du simple au triple. S’agissant des symboles, c’est le cortex préfontal qui, dans le cerveau du mammifère, établit la relation entre les symboles et les concepts abstraits, notamment la quantification numérique.  La génétique, avec la découverte du gène HAR1F qui aide au développement du cortex cérébral, a permis à identifier une des régions du génome humain qui montre une évolution accélérée (Scientific American).

 
 Qu’est-ce qui a précédé: les changements opérés dans le cerveau ou les modifications corporelles dont l’Homo fut le sujet ? L'expansion du cortex préfontal suggère une sélection naturelle pour les fonctions particulières de la mémoire et de l'organisation (The Evolution of the Human Head, p.191). Avec la découverte du feu il y a 700 000 ans environ, l'introduction de la préparation mécanique des aliments et, subséquemment, de la cuisson dans la gastronomie de la préhistoire a contribué au rétrécissement de la machoîre et de la bouche au bénéfice du cerveau (ibid., p.276). L'importante capacité crânienne prédispose l'Homo à percevoir les sons graves (ibid., p.389-398), ainsi en est-il du rôle de l'écho dans les cavernes aux peintures rupestres. Faut-il en déduire que les basses fréquences résonnent au plus profond de notre être telle la vibration de la syllabe sacrée qui produit une résonance corporelle ?

 

Encore faut-il aujourd'hui comprendre la tendance inverse de la réduction dimensionnelle du cerveau qui s'est amorcée il y a douze mille ans! L’Homo sapiens abandonné à lui-même est l’objet de variations liées à son environnement géographique et au climat, son ossature perdant de fait la robustesse de ses plus proches ancêtres, Neandertal et Homo erectus. La face s’est rétractée et la sphère neuro-crânienne s’est arrondie. Ce sont ces différences physiques qui révèlent l’émergence de fonctions cognitives, motrices, nutritives, respiratoires et linguistiques.  L’apport d’acides gras dans l’alimentation a rendu possible le développement à travers les âges du cerveau.  Le cortex préfrontal a pris du volume en même temps que les lobes temporal et pariétal. Le lobe temporal participe à la collecte des données sensorielles et à la mémoire des mots, des images, des sons et des odeurs, jouant un rôle essentiel dans la fonction du langage et les tâches liées à  la perception sensorielle et à son traitement par le cerveau. C’est le cortex préfrontal qui intervient dans un certain nombre de fonctions cognitives abstraites, à savoir le langage, le raisonnement, la planification et l’interprétation des échanges au niveau social.

 

Le débat fondamental entre nature et environnement se pose une fois de plus pour le cerveau, matrice des fonctions cognitives. Est-ce la complexité des tâches qui fait écho à celle des circuits neurologiques ? Jusqu’où ira l’évolution complexe et inexorable du genre humain ? Quoi qu’il en soit, les différences morphologiques sont aujourd’hui plus importantes entre les individus d’un même groupe qu’entre différentes populations de la planète (Daniel E. Lieberman, The Evolution of the Human Head, p.580-584).

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Âme

Publié le par Ysia

Selon Anaximène (milieu du VIe siècle avant notre ère), le principe de toute chose est l’air, un élément incommensurable qui précède toute chose et qui engendre tous les êtres. L’air, invisible et omniprésent, est la première émanation à la fois matérielle et psychique. L’âme est le souffle. A l’intérieur de nous, c’est l’âme. A l’extérieur, c’est l’air cosmique ou pneuma. L’air est notre âme et le souffle du monde. Tandis que pour Diogène d'Apollonie (Ve siècle), le cerveau est le siège de l’âme, l’instrument qui utilise l’air pour penser. L’air nourrit l’âme, pénétrant d’abord le cerveau avant de circuler dans le reste du corps. Le corps entier, mais surtout le cerveau, vibre sous le souffle de l’air circulant.

Il n’y a rien de plus admirable qu’une âme... Et William Wordsworth de préciser A sensitive being, a creative soul…(Le Prelude XII, 206-207) que la Nature aurait inspirée. La Nature est un tout, le monde dans son ensemble et dans sa complexité.  Cicéron l’affirmait, le temps efface les croyances devenues obsolètes parce que avérées non fondées et confirme les jugements de la Nature, transformés en vérités de la science. La vie est le résultat d’une longue chaîne d’accidents et de processus de sélection (Thimothy Ferris, The science of Liberty, 2010, HarperCollins Publishers).  A quoi bon demander pourquoi alors qu’il est raisonable de se contenter du comment ? Le temps viendra répondre au doute philosophique tandis que l'âme sensible vagabonde dans ses rêveries créatives. Par âme, j’entends « énergie ». Il y a une part d’éternité dans l’homme, une essence éthérée. Quelque chose d’impérissable, nommé le collectif. Même si l’individu trépasse et redevient poussière, l’espèce humaine perdure. La vie poursuit sur sa lancée linéaire, projetant ou rompant des faisceaux de lumière en créant des mondes multiples et parallèles. L’intuition triomphe sur l' angoisse dans laquelle l’incertitude érigée en principe plonge. Dans les trous noirs de ma pensée, l’interprétation causale au gré des variables cachées explique t-elle l'univers ? L’infiniment petit me déroute tandis que la théorie des mondes multiples fait écho à la parabole de Zhuangzi et du papillon et rappelle le concept de synchronicité.

 

 

 

Male Figure

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Rapa Nui

Publié le par Ysia

There is a higher purpose behind your abilities, behind all gifts from Heaven. And there is a desire to respond to that higher purpose. Talents derive their value from the target they are used for. If you use every talent you have as best you can, then you will attract the blessings from Heaven. Don’t expect Heaven to carry you though, its gifts come with the condition to use them and also use them free from egoism. The talents for living and loving are the really big ones. But small ones can also achieve a lot. (hexagramme 14)


Si les îles éparses du vaste Océan du Pacifique furent colonisées par des marins partis depuis les côtes orientales et les îles d’Asie après la traversée de milliers de kilomètres en mer et si l’Amérique du Sud précolombienne fut peuplée par une population franchissant un pont terrestre à présent disparu depuis le nord, ces deux populations se sont-elles à un moment donné croisées au Nouveau-Monde ? C’est fort probable, d’après une nouvelle étude qui donne la preuve que des habitants originaires de l’Île de Pâques ont atteint l’Amérique du Sud et se sont mêlés aux Amérindiens déjà présents.

L’immunologiste de l’Université d’Oslo Erik Thorsby qui commença ses recherches en 1971 sur la population de l’Île de Pâques estime, d’après les résultats d’une étude récente, que des Amérindiens auraient accompagné des Polynésiens depuis la côte d’Amérique du Sud sur l’Île de Pâques avant l’arrivée des Européens.

L’île nommée Rapa Nui est un lieu rocheux et éloigné par 3 700 kilomètres à l’ouest de l’Amérique du Sud.  Si sa population fut effectivement déportée au Pérou vers 1860 et réduite à l’esclavage, la présence d'antigènes des leucocytes humains (en abrégé, HLA, de l'anglais human leucocyte antigen) dans les échantillons sanguins prélevés  —un groupe de gènes qui encodent des protéines essentielles du système immunitaire humain—montre qu’un certain nombre d’individus possèdent un allèle qui n’apparaît que chez les Amérindiens. Cet allèle se retrouve dans deux haplotypes (groupe d'allèles hérités d’un parent) de personnes sans parenté. Il résulte de l'étude que ces allèles sont plus anciens que l’époque de la dite déportation et ont été introduits des siècles auparavant, suggèrant que des Polynésiens visitant l’Amérique du Sud vers le 15ème ou 16ème siècle auraient été accompagnés à leur retour par des Amérindiens. D’autres études d’ADN sont nécessaires pour confirmer ces résultats.

Des plantes, telles que la patate douce et des similarités linguistiques et artistiques avaient déjà suggéré une interaction culturelle entre la Polynésie et l’Amérique du Sud. D’après l'archéologue Helene Martinsson-Wallin, c’est vers 1100 et 1300 que la culture de la patate douce connut la plus importante expansion, c’est-à-dire au même moment que la construction des statues moai connaissait une explosion. Easter-Island-Mind_1.jpg

Mais comment le peuple de Rapa Nui a-t-il eu l’idée de construire ces immenses statues et comment les a-t-il transportées, puisque la plus grande pèse 85 tonnes? Mais surtout qui était ce peuple? Etaient-ils des Polynésiens qui pagayèrent depuis l’Asie en passant par les Îles Marquises ou étaient-ils sud-américains d’avant les Incas voguant à travers l’océan sur des radeaux de balsa ? Anakena est la plage sur laquelle, selon la légende,  Hotu Matua, le père fondateur de la civilisation originelle de l’Île de Pâques, accosta avec son clan vers 800. L’anthropologiste norvégian Thor Heyerdahl confirma avec le succès de son expédition Kon Tiki l’hypothèse de la venue d’ancêtres péruviens avant les Incas, expliquant par là même l’histoire du peuplement par deux groupes d’individus, ceux à peau foncée et ceux à peau claire et mettant en lumière les similarités entre l’art rupestre  du Pérou et de l’Île de Pâques  telles que le Dieu du soleil grondant et les figures mi-homme mi-oiseau, créatures mythologiques qui ne se retrouvent sur aucune autre île polynésienne mais qui sont représentées dans l’art religieux d’avant les Incas de la côte équatoriale au haut plateau bolivien Tiahuanaco. Mana est le terme désignant le pouvoir spirituel que possèdent les statues moai.  Aucune sculpture ne leur ressemble en Polynésie mais des statues similaires se retrouvent en Amérique du Sud, cela n’est-il qu’une coïncidence ?

C'est dans le cadre de cette question qu'il semble opportun de mentionner le débat sur l’origine et l’introduction de la volaille en Amérique. En dépit des affirmations selon lesquelles elle serait native de la région, aucune preuve archéologique, paléontologique,  paléo-américaine  ou préhistorique n’a jusqu’ici été retrouvée et rapportée.  Bien qu’une introduction portugaise ou espagnole sur la côte est de l’Amérique du Sud vers 1 500 ait été suggérée, lorsque Pizarro atteignit le Pérou en 1532, il observa qu'elle était une partie intégrante de l’économie et de la culture des Incas, suggérant ainsi une histoire plus ancienne de la volaille dans la région. En conséquence, plusieurs théories proposent son introduction sur la côte ouest de l’Amérique du Sud avant l’arrivée des Européens, incluant la possibilité d’une interaction tant avec des Asiatiques que des Polynésiens. Cette présente étude fournit le premier témoignage clair de l’introduction de la volaille avant les Européens en Amérique du Sud et montre grâce à des preuves d’ADN que l’origine probable est la Polynésie, ce qui  jette une lumière nouvelle sur le débat concernant l'aptitude des Polynésiens à naviguer et sur la question des échanges et interactions entre les populations préhistoriques ou protohistoriques.

L’origine indo-pacifique des Polynésiens en Asie du Sud-Est précède l’expansion austronésienne et en particulier de la culture Lapita qui émergea pour la première fois dans le Pacifique 3 300 ans avant le présent (BP).  Les colons Lapita se déplacèrent rapidement à travers la Mélanésie orientale vers les îles Samoa et Tonga avant 2 900 BP. Dès 1 500- 1 000 BP commença le peuplement de la Polynésie orientale, probablement depuis Samoa, avec la colonisation d’Hawaï avant 1 000 BP, de l’Île de Pâques avant 800 BP et de la Nouvelle-Zélande avant 700 BP.  Ce sont les Polynésiens qui ont introduit le chien, le cochon, le rat et la volaille dans les îles nombreuses qu’ils ont colonisées. Des restes de volaille apparurent pour la première fois sur les sites archéologiques Lapita à Vanuatu et Tonga datant de 3 000 à 2 800 BP, à Niue à partir de 2 000 BP et dans des couches d’occupation anciennes de la quasi-totalité de la Polynésie orientale. Sphinx-de-Napa-Rui-copie-1.JPG

Il s’avère que des contacts anciens eurent lieu entre l’Amérique et la Polynésie, comme le prouve la présence de la patate douce sud-américaine sur les sites archéologiques pré-européens en Polynésie, notamment à Mangaia dans les îles Cook, datant de l’an 1000 de notre ère. D’autres preuves linguistiques et archéologiques le suggèrent également, notamment le fait que des embarcations de type polynésien, à savoir les canots en planches cousues, et des formes de hameçon aient été découverts dans le Sud de la Californie. Ces mêmes canots ont été documentés par des ethnographes au Chili. Une influence polynésienne a également été suggérée sur la base d’artéfacts et de preuves linguistiques dans la région de la communauté mapuche dans la zone centre-sud du Chili. Des simulations informatiques montrent cependant que la navigation dans l’hémisphère sud en direction de l’est aurait été plus facile à manœuvrer qu’une route maritime septentrionale vers les Amériques, les conduisant ainsi à toucher terre dans les régions centrale et méridionale du Chili et introduisant par là même la volaille polynésienne en Amérique du Sud.

Cette présente étude confirme par des recherches génétiques que la volaille dont les squelettes ont été retrouvés sur le site archéologique pré-colombien El Arenal-1 dans le sud de la péninsule d’Araucana au Chili descend d’une souche polynésienne. Les modèles informatiques recréant la dispersion des animaux commensaux sont à présent largement employés pour mieux comprendre la migration et les interactions des populations préhistoriques ou protohistoriques dans le Pacifique. Grâce à l’examen de la faune et de la flore transportées intentionnellement dans le Pacifique, les archéologues peuvent mieux évaluer la direction et l'expansion des peuples Lapita et polynésien. On peut par ailleurs déduire que certains animaux domestiques furent introduits dans le Pacifique plus d’une fois, comme ce fut le cas pour le rat,  le chien mais aussi vraisemblablement la volaille.

 

traduit et résumé par Ysia, Radiocarbon and DNA evidence for a pre-Columbian introduction of Polynesian chickens to Chile PNAS 2007 104 (25) 10335-10339; published ahead of print June 7, 2007, doi:10.1073/pnas.0703993104

Publié dans Génétique

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Ypykuéra

Publié le par Ysia

Un groupe d’êtres humains mystérieux a traversé l’isthme de Béring, de la Sibérie à l’Amérique il y a mille ans. C’est du moins ce qu’ont révélé des analyses génétiques. Le code génétique de ce peuple fantôme a survécu parmi les indigènes vivant au fin fond de l’Amazonie brésilienne, mais les deux équipes de recherche qui en ont fait la découverte ont différents points de vue quant à la date et à la façon dont ces migrants sont arrivés en Amérique.

Des études génétiques précédentes effectuées sur des Amérindiens modernes et anciens suggèrent que le périple s’est déroulé il y a au moins 15 000 ans par un groupe unique, baptisé les « Premiers Américains », qui a traversé l’isthme de Béring de l’Asie à l’Amérique du Nord. Pourtant, des membres de deux groupes amazoniens, les Surui et les Karitiana, sont plus proches des habitants de la Papouasie-Nouvelle-Guinée et des aborigènes australiens que les autres Amérindiens le sont de ces groupes d’Asie australe.

Cela peut s’expliquer par le fait que des ancêtres lointains de ces hommes originaires d’Asie australe ont également traversé l’isthme de Béring pour être par la suite supplantés par les « Premiers Américains » dans quasiment toute l’Amérique du Nord et du Sud. D’autres preuves génétiques suggèrent que les populations modernes d’Asie australe sont les descendants de peuples aujourd’hui disparus mais autrefois largement répartis en Asie, appelés « population Y » pour Ypykuéra (ancêtre) dans la langue des Surui et des Karitiana. La population Y serait parvenue en Amérique avant ou quasiment au même moment que les « Premiers Américains », il y a plus de 15 000 ans.

Faut-il alors conclure que des descendants d’Asie australe ont migré depuis le Nord jusqu’en Amazonie ? Ou ces nouvelles données génétiques résultent-elles de l’accouplement entre populations notamment venant des îles aléoutiennes au large de l’Alaska où ce même code génétique d’Asie australe a été récemment confirmé ?

Publié dans Génétique

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Artéfacts

Publié le par Ysia

Des chercheurs travaillant dans le désert de Badlands, dans le nord-ouest du Kenya, ont découvert des outils de pierre datant de 3,3 millions d’années bien avant l’avènement de l’homme moderne, et de loin les artéfacts les plus anciens jamais découverts. Ces outils, dont les créateurs sont peut-être des ancêtres de l’être humain, repoussent la date jusqu’ici connue pour de tels objets de 700 000 ans. Ils remettent, par ailleurs, en cause la notion selon laquelle nos propres ancêtres les plus directs auraient été les premiers à cogner deux pierres l’une contre l’autre pour produire une nouvelle technologie. Cette découverte prouve pour la première fois qu’un groupe de proto-humains encore plus ancien semble avoir été doté des facultés cognitives nécessaires leur permettant de créer des outils tranchants. Les outils de pierre marquent une nouvelle aube pour l’archéologie. Ils font la lumière sur une période inattendue et jusqu’ici méconnue du comportement hominien et peuvent nous apprendre beaucoup sur le développement cognitif de nos ancêtres que nous n'aurions pucomprendre simplement par l’étude des fossiles. Les Hominidés sont un groupe d’espèces qui inclut l’homme moderne, l’homo sapiens, et notre ancêtre, dans le processus d’évolution, le plus proche. Les anthropologistes ont longtemps pensé que nos parents dans le genre Homo – la lignée directe des Homo Sapiens – étaient les premiers à avoir créé ces outils de pierre. Mais les chercheurs ont découvert des indices convaincants qui montrent que des cousins lointains en quelque sorte, une espèce plus ancienne d’hominidés, en avaient la faculté. Les chercheurs ne savent pas qui sont ceux qui ont fabriqué ces outils les plus anciens. Mais des découvertes récentes suggèrent une réponse possible. Le crâne d’un hominien de 3, 3 millions d’années, Kenyanthropus platytops, a été découvert en 1999, environ un kilomètre du site archéologique où les outils ont été trouvés. L’arbre généalogique de l’homme moderne est sujet à débat et personne jusque là ne sait comment ce Kenyanthropus platyops est lié aux autres espèces hominiennes. Kenyanthropus précède l’espèce Homo la plus ancienne d’un demi-million d’années. Cette espèce a pu créer ces outils ou son créateur a pu faire partie de l’une des autres espèces, notamment l’Australopithecus afarensis, ou un autre type Homo qui reste encore à découvrir…D’anciens artéfacts de pierre avaient pour la première fois été découverts dans la gorge d’Olduvai en Tanzanie et furent associés par la suite aux fossiles découverts dans les années soixante de l’Homo habilis qui datent entre 2.1 million et 1.5 million d’années… La découverte d’un morceau d'une mâchoire inférieure dans la région d’Afar en Éthiopie le 4 mars avait déjà repoussé la datation du genre Homo à 2.8 million d’années. …Cette découverte a des répercussions sur notre compréhension de l’évolution du cerveau humain. La fabrication d’outils requiert en effet un niveau de commande des mains qui suggère des modifications du cerveau et de la colonne vertébrale nécessaires pour qu’une telle activité ait eu lieu il y a 3,3 millions d’années.

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Classique des monts et des mers 山海經

Publié le par Ysia

Le Classique des monts et des mers, compilation mythique de fables illustrées,  regorge de personnages et divinités aux caractéristiques animales. Il décrit la géographie, la végétation et la faune de lieux peuplés d’êtres fantastiques aux quatre coins de cet univers enchanté. Monstres humains, fruit de notre imaginaire collectif, à l’image de la mythologie grecque, si ce n’est que celle-ci vient de l’Orient.

 

Oiseaux multicolores et magnifiques. Pie. Serpent noir. Singes. Bête à la forme de chien, aux taches de léopard et aux cornes de bœuf. Rat aux oreilles blanches et au bec noir. Porc jaune à la tête et la queue blanches. Chèvre à la queue de cheval. Renard à neuf queues.  Tigre ailé. Porc à deux têtes, noir. Renard aux cornes. Hérisson de couleur feu. Bœuf blanc aux quatre cornes. Chien à six pieds. Chien blanc à tête noire qui prend son envol dès qu’il aperçoit un humain. Léopard à longue queue et à visage humain et oreilles de bœuf. Faisan à plumage blanc et pattes jaunes. Vache rouge à tête humaine et pattes de cheval. Chèvre au corps d’homme. Antilope à quatre cornes et pattes de cheval. Lapin ailé à tête de souris. Hibou à tête humaine et à une seule patte. Coq à visage humain. Singe à tête blanche et pattes noires.

 

Esprit au corps de bête. Esprit au visage humain et au corps de dragon. Esprit-tigre à neuf queues, à tête d’homme et griffes de tigre. Esprit au visage humain ou bestial. Esprit à la tête d’oiseau et au corps de dragon.  Esprit à corps de tigre, huit têtes et dix queues. Esprit à corps d’oiseau. Esprit à oreilles de chien. Esprit du tonnerre au corps de dragon. Esprit au visage d'homme et au corps de cheval. Homme dragon. Etre à deux visages. Etre à trois corps...

 

Les poissons sont eux aussi à l’image de cette faune multicolore et bigarrée, mélange de diverses caractéristiques animales et humaines, multipliant les têtes et diversifiant leurs attributs dans ce bestiaire magique où le règne animal ne s’accommode de la présence des hommes que pour mieux imposer son empreinte. Poisson-poulet aux plumes noires à trois queues, six pattes et quatre têtes. Poisson-blaireau. Homme-poisson à quatre jambes. Poisson à tête de chien.

 

 Il convient de constater que l‘art ancien reprend effectivement les mythes des classiques par lesquels la faune superbe et magique reprend vie. Aux quatre points cardinaux, on tente de localiser géographiquement ces multiples lieux et de rapporter un récit féérique sur ces divinités, souvenir des empereurs Yao et Shun,  de la Reine mère de l’Ouest à la  queue de léopard et aux crocs de tigre, parée de ses plus beaux atours, et des souverains célestes de la tradition taoïste. Est-ce cette littérature qui influença l’art ancien ou l’art ancien qui influença la littérature à moins qu’ils ne soient tous deux les produits d’une fantasmagorie, legs d’une origine lointaine bien réelle ? Un zoologiste serait le mieux à même de traduire cette collection de fables mythiques. Puisque les illustrations de l'oeuvre originale n’ont pu être préservées, c’est vers ces bronzes et ces jades millénaires qu’il faut se tourner pour apprécier la réalité de ce monde devenu invisible car disparu.

 

Dans les fragments qu’il nous laisse de sa relation sur l’Inde, l’Ambassadeur Mégasthène rapporte également trois cents ans avant notre ère l’existence de scorpions et de serpents ailés, de chevaux à tête de cerf surmontée d’une corne, d’hommes sans bouche, ainsi que des okypodes, des énotocœtes, des monommates, des amyctères et des hyperboréens (Géographie de Strabon, Amédée Tardieu, Librairie Hachette, 1880)

Le dragon, « assemblage mécanique de quelques animaux », élément fédérateur entre les tribus. S’agit-il d’un syngnathinae ? Serpents à oreilles ou serpents à cornes ? Non, il ne s’agit pas d’une « émergence simultanée, en plusieurs points du monde » :

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Des cellules aux civilisations

Publié le par Ysia

L’évolution au travers du succès reproducteur différentiel, la capacité relative d’un organisme à propager les variations génétiques dont il est porteur, ainsi que le développement par la prolifération et la spécification des cellules,  l’apprentissage grâce aux mutations affectant les connexions neuronales et les changements culturels par le biais des échanges humains ont formé notre monde, notre corps et notre esprit. De nouvelles questions me viennent à l’esprit. Quel changement aura sur l’homme le réseau informatique, la communication électronique ? Leur impact sera plus ou moins ressenti selon que l’on a ou pas accès à l’éducation, que l’on bénéficie ou pas des apports scientifiques. William Julius Wilson, Professeur à l’Université de Harvard, parle aujourd’hui de ségrégation par le revenu et affirme qu’il faut des générations pour combler l’écart socioculturel et rattraper le retard accumulé par certaines tranches de la société, voire de l’humanité.

Publié dans Génétique

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