L'esprit et le cerveau

Publié le par Ysia

La relation entre l’esprit et le cerveau est l’une des plus mystérieuses de la science moderne… L’esprit peut-il connaître des défaillances indépendamment du cerveau ? Ou chaque saute d’humeur ou changement dans la perception des choses se fonde-t-elle sur une pulsion chimique ou physique ? Et, dans ce cas, ce changement physique peut-il être détecté dans le cerveau ? Peut-il être mesuré ?... L’esprit et le cerveau ne sont pas si éloignés l'un de l'autre après tout. Changer l’esprit et vous pourrez changer le cerveau… Nous ne comprendrons le tandem de l’esprit et du cerveau que lorsque nous aurons démêlé comment les cent milliards de neurones dans le cerveau sont connectés les uns aux autres, et comment ces connections se forment, se brisent et se reforment avec le temps. On projette de cartographier la structure du cerveau, ainsi s’appelle le projet Connectome…

David Adam, The Man who couldn't stop

Si comme nous le croyons, l'activité inconsciente de l'esprit consiste à imposer des formes à un contenu, et si ces formes sont fondamentalement les mêmes pour tous les esprits, anciens et modernes, primitifs et civilisés -- comme l'étude de la fonction symbolique, telle qu'elle s'exprime dans le langage, le montre de façon si éclatante -- il faut et il suffit d'atteindre la structure inconsciente, sousjacente à chaque institution ou à chaque coutume, pour obtenir un principe d'interprétation valide pour d'autres institutions et d'autres coutumes, à condition, naturellement, de pousser assez loin l'analyse. (Claude Lévi-Strauss, Anthropologie structurale, 1958, p. 28)

 

 

  L'esprit, identité spirituelle du cerveau, s’émerveille sur son propre fonctionnement et cherche à comprendre comment il procède organiquement. La boîte crânienne non seulement abrite et protège le cerveau mais participe également des fonctions de la respiration, de la vocalisation, de la vision et des organes sensoriels. Sans qu’il soit certain de savoir comment et pourquoi l’évolution a pris place au cours de millions d’années, il demeure qu’une place plus grande a été faite à l’organe du cerveau élargissant par là même le spectre des fréquences sonores et permettant par la perte du groin animal l’adaptation au language chez l’Homo (Daniel E Lieberman, The Evolution of the Human Head, Harvard University Press, 2011, p.8). Toute évolution des points de vue allométriques et hétérochroniques implique des modifications du squelette crânien et facial (ibid., p.19) Il s’agit de considérer dans une perspective temporelle, spatiale et tridimensionnelle le repositionnement des diverses unités crâniennes et faciales au sein de la tête.


Dans quelle mesure notre expérience quotidienne est-elle influencée par les mécanismes psychiques inconscients ? Comment les impulsions inconscientes surgissent-elles dans la sphère de la conscience ? On peut parler de différents degrés de conscience. Il y a l’observant face à l’observé. S’en suit la réaction émotionnelle intérieure de l’observant et le message subjectif que l’objet de son observation suscite, reflet de sa sensibilité et de son activité cognitive,  qui le conduit à travers un dialogue intérieur à définir par l’image et/ou à dénommer par le langage.


La cognition, ou processus d’acquisition de la connaissance, dépend du cortex cérébral, c'est-à-dire la région du cerveau qui participe de la conscience, du langage et des fonctions cognitives supérieures et qui englobe le cortex visuel et olfactif.  Il faut noter que la région du cerveau qui traite du phénomène acoustique de l’écho, dont le rôle a été souligné dans la création des peintures rupestres néolithiques (Anthropologie psychoanalytique), est en fait le cortex visuel et non pas la région afférente de l’ouïe. La taille du cortex visuel, à savoir la place assignée dans le cerveau pour le traitement visuel des données recueillies, varie selon les individus, du simple au triple. S’agissant des symboles, c’est le cortex préfontal qui, dans le cerveau du mammifère, établit la relation entre les symboles et les concepts abstraits, notamment la quantification numérique.  La génétique, avec la découverte du gène HAR1F qui aide au développement du cortex cérébral, a permis à identifier une des régions du génome humain qui montre une évolution accélérée (Scientific American).

 
 Qu’est-ce qui a précédé: les changements opérés dans le cerveau ou les modifications corporelles dont l’Homo fut le sujet ? L'expansion du cortex préfontal suggère une sélection naturelle pour les fonctions particulières de la mémoire et de l'organisation (The Evolution of the Human Head, p.191). Avec la découverte du feu il y a 700 000 ans environ, l'introduction de la préparation mécanique des aliments et, subséquemment, de la cuisson dans la gastronomie de la préhistoire a contribué au rétrécissement de la machoîre et de la bouche au bénéfice du cerveau (ibid., p.276). L'importante capacité crânienne prédispose l'Homo à percevoir les sons graves (ibid., p.389-398), ainsi en est-il du rôle de l'écho dans les cavernes aux peintures rupestres. Faut-il en déduire que les basses fréquences résonnent au plus profond de notre être telle la vibration de la syllabe sacrée qui produit une résonance corporelle ?

 

Encore faut-il aujourd'hui comprendre la tendance inverse de la réduction dimensionnelle du cerveau qui s'est amorcée il y a douze mille ans! L’Homo sapiens abandonné à lui-même est l’objet de variations liées à son environnement géographique et au climat, son ossature perdant de fait la robustesse de ses plus proches ancêtres, Neandertal et Homo erectus. La face s’est rétractée et la sphère neuro-crânienne s’est arrondie. Ce sont ces différences physiques qui révèlent l’émergence de fonctions cognitives, motrices, nutritives, respiratoires et linguistiques.  L’apport d’acides gras dans l’alimentation a rendu possible le développement à travers les âges du cerveau.  Le cortex préfrontal a pris du volume en même temps que les lobes temporal et pariétal. Le lobe temporal participe à la collecte des données sensorielles et à la mémoire des mots, des images, des sons et des odeurs, jouant un rôle essentiel dans la fonction du langage et les tâches liées à  la perception sensorielle et à son traitement par le cerveau. C’est le cortex préfrontal qui intervient dans un certain nombre de fonctions cognitives abstraites, à savoir le langage, le raisonnement, la planification et l’interprétation des échanges au niveau social.

 

Le débat fondamental entre nature et environnement se pose une fois de plus pour le cerveau, matrice des fonctions cognitives. Est-ce la complexité des tâches qui fait écho à celle des circuits neurologiques ? Jusqu’où ira l’évolution complexe et inexorable du genre humain ? Quoi qu’il en soit, les différences morphologiques sont aujourd’hui plus importantes entre les individus d’un même groupe qu’entre différentes populations de la planète (Daniel E. Lieberman, The Evolution of the Human Head, p.580-584).

C’est une vraie question. Ou les gens intégreront la technologie dans leur vie, et leur cerveau d’une certaine façon s’adaptera à un bombardement sensoriel constant. Ou bien, à un certain moment, trop de gens deviendront de moins en moins productifs. Les circuits cérébraux du NRT et du cortex préfrontal détermineront notre capacité à s’adapter, et j’espère qu’en tant qu’espèce, nous prendrons tous les meilleures décisions pour nous-mêmes.

Michael Halassa

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