89 articles avec porte sur l'inconscient

Dissémination

Publié le par Ysia

Sur les routes historiques liant l’Asie à l’Europe se dressent des cités à travers l’histoire, regroupements permanents plus ou moins denses de populations socialement hétérogènes dont les sites archéologiques dès la période néolithique nous laissent des vestiges de commodités de toutes sortes, d’ossements humains ou animaux  - objets d’étude de l’archéozoologie -, de bijoux de cuivre bleu et vert et de techniques de traitement du cuivre dont les plus anciennes en Turquie,  de l’or dans les Balkans  vers 5 000 ans avant notre ère,  de l’argent en Turquie 6 000 ans avant notre ère. Des sites tels que Shanidar et Zawi Chemi au nord-est de l’Iraq, Hallan Cemi dans l’Est de la Turquie, Rosh Horesha en Israël et Mehrgahr au Pakistan. L’une de ces voies de communication est la légendaire Route de la Soie ainsi nommée par le géologue Ferdinand von Richthofen (Seidenstrasse).   

C’est en suivant ces itinéraires que se sont disséminés des trésors de civilisation, des vaisseaux de connaissance, des réceptacles de savoir dont la riche production littéraire bouddhique y compris le répertoire de commentaires et de traductions du Vajracchedika Sutra qui plonge le chercheur du sens profond dans la difficulté de pouvoir entièrement les étudier.

L’or prit mille ans pour parvenir en Israël depuis les Balkans. Le temps peut se compter en brèves secondes, s’allonger en années et prendre des décennies voire des siècles pour transporter le savoir d’un point à l’autre du globe. Pourtant les phénomènes peuvent aussi se produire simultanément, ainsi il en est de l’utilisation dans un but décoratif ou ornemental de l’or en Amérique du Sud 2 000 ans avant notre ère et du cuivre en Amérique du Nord 5 000 ans avant notre ère.

Le bronze aussi. Alliage d’étain et de cuivre dont raffolait l’aristocratie du temps de l’Âge du bronze. La métallurgie du bronze qui commença à se diffuser dans toute l’Eurasie au cours du troisième millénaire avant notre ère est apparue au Xinjiang au début du deuxième millénaire puis au Gansu et au Qinhai. Une route de transmission possible vers la Chine passe par la Sibérie, le Xinjiang et la culture Qijia du Gansu jusqu’en Thaïlande. L’un des sites les plus symboliques de cette métallurgie du bronze en Chine est 二裏頭Erlitou avec ses vases rituels. Bien qu’une légende antique tirée des Annales historiques attribue l’invention du bronze au souverain mythique Yu le Grand et une autre tirée des Annales des Printemps et Automnes qui l’attribue à son fils, il n’a pas été jusqu’à ce jour possible d’établir un lien entre la dynastie Xia et le site archéologique d’Erlitou.

禹收九牧之金,铸九鼎。皆尝亨鬺上帝鬼神。遭圣则兴,鼎迁于夏商。周德衰,宋之社亡,鼎乃沦没,伏而不见
Yu fondit neuf trépieds avec le métal que lui fournirent les neuf pasteurs (de peuple) et se servit d’eux tous pour cuire les victimes qu’il offrait aux Empereurs d’en haut, aux mânes et aux dieux. (Ainsi), toutes les fois qu’un sage se présenta, (les trépieds) apparurent. Ils furent transmis aux Hia, puis aux Chang ; mais la vertu des Tcheou s’étant pervertie et le dieu du sol à Song ayant disparu, les trépieds tombèrent dans l’eau où ils s’enfoncèrent et devinrent invisibles.

Mémoires Historiques, Edouard Chavannes

Aujourd’hui, sur la base des recherches en archéométallurgie qui est l’étude de l’histoire et de la préhistoire des métaux et de leur utilisation par l’être humain, on estime que si la tradition des poteries peintes s'est propagée du Gansu vers le Xinjiang, la technologie du bronze a été transmise dans le sens inverse. En fait la « route du bronze » part depuis l’Anatolie, le Caucase et le plateau iranien du complexe bactro-margien en passant par les populations nomades de Seima-Turbino vers la Chine. Une autre civilisation utilisait aussi la métallurgie du bronze, comme nous le révèle le très célèbre site de 三星堆Sanxingdui au Sichuan, dont nous savons peu de choses si ce n’est qu’elle était clairement distincte de la culture de la grande plaine septentrionale.

Sur la base des annales historiques de la dynastie Shang, un portrait de la société chinoise vers 1 200 avant notre ère se dessine et ressemble étrangement à celle des États d’Eurasie dont l’économie était basée sur l’agriculture, tels que la civilisation mycénienne en Grèce, avec une aristocratie dotée d’armes et de chariots de bronze et qui a légué ses écrits à la postérité.  (Academia.edu)

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Dialogue entre mon âme et le Ciel

Publié le par Ysia

What is my calling? Calling to greatness!

Lorsque j’ai commencé ce blog, l’un de mes tout premiers articles s’intitulait Dialogue entre mon âme et le Ciel , dont je republie une version abrégée ci-dessous. Ainsi je commençais « What is my calling : Calling to Greatness ! », parole motivante de quelque orateur entendu auparavant. Mais Calling to Greatness, ça veut dire quoi ? Ou plus judicieusement, qui ou quoi inspire cet appel ? Est-ce un appel venu de l’extérieur, influencé par les multiples conformismes sociaux, ou de l’ego qui ne possède qu’une vision étriquée du monde ? Ou est-ce de sa nature véritable, caisson de résonance de l’ultime  et sourde vérité? Il importe de se poser la question à chaque pas, chaque mouvement, chaque pensée. 

On peut imaginer le réel, le créé, le tangible, mais peut-on imaginer l’incréé ? Face à l’incréé, peut-on faire preuve d’imagination et d’acceptation ? Soif d’inconnaissable, de ce qui échappe à la connaissance humaine. Image, intention, flexibilité. Un, deux, trois !   L’art est un acte thérapeutique. C’est par une approche verbale puis artistique que je conçois cette étude sur la résonance et la vanité.  Combiner mon initiation de l’art et son énonciation verbale est mon propos pour parvenir sans état d’âme ni ambition à l'abandon de soi.  

Adage fou et sage à la fois signifiant meuler un pilon de fer jusqu’à en faire une aiguille. Absurdité ou sagesse? Rêve ou réalité? Faisant écho à la parabole de Zhuangzi et du papillon qui me réconcilie avec moi-même dans mon combat entre le cœur, siège des sensations et de la conscience intuitive, et la raison car c’est bien dans le cœur, au plus profond du moi, que réside la révélation que je vis de ma capacité de créer, de laisser mon esprit concevoir une œuvre encore incertaine. Les deux bases sur lesquelles s’appuie l’art sont le concret et l’abstrait, parcours entre fiction et réalité. Les lignes qui guident la main de l’artiste sont concrètes mais le sujet créé ne l’est pas forcément dans sa dimension existentielle.C’est avant tout pour son symbolisme que j’apprécie une œuvre d’art, mais c’est aussi pour ce qu'elle évoque de primitif ou de mystique que je  fonds devant elle. Peut-on parler de son souffle de vie ?  

Adams Memorial (3)Adams Memorial, l’œuvre majestueuse d’Augustus Saint-Gaudens au cimetière de Rock Creek à Washington D.C., ne peut être mieux qualifiée que par ces mots : « profondeur » et « mystère » (The work of Augustus Saint-Gaudens, John H. Dryfhout, University Press of New England, 1982). Que dire de l’artiste ? Est-il conscient de la dimension philosophique de son œuvre ou est-elle d’essence divine ? D’après William Stillman, l’artiste est un être

of feeling and sensitivity, who can go beyond the cold mechanics of the accurate rendering of nature to an appreciation of the beauty (The Nature and Use of Beauty, 1856) 

Adams Memorial

Il faut une inspiration, un rêve, une fantaisie à la fois fragile, démente et suicidaire. Le mystère de la création, c’est de pénétrer la masse opaque, l’incréé. Telle une incursion dans une autre dimension entre ce qui est, ce qui n’est pas et ce qui sera, il y a cette quatrième dimension : le devenir qui se modifie à chaque instant. C’est cela la création. 

L’espace négatif est une notion fondamentale. Il faut le visualiser pour donner vie à sa création. L’espace positif est l’espace qu’occupe physiquement l’œuvre créée. L'art est bien davantage qu’une expérience visuelle. C'est le reflet d’une pensée, d’une philosophie indéniable. C'est de l’espace négatif que jaillissent le trait, la forme, la lumière, les nuances des couleurs. La création part d’une pensée dite insubstantielle. Vacuité et réalité font un. De la fiction à la réalité. Le processus menant à la création, c’est quand on a la pré-conscience de ce qui sera. Produire une pensée qui ne repose sur rien, mais cela se peut-il ? Baignés par son passé, voyageant entre la sphère de l’inconscient et de la conscience, c’est l’inexprimé, l’incréé, voire l’éthéré, qui s’anime ! Produire une pensée qui ne repose sur rien...Résonnent en moi les paroles de Laozi 老子 qui soulignent l'importance du vide ( Lao-tseu, tao tö king, traduit du chinois par Liou Kia-Hway aux Editions Gallimard, 1967) :

Trente rayons convergent au moyeu三十辐共一毂,
mais c'est le vide médian 当其无,
qui fait marcher le char.有车之用。

On façonne l'argile pour en faire des vases,埏埴以为器,
mais c'est du vide interne当其无,
que dépend leur usage.有器之用。

Une maison est percée de portes et de fenêtres,凿户牖以为室,
c'est encore le vide 当其无,
qui permet l'habitat.有室之用。

L'Etre donne des possibilités,故有之以为利,
c'est par le non-être qu'on les utilise.无之以为用

Chaque pas me coûte et commence ma réflexion qui embûche mon élan et initie ma pause ponctuée d’interrogations sur ma raison d’être et sur le monde environnant. L’effacement n’est-il rien d’autre que l’amour de soi, la vanité affirmée, la paresse préconisée ? Ce non-agir est-il en fait égoïsme et dédain, retour sur soi arrogant ? Par leur écriture et leur art, les artistes de l’Art brut se définissent.  Mais je n’ose apposer d’étiquette à ma propre forme d'expression. Par mon élan artistique guérisseur, j’entreprends  une démarche d'ouverture et révèle mon expression intuitive, libérée, miroir de mes chimères.

Nous entendons par là des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique, dans lesquels donc le mimétisme, contrairement à ce qui se passe chez les intellectuels, ait peu ou pas de part, de sorte que leurs auteurs y tirent tout (sujets, choix des matériaux mis en œuvre, moyens de transposition, rythmes, façons d’écriture, etc.) de leur propre fond et non pas des poncifs de l’art classique ou de l’art à la mode. Nous y assistons à l’opération artistique toute pure, brute, réinventée dans l’entier de toutes ses phases par son auteur, à partir seulement de ses propres impulsions. De l’art donc où se manifeste la seule fonction de l’invention, et non, celles, constantes dans l’art culturel, du caméléon et du singe.

Jean Dubuffet, L’art brut préféré aux arts culturels, 1949 (Manifeste accompagnant la première exposition collective de l’Art brut à la Galerie Drouin, reproduit dans Prospectus et tous écrits suivants, Gallimard, 1967)

S'agissant des formes d'expression abstraites, Rudolf Arnheim  relève qu'elles sont:

prominent in early stages of art, i.e., in the work of children and “primitives”, but also in certain aspects of Byzantine style of Christian art, modern Western art, and the artwork of schizophrenics. (Art and Visual Perception, p.145)  Banksia

 

People often create elementary images, not because they have so far to go, but because they have so far withdrawn. An example may be found in Byzantine art, which was a withdrawal from the most realistic style of representation the world had then seen. Art became the servant of a state of mind ..., instead of proclaiming the beauty and importance of physical existence, (it) used the body as a visual symbol of the spirit ; by eliminating volume and depth, by symplifying color, posture, gesture, and expression, it succeeded in dematerializing man and world...straight, simple shape expressed the strict discipline of an ascetic faith

(ibid., p.146-147)

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De la langue originelle

Publié le par Ysia

(deuxième mise à jour). S’il faut partir de l’histoire récente du créole, à savoir un système linguistique mixte créé au gré des flux migratoires par différents groupes de populations qu’elles soient européennes, africaines, asiatiques ou autochtones, pour imaginer par quel processus la langue pré-Babel a évolué, alors se dessine un tableau de la progression physique des mouvements de populations sur lesquelles les recherches d’ADN peuvent permettre de prolonger l’étude jusqu'aux origines.  Les indices fournis par l’étude comparative des langues peuvent précéder la découverte de preuves d’ADN corroborantes, comme le montre l’arbre ci-dessous, tiré de l'article scientifique Genes, peoples and languages paru dans la revue PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences)

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Dans le cas de l’Inde, si les langues dravidiennes n’y auraient fait leur apparition que depuis 5 000 ans et les langues indo-européennes ne s’y seraient implantées que depuis 3 500 ans, le peuplement initial daterait de quelque 60 000 ans. Et si l’on a pendant longtemps pensé que les Gitans étaient originaires de l’Inde du fait des similarités de leur langue et des langues indiennes,  les résultats récents des recherches d’ADN confirment effectivement leur origine il y a 1 500 ans en Inde du Nord.

S'agissant de la langue pré-Babel, c'est comme s'il fallait déconstruire la Tour depuis sa base pour parvenir jusqu'au sommet! Steven Pinker, quant à lui, doute qu'il reste des traces de la langue originelle et qu'il ne nous sera jamais possible de les retrouver.

La plupart des linguistes estiment qu'après 10 000 ans, aucune trace de la langue souche ne se retrouve chez ses descendants, ce qui laisse à douter que l'on puisse trouver les vestiges de la langue souche la plus récente à l’origine de toutes les langues contemporaines, ou que cette langue ancestrale contienne des traces de la langue des premiers hommes modernes qui ont vécu il y a environ 200 000 ans.

The Language Instinct, p.259

Avancer vers le passé comme pour répondre aux lacunes que le temps n’a pas réussi à combler. Donner le dos à l’avenir tandis que s’ouvre devant soi le passé comme un livre ouvert. C’est entre les lignes du passé que se lit l’avenir. L’âme spirituelle danse comme un feu follet au plus profond, comme un cheval ailé. Comment dompter le mirage Pégase ? C’est au tréfonds de soi que le son premier, l’harmonie de l’Un couve, se nourrit et brûle.

S’agissant du langage, se référant à l’article intitulé « Tuvan » du magazine National Geographic de juillet 2012, des questions essentielles se posent à l’humanité entière : Chaque dialecte recèle-t-il en lui des connaissances irremplaçables, trésors enfouis dans l’inconscient humain, parcelle d’une énigme universelle, pièce originelle et pourtant oubliée d’un puzzle car rejetée dans la marche inexorable d’une uniformisation du langage ? La culture des peuples et populations divers est-elle à jamais perdue car intraduisible dans les langues majeures qui affirment leur monopole autoritaire sur l'univers ? Quels secrets merveilleux, idées à la fois intuitives et subtiles se perdent fatalement avec la disparition de la tour de Babel ? Une langue peut-elle métamorphoser sa façon de penser, changer sa vue du monde ? Imprégner de poésie ou rationaliser la pensée ?

Au bout du chemin, il ne nous restera plus que l'infiniment petit pour répondre à nos interrogations, que notre ADN et les recoins de notre cerveau à prendre pour objet de notre étude. Linguistes, scientifiques résoudront-ils l’énigme de l’origine? Si l’avenir s’ouvre à l’horizon devant nos yeux ébahis, pourquoi nous est-il invisible ? Franchissant l'un après l'autre le seuil des trois dimensions, le présent apparaît comme une ligne de démarcation , un no man’s land, une embarcation au bout du monde, au bord du précipice et prêt à plonger dans la fange des eaux futures.

Et si chaque langue et dialecte recélaient le secret de notre évolution et représentaient une étape dans l’histoire de l’humanité, parcelles héritées du passé.

Les langues minoritaires conservent souvent des vestiges de systèmes numériques pouvant être antérieurs à l’adoption par le monde moderne du système à base décimale. Une tribu amazonienne, les Piraha, ne semble pas avoir de mot pour les nombres fixes.

http://ngm.nationalgeographic.com/2012/07/vanishing-languages/rymer-text

Ce qu’il avait pendant longtemps considéré comme signifiant « un » (hoi sur un ton descendant) se réfère plus généralement à une petite quantité et « deux » (hoi sur un ton montant) s’utilise souvent pour une quantité plus importante.

http://www.newyorker.com/magazine/2007/04/16/the-interpreter-2

Cette incapacité à concevoir l’idée même du calcul suggère que la numération est le produit de la culture des individus et non une part intégrante de l’intellect humain. Ce sont les valeurs culturelles qui influencent le parler des communautés ou tribus indigènes, selon Daniel Leonard Everett. C’est l’expérience quotidienne et la mémoire des ancêtres qui colorent l'outil de communication spécifique à chaque population. Selon Everett, la tribu des Piraha n’a pas de conscience collective remontant à plus d’une ou deux générations ni de mythe relatif à la création originelle. Mais comment concevoir un peuple sans mémoire pour lequel seule l’expérience du présent existe ? Le langage naturel exprime l’identité culturelle indviduelle.Et cette identité des Piraha semble être ancrée dans le présent. Vivant au jour le jour, ils n’ont adopté aucun procédé de conservation de la viande et ne stockent pas de farine de manioc à l'exemple des autres tribus amazoniennes .

L’interprétation des couleurs varie aussi d’une langue à l’autre. Un arc-en-ciel, au pied de l'arbre, ne présente pas la même gamme de couleurs suivant les tropiques.

La disparition des langues est à l’image des dragons cachés et tigres tapis, talents enfouis dans les profondeurs de la nuit. Mais qu'en est-il du langage des formes anciennes, telles les sculptures Wollisho des plateaux éthiopiens, le sceptre de danse honorant le Dieu de la Foudre Sango et reconnaissable par le symbole de la double hache et le vase à tête humaine qui se retrouve de l’époque néolithique en Chine à l’Afrique du XIXe siècle dans la vallée de Benoué? Sagesses oubliées des Oromos éthiopiens aux Khoisan d’Afrique du Sud, des tribus Masai aux Hausa, des Kanuri aux anciens Sao...

En Chine, une expression graphique néolithique remonte à 6 000 ans d'après les fouilles effectuées à 賈湖 dans le Henan avec les premiers exemples de textes écrits datant de la période Shang tardive vers 1 200 ans avant notre ère. Il n'a pourtant pas été jusqu'ici possible de lier l'écriture Shang aux symboles néolithiques essentiellement du fait des quelques milliers d'annéees qui séparent ces deux périodes de l'histoire.

out est signe et forme dans la nature. C’est dans le réveil de l’humanité que réside sa survie. Le dictionnaire mental qui habite le cerveau humain est riche en symboles et concepts abstraits animés eux-mêmes d’un élan de vie singulier. Ce dictionnaire mental contribue à organiser la pensée et la perception universelles. Il faut prendre la mesure des conséquences profondes causées par les possibilités conceptuelles offertes par les langues et dialectes de l’humanité (K. David Harrison, The last speakers, p.48-49, National Geographic Society, 2010). La langue ne saurait être dissociée ni même interprétée sans l’espace qu’elle occupe parce qu’elle s’appuie sur l’environnement terrestre – rivières et vallées, montagnes et prairies, villes et rues – de ceux qui la véhiculent.

La lecture de l'ouvrage intitulé The Language Instinct par Steven Pinker ( N.Y.:W. Morrow and Co, 1994) m'interpelle: Si l’on parle de conscience, est-elle inséparable d’une forme de langage, ou plus fondamentalement d’une communication, qu’elle soit interne à l’être vivant ou externe ?L’absence de langage ne saurait signifier l’absence de pensée ! Ainsi le dialogue existe. Son existence est corroborée par les recherches scientifiques menées sur les singes et les oiseaux. Si l’on accorde une capacité de communication aux singes, cette conscience cérébrale est-elle absente des arbres de la forêt ? D’où vient le langage ? Naît-il de la pensée visuelle antérieure du point de vue biologique à la capacité d’expression ? Dans The creative Process A symposium (1954), Brewster Ghiselin rapporte les paroles d’Albert Einstein expliquant les étapes du processus de création:

Les mots du langage, tels qu’ils sont écrits ou parlés, ne semblent pas jouer un rôle dans mon propre mécanisme de pensée. Les entités psychiques qui semblent servir d’éléments de pensée sont certains signes et images plus ou moins claires pouvant être « volontairement » reproduites ou combinées les unes aux autres. Il y a, à l’évidence, une relation entre ces éléments et les concepts logiques correspondants. Il est clair aussi que le désir de parvenir au bout du compte à une série de concepts logiquement reliés les uns aux autres constitue la base émotionnelle de l’interaction entre les éléments susmentionnés. Mais d’un point de vue psychologique, ce jeu combinatoire semble être le trait essentiel d’une pensée constructive avant même qu’un quelconque lien ne s’établisse entre une construction logique de mots et d’autres types de signes pouvant être communiqués. Les éléments ci-mentionnés sont, dans mon cas, d’ordre visuel et parfois musculaire. Des mots conventionnels ou autres signes doivent être laborieusement recherchés mais seulement dans un second temps, quand l'ensemble associatif ci-mentionné est correctement établi et reproduit à loisir.

L'intériorisation du dialogue ne saurait se limiter à une langue particulière. D’abord il y eut conscience collective, puis vint la conscience individuelle. Le langage vint en troisième apporter le dialogue entre les êtres.Qu’entend-on par pensée visuelle ? Comment les impulsions électriques des cellules du cerveau forment-elles des pensées?

…tout à coup, une idée s'élance, passe avec la rapidité de l'éclair, à travers les espaces infinis dont notre cerveau nous donne la perception. Cette idée brillante, surgie comme un feu follet, s'éteint sans retour: existence éphémère, pareille à celle de ces enfants qui font connaître aux parents une joie et un chagrin sans bornes ; espèce de fleur mort-née dans les champs de la pensée. Parfois l'idée, au lieu de jaillir avec force et de mourir sans consistance, commence à poindre, se balance dans les limbes inconnus des organes où elle prend naissance ; elle nous use par un long enfantement, se développe, grandit, devient féconde, et se produit au dehors dans la grâce de la jeunesse et parée de tous les attributs d'une longue vie ; elle soutient les plus curieux regards, elle les attire, ne les lasse jamais : l'examen qu'elle provoque commande l'admiration que suscitent les œuvres longtemps élaborées. Tantôt les idées naissent par essaim : l'une entraîne l'autre; elles s'enchaînent ; toutes sont agaçantes; elles abondent, elles sont folles. Tantôt elles se lèvent pâles, confuses, dépérissent faute de force ou d'aliments; la substance génératrice leur manque. Enfin, à certains jours, elles se précipitent dans les abîmes pour en éclairer les immenses profondeurs; elles nous épouvantent et laissent notre âme abattue. Les idées sont en nous un système complet, semblable à l'un des règnes de la nature, une sorte de floraison dont il serait possible à un homme, à un fou peut-être , de donner l’iconographie. Oui, tout, en nous et au dehors, atteste la vie de ces créations ravissantes que je compare à des fleurs, en obéissant à je ne sais quelle révélation de leur nature! Au reste, leur production comme fin de l'homme n'est pas plus étonnante que celle des parfums et des couleurs dans la plante. Les parfums sont des idées peut-être... La pesanteur du sentiment que produit l'attente ne s'accroît-elle pas par une addition constante des souffrances passées à la douleur du moment? Enfin, à quoi, si ce n'est à une substance électrique, peut-on attribuer la magie par laquelle la Volonté s'intronise si majestueusement dans les regards pour foudroyer les obstacles aux commandements du génie , éclate dans la voix , ou filtre , malgré l'hypocrisie , au travers de l'enveloppe humaine? Le torrentueux courant de ce roi des fluides qui, suivant la haute pression de la Pensée, s'épanche à flots, ou s'amoindrit et s'effile, puis, s'amasse pour jaillir en éclairs, est l'occulte ministre auquel sont dus soit les efforts , ou funestes ou bienfaisants, des arts et des passions ; soit , les intonations de la voix , rude, suave, terrible , lascive , horripilante , séductrice tour à tour, et qui vibre dans le cœur, dans les entrailles ou dans la cervelle au gré de nos vouloirs; soit tous les prestiges du toucher d'où procèdent les transfusions mentales de tant d'artistes dont les mains créatrices savent, après mille études passionnées, évoquer la nature; soit enfin, les dégradations infinies de l'œil, depuis son atone inertie jusqu'à ses projections de lueur les plus effrayantes.

Louis Lambert, Honoré de Bailzac

Une fois germées, comment les pensées suscitent-elle les passions affectives que sont les émotions: peur, peine, compassion, frustration? Est-ce d’une image que tout dialogue intérieur naît? La raison même scientifique ne peut exister sans l’inconscient affectif, bagage de l’odyssée individuelle ou collective humaine. Comme la propre expérience d'Einstein le montre, la transition de l’inconscient au domaine de la conscience prend la forme d’une série d’images appartenantà la réalité (ou au rêve) que la raison découvre et interprète. L'histoire de Newton et la pomme est exemplaire de la pensée visuelle en action.

En fin de compte, nous ne conservons que ce que nous aimons, nous n’aimons que ce que nous comprenons, et nous ne comprenons que ce qu’on nous enseigne.

Baba Dioum

Comment dépasser ces barrières invisibles ? Comment redécouvrir la langue des premiers temps, langue secrète aux racines préhistoriques ? Tour de Babel ? Les langues anciennes sont la clef du passé.Les langues sont l’inconscient des errants du devenir. La Papouasie-Nouvelle-Guinée avec plus de 800 langues parlées offre un exemple extrême de la façon dont les langues se comportent comme des groupes exclusifs d’adhésion:

Pour des raisons que nous ne pouvons comprendre, une population relativement peu nombreuse de 7 millions d’habitants, appartenant à de petits groupes en contact permanent les uns avec les autres, a, au lieu de converger en une langue commune, conservé un nombre considérables de langues distinctes.

K. David Harrison, The last speakers, p.154, National Geographic Society, 2010

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Perspective naïve

Publié le par Ysia

The Naive Perspective makes us feel sensitive and vulnerable. Looking inward as to how the words and actions of others implicate us in some way, we continually misread their intentions. We project our own feelings onto them. We have no real sense of what they are thinking or what motivates them.

Robert Greene

Naive Perspective jusqu’au 3 juillet à Torpedo Factory, Alexandria (Virginie)

Naive Perspective jusqu’au 3 juillet à Torpedo Factory, Alexandria (Virginie)

Il s'agit de mon premier essai à la sculpture il y a 10 ans, intitulé First, que j'ai revisité tout spécialement pour cette exposition sur le thème de la perspective, terme employé en peinture, en architecture mais que j'ai choisi d'utiliser au sens figuré comme une manière particulière de voir les choses.

La création de First avait été pour moi une joie sans pareille. Quelque chose de magique, d’extatique s’est produit et pourtant bien réel. La création n’est-elle pas un effort hiératique par lequel l’esprit rejoint une sphère inconnue ? Démarche inconsciente de créer un visage aux diverses influences, qui me hante et me poursuit depuis. C’est l’art ancien que je prime et l’art religieux qu’il s’agisse des statues bouddhiques ou des vierges noires d’Auvergne. Asie, Afrique, Amérique et Europe - tout se conjugue en moi dans un mystère chaotique, un tohu-bohu exaltant.

Plutôt que d'identifier la source du problème dans notre enfance, comme l'écrit Robert Greene, il me semble que la naïveté qui nous amène à imaginer ce que l’autre pense ou à tirer des déductions de ce que l’autre fait est un trait du comportement humain chez l’Homo Sapiens qui, dans sa réponse à des signaux visuels, le pousse à interpréter à la va-vite un stimuli conformément à ses propres attentes, suivant un modèle donné.

The cost of seeing a false pattern as real is significantly less than the cost of not detecting a real pattern, hence natural selection will favor patternicity. Thus natural selection can prefer strategies that make incorrect causal associations in order to establish those that are essential for survival and reproduction

Academia.edu

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Qu'est-ce que la conscience ?

Publié le par Ysia

Je vais d’abord vous répondre comme Saint Augustin répondait à propos du temps : « Si personne ne me le demande, je le sais ; si je cherche à l'expliquer je ne le sais plus ». La conscience, comme le temps, n’est pas un objet que l’on puisse montrer ni même caractériser. Elle constitue, avec le temps, le tissu même de nos vies, la plus silencieuse de nos évidences. Car elle n’est pas quelque chose qui apparaît, mais ce par quoi toutes les choses nous apparaissent.

https://www.academia.edu/16769815/QUEST-CE_QUE_LA_CONSCIENCE_Entretien_

Mon corps fonctionne mécaniquement selon les lois de la nature. Je suis directement responsable des mouvements et actes de mon corps. Par conséquent, je contrôle les mouvements des atomes qui m'habitent. Où s'arrête la mécanique de nos gestes et actions, miroir des rouages de notre cerveau, et où commence la conscience?

Sommes-nous de simples automates reproduisant les mêmes comportements et pensées face aux situations présentant de vagues similitudes avec le passé par le fait de réactions gravées dans notre ADN ou dans les premières années de notre enfance?

La conscience n'est plus alors qu'un simple tuteur supervisant l'éducation de la substance vivante que nous sommes (Erwin Schrödinger, What is Life?, Mind and Matter, p.97). Entre Ontogénèse et phylogénèse, la conscience serait essentiellement "présente" lors de situations nouvelles ou de prises de conscience nouvelles et elle serait absente quand des niveaux de maîtrise ou de maturité sont atteints.

Chaque jour dans la vie d'un homme marque un pas dans l'évolution de notre espèce...Chaque trait héréditaire devient la possession inconsciente de notre espèce.

Erwin Schrödinger, What is Life?, Mind and Matter, p.100

La conscience n'est-elle qu'un dialogue à deux voix voire à voix multiples ? Y-a-t-il unité de la conscience à savoir du phénomène sensoriel et et non sensoriel à l'intérieur de l'être? S'il s'agit d'un dialogue ou d'une discussion interne, il est à douter qu'une seule voix existe parce que temporelle et limitée aux circonstances physiques ou environnementales. Le dépositaire de la conscience est matériel et trouve sa source dans la biologie quantique.

Assigner une double nature, ondulatoire et corpusculaire, à des objets appelés « quantons » est une manière biaisée, surdéterminée, et préconceptualisée d’exprimer un phénomène qui n’impose a priori ni une ontologie d’ondes ni une ontologie de corpuscules.

https://www.academia.edu/30942022/LA_TH%C3%89ORIE_QUANTIQUE_ET_LA_SURFACE_DES_CHOSES_Zen_et_physique_contemporaine

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A la recherche de sa propre authenticité

Publié le par Ysia

…whenever we are awake, something is present to the mind, and what is present, without reference to any compulsion or reason, is feeling.

Charles Sanders Peirce

C’est quoi l’authenticité? Suis-je aussi sincère que je veux bien l’admettre? Faire tomber le masque et chercher au fond de soi la sincérité.

Être authentique vis-à-vis de soi et des autres, c’est être à nu sans angoisse ni peur ni doute dans ses relations, dans ses conversations,  sa présentation aux autres. Le manque de confiance en soi et le besoin de sécurité sont aux antipodes de l’authenticité.

L’authenticité, c’est de reconnaître le cocon dans lequel on s’est soi-même installé. Cocon ou entrailles telluriques si confortables à l’âme sensible qui rôde dans le dédale de galeries souterraines l’emmenant inexorablement vers d’autres accomplissements, vers d’autres lumières. Cocon humble et ordinaire mais si nécessaire à la transformation de l’être. La vanité, elle, reste en soi, tapie dans le for intérieur.

Quand l’être saint ou pieux, moine ou ermite, effectue une retraite solitaire dans une grotte, c’est son âme qui l’appelle et l’incite à passer à l’étape ultime pour répondre à la question :

« Qui suis-je ? »

http://www.resonanceouvanite.com/article-matiere-et-rayonnement-117683464.html

La vanité sommeille et s’éveille tour à tour, dans un soubresaut, à la faveur d’une rencontre inattendue, face à un échec ou à un refus. Il faut alors reprendre obscurément la voie de l’authenticité.

Si la vie était un art, l’authenticité serait l’œuvre ultime de l’artiste. Résonance ou vanité marque un cheminement, un processus dont le but est l’authenticité. Chaque instant, j’oscille entre les deux dans un équilibre imparfait. L’authenticité est la finalité, l’humilité est la boussole, le compas d’une odyssée  à travers le temps et l’espace. Résonance ou vanité n’est pas une sentence mais un questionnement. Combien de vanités, au cours d’une vie, sont piétinées sur la voie de l’authenticité ?

L’authenticité, c’est d’accepter ses propres limites, ses propres  lacunes et  les étaler sur la place publique.

Mais l’authenticité, c’est aussi d’avouer ce qui nous fait vibrer aussi insensé soit le rêve, contre tous les établis. Les passions sont de celles-là parce qu’elles transcendent une existence ordinaire. Ce ne sont pas des vanités.

Que dire de l’authenticité chez l’autre ? J’avoue rechercher avec un œil trop inquisiteur l’authenticité chez l’autre. Le regard est une fenêtre sur l’âme.

Grâce à l’ingéniosité de cinq cliniciens, Steven Bindeman, Ph.D.,Belinda Siew Luan Khong, LLB, Ph.D., Scott. D. Churchill, Ph.D., Edwin L. Hersch, M.D., Doris McIlwain, Ph.D., Louise K.W. Sundararajan, Ph.D., Ed.D., un dialogue suréel s’engage entre Ménard Boss, Sartre,  le Bouddha, Heidegger et Carl Jung sur l’authenticité. Le manque d’authenticité dans notre vie quotidienne peut-il se concilier avec notre aptitude innée à être authentique ? En quoi nous oblige l’exigence d’authenticité ?

 

Sartre : Une vie marquée par un engagement actif dans le monde et envers les autres qui reflète continuellement nos choix contingents et par lequel nous agissons dans la pleine reconnaissance de ces choix tout en prenant la mesure de notre facticité dans la réalité et de notre liberté latente. C’est sans aucun doute le point de départ de notre quête d’authenticité.


Bouddha : Je conçois l’authenticité comme un état dans lequel les êtres sont à même de cultiver une attitude plus ouverte face à ce à quoi ils sont confrontés pour leur permettre d’en faire l’expérience et de répondre aux événements qui se déroulent naturellement sans qu’ils aient besoin de les transformer ni de les justifier. Cela implique un engagement actif avec le monde environnant, non pas du point de vue de l’ego mais par le biais de la compassion et de la sagesse qui accompagnent notre compréhension de l’interconnectivité des choses. Je pense qu’elle est semblable à l’éveil. Je dis souvent avant l’éveil, coupe du bois, puise l’eau. Après l’éveil, coupe du bois, puise l’eau. La différence ne réside pas dans notre activité mais dans l’attitude que nous adoptons par rapport à ce que nous faisons. Je pense que c’est en apprenant à se départir de nos idées préconçues et de nos préjugés par la méditation et l’attention consciente que nous nous engagerons dans le monde avec détermination et dans une approche dépouillée de l’ego.

https://www.academia.edu/9194095/Bosss_Dialogue_with_Heidegger_Freud_Sartre_Buddha_and_Jung_On_Being_Authentic

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L’éthique de l’amitié

Publié le par Ysia

Si vous ne pouvez vous éveiller par vous-mêmes, vous devez rechercher un grand ami bienveillant afin qu’il vous montre la voie vers la vision de votre nature.

Sûtra de la plate-forme, Catherine Toulsaly, section 31, p.58

Une ligne invisible sépare l’amitié de l’amour entre les êtres. Il m’a été trop facile de confondre les deux. L’incapacité à faire la distinction entre eux est un trait répandu dans notre société moderne car l’amitié se définit dans un cadre affectif délimité par la pudeur et les inhibitions de chacun suivant le degré d’intimité partagée entre les êtres.

Un lien fort unit les êtres du fait des vicissitudes ensemble rencontrées, d’un parcours identique, d’un côtoiement prolongé, d’une vision commune de la vie, d’une passion partagée. Le temps, la vie et l’espace nous obligent parfois de les quitter. C’est là qu’intervient notre capacité à accepter notre destin individuel.

Absence from those we love is self from self - a deadly banishment.

William Shakespeare

La solitude n’est pas à bannir dans la vie des êtres. Elle est parfois à rechercher pour retrouver une stabilité perdue, un équilibre spirituel ou émotionnel. Elle implique parfois une descente aux enfers desquels il faut pouvoir remonter.

Mais vivre, c’est toujours vivre avec autrui. A quoi justement reconnaît-on un ami ? C’est l’être qui reste à l’écoute quoi qu’il advienne, qui énonce sans détour les défauts et lacunes de l’autre et qui aide par sa présence et ses encouragements cette traversée du désert, cette remontée des enfers. A un ami, on peut se livrer librement sans inhibition, sans se réfréner. Celui-là est l’ami véritable qui agit comme le témoin et l’interlocuteur de l’ego de l’autre, celui qui peut le dénoncer.

Je ne pourrais pas vivre sans l’amitié des autres et plus largement sans cet amour universel qui amorce l’ébauche d’un sourire sur le visage de deux inconnus qui se croisent. L’amitié, c’est le triomphe de l’altruisme sur notre égoïsme inhérent. Elle implique un engagement entre des êtres liés par une confiance mutuelle dans le cadre d’une relation affective délimitée.

A quoi reconnaît-on un ami ? Il importe qu’on le juge tel qu’il est et non pas tel qu’on se l’imagine.

…the ideal values associated with modern friendship presuppose relations between persons, each of whom has ‘verifiable self’; but this makes for vulnerability too, either through the friend’s intent to deceive or because of the friend’s self-deception.

https://www.academia.edu/11810053/Friendship_anthropology_of

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Univers matériel

Publié le par Ysia

L'observatoire spatial Fermi de la NASA lancé le 11 juin 2008 scrute le cosmos grâce à la plus forte forme d’énergie, les rayonnements gamma que sont les particules les plus énergétiques du spectre des radiations électromagnétiques. Il orbite la Terre à une latitude de 565 km, ce qui correspond à une période de 96,5 min. Son instrument principal, le télescope à grand champ à rayons gamma (ou LAT) (Large Area Telescope) détecte les rayons gamma. Il aide à étudier la stabilité et l’évolution des amas globulaires faits de centaines de milliers d’étoiles et fait découvrir, dans ce ballet d’étoiles,  les objets qui émettent les rayons gamma comme les pulsars millisecondes, les magnétoiles, les trous noirs et leurs disques d’accrétion ou encore les éruptions solaires sur l’autre face du soleil. Plus fascinant encore la possibilité qu’il puisse détecter ce « truc » mystérieux que l’on nomme  la matière noire. Le LAT a capté un même signal au centre de la galaxie voisine Andromède que celui constaté précédemment au centre de la Voie Lactée.  S’agit-il de la preuve de l’existence de la matière noire ou une forte concentration de pulsars ? Matière noire, cette substance mystérieuse qui constitue la plus grande partie de l’univers matériel. Et c’est bien son caractère insaisissable qui la rend fascinante. Insaisissable, et pourtant les astronomes en voient ses effets à travers le cosmos, notamment dans la rotation des galaxies.

La vision de l’univers diffère selon que l’observateur le voit à l’œil nu ou au moyen d’un télescope. Depuis 25 ans que la NASA emploie la science des rayonnements gamma, elle n’a pas fini de nous étonner. Au nord et au sud du centre galactique se trouvent deux bulles de rayonnement gamma qui s’étendent sur 25 000 années lumières !!!! Quelle est leur nature et quelle est leur origine ? Elles semblent avoir été le résultat d’une période active, d’un-demi million d’années au plus, du noyau galactique que constituent un trou noir supermassif et un disque d’accrétion produisant des jets de particules. Le fait que ces bulles soient apparues il y a 1 à 3 millions d’années signifie que la Voie Lactée était bien différente au temps de l’Homo Erectus et autres espèces du genre Homo.    

 

Sa contrepartie sur terre, le grand collisionneur de hadrons (Large hadron collider), sonde les constituants élémentaires de la matière et leurs interactions à des échelles incroyablement petites et à des énergies colossales comme le fait le LAT qui étudie les particules cosmiques qui se déplacent à la vitesse de la lumière et produisent des rayonnements gamma lors de leur interaction avec les nuages de gaz interstellaires et lumières stellaires. Physiciens, Astronomes, Astrophysiciens, leurs investigations se complètent.  

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Démocraties

Publié le par Ysia

La démocratie n’est pas un fait ponctuel qui n’arrive qu’une fois. Elle vient et va et est très difficile à maintenir.

Richard Blanton, Université Purdue

 Grâce aux travaux menés par Richard Blanton, un anthropologue à l’Université Purdue de West Lafayette dans l’Indiana, Tlaxcallan fait partie d’un certain nombre de sociétés prémodernes dans le monde que les archéologues considèrent organisées collectivement et dans lesquelles les dirigeants partageaient le pouvoir et les citoyens avaient leur mot à dire dans le fonctionnement du gouvernement. Ces sociétés étaient radicalement différentes des régimes autocratiques héréditaires constatés ou présumés de la plupart des sociétés dites primitives. S’appuyant sur la théorie originale de Blanton, les archéologues disent à présent que ces sociétés collectives ont laissé des traces physiques de culture matérielle, telles qu’une architecture répétitive, une plus grande importance accordée aux espaces publics plutôt qu’aux palais, une production locale privilégiée sur des marchandises exotiques et des écarts de richesse réduits entre les élites et les citoyens ordinaires. Par exemple, à Tlaxcallan toutes les classes sociales semblent avoir possédé et utilisé des poteries ornées de dessins multicolores. Les ratios isotopiques de carbone entre les squelettes indiquent que le maïs produit et stocké localement dominait l’alimentation de la population, ce qui suggère que Tlaxcallan devait dépendre de ses propres citoyens, plutôt que du commerce et des ressources naturelles pour financer ses activités. Seulement 3 ou 4 pièces sur 10 tonnes de céramiques étaient de style Mexica et donc importées.

« Blanton et ses collègues nous ont montré une autre façon d’examiner les données à notre disposition » a declaré Rita Wright, une archéologue à l’Université de New York qui étudie la civilisation de l’Indus vieille de 5 000 ans qui couvre l’Inde et le Pakistan d’aujourd’hui et qui présente également les signes indicateurs d’un régime de gouvernement collectif. Notamment dans la capitale de la civilisation de l’Indus, Mohenjo-daro, située au Pakistan actuel, les œuvres d’art représentent rarement des individus, les maisons sont en briques de même taille et les quartiers sont régulièrement espacés et équipés des premiers réseaux d’égouts.

« Je pense que c’est une avancée » s’accorde à dire Michael E. Smith, un archéologue de l’Université de l’Etat de l’Arizona à Tempe. « Je considère qu’il s’agit de la plus grande contribution de ces 20 dernières années dans l’étude archéologique des structures politiques ». Avec d’autres, il travaille à développer l’idée de Blanton en une méthode vérifiable dans l’espoir d’identifier, à partir des objets recueillis, les États de type collectif. « Sans un modèle rigoureux et acceptable par tous, cela restera hypothétique et subjectif ». David Carballo, archéologue à l’Université de Boston estime que le mode de gouvernement  pourrait ne pas être la mesure la plus importante pour définir ce que Blanton appelle une structure collective. Il mentionne un énorme atelier en obsidienne qu’il a découvert lors de ses fouilles dans un quartier périphérique de Teotihuacan comme étant le signe que les hommes du commun s’organisaient à partir de la base quel que soit le gouvernement en place, ce qui fait de Teotihuacan une société collective, même si elle avait un roi.

Dans les années soixante, les enseignants et confrères de Blanton ne pensaient pas que des sociétés collectives existaient en Méso-Amérique précolombienne. Les républiques prémodernes telles que l’Athènes classique et la ville de Venise médiévale étaient considérées comme un phénomène strictement européen. Il était généralement admis que dans les sociétés non-occidentales prémodernes, les despotes exploitaient leurs sujets et soutiraient leurs richesses. Certaines cultures mésoaméricaines semblent effectivement correspondre au modèle de régime despotique. Il y a plus de 2 000 ans, dans les capitales olmèques de San Lorenzo et La Venta le long du Golfe du Mexique notamment, les rois avaient leurs portraits gravés dans des pierres gigantesques et vivaient dans des palais garnis de produits de luxe exotiques comme des miroirs en pyrite de fer et des roches vertes. Des siècles plus tard, les souverains de la période classique Maya dans le Sud du Mexique et au Guatemala enregistraient leurs conquêtes, mariages et dynasties en glyphes gravés dans la pierre. Les hommes du peuple vivaient toutefois humblement dans des hameaux dispersés autour des centres urbains où se dressaient pyramides et monuments.

Mais au fur et à mesure des fouilles archéologiques et des données recueillies au fil des ans au Mexique, Richard Blanton a constaté qu’un nombre croissant de sites ne se conforment pas au cadre établi. Par exemple, Monte Albán, la capitale des Zapotèques en Oaxaca entre 500 AEC et 800 EC est exempte des représentations ostentatoires des gouvernants si répandues chez les Olmèques et dans l’art classique Maya. Elle semble également être dépourvue des palais et des tombes royales qui regorgent de biens précieux. Par contre, les signes d’autorité restent plus anonymes, liés aux symboles cosmologiques et aux habituelles divinités plutôt qu' à des individus en particulier.

A Tlaxcallan, les espaces publics s'éparpillaient à travers tous les quartiers sans aucune marque de hiérarchie. Plutôt que de gouverner du cœur de la cité, comme le faisaient les rois, le sénat de Tlaxcallan se réunissait probablement dans un grand bâtiment découvert à un kilomètre dans la périphérie de la cité. Cette disposition est également le signe d’un partage du pouvoir politique. Les archéologues ont découvert cet aménagement inhabituel dans un certain nombre d’autres cités mésoaméricaines. L’une est Tres Zapotes sur le littoral du Golfe, qui a prospéré entre 400 AEC et 300 EC après la chute de La Venta, la dernière capitale olmèque. « Bien que les habitants de Tres Zapotes aient conservé un grand nombre de pratiques culturelles olmèques, leur cité ne ressemble en rien aux capitales qui l’ont précédée », déclare Christopher Pool, un archéologue à l’université du Kentucky à Lexington qui a entrepris des fouilles ces 20 dernières années. Tres Zapotes possède quatre esplanades avec la même disposition de pyramides en terre et d’espaces publics. La datation au radiocarbone révèle qu’elles ont servi au même moment. Pool en déduit que quatre factions coopéraient pour gouverner Tres Zapotes.

Ces cités confirment la théorie de l'archéologue Lane Fargher et de son mentor Blanton selon laquelle le meilleur indice d’une structure collective d’État est une solide source de revenu fiscal – c’est-à-dire, des impôts. Après avoir examiné les données ethnographiques et historiques d’une trentaine de sociétés prémodernes, les chercheurs ont constaté que les États dotés de sources de revenu fiscal étaient caractérisés par un haut niveau de biens et services publics, une importante administration gouvernementale et des citoyens habilités à juger les actions de leur dirigeant. Une autre caractéristique qui a pu être mise à jour grâce aux fouilles est le fait que ces structures collectives d’États attiraient des gens par-delà les frontières qui ont apporté avec eux des artéfacts pouvant être liés à d’autres cultures. Tlaxcallan accueillait plusieurs groupes ethniques, dont beaucoup étaient des réfugiés fuyant la domination des Mexica.

Selon Blanton, l’avènement et la chute des structures collectives de gouvernement tendent à se produire par cycles. A Oaxaca, le pendule politique oscille tous les 200 à 300 ans. (trad. par Ysia)

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Voyage en pays austral

Publié le par Ysia

Une étude a conclu que tous les aborigènes d’Australie descendent d’une population fondatrice unique arrivée lors d’une vague de migration unique il y a 50 000 ans.  Des squelettes humains et des restes archéologiques remontent à prés de 50 000 ans. Avant cela, il n’y avait aucun être humain en Australie.

Alors comment sont-ils arrivés là et quand? Où exactement a commencé leur colonisation du continent ? Et comment se sont-ils par la suite dispersés sur l’ensemble du continent ? Quelques pistes se trouvent dans l’ADN de 111 Australiens aborigènes qui provient des cheveux collectés au cours d’une série d’expéditions qui ont eu lieu entre 1926 et 1963.

Il y a 50 000 ans, le niveau des eaux était si bas que l’Australie et la Nouvelle-Guinée formaient un seul continent. Les humains ont migré d’Asie du Sud-est jusqu’à cette masse de terre continentale, certains s’installant dans ce qui est aujourd’hui la Nouvelle-Guinée et d’autres plus loin jusqu’en Australie. Ils se sont dispersés le long des côtes en quelques siècles et, pendant des dizaines de milliers d’années, ces populations ont vécu isolées à la différence de l’Europe où des vagues de migration successives se sont au cours de milliers d’années mélangées aux sociétés en place.

Les découvertes archéologiques montrent toutefois l’emploi d’outils qu’utilisaient d’autres cultures aborigènes pourtant fort éloignées ainsi qu’une famille de langues parlées par de nombreux groupes aborigènes. Dr. Bellwood, archéologue à l’Université nationale d’Australie doute que ces populations aient été isolées ou soient restées sédentaires alors que les langues et les outils se sont disséminés. « Si les êtres humains sont restés immobiles, comment les langues et les outils ont-ils pu se déplacer ? »  Dr. Schiffels, un généticien des populations de l’Institut allemand  Max Planck et d’autres chercheurs suggèrent que l’ADN mitochondrial ne brosse qu’un tableau partiel de l’histoire de l’Australie. L’ADN dans le noyau de chaque cellule, des deux parents, pourrait éventuellement offrir des pistes permettant d'identifier un plus large ensemble d’ancêtres.

Des adonis de Donald Friend aux Hitsuzendo de Peter Upward,

Des serpents de Mithinari Gurruwiwi aux lignes tracées de Doreen Reid Nakamarra,

Des imageries aborigènes d’Hector Burton aux totems funéraires Tutini... Voyage en pays austral.

De l’arbre des songes de David Daymirringu Malangi aux rites mortuaires Gupapuyngu,

De l’échassier de Glen Farmer Illortaminni à l’Oiseau dans l’espace de Brancusi,

J’aperçois Nüwa et Pangu sur l’écorce du rêve aborigène !

Errant dans les salles des musées d’Australie

Mon esprit tombe dans la rêverie...

Des feuillages de Djirrirra Wunungmurra aux labyrinthes de Charlie Tanaru Tjungurrayi,

Les formes allongées de Gela Nga-Mirraitja Fordham me rappellent les figures tanzaniennes de l’Art pariétal et les crapauds anthropomorphes des poteries néolithiques chinoises

Pourquoi ces formes allongées sur les deux continents?

Tout s’enchaîne dans ma tête

Comme une bobine de fil qui se déroule à l’infini...

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