Le temps des perceptions

Publié le par Ysia

Bill Traylor, Spread-Legged Drinker, American Art Museum, Washington

Bill Traylor, Spread-Legged Drinker, American Art Museum, Washington

All of us are naturally composing our past...and projecting our future.... We are usually spinning reality in both directions as we blithely neglect the present moment entirely.

Stephen T. Asma, The Evolution of Imagination,The University of Chicago Press, 2017, p.200

La flèche du temps signifie implicitement la perception que nous avons du temps qui passe dans une seule direction. Stephen Asma cherche à définir en quoi consiste l’acte de perception à travers l’Histoire et les limites dans lesquelles il provoque les images mentales qui interviennent dans le processus de conscience et de réflexion. C’est dans ce contexte qu’il place sa discussion sur l’évolution de l’imagination.

L’imagination, dit Stephen Asma, est un système de simulations qui s’appuie sur la perception, les émotions et la mémoire dans le but de créer des moyens par lesquels les ressources extérieures et intérieures sont examinées avec la plus grande virtuosité. Dans les profondeurs du soi,  entité subjective globale, se manifeste la conscience individuelle  dans un flot créateur et éphémère que le modèle de Dietrich (2003) et sa théorie d’hypofrontalité transitoire paraissent supporter.

According to Csikzentmihalyi, in flow experience there is a balance between challenges and skills, where action and awareness are merged, self-consciousness disappears, time becomes distorted, and the activity becomes an end in itself (inherently rewarding).

Stephen T. Asma, p.199

C’est au soi qu’il appartient de transposer la conscience dans la matière. L’acte d’observation par les sens initie l’intériorisation d’un mouvement  à travers le corps et dans le cerveau (The Evolution of Imagination, p.64). Ce que l’on nomme les neurones miroirs se présentent comme un outil de conversion dans l’apprentissage  de schémas visuels, un élément fondamental de la structure cognitive qui convertit une représentation par les sens  en une représentation motrice (ibid., p.67).  Entre perception sensible et abstraction rationnelle, il y a dans un temps intermédiaire les images mentales qui déterminent nos façons de penser, d’agir et de décider.

Mirroring ‘meaningful’ actions: Sensorimotor learning modulates imitation of goal-directed actions

Avant le langage, l’ancêtre de l’homme moderne se servait de son corps pour communiquer. Les mouvements de ses mains ont laissé des traces sur le bois, la pierre et les parois des grottes. On pense qu’un support périssable comme le bois avait pendant longtemps été employé dans l’élaboration des sculptures de figurines jusqu’à ce que la pierre soit utilisée à cet effet il y a environ 30 000 ans.  Bien qu’il soit possible que  l’imagerie visuelle  et autres aspects de la culture  paléolithique supérieure aient connu une explosion du fait de l’apparition concomitante du langage, l’auteur estime que le langage a probablement suivi et non précédé la communication par l’image et c’est cet ordre de succession qui a subsisté dans le processus de conscience à travers l’évolution des espèces.  

L’un des thèmes principaux du livre repose sur l’idée que nos moyens d’expression corporelle sont beaucoup plus significatifs que nous voulons bien le reconnaître. Molly Joyce, une jeune compositrice et interprète a insisté hier lors de sa performance à la National Gallery of Art de Washington,  sur les dimensions physiques nouvelles de son imaginaire à la suite d’un grave accident. Elle a expliqué comment elle s’est appliquée à transformer sa propre infirmité « d’une imperfection statique fixe en un potentiel créatif fluide », du cadre social limitatif sur la normalité du corps à un imaginaire du corps qui se meut au-delà de la simple perception de sa physicalité.

Stephen Asma cite le psychologue Lawrence Barsalou qui affirme que les images mentales et artistiques sont une forme originelle de pensée. Si Nadia Chomyn, autiste et largement privée de la faculté du langage, montrait autant de talent artistique,  l’auteur convient que les auteurs des peintures des grottes ornées auraient aussi pu être dépourvus de la faculté du langage. C’est  le règne de la cognition dite chaude plutôt que l’avènement de la cognition dite froide, aspect relativement plus récent dans le développement  du cerveau, qui est à l’origine des premières représentations d’images tridimensionnelles ou pariétales de la période du paléolithique supérieur (ibid., p.69-70). 

Sur l’héritage d’une vie émotionnelle s’est lentement greffée la pensée moderne à mesure du développement du cerveau humain qui donna la preuve il y a 30 000 ans de sa capacité à conceptualiser (ibid., p.96).   L’imagination manœuvrée par le soi « autobiographique », ainsi nommé par Antonio Damasio, poursuit son évolution dans le temps.  

J’ajoute que la philosophie modelée par les penseurs successifs sous l’impulsion de leur imagination donne au long de son histoire la preuve de son lien avec la perception.

In Memory of Gela Nga-Mirraitja Fordham

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