La forêt universelle

Publié le par Catherine Toulsaly

Visual Trail (Google-Labs-Image FX)

Visual Trail (Google-Labs-Image FX)

Un sentier visuel s'ouvre. Il passe à travers la lumière, les sons et l'eau, gravit les gratte-ciels et se fraie un chemin à travers les nuages ​​jusqu'au soleil.

C'est le même chemin qui commence à partir des concepts et s'étend jusqu'à l'univers physique. Une théorie de l'harmonie comble un abîme invisible. Un pont relie des principes de correspondance enchevêtrés, d'abord imaginés conceptuellement, puis de manière plus concrète.

Les idées, elles aussi, sont véhiculées par les couleurs de la lumière, les longueurs d'onde et les sons. Elles aussi surgissent d'un hôte et necessitun médium pour atteindre des récepteurs dont la localisation spatiotemporelle est intrinsèquement liée à un soi intérieur d'images passées et de souvenirs ancestraux. La raison et la logique ont-elles leur mot à dire, ou la liberté ouvre-t-elle la voie sous la surface des choses ?

Les Piliers de la Création ont été étudiés au fil du temps, nous offrant de nouvelles perspectives. Les instantanés pris depuis la toute première capture de ces structures par le télescope spatial Hubble en 1995 sont des fragments d'un paysage mouvant. Ils se situent dans M16, l'une des nébuleuses « à étoiles » répertoriées par Charles Messier dans son catalogue original de 1771, que Jean-Philippe Loys de Cheseaux a observée pour la première fois à partir d'une liste qu'il avait compilée en 1746. Messier a écrit que dans la nuit du 3 au 4 juin 1764, il a (re)découvert un amas de petites étoiles, qui est apparu sous la forme d'une nébuleuse.

L'Univers est constitué de prises de vues qui se déroulent au fur et à mesure que chaque information est transmise d'une à l'autre. Comme pour la formation des étoiles et des planètes par accrétion, à chaque étape, elles ajoutent de nouvelles caractéristiques qui s'intègrent mécaniquement. Que les nébuleuses apparaissent s'éloigner, ou que les astéroïdes fassent face à la Terre ou que les galaxies soient vues de profil, le traitement d'images tente de produire une vue unifiée, convertissant un ensemble de données composites en couleurs qui lui sont d'office attribuées.

Les piliers sont fréquents dans les régions formant des étoiles, notamment le Mont Mystique dans la nébuleuse de la Carène. Tels un jeu d'ombre et de lumière sur un visage, leurs panaches ondulés révèlent en infrarouge une morphologie complexe, des écoulements de gaz translucide, des étoiles enchâssées et une structure stratifiée. On suppose que leur existence transitoire dépend de l'explosion de supernovas et que leur forme est sujette à des changements jusqu'à leur rupture et leur effondrement.

Les Piliers de la création pourraient être aussi larges que la distance séparant le Soleil de l'étoile de Barnard, et le plus haut pourrait s'étendre entre nous et Proxima du Centaure. Leur durée de vie pourrait atteindre quelques millions d'années. Leurs têtes sont ionisées et photoévaporées par l'amas voisin NGC6611, ce qui donne aux nuages ​​l'apparence de queues de jument dans le ciel. Le premier pilier à gauche est constitué de deux entités distinctes. La partie supérieure s'étend derrière les étoiles ionisantes, avec des queues de globules cométaires en évaporation pointant vers nous. La partie inférieure se trouve devant elles, avec des queues pointées vers nous. Les piliers sont divisés en trois parties principales, la troisième forme étant indéterminée, comme un cheval sans nom.

Les Piliers de la création s'élèvent au cœur de la nébuleuse de l'Aigle, telles des stalagmites au fond d'une grotte. L'aigle aux ailes sombres plane au-dessus d'une crique isolée, nid de chaînes de nuages ​​ascendantes. Sa vue plongeante saisit les aspects physiques et spirituels des choses. Les piliers sont ancrés comme de manière etheresur une crête, attirant masse et énergie. Les plis limpides de gaz et de poussière sont dépouillés de leur substance par des étoiles affamées.

Sur le sentier visuel, les principes fondamentaux surgissent au gré des pensées qui s'enchaînent rapidement. Les poètes se lèvent tôt pour capter du regard le soleil. Ils écoutent les voix intérieures du passé, présent et  futur puis redescendent dans la lumière du soleil couchant. Ils racontent leurs rencontres avec les formes et contours de l'Univers. Un voyage dans l'espace ressemble à une promenade en forêt. Le jeu de lumière et d'ombre sur les arbres nourrit l'inspiration poétique.

Dans les sombres lieux boisés  de l'Univers, il y a des arbres dont les racines poussent sous la surface des choses. Les piliers sont de gigantesques vrilles de poussière cosmique qui rappellent aux poètes des branches d'arbres. Une fois que l'échelle des grandeurs devient absente de l'œil intérieur, les piliers deviennent des arbres en hiver, enveloppés de lianes nues, des corps filiformes reflétant la lumière dans l'antre de la nébuleuse, des figures sculpturales. La subtilité de toute chose réside dans l'effondrement de l'espace-temps, l'abolition de l'échelle.

Des colonnes brumeuses, débordantes d'activité, sont des êtres spirituels dont la présence subtile est perçue par les récepteurs terrestres. Nichées au creux des nébuleuses, elles se dressent telles de minces gratte-ciels new-yorkais, comme si elles faisaient partie d'un laboratoire d'architecture, d'une pépinière de création. Colonnes de gaz et gratte-ciels de béton ne font  qu'un, fusionnant dans un univers informe.

 

Gas pillars and concrete skyscrapers become one (Google-Labs-Image FX)

Gas pillars and concrete skyscrapers become one (Google-Labs-Image FX)

Les Piliers de la Création sont des châteaux de sable, échos assourdis qu’il n’y a pas d’agencement sans l'espace, de sensibilité sans le temps, ni de conscience sans la gravité. Ils révèlent la silhouette d'un ermite face à trois corps qui se chevauchent les uns sur les autres, tous posant la même question : « Pourquoi vivre et mourrir si ce n'est pour atteindre un but supérieur ? »

Robert Burnham Jr. a vu la silhouette de la reine des étoiles dans le contour du pilier central (de droite à gauche).

Dans mon esprit, je vois une alchimiste dans son atelier, travaillant sur l'action des processus physiques et spirituels, transformant le chaos et formant des étoiles. Elle tisse un réseau de connexions complexes au sein de structures architecturales en constante évolution, canalisant une essence intemporelle à travers l'espace-temps. Elle nourrit la genèse des choses et maintient un équilibre fragile, mêlant matière et énergie.

La reine des étoiles que je dessine est réalisée avec des perles de mon vieux collier, enfilées sur un fil. Elles forment une chaîne subtile d'anneaux en équilibre précaire, les uns sur les autres, comme un château de cartes, le château de toutes les choses. Elles forment une danseuse qui, j'imagine, pirouette autour d'un axe de boucles. L'information traverse les lignes. Les cercles se croisent.

Je n'ai qu'une intuition. Un coup de pouce dans cette direction.

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