Le grand final de Cassini

Publié le par Ysia

Le grand final de Cassini

Le 15 septembre marquera la fin de vingt années d’exploration pour la mission spatiale Cassini. L’engin a commencé sa chute ultime à travers les anneaux de glace de Saturne. La mission comprenait à l’origine la sonde Huygens qui a atterri sur Titan, l’une des 62 lunes de Saturne.

Lancée le 15 octobre 1997, la mission spatiale Cassini est parvenue à destination le 1er juillet 2004. Il ne lui reste plus que 3% de carburant, de quoi terminer sa descente sur Saturne qui a commencé en décembre 2016. En 13 ans, Cassini aura pu observer deux saisons sur la planète Saturne puisqu‘une saison équivaut sur la Terre à sept ans et demi. Elle aura changé plusieurs fois d’orbites pour mieux prendre la mesure des anneaux et observer Saturne d’un point à l’autre du globe, Ainsi avons-nous pu voir à son pôle nord le gigantesque hexagone cyclonique.

L'observation des anneaux pourrait confirmer s'ils sont bien le produit de la disparition d’une ou de plusieurs lunes dont les innombrables morceaux orbitent aujourd’hui autour de Saturne. Jupiter et Neptune possèdent aussi des anneaux moins brillants, ce qui indiquerait une désintégration plus ancienne de leurs lunes.

Si Huygens a atterri sur Titan, Cassini nous a fait découvrir d’autres lunes comme Daphnis, Pan et Atlas. Encelade, de 500 kms de diamètre, semble donner la preuve d’une activité souterraine avec ces jets de glace, phénomène que l’on observe dans une moindre mesure sur Titan,  Mimas et Dione. Le flot liquide souterrain pourrait contenir la vie.

Titan est la seule lune à posséder une atmosphère, ce qui la fait paraître plus large qu'elle ne l'est. Des pluies de méthane y ont été détectées. Elle pourrait bien ressembler à ce qu’était la Terre il y a 2 milliards d’années.

Quand on dit que Saturne - tout comme Jupiter - est une planète gazeuse, cela signifie qu’elle n’est qu’atmosphère en quelque sorte. Le plutonium 238 qui aura servi à alimenter le générateur devrait se désintégrer dans l’atmosphère. La NASA a favorisé la chute de Cassini sur Saturne plutôt que de prendre le risque que la sonde s'écrase sur une lune de Saturne comme Titan qui semble présenter des possibilités de vie. Les sondes assignées à d'aussi lointaines missions ne peuvent pas être générées par l’énergie solaire.

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Quintessence de poussière

Publié le par Ysia

Si l’on part de la prémisse que l’être humain est un système vivant sous-optimal, le concept de transhumanisme prend toute sa place dans la manière d'envisager le devenir de la vie. Et si l’on reconnaît que la faiblesse de l’homme réside dans la biologie de son corps physique, c’est d'abord un avancement biologique qu'il faut rechercher et le remplacement graduel, partiel ou total du corps physique que certains considèrent.

Si le biocentrisme prône que la biologie est au centre de l'univers, quelle est la place de la technologie dans notre  monde ? Quand on imagine le remplacement des hommes par des machines, je ne peux concevoir celui-là que de façon partielle : des prothèses à la place des membres, un implant dans le cerveau pour une intelligence artificielle au service de la conscience.

Le robot sera-t-il lui aussi un jour doté d’une conscience qui lui permettra de se remettre en question ?  Qu’est-ce que l’intelligence artificielle sans conscience ?  Qu’est-ce que la conscience sans dialogue intérieur ?

Aujourd’hui un fossé sépare ceux qui sont convaincus que le cerveau humain peut être reproduit artificiellement et les autres. Si percevoir c’est ressentir, comment reproduire cet état dans le “cerveau” d’une machine ? Comment une machine peut-elle ressentir? Comment un être humain fait à 65% d’oxygène et un peu de carbone, d’hydrogène, de calcium, de sulfure, de chlore, de cuivre, de fer et de silicium peut-il être simulé dans le corps matériel d’une machine ? Il reste à voir quand nous serons à même de fabriquer des puces cérébrales électroniques et des neuroprothèses. Il semble un défi insurmontable que d’essayer de reproduire comment les milliards de neurones et de connections dans le cerveau s’organisent de sorte qu’ils produisent un phénomène comme la conscience. Au bout du compte, c’est une énigme biologique dont il s'agit.

Une question se pose: le remplacement des hommes par les machines se fera-t-il à leur insu? Doit-on craindre que ce que nous avons fait subir aux autres espèces, dans notre indifférence, soit le sort qui nous sera, un jour, échu ?

The fundamental risk,...,was not that superintelligent machines might be actively hostile toward their human creators, or antecedents, but that they would be indifferent.

To be a machine, Mark O'Connell, p.82

On compte cinq extinctions de masse. La première a eu lieu lors de la période glaciaire ordovicienne il y a 443 millions d’années lorsque 60 à 70% de toutes les espèces, marines majoritairement, ont disparu. La deuxième s’est produite à la fin de la période dévonienne il y a 360 millions d’années lors d’un changement climatique qui annihila 70% des espèces aquatiques, y compris la plupart des coraux. La troisième entre le Permien et le Trias il y a 250 millions d’années lors d’un réchauffement climatique causé par de gigantesques éruptions volcaniques en Sibérie qui extermina 95% des espèces vivantes, y compris les insectes géants et les trilobites. La quatrième du Trias-Jurassique il y a 200 million d’années lorsque les trois quarts des espèces ont disparu une fois encore du fait d’une formidable activité volcanique et enfin la cinquième du Crétacé-Tertiaire il y a 65 million d’années lorsqu’une énorme météorite s’est abattue sur Terre juste après des éruptions volcaniques titanesques en Inde, ce qui signa l’arrêt de mort des dinosaures et des ammonites. Aujourd'hui, certains affirment que l’homme a provoqué dans son inconscience la sixième vague d’extinction massive, comme le confirme une nouvelle étude sur le rétrécissement de l’aire de répartition de près de la moitié de 177 mammifères entre 1900 and 2015.

Quand Yuval Noah Harari prédit la disparition de l'Homo sapiens dans tout au plus mille ans, peut-on imaginer le scénario dans lequel ces machines pensantes, dans leur indifférence, réserveraient à l’homme le sort qu'il a réservé aux espèces animales? Et la sixième extinction massive de s'achever par notre propre annihilation...

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Cesse d’être spirituel !

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Mon empire de poussière

Publié le par Ysia

“Philosophy is a field that, unfortunately, reminds me of that old Woody Allen joke, “those that can't do, teach, and those that can't teach, teach gym.” And the worst part of philosophy is the philosophy of science; the only people, as far as I can tell, that read work by philosophers of science are other philosophers of science. It has no impact on physics whatsoever, and I doubt that other philosophers read it because it's fairly technical. And so it's really hard to understand what justifies it. And so I'd say that this tension occurs because people in philosophy feel threatened—and they have every right to feel threatened, because science progresses and philosophy doesn't.”

https://www.scientificamerican.com/article/physicists-are-philosophers-too/

Certains chercheurs estiment que les effets quantiques peuvent être observés dans notre environnement quotidien et s'appliquer à l'univers macroscopique. D'une expérience à l'autre, il semble que notre conscience crée l'espace et le temps et non l'inverse. Sans la conscience, l'espace et le temps ne sont rien. Il n'y a pas deux mondes, à savoir le monde extérieur et le monde intérieur, mais un. La conclusion paraît quelque peu déroutante : La réalité des faits dépend de l'observation que nous en faisons dans le présent. Jusqu'à ce qu'ils aient été observés, ils n'ont pas vraiment eu lieu mais attendent d’être effectivement démontrés sur la base d’arguments observationnels. C'est ce que l'on appelle la causalité inversée.

...everything occurs strictly within our heads...Where the visual image is perceived is where it actually is. There is nothing outside of perception. How could there be?

Beyond Biocentrism, p.119-120

Qu'est-ce que l'espace? L'espace n'est pas vide. Il est habité par des ondes électriques et magnétiques qui ont le pouvoir d'influer sur la trajectoire de chaque particule. Un torrent de photons - les particules les plus largement répandues dans l'univers - le traverse. Des neutrinos -les particules les plus courantes après les photons - le sillonnent. Et des ondes de gravité le baignent.

Et puis il y a l'énergie noire… Parce que nous ne percevons qu'une gamme réduite de longueurs d'ondes électromagnétiques, notre égarement nous pousse à penser que l'espace est vide. La logique naturelle de tout organisme animal est responsable de son aveuglement. Notre raison engendre des constructions mentales fallacieuses.

L’égarement extérieur, c’est s’attacher aux attributs; l’égarement intérieur, c’est s’attacher à la vacuité. Lorsque, au sein des attributs, vous en êtes détachés et lorsque, au cœur de la vacuité, vous en êtes libérés, vous n’êtes aveuglés ni au-dehors ni au-dedans.
外迷看(著)相。内迷著空。於相離相。於空離空。既是不空迷 (内外不迷)。

Manuscrit de Dunhuang S.5475

D’une part, on dit que la terre s’est formée il y a 4,65 milliards d'années, c’est-à-dire 9,15 millards d'années après le Big Bang. De l'autre, on dit que ni l'espace ni le temps n'existent fondamentalement  si ce n'est comme outils de perception animale. Peut-on se projeter au-delà de soi et voir la réalité telle quelle?
 

... according to quantum physics, the past, like the future, is indefinite and exists only as a spectrum of possibilities.

Hawking2010p11485Sci_Am.pdf

Nous ne serions que le produit du hasard dans la myriade de possibilités d'univers. Pourtant d’après Beyond Biocentrism, le caractère fortuit de l'existence humaine et de tout autre phénomène est absurde.  L'univers n'a pas pu être laissé au hasard. Comment le fait que nous devions à la lune les marées, la régulation du climat et la stabilité de l'axe de rotation et qu’elle-même soit la conséquence de la collision de la terre avec un astéroïde peut-il être dû au hasard ? Quand bien même il faut croire que chaque circonstance - la taille de l’astre solaire, l'effet régulateur de la lune et la sélection naturelle des espèces animales et humaines jusqu'à l'avènement de l'Homo sapiens - est accidentelle, dans le même temps, vous et moi ne sommes pas la conclusion de ce processus, juste un épisode dans le temps.

Mais cela serait ne pas prendre en compte la théorie du multivers...

Lorsque je dis que rien a de l'importance si ce n'est l'importance qu'on y attache, cela sous-entend justement que les seules choses que nous pouvons percevoir sont nos propres perceptions. Il n'y a pas d'univers sans perception. Ces perceptions insuflent un foisonnement d'informations que le cerveau dissèque, digère et restitue dans un langage individuel.

Toutefois, la réalité incontournable d'une douleur physique ne saurait objectivement minimiser la fatalité inexorable de l'existence humaine.

I hurt myself today
To see if I still feel
I focus…on the pain…
The only thing…that’s real…

Beneath the stains...of time...
The feelings...disappear

Johnny Cash

Cela ne répond pas à la question de savoir s'il y a, au-delà de vous et de moi à travers tout ce qui nous environne, une conscience collective. La conscience et le cosmos sont interdépendants. Ce sont des manifestations corrélatives. Les recherches ont montré que la conscience de niveau supérieur, à savoir la pensée abstraite ou réflexive  - est générée par des ondes gamma. Et le poète de demander : les rayonnements électromagnétiques gamma de source cosmique détectés dans l’univers sont-ils la preuve d'une conscience cosmique ? La matière et l'énergie sont une et même essence.

 

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Le temps, l'espace et la conscience

Publié le par Ysia

Le penseur

Le penseur

On ne peut concevoir comment un peu de carbone, d'eau, des atomes d'hydrogène insensibles se sont assemblés et ont acquis des facultés sensorielles.
 

...the brain is made of atoms, which are made of subatomic particles - all known entities - and it operates by an electrochemical process whose nature is no longer mysterious. If our awareness is merely some sort of subjectively felt spin-off of all this, then it could indeed be incidental and secondary to the modern world's self-operating model of reality...

Beyond Biocentrism, p.34

Si la matière noire compose majoritairement l'univers matériel, l'énergie noire en est la contribution non-matérielle la plus importante. Bien que nous ne sachions rien de l'énergie noire, nous savons qu'il s'agit d'une force antigravitationnelle qui déchire de l’intérieur l’univers. Et le poète de demander : est-ce l'énergie noire qui pousse la lune à se laisser dériver doucement (à raison de deux à trois centimèrtres par an) ?

Le temps n'a pas de réalité indépendante. Il n’est ni un absolu ni une constante universelle. Puisque le temps est relatif, sa raison d'être disparaît. Le temps est non-existant. Une seconde sur terre équivaut quelque part dans l'univers à un million d'années. Le passé intangible est relégué dans les archives de notre mémoire sélective. Nos souvenirs évanouis sont des signaux émis dans l'instant présent par les cellules de notre cerveau.

If the past is an idea that can only occur in the here and now, and the future is also just a concept happening strictly in the present, there seems nothing but now. Always. So is there really a past and a future ? Or just a continuum of present moments?

Beyond Biocentrism, p.22-23

Chaque univers parallèle offre sa version propre de la réalité, comme si l’espace-temps était coupé en tranches et que chaque tranche représentait un univers. 

Si le temps n'existe pas, comment peut-il être coupable de notre trépas ? Notre sénescence, les changements physiques ne sont pas le temps. Alors de quoi faisons-nous l'expérience? Quel est ce processus subi ? L'espace et le temps sont des formes d'instinct primordial. Ce sont des outils de l'esprit.

When we feel poignantly that time has elapsed..., it constitutes the human perceptions of the passage and existence of time.

Beyond Biocentrism, p.45

Il y a plus de cent ans, la théorie quantique a établi un lien entre la conscience et la nature des particules. Les seuls objets réels, selon la théorie quantique, sont les faits observés qui surgissent de l'amas confus de possibilités qui ont toujours existé. Au moment où l'observation est réalisée, chaque particule subatomique cesse d'exister en tant que probabilité pour apparaître en tant que réalité physique.

Virtually anything that could happen exists on some level, ready to materialize

Beyond Biocentrism, p.57

La théorie quantique insiste sur la probabilité des choses de se produire. Et c'est en comprenant ce qui se passe au niveau subatomique que nous pourrons comprendre l'origine physique de la conscience et le mécanisme de l'espace-temps.

Il m'est difficile d'accepter que le simple fait d'observer fait apparaître l'objet en tant qu' entité réelle dans un lieu donné. Cela équivaudrait à dire que cette particule de matière ou de lumière qui n'était jusqu'à un moment précis qu'une probabilité se matérialise littéralement sous nos yeux.

...the mere act of measurement, of learning the path of each photon, destroyed the photon's freedom to remain blurry and undefined... until it reached the final detection screen.
We're left with no choice but to accept that our presence as an observer, and how we make the observation, physically changes what we're looking at.

Beyond Biocentrism, p.52-53

Pour ajouter à mon étonnement, le principe d'intrication quantique montre que de deux particules jumelles, si une est observée, l'autre apparaît simultanément. Aux antipodes du réalisme scientifique et des lois de la physique classique, comment un tel fait peut-il se produire sans un rapprochement physique entre elles ?

Comment une entité matérielle peut-elle subrepticement dicter à une autre comment agir ou exister quand elles sont séparées par d'aussi longues distances? Particules et photons - matière et énergie – peuvent apparemment se transmettre instruction et savoir d’un bout à l'autre de l'univers.


 

During this process, no time will elapse, no matter their distance apart. It's as if there's no space between them.

Beyond Biocentrism, p.58

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Eclipse solaire

Publié le par Ysia

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Monarque

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La conscience octopode

Publié le par Ysia

Good philosophy is opportunistic; it uses whatever information and whatever tools look useful.

Other Minds, Peter Godfrey-Smith, 2016

Il y a six cent millions d'années avant le présent lorsque humains et céphalopodes - dont font partie les pieuvres, les poulpes, les calamars et les seiches - partageaient un ancêtre commun dans le vaste océan de nos origines, qui sait ce à quoi il ressemblait.

Une créature en forme de ver, quelques millimètres de long ou plus large,  nageant ou rampant au fond des mers. Avec des embryons d'yeux et dotée d'un système nerveux. À l'époque de l'ancêtre humain-pieuvre, il n'existait aucun organisme sur la terre ferme et le plus large animal était probablement  une éponge ou une méduse.

Parmi les invertébrés - les araignées, crabes, abeilles et les mollusques comme les escargots, les huîtres - les céphalopodes inclus dans le sous-groupe des mollusques sont les seuls à avoir développé un large système nerveux et à se comporter d'une façon différente de celle des autres invertébrés. Les céphalopodes forment une île de complexité mentale dans une mer d'animaux invertébrés. Sur une branche de l'arbre phylogénétique, séparée de la nôtre, ils ont pourtant développé un large cerveau et adopté un comportement complexe.

Peter Godfrey-Smith, dans son ouvrage Other Minds, indique que la difficulté de sa discipline - la philosophie de la biologie - est la relation entre l'esprit et la matière, comment la sensibilité, l'intelligence et la conscience s'intègrent dans le monde physique.

L'évolution a commencé à partir d'une cellule unique pour devenir une accumulation de cellules multiples. C'est ce même processus qu'ont suivi tous les organismes. Il a fallu une force coordinatrice, un élan assembleur originel de plus en plus complexe dans un sens directionnel régi par le facteur temps. Un hasard expérimental ou une providence omnisciente? Peut-on parler d'unité de l'être lorsque chaque organisme n'est qu'un amas de cellules volontairement ou involontairement impliquées dans la marche inexorable de la vie ? Alors commence le bal des êtres multicellulaires dont le cerveau évolue au fur et à mesure de confrontations fortuites dans un combat incessant pour leur propre survie, dans la lutte contre l'extinction de leur espèce.

What does it feel like to be an octopus? To be a jellyfish? Does it feel like anything at all? Which were the first animals whose lives felt like something to them?

Other Minds, Peter Godfrey-Smith, 2016, p.77

Aux premières heures de la vie - la période cambrienne - , il faut entendre par "cerveau" ou évolution mentale l'apprentissage des sens et du système nerveux, la capacité de recevoir et d'emmagasiner l'information. De ces embryons d'yeux sont nés les yeux composés des insectes et nos yeux caméras. Quel est le moteur de cette marche évolutive ? Est-ce pour répondre à l'environnement extérieur ou pour mieux contrôler le chaos intérieur ? Vraisemblablement les deux. Entre la perception de plus en plus claire de la lumière extérieure et la maîtrise des tumultes multicellulaires intérieurs... Entre l’exafférence qui provient d’un événement externe et la réafférence qui vient de l’organisme lui-même.
 
Pieuvres et autres céphalopodes sont des mollusques - ils font partie d'un large groupe d'animaux qui inclut huîtres et escargots. Alors qu'est-ce qui les rend si particuliers? Des premiers céphalopodes, seul a survécu jusqu'à nos jours, le nautile dans l'océan pacifique, guère différent d'il y a 200 millions d'années.  Quant aux céphalopodes des temps modernes apparus à l'époque des dinosaures, ils se sont divisés en deux branches: le groupe des huit tentacules et le groupe des dix tentacules.Le plus ancien fossile d'une pieuvre remonte à 290 millions d'années.
 
Les pieuvres sont intelligentes dans le sens qu'elles font preuve de curiosité et s'adaptent à leur environnement. Leurs tentacules dotées de neurones possèdent non seulement la faculté du toucher mais aussi du goût et de l'odorat. C'est ce qui décuple leur intelligence. Alors comment le cerveau commande-t-il les tentacules ? Et pourquoi ont-elles trois cœurs ? La question est de savoir quand on parle d'intelligence s'il ne peut y avoir d'intelligence que circonscrite dans le cerveau. La pieuvre rappelle à l'être humain que l'intelligence des sens dispersés à travers ses tentacules existe aussi.

For an octopus, its arms are partly self - they can be directed and used to manipulate things. But from the central brain's perspective, they are partly non-self too, partly agents of their own.

Other Minds, Peter Godfrey-Smith, 2016, p.103

Peut-on identifier la perception subjective à la conscience? Qu'entend-on par "être sensible"? Est-ce qu'un être sensible est automatiquement doué de conscience? Si l'être sensible vient avant l'être conscient dans un ordre chronologique - pour autant qu'on veuille bien les différencier l'un de l'autre -, alors comment a émergé cet être sensible? Si l'on ne parle ni de l'âme ni de pampsychisme, alors de quoi parle-t-on?

L'être sensible est né de la symbiose entre le ressenti et l'agir. Il répond à un stimulus qui précède un flot de réactions chimiques dans le corps. Faut-il en déduire que tous les organismes possèdent un minimum d'expérience subjective?

Chaque acte mis en branle et accompli - une parole, un mouvement, une grimace, un sourire, un verre de vin, un pas de danse - influence notre ressenti, et vice-versa, tout ressenti - peine, amour, colère, curiosité ou simple acte sensoriel -influe le mouvement ou geste suivant dans un cycle sans fin. Pour l'interrompre, il faut faire une pause, respirer, méditer et prendre le recul. Il est juste de dire que chaque action colore notre ressenti. Après une discussion houleuse, je ressens une certaine frustration, colère ou déception, des émotions négatives qui assombrissent le reste de la journée à moins de pouvoir maîtriser ce flot de sentiments. Je me risque à dire que rien a de l'importance si ce n'est l'importance qu'on y attache. Tout dépend de la réceptivité de l'être.

Des fonctions motrices aux facultés sensorielles... des facultés sensorielles aux fonctions motrices. Les expériences que nous traversons nous laissent un goût à la bouche,  dictent nos actes futurs et façonnent notre devenir. Mais les plantes ne bougent pas...
 

Que faire de nos émotions primordiales ?

We have created a Star Wars civilization, with Stone Age emotions

E.O. Wilson

Du brouillard de l’esprit à l’expérience subjective … S'il est vrai que crabes, pieuvres et chiens connaissent à divers degrés une expérience subjective, on peut donc constater l’existence de ce trait à plusieurs reprises au cours de l'évolution de la vie. La conscience ne serait qu'une forme plus intégrée, cohérente et unifiée d'expérience subjective. Des formes simples et anciennes d'expérience subjective à la conscience...

Peut-être ce qui peut paraître encore plus déroutant pour nous, humains, est la brièveté de la vie des pieuvres. Deux années seulement. Est-il compréhensible qu'un être doué d'une intelligence si singulière et unique parmi les invertébrés puisse avoir une vie aussi courte ? Pourquoi alors être doté de cette intelligence ? Pourquoi être doté d'une conscience qui suppose de manière tragique la prescience chez la pieuvre de son évanescence ? Pourquoi  des potentialités gaspillées dans le grand ordre des choses ? Nous savons que la pieuvre a une capacité exceptionnelle d'apprendre et de s'adapter, mais à quoi bon investir dans cet apprentissage du monde s'il ne reste plus de temps pour mettre ces enseignements, ces leçons de la vie à profit ?

La pieuvre est pareille à un maître zen pour lequel seul le présent, le ici et maintenant, n'a de sens et mérite son attention.

Et pourquoi ne vit-elle pas plus longtemps ? Si les colibris qui reviennent chaque année butiner les plantes indigènes vivent dix ans, pourquoi  les pieuvres ne peuvent-elles pas vivre plus longtemps ? Il y a pourtant la pieuvre du tréfonds de l'océan pacifique (graneledone borreopacifica) qui couve ses œufs quatre années et demi et qui pourrait vivre, en déduit-on, 16 années environ parce que les températures froides du fond de l'océan ralentissent le vieillissement de son métabolisme. Une telle durée d'incubation a pour conséquence un état physique plus avancé et plus large à la naissance.

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Vénus

Publié le par Ysia

Vénus semble être le parent pauvre des missions spatiales. Des 26 propositions d’étude soumises à l'agence spatiale NASA au cours des trente dernières années, aucune n'a été retenue. Notamment dans le cadre du programme Discovery,  le projet DAVINCI, (Deep Atmosphere Venus Investigation of Noble gases, Chemistry, and Imaging) d'un demi-milliard vient d’être rejeté. Cette année, la NASA a préféré deux missions d’étude d’astéroïdes Lucy et Psyché. On attend pour savoir si, parmi les projets de plus grande envergure dans le cadre du programme New Frontiers, dont trois ont pour objectif Vénus, un sera retenu cette année.

Il y a 4 milliards d’années, Vénus avait un océan, ce qui pourrait indiquer l’habitabilité de la planète à l’origine. Approximativement de la même taille que la terre, elle a une période de rotation (243 jours) supérieure à sa période de révolution (225 jours). La similarité des deux planètes  au commencement pousse à vouloir comprendre pourquoi leur évolution a été si différente afin de déduire quelles exoplanètes seraient éventuellement habitables sur le long terme.

Il n’y a pas de plaques tectoniques et il y a moins de 1 000 cratères sur la surface de Vénus. D’après les missions d’exploration qui ont précédé,  la formation des plaines semble remonter à 500 millions d’années à l’époque de l’ancêtre humain-pieuvre sur terre...  Le basalte dans le sol montre le  resurfaçage de la planète par les coulées de lave. Il reste impossible à déterminer avec certitude si Vénus est aujourd’hui volcaniquement  active.  Les  formations plus élevées qui forment des quadrillages ou tessarae paraissent plus anciennes.  Le rapport Deutérium/Hydrogène est un  paramètre qui a donné la preuve de la présence d’eau il y a un milliard d’années.

Bien que nous connaissions la composition des gaz qui forment son atmosphère  - néon, argon, krypton et xénon  - les précédentes missions n’ont pas permis d’enregistrer des données en-dessous d’une altitude de 30 km. 75% de l’atmosphère demeure donc inexploré. Toute mission projetée devrait permettre l’exploration de  Venus en dessous de 12 km.

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