Le Multivers

Publié le par Catherine Toulsaly

The mind pushes the bars of its prison, unaware of how much it wants to free itself (Google - Image FX)

The mind pushes the bars of its prison, unaware of how much it wants to free itself (Google - Image FX)

Les attentes sont la détermination par l'esprit de ce qui est possible. Telles des comètes fugaces et transitoires, les idées percent l'épais brouillard d'ignorance.

La clarté est emprisonnée, obscurcie par des couches d'émotions. L'esprit, lui, repousse les barreaux de sa prison, inconscient de son désir de se libérer. La discussion porte sur les frontières spatio-temporelles de l'Univers, de la question de savoir si ses caractéristiques quadridimensionnelles constituent tout ce qui existe, et jusqu'où s'étendent les limites du domaine ontologique.

L'Univers est une vaste mosaïque de faits locaux particuliers. Le continuum espace-temps, dans lequel les entités sont intrinsèquement seules dans leur processus interne, définit un ensemble de faits locaux dessinés comme des motifs spatio-temporels avec des lignes invisibles et des puits en spirale. Les entités, à  la nature répétitive, démontrent des sensibilités fragmentées. La sensibilité, je le rappelle, c'est s'approprier des éléments pour en faire des composantes de la constitution interne d'un sujet réel (voir article suivant). Isolé de toutes les conditions dans lesquelles ils existent, chaque fait local ne peut être pleinement appréhendé. Connaissance, sens et existence sont intimement liés. À mesure que les frontières s'élargissent dans le champ des possibles, elles révèlent un langage codifié, une écriture cosmique sur l'histoire détaillée  du Dialogue entre la Conscience et l'Univers.

Toutes choses, même l'Univers, véhiculent en elles-mêmes une incomplétude. Une nature holistique  implique une connexion nécessaire de tout le contenu. À l'intérieur de ses limites, l'Univers est un organisme présentant des caractéristiques particulières suivant les localisations spatio-temporelles de la paisible Voie Lactée a la formation intensive d'étoiles de galaxies plus lointaines. Au-delà de ses frontières, même l'Univers ne serait peut-être pas solitaire, mais un fragment de mosaïque – un membre d'une espèce.

 

From the surface of a page to the surface of a painting, poets and painters describe what rises from beneath the surface of things (Google - Image FX)

From the surface of a page to the surface of a painting, poets and painters describe what rises from beneath the surface of things (Google - Image FX)

De la surface d'une page à celle d'un tableau, poètes et peintres décrivent ce qui surgit de sous la surface des choses. Les philosophes l'identifient comme le royaume des potentiae. Sous la pointe de l'iceberg se trouvent des possibilités sur le point de surgir au moment d'une rupture de symétrie spontanée.

Elles sont mesurées par leurs probabilités correspondantes. Ce que signifie exister dans le royaume des possibles rappelle l'idée d'un multivers, l'infinité de possibilités adjacentes. De ce côté des frontières, nous le voyons comme étant un royaume d'incertitude où les possibilités non actualisées sont entravées.

Quant à l'Univers, sa liberté d'être est prise en otage par tout ce qui l'habite. C'est un déséquilibre permanent d'états éphémères, qu'ils soient de quelques millisecondes ou de plusieurs milliards d'années. Des séquences d'éléments se greffent à ses couches stratifiées, permettant à chaque niveau de stabilité de former des échelons irréguliers. Des périodes d'équilibre ponctuent ce déséquilibre, nous donnant une fausse impression d'avoir compris tandis qu'une gestation cachée se déroule dans l'ombre. La nature holistique des choses suit son propre rythme enfoui dans la marche du temps.

Les éléments dont l'identification précède toute appropriation possèdent une existence propre et indépendante. Mais de quoi l'Univers s'est-il approprié le cours de son propre destin, lui qui ne se connaît lui-même qu'à travers chaque parcelle d'expérience ? De quoi a-t-il hérité sa logique interne ?

Il existe différentes manières de concevoir les règles du jeu. De notre point de vue, l'Univers est régi par des lois qui correspondent à son contenu, et c'est à travers ce contenu qu' il établit les lois correspondantes.

Dans le temps selon le soleil, nous avons passé en revue les cycles plus longs. Des changements se produisent tandis que les structures s'étendent, se rétrécissent et s'effondrent. Des fissures béantes laissent apparaître des entités, des faits et de nouveaux points d'observation. Si nous observons la biosphère dans son ensemble à travers le prisme anthropique, aucun fait survenu ni aucune entité n'est isolé dans l'Univers. Nous observons le jeu du hasard parmi les flux et reflux, les forces expansives et cohésives, à travers les champs magnétique et gravitationnel.

La biosphère a construit son nid au cœur du champ magnétique terrestre en constante fluctuation. Le modèle selon lequel l'évolution se déroule par brèves poussées de changement séparées par de longues périodes de stase s'applique-t-il aux galaxies dont les périodes de formation rapide ont été entrecoupées de périodes de calme dans un passé lointain, lorsque moins d'étoiles se formaient ? L'être humain, individuellement ou en tant qu'espèce, connait-ils une stase prolongée jusqu'au prochain bond en avant ?

Pour un idéaliste, il y a une profonde connexion. Le néant et l'univers quantique ont fait émerger le hasard, qui est à la fois liberté, essence et existence – un seuil entre des univers, un milieu interuniversel, un processus qui vise à créer des résultats multiples au-delà desquels les paramètres macroscopiques de notre Univers prennent une signification au regard du contexte quantique sous-jacent dont elles émergent.

L'Univers quantique attribue des probabilités aux valeurs définies des données observables de chaque système. Cela nous ramène aux probabilités  de ce qui agit à l'extérieur selon ses lois censées régir les faits qui ne suivent pas de lois avec des lois qui ne le sont pas. Les pics de densité de probabilité marquent les points où les systèmes se structurent et surgir à la surface.

Ce qui est toujours en devenir renvoie à la notion de temps dans laquelle évoluent les systèmes quantiques – une non-localité spatio-temporelle d'où naissent toutes les circonstances. L'évolution, phénomène après phénomène, ajoute complexité et substance au domaine ontologique. Le hasard, dont naissent les faits, constitue le critère extensionnel. À l'intérieur comme au-delà des frontières de notre Univers, le principe fondamental demeure : le déterminisme, qui sous-tend l'évolution au niveau structurel, ne nie pas un profond indéterminisme dû à la contingence.

Nous nous demandons donc si ce qui sommeille au centre de tout cela est ontique ou nomologique. La fonction d'onde du multivers décrit la position de chaque particule. L'univers quantique observable qui rappelle la perspective de la grenouille n'est rien de plus qu'une infime partie de la fonction d'onde du multivers, qui pourrait bien être une représentation à la fois nomologique et ontique d'un champ généré par le flux des particules.

 

While the bird’s eye catches the exchange of mass and energy in our Universe’s inflows and outflows, the frog sees a quantum transactional exchange at the edge of the unseen (Google - Image FX)

While the bird’s eye catches the exchange of mass and energy in our Universe’s inflows and outflows, the frog sees a quantum transactional exchange at the edge of the unseen (Google - Image FX)

Dans le champ du néant et de l'univers quantique, la fonction d'onde agit comme une loi pour les particules qui n'existent pas encore pour qu'une telle loi puisse s'appliquer. L'effondrement de la fonction d'onde définit l'actualisation dans le multivers.

Tandis que l'œil de l'oiseau capte l'échange de masse et d'énergie dans les flux qui entrent et sortent de l'univers, la grenouille perçoit un échange transactionnel quantique aux confins de l'invisible, là où les conditions initiales sont confrontées à de multiples possibilités propices à leur durabilité. De là se séparent  les possibilités des faits réels. L'éloignement croissant dans toutes les directions crée les conditions de formation de sous-systèmes dans un état de déséquilibre d'où naît le temps.

La nature holistique se nourrit de la morphologie du temps, car les frontières multidimensionnelles sont fluides. Le long des routes morphologiques, l'idée de multiplicité émerge, surmontant la dualité entre ce qui est et ce qui n'est pas. L'esprit, à l'état de conscience, creuse des trous au fond d'un gouffre dimensionnel où subsiste le prolongement du soi. L'existence, qui émet les signes vacillants de la conscience, naît du franchissement de la frontière, à la croisée des chemins avec ce qui est autre.

The mind, may it be called Consciousness, digs holes at the bottom of a higher dimensional pit in which lives on the extension of ourselves (Google - Image FX)

The mind, may it be called Consciousness, digs holes at the bottom of a higher dimensional pit in which lives on the extension of ourselves (Google - Image FX)

Les entités circulent, comme si elles traversaient le seuil de portes tournantes, tout en veillant à la symétrie de leurs comportements. Lorsqu'elles occupent leur propre temps et espace, elles héritent leur haeccéité et conservent en elles-mêmes une présence intérieure miroir.

Pour un idéaliste, la transcendance est la projection de degrés de liberté des tous les côtés. Une petite excitation ondulatoire « quantifiée » du champ quantique est un dé lancé sur la planche du jeu infini. C'est l'arbre de l'île de Blackburn, car, tout comme lui, nous nous demandons s'il existe même une île sur laquelle l'arbre tombe. Une fois qu'un système se structure, le hasard régit les entités et leurs identités. Les règles du jeu dans le multivers pourraient expliquer pourquoi certains appariements se produisent et pas d'autres, pourquoi certaines particules ou certains champs n'interagissent pas entre eux, comme si ces non-faits étaient actés dans l'ombre.

Les entités du multivers sont en conséquence groupées et classées selon des catégories de dénominations. Que les lignes d'existence entrecroisées soient ou pas hors de notre champ de vision, les dés sont jetés. Hasard, destin et cyclicité interviennent. Sur les rivages du jeu infini, les récurrences alternent avec l'émergence de dimensions supérieures. Les lignes d'existence s'estompent dans une couche complexe de multidimensionnalité, ne laissant que l'instant présent se produire réellement.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article