cheminement

Sensibilité et ressentis

Publié le par Catherine Toulsaly

Écrire pose la question du « pourquoi ». J'ai constamment besoin de mieux saisir toutes les raisons qui sous-tendent mon intention. Aucune voix, je crois, ne peut s'exprimer de manière significative sans se poser la question du « pourquoi ». Je me suis retrouvée à parcourir des articles écrits ces dix dernières années.

La conscience traverse un espace-temps multicouche. On se demande où elle se situe exactement, de l'atome aux strates de l'univers. Au niveau individuel, c'est la capacité de réflexion sur son propre processus de pensée. Faire une pause implique un acte de métacognition. Cela signifie prendre du recul pour analyser et observer les opérations de l'esprit. La même image me revient sans cesse à l'esprit, celle de mon corps à la dérive.

Chaque pas me coûte et commence ma réflexion qui embûche mon élan et initie ma pause ponctuée d’interrogations sur ma raison d’être et sur le monde environnant...

Pour Whitehead, la conscience « éclaire l'expérience qui la précède ». Il ne peut y avoir de conscience sans expérience passée, individuelle ou collective.

La « trace résiduelle » évoquée par Utpaladeva résonne lorsque je lis Whitehead sur la question de la mémoire. Il existe des éléments de souvenir dans la conscience, des étincelles dans les « recoins obscurs de l'Inconscient ».

The Unconscious is a labyrinth (Google- Image FX)

The Unconscious is a labyrinth (Google- Image FX)

Mais l'Inconscient est un labyrinthe. Comme dans un état onirique, des indices nous guident sur le chemin vers des lueurs de lumière et des fragments de mémoire. Le risque de tomber dans l'oubli motive notre quête.

De William James à Alfred North Whitehead, goutte à goute, les mécanismes de perception et d'expérience, que nous observons à l'échelle la plus petite comme à la plus grande, représentent un phénomène de « concrescence », un processus incessant de devenir dans un flot continu.

Whitehead parlait de l'action créatrice de l'univers dans sa capacité à rassembler des expériences individuelles qui accroissent sa multiplicité. La première étape de concrescence d'une entité réelle décrit comment l'univers participe dans la constitution de l'entité en question, dans la fondation de son individualité naissante.

Être, c'est simplement être un avatar dans la transmission d'information, une archive du passé. Dès la première cellule, le temps se retire dans l'inconscient et la mémoire se perd dans les nuages. Alors que nous nous interrogeons sur la formation de la matière au cours des premiers centaines de millions d'années et sur la manière dont les particules se sont agrégées pour donner naissance aux premières étoiles, certains constatent une analogie entre création artistique et création cosmique.

De fil en aiguille ; grâce à l'essai de Whitehead sur la cosmologie, je suis tombée par hasard sur les œuvres de Samuel Alexander. La question soulevée par John Archibald Wheeler : « Comment l'univers est-il né ?» n'est peut-être pas pertinente, a-t-il soutenu. Il faudrait plutôt se demander : « En quoi consiste tout simplement l'univers dans sa nature ultime ? ». Il expliquait que, tout comme l'objet observable se révèle par la réaction qu'il provoque et à laquelle il est confronté, « l'œuvre d'art se révèle à l'artiste à travers l'acte de création  qu'il s'arrache à lui-même dans son enthousiasme devant le sujet traité ».

Dans une réalité conceptuelle imprégnée de l'émotion du temps, je trouve révélateur que Whitehead ait choisi un mot aussi subjectif et évocateur que le ressenti en lien avec la sensibilité individuelle ou collective.

Parallèlement, David Bohm parle de petites excitations ondulatoires « quantifiées » sur un fond d'énergie spatiale. Bien que des termes comme émotion, ressenti et excitation puissent être empruntés, c'est parce que, en somme, nous ressentons plus que nous ne savons.

Un acte sensitif, écrit Whitehead, est « l'appropriation de certains éléments de l'univers comme composants de la constitution interne réelle » d'un objet. Pour lui, toutes les entités réelles, y compris les électrons, les atomes et les molécules, jouissent d'un certain ressenti, ne serait-ce que sous une forme rudimentaire.

Ma perspective sur la conscience cosmique met en avant une sensibilité conceptuelle qui s'intègre avec d'autres que les poètes affectionnent, par laquelle ils s'épanouissent et dont ils se nourrissent.

La question qui émerge de la lecture de Whitehead est de savoir si la conscience peut être dépourvue de sa forme subjective. Peut-il exister objectivement quelque chose au-delà de nous-mêmes, une conscience au-delà des corps individuels ?

Pour Whitehead, les ressentis « pris dans leur pureté originelle, dépourvus des ajouts issus d'intégrations ultérieures » n'impliquent pas de conscience, car la conscience est une « forme subjective apparaissant dans les phases supérieures de la concrescence ». Elle « illumine principalement la phase supérieure où elle apparaît » et n'« illumine les phases antérieures que de manière dérivée ».

La conception de Whitehead sur les ressentis doit être examinée à la lumière d'autres affirmations contemporaines relatives au language des émotions. À la question « Existe-t-il des ressentis à l'états pur ? » Si nous répondons par l'affirmative, écrit Ribot, « alors ils seraient considérés comme possédant, au moins parfois, une existence indépendante et non condamnés à jouer éternellement le rôle d'acolyte ou de parasite ».

Et si nous poursuivons l'analogie entre l'esprit et l'univers, nous pourrions considérer l'émotion du temps comme une « manifestation organisée» des ressentis, c'est-à-dire de la vie sensible universelle.

Ma conception des ressentis, aujourd'hui, ce 17 septembre 2025, bien qu'elle dérive de celle de Whitehead, diffère. La rédaction d'un essai sur la conscience ces derniers mois m'a permis d'en prendre la mesure.

Poets feel with their intuitional minds (Google - Image FX)

Poets feel with their intuitional minds (Google - Image FX)

C'est par leur nature intuitive que les poètes ressentent La conscience cosmique est un rassemblement d'ordre supérieur où des parties « flottantes » de nous-mêmes rencontrent des parties « flottantes » d'autrui. C'est à travers leur sensibilité que les poètes s'engagent dans un dialogue avec l'univers.

La conscience cosmique agit comme une ombre. Les ressentis se développent séparément « des objets auxquels ils sont rattachés ». Dans la création cosmique comme artistique, nous pouvons dire que la créativité est un état sensitif qui se nourrit de lui-même et de son environnement. Les poètes dans leur rêverie sont des âmes sensibles en proie au doute auquel, seul, le temps répondra.

L'intuition triomphera-t-elle de l'angoisse dans laquelle l'incertitude nous plonge ? Il existe, je le crois, des « phénomènes »  de type sensitif dans la matière organique comme inorganique.

Et lorsque nous nous interrogeons sur la nature accidentelle de l'Univers, qu'il soit né du libre arbitre ou selon un modèle déterministe, rappelons-nous que, pour Samuel Alexander, un artiste ou poète ne se forge pas automatiquement une idée au préalable. Pour le paraphraser, ils peuvent très bien n'avoir aucune idée de ce qu'ils veulent exprimer et découvrir ce qu'ils voulaient exprimer en l'exprimant, car ils n'ont généralement aucune image, antérieurement à leur œuvre, et ne savent ce qu'ils diront qu'après l'avoir dit. Cela leur vient comme une révélation, à  leur grand étonnement.

L'écriture et la sculpture directe sont, à mon sens, un voyage irrépressible et fragmenté, dont le but demeure un mystère. Sa clé, je l'espère, m'aidera à échapper au labyrinthe de mes propres méandres. Mais certains mystères échappent à l'imagination.

Partager cet article
Repost0

Le néant et l'univers quantique

Publié le par Catherine Toulsaly

L'autre soir, j'ai perdu la Lune derrière un voile de nuages. Elle était perplexe quant à la manière dont l'organisme universel planifiait chaque étape en coulisses. L'unité du néant et de l'univers quantique suggère la difficulté de devoir les dissocier, comme si la structure primordiale était la rencontre du haut et du bas de la surface, le tracé d'une ligne floue, sans « filaments d'ordre personnel ».

L'esprit pénètre dans la forêt quantique. Il en effleure à peine la surface et se sent déjà désorienté, gravissant des collines d'apprentissage et de connaissance, se demandant s'il pourra un jour résoudre le problème de la nature de la réalité et, sinon, à quoi tout cela aura servi.

Du haut des montagnes, il domine des écumes de particules au charme, à la beauté, aux couleurs et aux saveurs cachés et ouverts. Il observe des champs de neutrinos insaisissables, des milliards d’entre eux, qui passent à travers, dont les sources naturelles incluent le noyau terrestre, les réactions de fusion dans le soleil, l’atmosphère, les supernovae et d’autres sources émettant des neutrinos comme, peut-être, le sursaut gamma brillant et long GRB 221009A observé l’automne 2022.

La figure inversée du Jongleur entre en scène. Dans le miroir, elle a la tête en bas comme le pendu et fait un pas en arrière dans l'investigation phénoménologique d'une période émergente qui mettrait en jeu une structure singulière, peut-être une sphère ou encore un Big Bounce quantique. 

 

Is the Universe a tree whose roots reach the depth of the dark sector, or is it more like a loop with one end in the dark? (Google - Image FX)
Is the Universe a tree whose roots reach the depth of the dark sector, or is it more like a loop with one end in the dark? (Google - Image FX)

Is the Universe a tree whose roots reach the depth of the dark sector, or is it more like a loop with one end in the dark? (Google - Image FX)

L'Univers est-il un arbre dont les racines atteignent les profondeurs du secteur obscur, ou plutôt une boucle dont une extrémité est plongée dans l'obscurité ? Une image miroir implique une conscience de ce qui entre et sort au seuil du temps. Elle renvoie à un échange implicite dans les processus de décomposition, depuis et vers un secteur caché, entre ce qui est caché et ce qui est révélé. Sur un champ caméléon, des scènes d'échange deviennent visibles.

Plus la nature est analysée par fragments, plus nous découvrons des dimensions supplémentaires, liées à un continuum dimensionnel supérieur. Ces dimensions supplémentaires nous apparaissent principalement comme étant spatiales, mais la cessation et la succession des cyclicités physiques et biologiques nous révèlent autre chose : des intervalles entre ce qui est, ce qui est passé et ce qui sera, tous suspendus à la même ligne de temps continue.

À mon avis, le néant représente une scission entre toutes les entités réelles, qu'il s'agisse de quarks des secteurs up et down ou de galaxies entières. Le néant disparaît sous les vestiges de ce qui est passé, sous-tend ce qui sera, hante ce qui est et représente l'absence dans l'intemporalité.

Chaque découverte et chaque observation subséquente deviennent un autre constituant fondamental de la matière observable et fissurent le secteur obscur. Y a-t-il toujours eu quelque chose ? La conservation de l'énergie dans les recoins obscurs pourrait garantir l'homogénéité et la viabilité de l'ensemble du système universel au-delà des horizons. La question essentielle est de savoir si chaque rupture contient les germes de gravitation quantique et si un espace-temps quantique donné reproduit ce qui s'est passé dans l'univers quantique originel.

L'univers primitif a suivi sa propre chronologie. Il existe un ordre d'apparition : après une époque primordiale d'inflation cosmologique et le Big Bang, les quarks et les gluons ont évolué dans des degrés de liberté infinis pendant une fraction de temps étonnamment plus court qu'un clignement d'œil. Un mécanisme d'inflation, alimenté par l'hypothétique inflaton, aurait précédé le Big Bang et le plasma quark-gluon. Les inflatons se sont-ils désintégrés en gravitons ou en d'autres particules cachées ? La force gravitationnelle dissimule son origine quantique dans l'ombre.

Dans l'univers quantique, des vagues d'énergie s'échouent sur nos rivages. Des structures subatomiques se désintègrent tandis que d'autres se forment, à travers un cycle de vie et de mort, comme s'il existait une tentative consciente d'avancer. S'il n'y a aucun filament d'ordre personnel dans une graine gravitationnelle quantique, comment pourrait-elle servir de base à l'absorption et à l'émission de quantités discrètes d'énergie ? L'unité des ondes et des particules offre un paradoxe : formes discrètes et champs continus. Surgissant de l'ombre, l'univers quantique pourrait avoir commencé par des particules ponctuelles et un champ de Higgs. Ce champ de Higgs peut-il générer de la masse et être à la fois le vecteur de la gravité par interaction avec d'autres particules ?

Au-delà du boson de Higgs, comment imaginer des quantités discrètes d'énergie sans masse ? Ce qui semble s'en rapprocher le plus sont les neutrinos. La faible masse de ces derniers suggère qu'ils véhiculent une sensation d'absence. Les neutrinos parcourent de longues distances et traversent de grandes densités grâce aux interactions faibles et à la gravité. Encore plus petits que les quarks up et down et les électrons, ils sont électriquement neutres et constituent les leptons les plus légers. Lorsque le plasma a commencé à refroidir, les neutrinos primordiaux se sont propagés dans le gaz chaud de baryons et de photons moins d'une seconde seulement après le Big Bang et pendant la phase d'expansion qui a suivi.

Parmi les porteurs de force, on trouve les photons et les gluons sans masse. La force forte des gluons, la force électromagnétique des photons, la force faible des bosons W et Z et la force gravitationnelle permettent aux connexions de se faire et aux liens de se former entre les particules et la matière, comme si les porteurs d’énergie canalisaient des morceaux de « vie » et de « conscience ». Les bosons porteurs d'une force pourraient-ils être ce qui fait de l’Univers un organisme ?

Nous nous demandons si le temps existe réellement lors des premiers instants de l'Univers et si les particules éphémères envisagent la perspective d'un avenir. Y a-t-il eu un écoulement temporel pour les axions, les tachyons, le Higgs ou d'autres particules primordiales inconnues ? Aux portes du Néant, la matière de construction la plus courante – quarks up et down et électrons – forment tous les wagons du train universel. Les quarks considèrent-ils l'hadronisation comme leur mission vitale ? Que ressentent les protons face à la marche du temps ? Un proton dans son enveloppe éternelle ignore ce que ressent l'être humain.

Comme Ruth Renkel, Lee Wilson Dodd (1879-1933) était un écrivain prolifique. Ses poèmes et écrits sont aujourd'hui enfouis dans les archives de journaux et de magazines tels que The Atlantic, The New Yorker et The Nation. On lui doit la citation suivante : « Combien ai-je cherché sans trouver! »

Dans l'infiniment petit, les quatre attributs ont-ils une importance ? Le concept des quatre composantes temporelles pourrait-il trouver sa place dans le Néant et l'Univers quantique ?

Partager cet article
Repost0

Julia Olson

Publié le par Ysia

Aucune affaire ne peut à elle seule empêcher les effets catastrophiques du changement climatique... et le simple fait que cette poursuite ne puisse pas, à elle seule, arrêter le changement climatique ne signifie pas qu'elle ne présente aucune réclamation pouvant faire l'objet d'une résolution judiciaire.

Juge Joséphine Staton de la Cour d'appel des États-Unis pour le neuvième circuit

 

Si le temps est linéaire, il coule en cascades et se déroule comme une suite de séquences, de segments fractionnés dont nous restons parfois prisonniers. Emmurés dans nos espaces-temps individuels, nos conceptions du temps peuvent converger ou diverger. Si certains ont pour mission de vie des objectifs à court terme, d’autres, comme Julia Olson, voient la vie sur le long terme en toute considération de l’avenir et du bien-être physique et mental des êtres. Si ces objectifs s’opposent parfois, il importe qu’ils coexistent en harmonie. Le temps, quant à lui, ne se fige pas et continue inéluctablement sa marche avec ou sans nous. Pourquoi est-ce que le temps court prime sur le temps long ? La différence entre nous, je le crois, vient de la façon dont nous percevons ce temps complexe et multicouche.

Publié dans Cheminement

Partager cet article
Repost0

Réflexions

Publié le par Ysia

Tanzanian Figures

Tanzanian Figures

La lignée des hominidés dont font partie les Homo Sapiens s’inscrit dans le temps, dans le cadre d’une histoire de la planète, du système solaire, de la galaxie et de l’univers. Le temps lui continue.Tout au moins c’est ce que je retiens, qu’il est fascinant de penser que nous sommes chacun le réceptacle d’une histoire physique, génétique, universelle dans l’enclos de nos cerveaux, de nos veines et de nos chairs périssables. Quant à l’avenir de l’Homo Sapiens, un article sur le site hominides.com s’est penché sur la question. “Décrire l’homme du futur revient à faire le portrait robot d'une personne que l'on n'a jamais vue ou qui n'existera tout simplement jamais... du moins pas comme nous l’imaginons.” On a souvent tendance à imaginer ce qui n’existe pas à l’image de ce qui existe déjà. Acteurs de cette histoire en mouvement, nous voudrions tous savoir si les mutations génétiques dont l’Homo Sapiens est actuellement l’objet vont en s’accélérant durant cette époque de l’Anthropocène et si cet Homo Sapiens gagne en ‘sagesse’ avec le temps.

Publié dans Cheminement

Partager cet article
Repost0

Résonance

Publié le par Ysia

Tanzanian figure

Tanzanian figure

 

Je me demande si on peut échapper à son destin. Mais de quoi suis-je la résonance ? Est-ce de ma nature véritable ? Qu’est-ce qui existe et perdure dans l’identité de mon être ? Un écho du passé, une image fractale d’ordre et de chaos. En moi résonne le Spleen de Baudelaire. De la résonance des sons à la résonance des mots, Iegor Reznikoff avait discuté de la place privilégiée du phénomène de  résonance dans la production de l'art pariétal. L'importante capacité crânienne, rappelait Daniel E. Lieberman, prédispose l'Homo sapiens à percevoir les sons graves. Les basses fréquences résonnent au plus profond de l’être. Résonance et sensibilité vont de pair. On dit que le dauphin perçoit des sons d'une fréquence 8 à 10 fois supérieur au seuil auditif humain. C'est leur résonance, autrement dit le retour d'écho, qu'il perçoit. Et si entre les êtres et les  choses visibles et invisibles, il n’y avait qu’un miroir sur lequel se reflétaient les sons de l’Univers. Et si les rêves n’étaient que des résonances de l’imaginaire à l’inconscient, une extension de nous-mêmes de la même façon que les instruments de mesure dont nous nous servons dans la conquête de l’espace en sont eux aussi ?  J’imagine les vibrations que produisent les sons à l’intérieur des êtres, l’écho du son universel qui ouvre le champ des consciences. De la résonance individuelle à la résonance collective, de la fréquence du microcosme à celle du macrocosme, des microconsciences aux macroconsciences,  entités, petites et grandes, résonnent-elles à l’unisson ? 

Two african birds

Two african birds

Publié dans Cheminement

Partager cet article
Repost0

Fleurs indigènes du printemps

Publié le par Ysia

Comment renverser la tendance de milliers d'années durant lesquelles l'être humain ne voit de beauté que dans une nature cultivée c'est-à-dire civilisée ? Un gazon obstinément arrosé malgré la sécheresse, des plantes et arbres non indigènes plantés en hâte pour le regard ou par convenance sans considération pour les conséquences à plus ou moins long terme.

Sur l'importance des plantes indigènes

Spiderwort, Geranium
Spiderwort, Geranium

Spiderwort, Geranium

Blue flag iris, Trillium
Blue flag iris, Trillium

Blue flag iris, Trillium

Serviceberry, Eastern Red Columbine
Serviceberry, Eastern Red Columbine

Serviceberry, Eastern Red Columbine

Ninebark, Green-and-gold
Ninebark, Green-and-gold

Ninebark, Green-and-gold

Publié dans Cheminement

Partager cet article
Repost0

L'émotion du temps

Publié le par Ysia

L’écriture est un mystère qui se nourrit des sons, des émotions, des éclairs de lumière, que le temps sans cesse remet en question. Il y a des rêves qui s’entassent sur d’autres rêves si bien qu’on ne sait plus où est la réalité. Le cœur de l’Univers recèle l’émotion du temps qui se propage dans l’espace, glisse sur les ondes gravitationnelles, dévorant sur son passage les gravitons. Elle est trahie par l’éruption des taches solaires et quand elle communique des arcs-en-ciel de lumière aux nébuleuses et filaments,  aux océans de terre, d’eau et aux êtres sensibles. L’ontologie de l’Univers se manifeste dans le flot de la conscience engorgée par l’émotion du temps qui grandit, secoue les grains de poussière au frottement des rayons cosmiques, qui se fragmentent, se coagulent et se transforment sous les effets de la lumière. L’émotion du temps est partout et nulle part à la fois. Elle se cache dans l’obscurité de l’énergie sombre, est contenue dans les formes géométriques des objets célestes et réapparaît dans des transferts d’énergie. Elle se donne le vertige à force de tourner sur elle-même comme la roue d’un char et roule sans fin emportant avec elle le char de l’Univers. Elle se débat à l’intérieur du film transparent réflecteur qui enveloppe l’Univers, emprisonnée sur la surface du miroir aux formes fantômes et aux feux follets. L’émotion du temps laisse un lourd sentiment de perte sur le cœur de l’Univers. Il n’y a plus que les piailleries des oiseaux qui assourdissent mes matinées. Le bruant à gorge blanche migrateur, lui, s’en est allé. Qu’importe! Il y a toujours le colibri à gorge rubis qui reviendra bientôt savourer le nectar des lobélies et l’an prochain quand je pourrai retourner au bord du ruisseau au pied des trois abris de pierre à Glenstone pour entendre l’Univers respirer.

Publié dans Cheminement

Partager cet article
Repost0

Clair-Obscur

Publié le par Ysia

Violette

Violette

 

Pour les réalistes, une particule devient “une sorte de singularité au sein d'un phénomène ondulatoire étendu, le tout ne formant qu'une seule réalité physique. Le mouvement de la singularité étant lié à l'évolution du phénomène ondulatoire dont elle était le centre se trouverait dépendre de toutes les circonstances que ce phénomène ondulatoire rencontrerait dans sa propagation dans l'espace” (De Broglie ). Aux faces complémentaires de la réalité se substitue la toute-puissance du principe de localité. Existe-t-il une réalité physique indépendante de l'observateur? Il faut entendre par là une réalité objective. Dire que tout existe en tant que potentialités néglige le fait qu'il y ait différents degrés de probabilité calculés en fonction du contexte. 

Publié dans Cheminement

Partager cet article
Repost0

La grenouille poète

Publié le par Ysia

Michael Heizer, Compression Line, Glenstone

Michael Heizer, Compression Line, Glenstone

 

Je suis allée assister à un débat littéraire sur le livre  Vigil: Hong Kong on the Brink de Jeff Wasserstrom et en suis sortie avec, dans l'esprit, l'allégorie de la grenouille qui représente, pour moi, le niveau d’accoutumance aux dangers auxquels fait face l'humanité dans son ensemble, notre acceptation de la misère humaine. Chaque grenouille, suivant ses dispositions individuelles, fait face à plusieurs choix: elle peut continuer à ignorer la situation ambiante, protester ou s’échapper physiquement ou mentalement pour philosopher sur la nature de l’eau.  Il nous appartient de revaloriser la sensibilité et d'étendre notre cercle de compassion de tous les êtres à la planète.

Andy Goldsworthy, Boulder, Glenstone

Andy Goldsworthy, Boulder, Glenstone

 

S’il faut se confronter à la misère du monde, alors si on parle de Hong Kong, il faut aussi parler du Xinjiang. Si on parle de l'Irak, il faut aussi parler du Yémen. Si on parle de la Somalie, il faut aussi parler de la République centrafricaine. Si on parle de la République démocratique du Congo, il faut aussi mentionner le Sud du Soudan. Et si on parle de l'Afghanistan, il faut parler de la crise des opioïdes et de l'augmentation des taux de suicide parmi les militaires. Et pourquoi ne pas parler non plus des sans-abri ?

Glenstone

Glenstone

 

Mais la grenouille qui médite sur la nature de l’eau préfère la poésie. L’Univers, croit-elle, est une poésie et l'humanité, une forêt de cerveaux ambulants. Elle préfère étancher sa soif aux fontaines du passé, à celles que l’on croit taries parce que devenues souterraines, retranchées dans l’inconscient de l’humanité. Entre les paroles d’Utpaladeva et les mots de Miguel de Unamuno, elle reprend juste pour un bref instant son dialogue intérieur. Il y a tant à dire sur la nécessité de mettre en lumière et de développer les idées de ceux qui nous ont précédé, sur le fait que nombre de concepts ont été énoncés au cours des siècles et d'autres reformulés et que les idées sont des graines que l’on se transmet les uns les autres et que l’on puise au fond de chaque être, comme l’eau d’un puits. Mais les idées, comme des rayons cosmiques, portent en elles la quintessence de leur devenir: elles ne forment pas de ligne droite. Elles se heurtent à d’autres formes de pensée et s’entremêlent pour en créer de nouvelles. Entraîné dans les flots de la conscience, l’être se retourne inexorablement vers l’amont dans l'espoir de garder en mémoire l’empreinte de l’Univers. Je trouve vérité dans le fait que la conscience, affublée des oripeaux de l’existence humaine, n’est qu’un « éclair entre deux éternités de ténèbres »*(p.19) entre ce qui n’est plus et ce qui sera, entre l’abysse fantôme et le monde de matière car elle n’est en apparence qu’une fragile étincelle mais, en réalité, je crois que mon tout dernier souffle de vie, emporté par le vent vers les ondes cosmiques, rejoindra ceux qui m'ont précédé dans la ronde incessante de l'Univers. Du sentiment tragique de la vie au sentiment tragique de l’isolement de la conscience individuelle, est-ce l'Univers qui est une série infinie de structures auto-organisées ou la Conscience qui se structure et se déstructure indéfiniment? Ainsi l’avait écrit Miguel de Unamuno que « la conscience de l’Univers est composée par intégration des consciences des parties qui forment l’Univers et que même si elle se structure et se déstructure, elle n’est pas distincte des consciences qui la composent » * (p.183), que c’est bien  « la Conscience du tout qui s’efforce de devenir conscience de chaque partie »* ( p.282), et c'est d'elle que tient chaque conscience partielle. La conscience, au rythme de l’évolution et par le jeu de mutations génétiques, s’exprime à travers tous les êtres. Comme une lame de fond, elle s’engouffre dans l’être, récepteur d’émissions, qui y répond. Ce qui les sépare est la capacité inhérente à chacun de la véhiculer. On pourra me reprocher de commettre l’erreur de projeter la conscience dans l’Univers, ce que Miguel explique par le fait que l’être sensible ne saurait se résigner à être seul dans l’Univers et qu’il souhaite « sauver sa subjectivité vitale ou passionnelle en rendant tout l’Univers vivant, personnel, et animé » *(p.174). Mais si la conscience n’est que le fruit de l’imagination de l'être sensible, faut-il dès lors accepter que l’Histoire n'est qu’une « fatidique procession de fantômes allant du néant au néant» ? * (p.54). Il n’y a pas d’essence strictement individuelle. La conscience a pour attribut sa mémoire cellulaire. La conscience universelle, archive du passé en nous recelée, se dérobe sous les éboulis du temps. Comment appréhender une conscience infinie? D'où est née l’apparente division des consciences? Et comment la dépasser? Je trouve par ailleurs particulièrement frappant la métaphore du diamant, que l’on trouve notamment dans les œuvres bouddhiques.  Et si ce dont parlait le Sûtra du diamant était la Conscience dont l’absence de demeure est la Substance et la subtile réalité son Usage ? Miguel écrit: «si ce diamant est au même titre que ma conscience, idée ou esprit - dès lors que tout est bien, ou que tout est esprit - on ne voit pas pourquoi le diamant ne devrait pas persister éternellement puisque ce devrait être le cas pour ma conscience, du simple fait qu’elle serait idée ou esprit»* (p.105).

Dans l’Univers existentiel, il y a la montagne de l’ego.
A l’intérieur de la montagne de l’ego, il y a la mine des passions.
Dans la mine des passions, il y a le joyau de la nature bouddhique.
Au cœur du joyau de la nature bouddhique, il y a l’orfèvre de sagesse.
Que l’orfèvre de sagesse perce la montagne de l’ego et découvre la mine des passions.
Par la fonte du minerai sous le feu de son illumination, il verra le diamant de la nature bouddhique qui brillera par la pureté de son éclat.

Préface du commentaire sur le Vajracchedikâ Sûtra

 

* Miguel DE UNAMUNO, DU SENTIMENT TRAGIQUE DE LA VIE chez les hommes et chez les peuples (1913) et quelques textes inédits. Traduction de l'espagnol (castillan), édition numérique, index et notes par Olivier Gaiffe 

Glenstone

Glenstone

Publié dans Cheminement

Partager cet article
Repost0

Le regard

Publié le par Ysia

 

La forme, affirme l’exposition sur Léonard de Vinci à Paris, n’est qu’une illusion que le monde, dans sa perpétuelle mobilité, ne cesse d’arracher à elle-même. Si l’on note la tendance à l’inachèvement chez l’artiste, la vie elle aussi est une œuvre fatalement inachevée. Le pouvoir de l’imaginaire tente de remédier à cette fatalité et de porter l’humanité vers le dévoilement de vérités futures. Outre sa magnifique habileté à capturer le regard de ses sujets comme celui de l’enfant qui se fige sur une fleur éphémère, Léonard de Vinci étudia la mécanique des fluides, des phénomènes tourbillonnaires et les interférences d’ondes circulaires, le vol des oiseaux dans et contre le vent, la réflexion du soleil sur les vagues, la lumière cendrée comme réflexion de la lumière solaire sur les mers terrestres, la nature des vagues et la croissance des arbres. Au retour de Paris, j’ai vu le reflet argenté sur l’océan des paillettes d’or blanc que jetait la lumière du soleil automnal le long des rives de Long Island comme le lent écoulement, presque statique, d’un épais liquide d’argent et les vagues fracassées sur le mur naturel de l’île de Feu au sud. 

Publié dans Cheminement

Partager cet article
Repost0

1 2 3 > >>