En notre propre lieu et temps

Publié le par Catherine Toulsaly

“Midway in the journey of our life,” Dante wrote, “I found myself in a dark wood, for the straight way was lost. Ah, how hard it is to tell what that wood was….” (Google - Image FX)

“Midway in the journey of our life,” Dante wrote, “I found myself in a dark wood, for the straight way was lost. Ah, how hard it is to tell what that wood was….” (Google - Image FX)

« J'étais à mi-chemin de mon voyage à travers la vie », écrivait Dante, « lorsqu'à la chute du jour je me trouvai dans une forêt obscure où je m'égarai.» Ah, comme il est difficile de dire ce qu'était cette forêt ! Chaque pas laisse une empreinte dans l'esprit et dénoue les fils de pensée qui s'entrelacent, suscitant le besoin de s'arrêter fréquemment lors de moments d'étincelles qui éclairent le cheminement de notre conscience face à  l'Univers.

Telle la cymbalaire des murs qui s'infiltre dans les plus infimes fissures, l'esprit erre. Les idées germinent.

En passant par Muir Woods, j'ai atteint Aotearoa et suis revenue avec un concept plus retentissant que les korimakos (méliphages carillonneurs) au pied des Pinnacles et les piwakawakas (rhipidures à collier) le long du lac Rotoroa : celui de la neurodiversité.

Le mot maori créé pour l'autisme est takiwatanga. Il signifie « en son propre temps et espace ». Si la neurodiversité fait référence à la multiplicité des états cognitifs, le concept évoque un faisceau de processus mentaux tous pertinents, tous ancrés dans leur réalité.

J'ai senti le contact des nuages ​​blancs, l'humidité de la brume et la proximité du ciel, comme il y a dix ans… Sur le sentier retranché le long du lac Rotoroa, j'ai médité sur la diversité cognitive, les divers états de conscience, les différents niveaux de sensibilité et la réalité d'une existence plurielle.

La liberté d'être règne sur la fragmentation. Quand on dit « diversité », on entend par là la liberté d'être en son propre temps et espace. « Quel effet cela fait-il d'être une chauve-souris ? » est une question qui revient à demander : « Quel effet cela fait-il de vivre en son propre temps et espace ? » Cela implique que la réalité extérieure n'est pas séparable du monde intérieur.

La promenade en forêt le long du lac Rotoroa reflète la façon dont j'ai perdu pied dans la forêt quantique. J'imagine un ensemble de valeurs et de coordonnées mesurant le corps d'un oiseau, sa position sur la branche le long du sentier et son champ de vision. Il aurait tout aussi pu s'agir d'une particule, d'une étoile, ou même d'un clin d'œil. Au son des avertissements émis par les piwakawakas, mon corps est en alerte et mes yeux se figent. Pourtant, je glisse et tombe dans la boue.

Bien qu'il demeure inconcevable de savoir jusqu'où vont les limites de l'Univers dans le temps et l'espace, et combien de dimensions s'étendent à l'intérieur et à l'extérieur de ces limites, Sean Carroll décrit une sorte de réalité stratifiée. « Si l'on imagine décrire la nature en termes de multiples niveaux de réalité », écrit-il, « l'un de ces niveaux apparaît comme une forme particulière de théorie quantique des champs, avec d'autres niveaux au-dessus et peut-être d'autres en dessous » et le noyau au cœur du champ quantique, où les entités, connues et inconnues, partagent temps et espace.

Au sein du néant et de l'univers quantique, les dimensions « compactes » élargissent le domaine d'existence ouvrant un champ de potentialités qui ne sont ni observées ni perçues objectivement. Puisque l'existence précède l'essence de l'information, on se demande s'il y a quelque chose et si cela appartient à une autre dimension. Des dimensions supplémentaires tracent des voies d'entrée et de sortie du champ existentiel. Si elles s'inscrivent dans la grille de l'espace-temps, elles sont étroitement imbriquées les unes dans les autres, ce qui rend leur identification difficile.

L'Univers est un organisme interactif comparable à un réseau de plantes et d'animaux, d'arbres et de champignons, d'oiseaux et autres entités qui meurent en une fraction de seconde ou au bout de milliards d'années, se nourrissent et pollinisent. Certaines de ces entités se fanent, ne disparaissant qu'après avoir produit des graines, tandis que d'autres continuent de prospérer. C'est peut-être pourquoi, comme l'a observé John Muir, « Lorsque nous essayons d'identifier une chose en soi, elle est rattachée au reste de l'Univers.»

Notamment, nous ne parvenons pas à observer un seul quark, car « les quarks n'existent pas en tant que particules individuelles » dans l'univers quantique. Les particules circulent dans des rivières quantiques invisibles, portées par des vents et des courants au-dessus et au-dessous du lit des rivières, au-dessus et au-dessous des eaux marines, au-dessus et au-dessous du sol, emportant des graines à des années-lumière, des fils microscopiques reliant des filaments et des galaxies. Des signaux gravitationnels sont envoyés le long de ces voies comme des nutriments.

Au bout du compte, il existe une distinction entre le néant et l'univers quantique lorsqu'une interaction est observée, tout comme les rêves qui n'ont qu'une influence très faible, captant difficilement notre attention. « Newton lui-même », écrit Frank Wilczek dans The Lightness of being, « utilisait généralement l'expression 'quantité de matière' pour ce que nous appelons aujourd'hui la masse. Sa formulation implique qu'il ne peut y avoir de matière sans masse. » Si nous reconnaissons son existence, nous supposons qu'elle a une masse, même si nous ne pouvons la mesurer comme une particule vectrice de force au seuil de dimensions supérieures.

Wilczek écrit dans A Beautiful Question que la conservation de l'énergie est un principe « utile mais approximatif qui s'applique dans des circonstances limitées ». Une possibilité reste que l'énergie conservée du système réside dans des variables cachées, ou que nous « ne puissions tout simplement pas la reconnaître », concède Carroll. Si une dimension est une quantité physique mesurable, une particule vectrice de force peut être une unité relative destinée à l'encapsuler.

Les photons et les gluons sans masse sont des fragments d'information, des « idées incarnées ». Que les sous-particules soient le produit de l'esprit ou le résultat d'observations, face à une telle incertitude, ce que nous ne pouvons pas voir devient une question de probabilité. Le problème, expliquait De Finetti, est qu'au lieu de considérer et d'étudier la probabilité telle quelle, en essayant d'en parfaire sa compréhension et son utilisation, nous l'extériorisons comme si nous croyions pouvoir la représenter, sinon comme un objet réel, du moins comme quelque chose qui existe en dehors de nous, « quelque chose qui agit sur le monde extérieur selon ses propres lois, censées régir les faits qui ne suivent pas ces lois, avec, en plus, des lois qui n'en sont pas ».

Il en va de même pour les particules que nous disons exister en tant qu'entités distinctes, en plus de la fonction d'onde, qui, elle-même, s'actualise. La fonction d'onde – lien entre les entités – « guide les particules », écrit Carroll, « mais les particules n'exercent aucune influence sur la fonction d'onde. » En revanche, si, comme l'écrivait Sartre, « il y a un être de la chose perçue en tant qu'elle est perçue » , il y a aussi un être de la chose pensée en tant qu'elle est pensée, même en tant que probabilité.

Un nombre déterminé d'étapes évolutives sépare zéro d'un état individuel subjectif dans le temps. Chaque entité, grande ou petite, se regroupe en une expérience unidimensionnelle qui, s'additionnant, crée l'univers multidimensionnel que nous connaissons. L'unité du néant et de l'univers quantique renvoie à un en-haut et un en-bas – les champs ultra-légers de la matière noire qui s'ouvrent sur des dimensions supplémentaires, comme dans un rêve où des papillons translucides et en apesanteur s'échappent lentement par des portes obscures.

Il y a un mois, je suis rentrée chez moi. Un moineau domestique se reposait sur la branche d'un jeune chêne. Sa condition existentielle offrait un dernier aperçu de la neurodiversité et de la biodiversité qui nous entourent. À la limite de l'entre-deux, je me suis mise à imaginer tout ce qui existe dans le cosmos et sur la Terre.

Des voix résonnent dans ma tête – des fantômes  qui me hantent et me poussent à poursuivre mon exploration – car il y a tant de rêves, mais si peu de temps… Une seule lettre différencie les mots artiste et autiste.

Le concept de double empathie reconnaît un manque de connexion et une mauvaise communication entre les « acteurs sociaux aux dispositions différentes ».

Faire le deuil de ce qui n'a jamais existé pour lever le voile sur nos croyances limitantes et faire tomber nos œillères pour que tous les niveaux deviennent visibles, car nous portons en nous la vision de l'aigle, le battement d'ailes du papillon, les capacités d'écholocation de la chauve-souris, l'instinct du tamia et l'âme de l'éléphant.

We carry within the bird's eye view, the butterfly's flapping wings, the bat's echo-sensing abilities, the chipmunk's instinct, and the elephant's gentle soul (Google - Image FX)

We carry within the bird's eye view, the butterfly's flapping wings, the bat's echo-sensing abilities, the chipmunk's instinct, and the elephant's gentle soul (Google - Image FX)

Fiorentino, P. A. (1887). La divine comédie. Extrait. France: (n.p.).

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article