95 articles avec porte sur l'inconscient

Compte à rebours

Publié le par Ysia

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La conscience octopode

Publié le par Ysia

Good philosophy is opportunistic; it uses whatever information and whatever tools look useful.

Other Minds, Peter Godfrey-Smith, 2016

Il y a six cent millions d'années avant le présent lorsque humains et céphalopodes - dont font partie les pieuvres, les poulpes, les calamars et les seiches - partageaient un ancêtre commun dans le vaste océan de nos origines, qui sait ce à quoi il ressemblait.

Une créature en forme de ver, quelques millimètres de long ou plus large,  nageant ou rampant au fond des mers. Avec des embryons d'yeux et dotée d'un système nerveux. À l'époque de l'ancêtre humain-pieuvre, il n'existait aucun organisme sur la terre ferme et le plus large animal était probablement  une éponge ou une méduse.

Parmi les invertébrés - les araignées, crabes, abeilles et les mollusques comme les escargots, les huîtres - les céphalopodes inclus dans le sous-groupe des mollusques sont les seuls à avoir développé un large système nerveux et à se comporter d'une façon différente de celle des autres invertébrés. Les céphalopodes forment une île de complexité mentale dans une mer d'animaux invertébrés. Sur une branche de l'arbre phylogénétique, séparée de la nôtre, ils ont pourtant développé un large cerveau et adopté un comportement complexe.

Peter Godfrey-Smith, dans son ouvrage Other Minds, indique que la difficulté de sa discipline - la philosophie de la biologie - est la relation entre l'esprit et la matière, comment la sensibilité, l'intelligence et la conscience s'intègrent dans le monde physique.

L'évolution a commencé à partir d'une cellule unique pour devenir une accumulation de cellules multiples. C'est ce même processus qu'ont suivi tous les organismes. Il a fallu une force coordinatrice, un élan assembleur originel de plus en plus complexe dans un sens directionnel régi par le facteur temps. Un hasard expérimental ou une providence omnisciente? Peut-on parler d'unité de l'être lorsque chaque organisme n'est qu'un amas de cellules volontairement ou involontairement impliquées dans la marche inexorable de la vie ? Alors commence le bal des êtres multicellulaires dont le cerveau évolue au fur et à mesure de confrontations fortuites dans un combat incessant pour leur propre survie, dans la lutte contre l'extinction de leur espèce.

What does it feel like to be an octopus? To be a jellyfish? Does it feel like anything at all? Which were the first animals whose lives felt like something to them?

Other Minds, Peter Godfrey-Smith, 2016, p.77

Aux premières heures de la vie - la période cambrienne - , il faut entendre par "cerveau" ou évolution mentale l'apprentissage des sens et du système nerveux, la capacité de recevoir et d'emmagasiner l'information. De ces embryons d'yeux sont nés les yeux composés des insectes et nos yeux caméras. Quel est le moteur de cette marche évolutive ? Est-ce pour répondre à l'environnement extérieur ou pour mieux contrôler le chaos intérieur ? Vraisemblablement les deux. Entre la perception de plus en plus claire de la lumière extérieure et la maîtrise des tumultes multicellulaires intérieurs... Entre l’exafférence qui provient d’un événement externe et la réafférence qui vient de l’organisme lui-même.
 
Pieuvres et autres céphalopodes sont des mollusques - ils font partie d'un large groupe d'animaux qui inclut huîtres et escargots. Alors qu'est-ce qui les rend si particuliers? Des premiers céphalopodes, seul a survécu jusqu'à nos jours, le nautile dans l'océan pacifique, guère différent d'il y a 200 millions d'années.  Quant aux céphalopodes des temps modernes apparus à l'époque des dinosaures, ils se sont divisés en deux branches: le groupe des huit tentacules et le groupe des dix tentacules.Le plus ancien fossile d'une pieuvre remonte à 290 millions d'années.
 
Les pieuvres sont intelligentes dans le sens qu'elles font preuve de curiosité et s'adaptent à leur environnement. Leurs tentacules dotées de neurones possèdent non seulement la faculté du toucher mais aussi du goût et de l'odorat. C'est ce qui décuple leur intelligence. Alors comment le cerveau commande-t-il les tentacules ? Et pourquoi ont-elles trois cœurs ? La question est de savoir quand on parle d'intelligence s'il ne peut y avoir d'intelligence que circonscrite dans le cerveau. La pieuvre rappelle à l'être humain que l'intelligence des sens dispersés à travers ses tentacules existe aussi.

For an octopus, its arms are partly self - they can be directed and used to manipulate things. But from the central brain's perspective, they are partly non-self too, partly agents of their own.

Other Minds, Peter Godfrey-Smith, 2016, p.103

Peut-on identifier la perception subjective à la conscience? Qu'entend-on par "être sensible"? Est-ce qu'un être sensible est automatiquement doué de conscience? Si l'être sensible vient avant l'être conscient dans un ordre chronologique - pour autant qu'on veuille bien les différencier l'un de l'autre -, alors comment a émergé cet être sensible? Si l'on ne parle ni de l'âme ni de pampsychisme, alors de quoi parle-t-on?

L'être sensible est né de la symbiose entre le ressenti et l'agir. Il répond à un stimulus qui précède un flot de réactions chimiques dans le corps. Faut-il en déduire que tous les organismes possèdent un minimum d'expérience subjective?

Chaque acte mis en branle et accompli - une parole, un mouvement, une grimace, un sourire, un verre de vin, un pas de danse - influence notre ressenti, et vice-versa, tout ressenti - peine, amour, colère, curiosité ou simple acte sensoriel -influe le mouvement ou geste suivant dans un cycle sans fin. Pour l'interrompre, il faut faire une pause, respirer, méditer et prendre le recul. Il est juste de dire que chaque action colore notre ressenti. Après une discussion houleuse, je ressens une certaine frustration, colère ou déception, des émotions négatives qui assombrissent le reste de la journée à moins de pouvoir maîtriser ce flot de sentiments. Je me risque à dire que rien a de l'importance si ce n'est l'importance qu'on y attache. Tout dépend de la réceptivité de l'être.

Des fonctions motrices aux facultés sensorielles... des facultés sensorielles aux fonctions motrices. Les expériences que nous traversons nous laissent un goût à la bouche,  dictent nos actes futurs et façonnent notre devenir. Mais les plantes ne bougent pas...
 

Que faire de nos émotions primordiales ?

We have created a Star Wars civilization, with Stone Age emotions

E.O. Wilson

Du brouillard de l’esprit à l’expérience subjective … S'il est vrai que crabes, pieuvres et chiens connaissent à divers degrés une expérience subjective, on peut donc constater l’existence de ce trait à plusieurs reprises au cours de l'évolution de la vie. La conscience ne serait qu'une forme plus intégrée, cohérente et unifiée d'expérience subjective. Des formes simples et anciennes d'expérience subjective à la conscience...

Peut-être ce qui peut paraître encore plus déroutant pour nous, humains, est la brièveté de la vie des pieuvres. Deux années seulement. Est-il compréhensible qu'un être doué d'une intelligence si singulière et unique parmi les invertébrés puisse avoir une vie aussi courte ? Pourquoi alors être doté de cette intelligence ? Pourquoi être doté d'une conscience qui suppose de manière tragique la prescience chez la pieuvre de son évanescence ? Pourquoi  des potentialités gaspillées dans le grand ordre des choses ? Nous savons que la pieuvre a une capacité exceptionnelle d'apprendre et de s'adapter, mais à quoi bon investir dans cet apprentissage du monde s'il ne reste plus de temps pour mettre ces enseignements, ces leçons de la vie à profit ?

La pieuvre est pareille à un maître zen pour lequel seul le présent, le ici et maintenant, n'a de sens et mérite son attention.

Et pourquoi ne vit-elle pas plus longtemps ? Si les colibris qui reviennent chaque année butiner les plantes indigènes vivent dix ans, pourquoi  les pieuvres ne peuvent-elles pas vivre plus longtemps ? Il y a pourtant la pieuvre du tréfonds de l'océan pacifique (graneledone borreopacifica) qui couve ses œufs quatre années et demi et qui pourrait vivre, en déduit-on, 16 années environ parce que les températures froides du fond de l'océan ralentissent le vieillissement de son métabolisme. Une telle durée d'incubation a pour conséquence un état physique plus avancé et plus large à la naissance.

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Vénus

Publié le par Ysia

Vénus semble être le parent pauvre des missions spatiales. Des 26 propositions d’étude soumises à l'agence spatiale NASA au cours des trente dernières années, aucune n'a été retenue. Notamment dans le cadre du programme Discovery,  le projet DAVINCI, (Deep Atmosphere Venus Investigation of Noble gases, Chemistry, and Imaging) d'un demi-milliard vient d’être rejeté. Cette année, la NASA a préféré deux missions d’étude d’astéroïdes Lucy et Psyché. On attend pour savoir si, parmi les projets de plus grande envergure dans le cadre du programme New Frontiers, dont trois ont pour objectif Vénus, une sera retenue cette année.

Il y a 4 milliards d’années, Vénus avait un océan, ce qui pourrait indiquer l’habitabilité de la planète à l’origine. Approximativement de la même taille que la terre, elle a une période de rotation (243 jours) supérieure à sa période de révolution (225 jours). La similarité des deux planètes  au commencement pousse à vouloir comprendre pourquoi leur évolution a été si différente afin de déduire quelles exoplanètes seraient éventuellement habitables sur le long terme.

Il n’y a pas de plaques tectoniques et il l y a moins de 1 000 cratères sur la surface de Vénus. D’après les missions d’exploration qui ont précédé,  la formation des plaines semblent remonter à 500 millions d’années à l’époque de l’ancêtre humain-pieuvre sur terre. .  Le basalte dans le sol montre le  resurfaçage de la planète par les coulées de lave. Il reste impossible à déterminer avec certitude si Vénus est aujourd’hui  volcaniquement  active.  Les  formations plus élevées qui forment des quadrillages ou tessarae paraissent plus anciennes.  Le rapport Deutérium/Hydrogène  est un  paramètre qui a donné la preuve de  la présence d’eau il y a un milliard d’années.

Bien que nous connaissions la composition des gaz qui forment son atmosphère  - néon, argon, krypton et xénon  - les précédentes missions n’ont pas permis d’enregistrer des données en-dessous d’une altitude de 30 km. 75% de l’atmosphère demeure donc  inexploré. Toute mission projetée devrait permettre l’exploration de  Venus en dessous de 12 km.

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Les deux ombres

Publié le par Ysia

David Smith, Aggressive Character

David Smith, Aggressive Character

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Univers-bulles

Publié le par Ysia

Une zone située entre 6 et 10 milliards d'années-lumière de la Terre et large d'un milliard d'années-lumière est anormalement froide sur la carte des fluctuations de températures de la voûte céleste. La découverte de ce point froid par le satellite Planck relance le débat sur la question des univers-bulles. Une hypothèse est que ce point froid aurait été causé par une collision entre notre univers et un autre univers-bulle. Si de futures analyses, plus détaillées, du rayonnement fossile le prouvent, il pourrait s'agir de la première preuve de l'existence d'un multivers. Des milliards d'univers comme le nôtre pourraient exister.

Si ce point froid est bien une manifestation du multivers, ce serait sans doute une conséquence de la théorie de l’inflation. Un peu à la façon dont se forment des bulles dans un liquide, la croissance de l'une d'entre elles aurait conduit à entrer en collision avec la nôtre, laissant la trace de cette anomalie.

Ce schéma en deux dimensions représente une portion de l'espace-temps d'un multivers infini que l'on peut considérer localement comme plat. À un instant T0, un univers bulle naît et gonfle presque à la vitesse de la lumière dans ce multivers. Il correspond aux cercles rouges que l'on voit représentés aux dates T1 et T2. Mais dans cette bulle, du fait de la géométrie particulière de l'espace-temps plat, un univers à courbure négative apparaît comme infini, mais en expansion pour des observateurs y existant. Différentes dates de son histoire sont représentées par les temps cosmiques t1 et t2 de cet univers : ils correspondent à une sorte d'instantané de la structure spatiale de cet univers infini, mais néanmoins contenu dans une bulle de taille finie. Il se pourrait que les anomalies dans le rayonnement fossile signalent que nous sommes dans un univers ressemblant beaucoup à cette bulle. On voit sur ce diagramme d'espace-temps les trajectoires de galaxies (en jaune).

Univers-bulles

Selon cette idée, non seulement la Terre n’est qu’une planète parmi tant d’autres, mais l’Univers est lui-même insignifiant à l’échelle cosmique, un parmi un nombre incalculable d’autres univers régis par leurs propres lois.

http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/article-le-multivers-existe-t-il-28762.php

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Interprétation

Publié le par Ysia

Je sais bien qu'il ne faut pas confondre réalité et observation, mais c’est le privilège de l’artiste que d’offrir une approche plus personnelle et subjective de l’art… Les aimants sont des souvenirs que l’on rapporte régulièrement de ses voyages. Souvent on les colle sur les frigos. Réarrangés, repositionnés, ils apparaissent sous un angle nouveau et rappellent à la mémoire des lieux et événements qui appartiennent aujourd’hui au passé. L’aimant du musée national de l’histoire et de la culture afro-américaines et celui  du  Pavillon chinois de l’Expo de 2010 à Shanghai offrent un point de comparaison. Les deux bâtiments semblent représenter des structures de  forme trapézoïde renversées.  Dans la prolongation des  pyramides inversées d’I.M.Pei , les structures trapézoïdes renversées paraissent s’ouvrir  vers le haut.

Le musée américain a été inspiré par  la partie supérieure d’un  poteau de véranda, œuvre de l’artiste nigérian Olowe d’Ise (v.1873– v.1938), comme une couronne à trois niveaux. La couronne de l’Est est précisément le nom donné au Pavillon chinois de l’architecte 何鏡堂  dont la structure rappelle la forme d’un ancien objet rituel ding 鼎.

 

 

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Dissémination

Publié le par Ysia

Sur les routes historiques liant l’Asie à l’Europe se dressent des cités à travers l’histoire, regroupements permanents plus ou moins denses de populations socialement hétérogènes dont les sites archéologiques dès la période néolithique nous laissent des vestiges de commodités de toutes sortes, d’ossements humains ou animaux  - objets d’étude de l’archéozoologie -, de bijoux de cuivre bleu et vert et de techniques de traitement du cuivre dont les plus anciennes en Turquie,  de l’or dans les Balkans  vers 5 000 ans avant notre ère,  de l’argent en Turquie 6 000 ans avant notre ère. Des sites tels que Shanidar et Zawi Chemi au nord-est de l’Iraq, Hallan Cemi dans l’Est de la Turquie, Rosh Horesha en Israël et Mehrgahr au Pakistan. L’une de ces voies de communication est la légendaire Route de la Soie ainsi nommée par le géologue Ferdinand von Richthofen (Seidenstrasse).   

C’est en suivant ces itinéraires que se sont disséminés des trésors de civilisation, des vaisseaux de connaissance, des réceptacles de savoir dont la riche production littéraire bouddhique y compris le répertoire de commentaires et de traductions du Vajracchedika Sutra qui plonge le chercheur du sens profond dans la difficulté de pouvoir entièrement les étudier.

L’or prit mille ans pour parvenir en Israël depuis les Balkans. Le temps peut se compter en brèves secondes, s’allonger en années et prendre des décennies voire des siècles pour transporter le savoir d’un point à l’autre du globe. Pourtant les phénomènes peuvent aussi se produire simultanément, ainsi il en est de l’utilisation dans un but décoratif ou ornemental de l’or en Amérique du Sud 2 000 ans avant notre ère et du cuivre en Amérique du Nord 5 000 ans avant notre ère.

Le bronze aussi. Alliage d’étain et de cuivre dont raffolait l’aristocratie du temps de l’Âge du bronze. La métallurgie du bronze qui commença à se diffuser dans toute l’Eurasie au cours du troisième millénaire avant notre ère est apparue au Xinjiang au début du deuxième millénaire puis au Gansu et au Qinhai. Une route de transmission possible vers la Chine passe par la Sibérie, le Xinjiang et la culture Qijia du Gansu jusqu’en Thaïlande. L’un des sites les plus symboliques de cette métallurgie du bronze en Chine est 二裏頭Erlitou avec ses vases rituels. Bien qu’une légende antique tirée des Annales historiques attribue l’invention du bronze au souverain mythique Yu le Grand et une autre tirée des Annales des Printemps et Automnes qui l’attribue à son fils, il n’a pas été jusqu’à ce jour possible d’établir un lien entre la dynastie Xia et le site archéologique d’Erlitou.

禹收九牧之金,铸九鼎。皆尝亨鬺上帝鬼神。遭圣则兴,鼎迁于夏商。周德衰,宋之社亡,鼎乃沦没,伏而不见
Yu fondit neuf trépieds avec le métal que lui fournirent les neuf pasteurs (de peuple) et se servit d’eux tous pour cuire les victimes qu’il offrait aux Empereurs d’en haut, aux mânes et aux dieux. (Ainsi), toutes les fois qu’un sage se présenta, (les trépieds) apparurent. Ils furent transmis aux Hia, puis aux Chang ; mais la vertu des Tcheou s’étant pervertie et le dieu du sol à Song ayant disparu, les trépieds tombèrent dans l’eau où ils s’enfoncèrent et devinrent invisibles.

Mémoires Historiques, Edouard Chavannes

Aujourd’hui, sur la base des recherches en archéométallurgie qui est l’étude de l’histoire et de la préhistoire des métaux et de leur utilisation par l’être humain, on estime que si la tradition des poteries peintes s'est propagée du Gansu vers le Xinjiang, la technologie du bronze a été transmise dans le sens inverse. En fait la « route du bronze » part depuis l’Anatolie, le Caucase et le plateau iranien du complexe bactro-margien en passant par les populations nomades de Seima-Turbino vers la Chine. Une autre civilisation utilisait aussi la métallurgie du bronze, comme nous le révèle le très célèbre site de 三星堆Sanxingdui au Sichuan, dont nous savons peu de choses si ce n’est qu’elle était clairement distincte de la culture de la grande plaine septentrionale.

Sur la base des annales historiques de la dynastie Shang, un portrait de la société chinoise vers 1 200 avant notre ère se dessine et ressemble étrangement à celle des États d’Eurasie dont l’économie était basée sur l’agriculture, tels que la civilisation mycénienne en Grèce, avec une aristocratie dotée d’armes et de chariots de bronze et qui a légué ses écrits à la postérité.  (Academia.edu)

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Dialogue entre mon âme et le Ciel

Publié le par Ysia

What is my calling? Calling to greatness!

Lorsque j’ai commencé ce blog, l’un de mes tout premiers articles s’intitulait Dialogue entre mon âme et le Ciel , dont je republie une version abrégée ci-dessous. Ainsi je commençais « What is my calling : Calling to Greatness ! », parole motivante de quelque orateur entendu auparavant. Mais Calling to Greatness, ça veut dire quoi ? Ou plus judicieusement, qui ou quoi inspire cet appel ? Est-ce un appel venu de l’extérieur, influencé par les multiples conformismes sociaux, ou de l’ego qui ne possède qu’une vision étriquée du monde ? Ou est-ce de sa nature véritable, caisson de résonance de l’ultime  et sourde vérité? Il importe de se poser la question à chaque pas, chaque mouvement, chaque pensée. 

On peut imaginer le réel, le créé, le tangible, mais peut-on imaginer l’incréé ? Face à l’incréé, peut-on faire preuve d’imagination et d’acceptation ? Soif d’inconnaissable, de ce qui échappe à la connaissance humaine. Image, intention, flexibilité. Un, deux, trois !   L’art est un acte thérapeutique. C’est par une approche verbale puis artistique que je conçois cette étude sur la résonance et la vanité.  Combiner mon initiation de l’art et son énonciation verbale est mon propos pour parvenir sans état d’âme ni ambition à l'abandon de soi.  

Adage fou et sage à la fois signifiant meuler un pilon de fer jusqu’à en faire une aiguille. Absurdité ou sagesse? Rêve ou réalité? Faisant écho à la parabole de Zhuangzi et du papillon qui me réconcilie avec moi-même dans mon combat entre le cœur, siège des sensations et de la conscience intuitive, et la raison car c’est bien dans le cœur, au plus profond du moi, que réside la révélation que je vis de ma capacité de créer, de laisser mon esprit concevoir une œuvre encore incertaine. Les deux bases sur lesquelles s’appuie l’art sont le concret et l’abstrait, parcours entre fiction et réalité. Les lignes qui guident la main de l’artiste sont concrètes mais le sujet créé ne l’est pas forcément dans sa dimension existentielle.C’est avant tout pour son symbolisme que j’apprécie une œuvre d’art, mais c’est aussi pour ce qu'elle évoque de primitif ou de mystique que je  fonds devant elle. Peut-on parler de son souffle de vie ?  

Adams Memorial (3)Adams Memorial, l’œuvre majestueuse d’Augustus Saint-Gaudens au cimetière de Rock Creek à Washington D.C., ne peut être mieux qualifiée que par ces mots : « profondeur » et « mystère » (The work of Augustus Saint-Gaudens, John H. Dryfhout, University Press of New England, 1982). Que dire de l’artiste ? Est-il conscient de la dimension philosophique de son œuvre ou est-elle d’essence divine ? D’après William Stillman, l’artiste est un être

of feeling and sensitivity, who can go beyond the cold mechanics of the accurate rendering of nature to an appreciation of the beauty (The Nature and Use of Beauty, 1856) 

Adams Memorial

Il faut une inspiration, un rêve, une fantaisie à la fois fragile, démente et suicidaire. Le mystère de la création, c’est de pénétrer la masse opaque, l’incréé. Telle une incursion dans une autre dimension entre ce qui est, ce qui n’est pas et ce qui sera, il y a cette quatrième dimension : le devenir qui se modifie à chaque instant. C’est cela la création. 

 

Consciousness, according to Vasubandhu and Xuanzang, is constantly changing, undergoing parinama, a word that Vasubandhu defines as “becoming otherwise” (anyathatva). All eight consciousnesses are perpetually becoming otherwise.

https://www.academia.edu/33306476/Vasubandhu_Xuanzang_and_the_problem_of_consciousness

L’espace négatif est une notion fondamentale. Il faut le visualiser pour donner vie à sa création. L’espace positif est l’espace qu’occupe physiquement l’œuvre créée. L'art est bien davantage qu’une expérience visuelle. C'est le reflet d’une pensée, d’une philosophie indéniable. C'est de l’espace négatif que jaillissent le trait, la forme, la lumière, les nuances des couleurs. La création part d’une pensée dite insubstantielle. Vacuité et réalité font un. De la fiction à la réalité. Le processus menant à la création, c’est quand on a la pré-conscience de ce qui sera. Produire une pensée qui ne repose sur rien, mais cela se peut-il ? Baignés par son passé, voyageant entre la sphère de l’inconscient et de la conscience, c’est l’inexprimé, l’incréé, voire l’éthéré, qui s’anime ! Produire une pensée qui ne repose sur rien...Résonnent en moi les paroles de Laozi 老子 qui soulignent l'importance du vide ( Lao-tseu, tao tö king, traduit du chinois par Liou Kia-Hway aux Editions Gallimard, 1967) :

Trente rayons convergent au moyeu三十辐共一毂,
mais c'est le vide médian 当其无,
qui fait marcher le char.有车之用。

On façonne l'argile pour en faire des vases,埏埴以为器,
mais c'est du vide interne当其无,
que dépend leur usage.有器之用。

Une maison est percée de portes et de fenêtres,凿户牖以为室,
c'est encore le vide 当其无,
qui permet l'habitat.有室之用。

L'Etre donne des possibilités,故有之以为利,
c'est par le non-être qu'on les utilise.无之以为用

Chaque pas me coûte et commence ma réflexion qui embûche mon élan et initie ma pause ponctuée d’interrogations sur ma raison d’être et sur le monde environnant. L’effacement n’est-il rien d’autre que l’amour de soi, la vanité affirmée, la paresse préconisée ? Ce non-agir est-il en fait égoïsme et dédain, retour sur soi arrogant ? Par leur écriture et leur art, les artistes de l’Art brut se définissent.  Mais je n’ose apposer d’étiquette à ma propre forme d'expression. Par mon élan artistique guérisseur, j’entreprends  une démarche d'ouverture et révèle mon expression intuitive, libérée, miroir de mes chimères.

Nous entendons par là des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique, dans lesquels donc le mimétisme, contrairement à ce qui se passe chez les intellectuels, ait peu ou pas de part, de sorte que leurs auteurs y tirent tout (sujets, choix des matériaux mis en œuvre, moyens de transposition, rythmes, façons d’écriture, etc.) de leur propre fond et non pas des poncifs de l’art classique ou de l’art à la mode. Nous y assistons à l’opération artistique toute pure, brute, réinventée dans l’entier de toutes ses phases par son auteur, à partir seulement de ses propres impulsions. De l’art donc où se manifeste la seule fonction de l’invention, et non, celles, constantes dans l’art culturel, du caméléon et du singe.

Jean Dubuffet, L’art brut préféré aux arts culturels, 1949 (Manifeste accompagnant la première exposition collective de l’Art brut à la Galerie Drouin, reproduit dans Prospectus et tous écrits suivants, Gallimard, 1967)

S'agissant des formes d'expression abstraites, Rudolf Arnheim  relève qu'elles sont:

prominent in early stages of art, i.e., in the work of children and “primitives”, but also in certain aspects of Byzantine style of Christian art, modern Western art, and the artwork of schizophrenics. (Art and Visual Perception, p.145)  Banksia

 

People often create elementary images, not because they have so far to go, but because they have so far withdrawn. An example may be found in Byzantine art, which was a withdrawal from the most realistic style of representation the world had then seen. Art became the servant of a state of mind ..., instead of proclaiming the beauty and importance of physical existence, (it) used the body as a visual symbol of the spirit ; by eliminating volume and depth, by symplifying color, posture, gesture, and expression, it succeeded in dematerializing man and world...straight, simple shape expressed the strict discipline of an ascetic faith

(ibid., p.146-147)

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De la langue originelle

Publié le par Ysia

(deuxième mise à jour). S’il faut partir de l’histoire récente du créole, à savoir un système linguistique mixte créé au gré des flux migratoires par différents groupes de populations qu’elles soient européennes, africaines, asiatiques ou autochtones, pour imaginer par quel processus la langue pré-Babel a évolué, alors se dessine un tableau de la progression physique des mouvements de populations sur lesquelles les recherches d’ADN peuvent permettre de prolonger l’étude jusqu'aux origines.  Les indices fournis par l’étude comparative des langues peuvent précéder la découverte de preuves d’ADN corroborantes, comme le montre l’arbre ci-dessous, tiré de l'article scientifique Genes, peoples and languages paru dans la revue PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences)

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Dans le cas de l’Inde, si les langues dravidiennes n’y auraient fait leur apparition que depuis 5 000 ans et les langues indo-européennes ne s’y seraient implantées que depuis 3 500 ans, le peuplement initial daterait de quelque 60 000 ans. Et si l’on a pendant longtemps pensé que les Gitans étaient originaires de l’Inde du fait des similarités de leur langue et des langues indiennes,  les résultats récents des recherches d’ADN confirment effectivement leur origine il y a 1 500 ans en Inde du Nord.

S'agissant de la langue pré-Babel, c'est comme s'il fallait déconstruire la Tour depuis sa base pour parvenir jusqu'au sommet! Steven Pinker, quant à lui, doute qu'il reste des traces de la langue originelle et qu'il ne nous sera jamais possible de les retrouver.

La plupart des linguistes estiment qu'après 10 000 ans, aucune trace de la langue souche ne se retrouve chez ses descendants, ce qui laisse à douter que l'on puisse trouver les vestiges de la langue souche la plus récente à l’origine de toutes les langues contemporaines, ou que cette langue ancestrale contienne des traces de la langue des premiers hommes modernes qui ont vécu il y a environ 200 000 ans.

The Language Instinct, p.259

Avancer vers le passé comme pour répondre aux lacunes que le temps n’a pas réussi à combler. Donner le dos à l’avenir tandis que s’ouvre devant soi le passé comme un livre ouvert. C’est entre les lignes du passé que se lit l’avenir. L’âme spirituelle danse comme un feu follet au plus profond, comme un cheval ailé. Comment dompter le mirage Pégase ? C’est au tréfonds de soi que le son premier, l’harmonie de l’Un couve, se nourrit et brûle.

S’agissant du langage, se référant à l’article intitulé « Tuvan » du magazine National Geographic de juillet 2012, des questions essentielles se posent à l’humanité entière : Chaque dialecte recèle-t-il en lui des connaissances irremplaçables, trésors enfouis dans l’inconscient humain, parcelle d’une énigme universelle, pièce originelle et pourtant oubliée d’un puzzle car rejetée dans la marche inexorable d’une uniformisation du langage ? La culture des peuples et populations divers est-elle à jamais perdue car intraduisible dans les langues majeures qui affirment leur monopole autoritaire sur l'univers ? Quels secrets merveilleux, idées à la fois intuitives et subtiles se perdent fatalement avec la disparition de la tour de Babel ? Une langue peut-elle métamorphoser sa façon de penser, changer sa vue du monde ? Imprégner de poésie ou rationaliser la pensée ?

Au bout du chemin, il ne nous restera plus que l'infiniment petit pour répondre à nos interrogations, que notre ADN et les recoins de notre cerveau à prendre pour objet de notre étude. Linguistes, scientifiques résoudront-ils l’énigme de l’origine? Si l’avenir s’ouvre à l’horizon devant nos yeux ébahis, pourquoi nous est-il invisible ? Franchissant l'un après l'autre le seuil des trois dimensions, le présent apparaît comme une ligne de démarcation , un no man’s land, une embarcation au bout du monde, au bord du précipice et prêt à plonger dans la fange des eaux futures.

Et si chaque langue et dialecte recélaient le secret de notre évolution et représentaient une étape dans l’histoire de l’humanité, parcelles héritées du passé.

Les langues minoritaires conservent souvent des vestiges de systèmes numériques pouvant être antérieurs à l’adoption par le monde moderne du système à base décimale. Une tribu amazonienne, les Piraha, ne semble pas avoir de mot pour les nombres fixes.

http://ngm.nationalgeographic.com/2012/07/vanishing-languages/rymer-text

Ce qu’il avait pendant longtemps considéré comme signifiant « un » (hoi sur un ton descendant) se réfère plus généralement à une petite quantité et « deux » (hoi sur un ton montant) s’utilise souvent pour une quantité plus importante.

http://www.newyorker.com/magazine/2007/04/16/the-interpreter-2

Cette incapacité à concevoir l’idée même du calcul suggère que la numération est le produit de la culture des individus et non une part intégrante de l’intellect humain. Ce sont les valeurs culturelles qui influencent le parler des communautés ou tribus indigènes, selon Daniel Leonard Everett. C’est l’expérience quotidienne et la mémoire des ancêtres qui colorent l'outil de communication spécifique à chaque population. Selon Everett, la tribu des Piraha n’a pas de conscience collective remontant à plus d’une ou deux générations ni de mythe relatif à la création originelle. Mais comment concevoir un peuple sans mémoire pour lequel seule l’expérience du présent existe ? Le langage naturel exprime l’identité culturelle indviduelle.Et cette identité des Piraha semble être ancrée dans le présent. Vivant au jour le jour, ils n’ont adopté aucun procédé de conservation de la viande et ne stockent pas de farine de manioc à l'exemple des autres tribus amazoniennes .

L’interprétation des couleurs varie aussi d’une langue à l’autre. Un arc-en-ciel, au pied de l'arbre, ne présente pas la même gamme de couleurs suivant les tropiques.

La disparition des langues est à l’image des dragons cachés et tigres tapis, talents enfouis dans les profondeurs de la nuit. Mais qu'en est-il du langage des formes anciennes, telles les sculptures Wollisho des plateaux éthiopiens, le sceptre de danse honorant le Dieu de la Foudre Sango et reconnaissable par le symbole de la double hache et le vase à tête humaine qui se retrouve de l’époque néolithique en Chine à l’Afrique du XIXe siècle dans la vallée de Benoué? Sagesses oubliées des Oromos éthiopiens aux Khoisan d’Afrique du Sud, des tribus Masai aux Hausa, des Kanuri aux anciens Sao...

En Chine, une expression graphique néolithique remonte à 6 000 ans d'après les fouilles effectuées à 賈湖 dans le Henan avec les premiers exemples de textes écrits datant de la période Shang tardive vers 1 200 ans avant notre ère. Il n'a pourtant pas été jusqu'ici possible de lier l'écriture Shang aux symboles néolithiques essentiellement du fait des quelques milliers d'annéees qui séparent ces deux périodes de l'histoire.

out est signe et forme dans la nature. C’est dans le réveil de l’humanité que réside sa survie. Le dictionnaire mental qui habite le cerveau humain est riche en symboles et concepts abstraits animés eux-mêmes d’un élan de vie singulier. Ce dictionnaire mental contribue à organiser la pensée et la perception universelles. Il faut prendre la mesure des conséquences profondes causées par les possibilités conceptuelles offertes par les langues et dialectes de l’humanité (K. David Harrison, The last speakers, p.48-49, National Geographic Society, 2010). La langue ne saurait être dissociée ni même interprétée sans l’espace qu’elle occupe parce qu’elle s’appuie sur l’environnement terrestre – rivières et vallées, montagnes et prairies, villes et rues – de ceux qui la véhiculent.

La lecture de l'ouvrage intitulé The Language Instinct par Steven Pinker ( N.Y.:W. Morrow and Co, 1994) m'interpelle: Si l’on parle de conscience, est-elle inséparable d’une forme de langage, ou plus fondamentalement d’une communication, qu’elle soit interne à l’être vivant ou externe ?L’absence de langage ne saurait signifier l’absence de pensée ! Ainsi le dialogue existe. Son existence est corroborée par les recherches scientifiques menées sur les singes et les oiseaux. Si l’on accorde une capacité de communication aux singes, cette conscience cérébrale est-elle absente des arbres de la forêt ? D’où vient le langage ? Naît-il de la pensée visuelle antérieure du point de vue biologique à la capacité d’expression ? Dans The creative Process A symposium (1954), Brewster Ghiselin rapporte les paroles d’Albert Einstein expliquant les étapes du processus de création:

Les mots du langage, tels qu’ils sont écrits ou parlés, ne semblent pas jouer un rôle dans mon propre mécanisme de pensée. Les entités psychiques qui semblent servir d’éléments de pensée sont certains signes et images plus ou moins claires pouvant être « volontairement » reproduites ou combinées les unes aux autres. Il y a, à l’évidence, une relation entre ces éléments et les concepts logiques correspondants. Il est clair aussi que le désir de parvenir au bout du compte à une série de concepts logiquement reliés les uns aux autres constitue la base émotionnelle de l’interaction entre les éléments susmentionnés. Mais d’un point de vue psychologique, ce jeu combinatoire semble être le trait essentiel d’une pensée constructive avant même qu’un quelconque lien ne s’établisse entre une construction logique de mots et d’autres types de signes pouvant être communiqués. Les éléments ci-mentionnés sont, dans mon cas, d’ordre visuel et parfois musculaire. Des mots conventionnels ou autres signes doivent être laborieusement recherchés mais seulement dans un second temps, quand l'ensemble associatif ci-mentionné est correctement établi et reproduit à loisir.

L'intériorisation du dialogue ne saurait se limiter à une langue particulière. D’abord il y eut conscience collective, puis vint la conscience individuelle. Le langage vint en troisième apporter le dialogue entre les êtres.Qu’entend-on par pensée visuelle ? Comment les impulsions électriques des cellules du cerveau forment-elles des pensées?

…tout à coup, une idée s'élance, passe avec la rapidité de l'éclair, à travers les espaces infinis dont notre cerveau nous donne la perception. Cette idée brillante, surgie comme un feu follet, s'éteint sans retour: existence éphémère, pareille à celle de ces enfants qui font connaître aux parents une joie et un chagrin sans bornes ; espèce de fleur mort-née dans les champs de la pensée. Parfois l'idée, au lieu de jaillir avec force et de mourir sans consistance, commence à poindre, se balance dans les limbes inconnus des organes où elle prend naissance ; elle nous use par un long enfantement, se développe, grandit, devient féconde, et se produit au dehors dans la grâce de la jeunesse et parée de tous les attributs d'une longue vie ; elle soutient les plus curieux regards, elle les attire, ne les lasse jamais : l'examen qu'elle provoque commande l'admiration que suscitent les œuvres longtemps élaborées. Tantôt les idées naissent par essaim : l'une entraîne l'autre; elles s'enchaînent ; toutes sont agaçantes; elles abondent, elles sont folles. Tantôt elles se lèvent pâles, confuses, dépérissent faute de force ou d'aliments; la substance génératrice leur manque. Enfin, à certains jours, elles se précipitent dans les abîmes pour en éclairer les immenses profondeurs; elles nous épouvantent et laissent notre âme abattue. Les idées sont en nous un système complet, semblable à l'un des règnes de la nature, une sorte de floraison dont il serait possible à un homme, à un fou peut-être , de donner l’iconographie. Oui, tout, en nous et au dehors, atteste la vie de ces créations ravissantes que je compare à des fleurs, en obéissant à je ne sais quelle révélation de leur nature! Au reste, leur production comme fin de l'homme n'est pas plus étonnante que celle des parfums et des couleurs dans la plante. Les parfums sont des idées peut-être... La pesanteur du sentiment que produit l'attente ne s'accroît-elle pas par une addition constante des souffrances passées à la douleur du moment? Enfin, à quoi, si ce n'est à une substance électrique, peut-on attribuer la magie par laquelle la Volonté s'intronise si majestueusement dans les regards pour foudroyer les obstacles aux commandements du génie , éclate dans la voix , ou filtre , malgré l'hypocrisie , au travers de l'enveloppe humaine? Le torrentueux courant de ce roi des fluides qui, suivant la haute pression de la Pensée, s'épanche à flots, ou s'amoindrit et s'effile, puis, s'amasse pour jaillir en éclairs, est l'occulte ministre auquel sont dus soit les efforts , ou funestes ou bienfaisants, des arts et des passions ; soit , les intonations de la voix , rude, suave, terrible , lascive , horripilante , séductrice tour à tour, et qui vibre dans le cœur, dans les entrailles ou dans la cervelle au gré de nos vouloirs; soit tous les prestiges du toucher d'où procèdent les transfusions mentales de tant d'artistes dont les mains créatrices savent, après mille études passionnées, évoquer la nature; soit enfin, les dégradations infinies de l'œil, depuis son atone inertie jusqu'à ses projections de lueur les plus effrayantes.

Louis Lambert, Honoré de Bailzac

Une fois germées, comment les pensées suscitent-elle les passions affectives que sont les émotions: peur, peine, compassion, frustration? Est-ce d’une image que tout dialogue intérieur naît? La raison même scientifique ne peut exister sans l’inconscient affectif, bagage de l’odyssée individuelle ou collective humaine. Comme la propre expérience d'Einstein le montre, la transition de l’inconscient au domaine de la conscience prend la forme d’une série d’images appartenantà la réalité (ou au rêve) que la raison découvre et interprète. L'histoire de Newton et la pomme est exemplaire de la pensée visuelle en action.

En fin de compte, nous ne conservons que ce que nous aimons, nous n’aimons que ce que nous comprenons, et nous ne comprenons que ce qu’on nous enseigne.

Baba Dioum

Comment dépasser ces barrières invisibles ? Comment redécouvrir la langue des premiers temps, langue secrète aux racines préhistoriques ? Tour de Babel ? Les langues anciennes sont la clef du passé.Les langues sont l’inconscient des errants du devenir. La Papouasie-Nouvelle-Guinée avec plus de 800 langues parlées offre un exemple extrême de la façon dont les langues se comportent comme des groupes exclusifs d’adhésion:

Pour des raisons que nous ne pouvons comprendre, une population relativement peu nombreuse de 7 millions d’habitants, appartenant à de petits groupes en contact permanent les uns avec les autres, a, au lieu de converger en une langue commune, conservé un nombre considérables de langues distinctes.

K. David Harrison, The last speakers, p.154, National Geographic Society, 2010

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Perspective naïve

Publié le par Ysia

The Naive Perspective makes us feel sensitive and vulnerable. Looking inward as to how the words and actions of others implicate us in some way, we continually misread their intentions. We project our own feelings onto them. We have no real sense of what they are thinking or what motivates them.

Robert Greene

Naive Perspective jusqu’au 3 juillet à Torpedo Factory, Alexandria (Virginie)

Naive Perspective jusqu’au 3 juillet à Torpedo Factory, Alexandria (Virginie)

Il s'agit de mon premier essai à la sculpture il y a 10 ans, intitulé First, que j'ai revisité tout spécialement pour cette exposition sur le thème de la perspective, terme employé en peinture, en architecture mais que j'ai choisi d'utiliser au sens figuré comme une manière particulière de voir les choses.

La création de First avait été pour moi une joie sans pareille. Quelque chose de magique, d’extatique s’est produit et pourtant bien réel. La création n’est-elle pas un effort hiératique par lequel l’esprit rejoint une sphère inconnue ? Démarche inconsciente de créer un visage aux diverses influences, qui me hante et me poursuit depuis. C’est l’art ancien que je prime et l’art religieux qu’il s’agisse des statues bouddhiques ou des vierges noires d’Auvergne. Asie, Afrique, Amérique et Europe - tout se conjugue en moi dans un mystère chaotique, un tohu-bohu exaltant.

Plutôt que d'identifier la source du problème dans notre enfance, comme l'écrit Robert Greene, il me semble que la naïveté qui nous amène à imaginer ce que l’autre pense ou à tirer des déductions de ce que l’autre fait est un trait du comportement humain chez l’Homo Sapiens qui, dans sa réponse à des signaux visuels, le pousse à interpréter à la va-vite un stimuli conformément à ses propres attentes, suivant un modèle donné.

The cost of seeing a false pattern as real is significantly less than the cost of not detecting a real pattern, hence natural selection will favor patternicity. Thus natural selection can prefer strategies that make incorrect causal associations in order to establish those that are essential for survival and reproduction

Academia.edu

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