Anthropologie psychoanalytique

Publié le par Ysia

Dressée sur son perchoir surplombant l'éternité dans son infinie solitude, à quoi songe la buse? Et les derniers dragons d'Afrique, ptérosaures survolant la terre il y a des milliers d'années sont-ils le réceptacle d'une sagesse millénaire transmise aux éperviers et faucons impassibles? Et les arbres sur les branches desquels se posent les buses sont-ils des humains pétrifiés, condamnés au silence ? Quels sons hantent l'océan vingt mille lieues sous les mers ? L'absence de sons. Où en sont allés les chants de la baleine à bosse ? Un dialogue muet aux cordes sensibles invisibles s'instaure entre l'âme de l'homme et celle de la baleine. Les baleines grises lorsqu'elles s'approchent cherchent à communiquer. Mais que cherchent-elles à dire ?

Ysia

Il me semble nécessaire de revisiter le thème de l'art pariétal et de noter les trois articles suivants : L'un sur les représentations des mains et la possibilité que le Néanderthalien lui aussi appliquait ses mains sur les parois (The chronology of hand stencils in European Palaeolithic rock art: implications of new U-series results from El Castillo Cave by Paul Pettitt, Marcos García Diez (academia.edu)), le deuxième comparant les découvertes archéologiques et l'analyse des sujets animaliers représentés (Animal engravings in the central Sahara: A proxy of a proxy by Maria Guagnin), le troisième sur la durabilité des traditions de l'art pariétal soit par surimposition ou restauration (The Rock Carvings of the Messak: Monuments in a Changing Landscape by Maria Guagnin).

Le 14 mars 2011, j'écrivais :

On veut attacher à la pensée primitive une dimension métaphysique. Sur la base des technologies modernes et de l'interprétation statistique des données numériques, on attribue à ces œuvres d'une époque reculée le rang honorifique de traité de la nature, apogée culturelle. Aujoud'hui, les mathématiques règnent rigoureusement sur notre entendement sans plus accréditer ni l'intuition ni les processus sensoriels. De la représentation majoritaire des animaux dans l'art pariétal et leur classification, on a conclu à la suprématie du bovin (bison essentiellement notamment en France et en Espagne) et du cheval dans la psyché des peuples anciens. L'intellect de l'homme moderne n'admet aujourd'hui que la raison. L'anthropologie psychoanalytique tente de puiser dans la psychologie moderne les réponses aux questions et énigmes des peuples anciens, comme si l'humanité toute entière était pareille à un enfant qui apprit à entendre et reconnaître les sons, à  faire vibrer ses cordes vocales pour les faire chanter ou communiquer dans ses échanges avec soi et les autres, à maîtriser ses capacités motrices et à parfaire éventuellement  la relation quintessentielle entre la main et le cerveau. Et que l'on reparle de l' évolution psychique et de l'origine des facult és humaines...

Dans la grotte de Gargas, les représentations des mains et des doigts ont été scrupuleusement dénombrées dans le but de décrypter leur mystère, mais c'est l'explication spontanée que donnent deux aborigènes de la main dans la niche, qui retient mon attention:

They brought  in an African San tribesman from Kalahari and also an Australian aborigine to look at the hand. Both men, from societies that live oceans apart, gave the same explanation: This hand, as they interpreted it according to their own traditions, was a representation of people reaching for the world beyond. The deepest part of the cave is the end of our world, both men said. The hand is reaching for what lies beyond the cave, beyond our world, and is found in the realm of the dead and the ever-after. (The Cave and the Cathedral, p.120-121)

 

Méandres (2)

Papunya

   

Comment l' homme de la préhistoire se déplaça-t-il dans le sombre labyrinthe des grottes ornées ? C’est le son de sa voix qui guida ses pas. C'est parce qu'il s'en donna les moyens techniques (outils de travail, pigments de couleur), et qu'une relation inédite s'instaura entre ses facultés de penser, d'exécution manuelle, d'expression vocale et d'écoute des sons produits que l’artiste de la préhistoire eut le pouvoir de créer.

Le choix des emplacements de figures a été fait en grande partie pour la valeur sonore de ces emplacements (Reznikoff, I. & Dauvois, M. (1988). “La dimension sonore des grottes ornées”. Bulletin de la Société Préhistorique Française 85 (8), 238-246).

 

Les sons ont-ils influencé la psyché de l'homme ancien ? Iégor Reznikoff met en lumière la résonance des parois.  Mais il va plus loin en donnant les preuves de l'utilisation par l'homme préhistorique de cette propriété à des fins rituelles et artistiques et en présentant une corrélation entre les représentations de signes ou d'animaux et la courbe de résonance  

 

A remarkable discovery in the study of ornate caves is the relationship between painted red dots in narrow galleries, where one has to crawl, and the maxima of resonance of these galleries. While progressing in the dark gallery, crawling and making vocal sounds, suddenly the whole gallery resonates: you put the light of your torch on, and a red dot is there on the wall of the gallery. A simple low hm at the right pitch is sufficient because of the strong resonance. Then, it may be like a play; owing to the pleasure to have twenty meters or more of the cave that strongly resonate, one repeats the sound: the whole body vibrates or rather co-vibrates with the gallery, it is like an identification, a deep communion with earth, stone and the mineral elements of Creation (Iegor Reznikoff, “On Primitive Elements of Musical Meaning”, JMM: The Journal of Music and Meaning 3, Fall 2004/Winter 2005 [http://www.musicandmeaning.net/issues/showArticle.php?artID=3.2], sec.2.8)

 

Je ne doute pas du rôle de la résonance dans la production de l'art pariétal et je souhaite méditer sur le constat de la vibration que produisent les sons sur notre ossature, et les émotions générées. Langage, écho du son universel qui ouvre le champ de la conscience par la perception des phénomènes et le traitement des sensations par le cerveau...Sensibilité. 

 

Publié dans Art et Préhistoire

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