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Sculpter le bouddhisme

Publié le par Ysia

Image as insight, when eyesight becomes insight

(Image as Insight, Margaret R. Miles, Beacon Press, Boston, 1985)

Je me souviens être tombée maintes fois en extase devant le visage apaisé de statues bouddhiques dans des lieux divers de Chine. C’est cet apaisement qu’il me tient d’étudier. Mon intérêt pour les statues les plus anciennes s’explique par la quête d’un sourire magique, de paupières baissées et de visages figés dans une pose intemporelle.

Voir et observer dans un élan mystique dans le but de représenter un visage divin portant les symboles anthropomorphiques, de donner une image à l’ultime sagesse, de créer une tête de Maitreya en déchirant le vide, mais avec quels attributs ?

La divinité favorite de l’époque Wei (tartares) en Chine est le Bouddha Maitreya. Le nom miθra dans la langue avestique, langue indo-iranienne, signifiant « pacte,contrat, serment », dérive de *mitra, qui a pour racine mi- « unir, lier, attacher ». Rattaché au suffixe -tra- signifiant « créant, suscitant », le sens étymologique de miθra devient « qui cause l’attachement ». Le mot sanskrit maitreya est communément traduit par “amical” (Dictionnaire sanskrit-français) et semble se rattacher à la figure perse mithra (mitra). La représentation de Maitreya est souvent statuaire, de pierre ou de bronze plaqué or. Les plus beaux enchantements sont les statues du style Gandhara. Mais sa représentation rupestre est aussi un élément manifeste des muraux en Chine ou en Inde.(Maitreya, the future Buddha, Alan Sponberg and Helen Hardacre, Cambridge University Press, 1988)

Tel un dialogue entre mon âme et le Ciel, je poursuis ma recherche : une étude iconographique qui se concentre sur l’aspect immatériel. Vanité que de vouloir créer une image qui manifeste l’inexprimé, le non-manifesté, le mystère du non-dit, le génie dans sa simplicité originelle, d’une puissance ensevelie et engourdie, produit du passé et de l’ancien à la fois révolu et réapparu! Graal ou quête fondamentale de l’élément sacré, Maitreya que je poursuis aura la tête béante, sans front ni oval fermé, parce que s’abreuvant à la sapience céleste. La pluie savante et sage le nourrit, l’habite, véhiculant vers la terre des richesses inouïes. Mais seul son cou, non son corps, sera visible parce qu’il n’est pas. Il est ce prince de l’avenir, ce héros des temps futurs, ce noble voué à la prière, tourné vers l‘au-delà. Affublé d’oreilles incontestablement pour percevoir les chants magiques, les paroles divines et pour entendre les plaintes des hommes, signe de sa compassion. Ce sont là les prémices du Maitreya.

 

(The) capacity to invent a striking pattern, especially when applied to such familiar shapes as a head or a hand, is what is known as artistic imagination. Imagination is by no means first of all the invention of new subject matter, and not even the production of just any kind of new shape. Artistic imagination can be more nearly described as the finding of new form for old content, or - if the handy dichotomy of form and content is eschewed - as a fresh conception of an old subject. The invention of new things or situations is valuable only to the extent that they serve to interpret an old - that is, universal- topic of human experience

p.142, Art and Visual Perception by Rudolf Arnheim

La représentation visuelle a, depuis toujours et de par le monde, été privilégiée à la formulation des mots, a fortiori dans le domaine de la religion. Si pendant longtemps le Bouddha n’avait pas de statue à son image, elle fut créée pour faciliter la diffusion du bouddhisme et son culte par les masses populaires, comme si les yeux étaient mieux à même de comprendre. Le regard facilite la dévotion religieuse et se fixe sur l'objet de la prière. Au niveau supérieur, la fonction visuelle renforcée par la faculté du langage laisse une empreinte plus profonde . L'art permet la réification de l'objet mental. Comme s'il fallait extraire de nous-mêmes nos émotions pour mieux les contempler et les dénommer, ainsi en est-il du processus de vulgarisation des dogmes religieux. Mais comment codifier par l’image la preuve divine? Au-delà du jeu politique et de l'adaptation des images aux dogmes religieux, c'est l'importance des couleurs dans la transmission du message religieux qui m'intrigue. Ainsi l’ai-je compris lors de mon périple autour du monde, des grottes du Xinjiang et de l'Inde jusqu' à l'Abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe. Si j’avais à établir ma propre codification avant l’image, je la voudrais représentative d'humilité, simple et humaine. Les yeux du visage divin, s'ils sont ouverts, doivent être immenses, à moins que je me résigne à refermer ses paupières à la manière des statues bouddhiques. Comme représentation de l’humilité, je prendrai pour couleur de robe le noir.

La lecture de deux articles sur le site academia.edu, The spread of Buddhism to China par Tansen Sen et Indian influence and Chinese creation par D. Chang Qing m'a amenée à réviser les notes anciennes regroupées sous le titre Sculpter le bouddhisme que j'avais écrites il y a quelques années.

Isn't that the best way to learn? To carry one's mistakes to their logical conclusion.

The Agony and the Ecstasy, Irving Stone

Sculpture cannot be taught by books or the spoken word: it must be experienced by the artist. Art is a command. The hands must be trained by practice, the mind by constant acquisition of knowledge, and the heart by its undefeated faith and desire to overcome all obstacles. For sculpture is a thorny road beset by barriers, defeats, and disappointments. Art is , however, made of the stuff that dreams are made of, and they say the dreamer is a favorite of the gods. To him they whisper theirs secrets, to him the moon reveals her inmost beauty, and the night will enfold him to her heart and guard him with her strong dark wings. The poet and the artist must be ready to harness Pegasus to pull a heavy load. Labor and fatique are the inevitable price of accomplishment, for no great creation is easily conceived or expressed. Art has been called the Holy Land where the initiates seek to reveal the spirituality of matter...The training of the hands to respond deftly to the mind is a distinct and joyful experience...Even though we generally fall far short of our aim, we still are impelled by this ever-flowing stream of hopeand desire to try again to supass ourselves. Failures are many and often devastating to our morale, but one or two bull's-eye successes will carry us over months of hard labor.

Malvina Hoffman

L’idéogramme bouddha est composé des caractères de l’homme et de la négation.

Le sens profond est, à l’évidence, avoir dépassé la sphère de la vie humaine minée par ses limitations et pénétré l’absolu

Truth and tradition in Chinese Buddhism, Reichelt, 1930

Ce qui rend particulier le mariage du bouddhisme et du taoïsme est précisément la double pensée de l’homme qui, dépassant la sphère de la vie humaine marquée par ses limitations, pénètre l’absolu et de celui qui ayant aimé la retraite et l’obscurité par-dessus tout, efface délibérément la trace de sa vie. Effacement qui n’est motivé, ni par un sentiment d’humilité, ni par une dévotion pour des méditations plus hautes, qui est amour de soi, paresse et dédain (Histoire des croyances religieuses et des opinions philosophiques en Chine, Léon Wieger, 1917).

S'il faut atteindre un objectif dans la sculpture en pierre d'un visage d'inspiration bouddhique, c'est celui que mentionne John H. Dryfhout dans The Work of Augustus Saint-Gaudens au sujet du Mémorial d’Adams une expression mimant une profound psychological content and mysterious aura et une suggestive abstraction and haunting grandeur. Les sculptures bouddhiques ont pour objet de provoquer l’éveil en répondant aux besoins de l’âme. Comparativement à ce but utilitaire, les règles esthétiques viennent en second.

first “seeing” in a mystical sense and later reproducing that personal vision of what is known by all and what will serve to replenish understanding

Sculpture in stone, Cami Santamera, 2001

Sculpter le bouddhisme

Sagesse…ensevelie dans une idolâtrie…Par un travers d’esprit assez commun, on abandonne une vérité dont la recherche était difficile, pour les mensonges qui lui servaient de voile.

Relation des Royaumes bouddhiques 佛国记 de 法显, Abel Rémusat, 1836

It must be realized at once that the keynote to Buddhist sculpture in China, at any rate during the earlier part of that religion's supremacy, is not corporeal representation, but intense spiritual realization.

An introduction to the study of Chinese sculpture, p.3, Leigh Ashton, 1924

Avant le premier siècle avant notre ère, le Bouddha n’avait jamais été représenté sous une forme humaine mais seulement par le biais des premiers symboles (ombrelle, empreinte de pas, buffle). Par la suite d’autres symboles s’ajoutèrent : l’arbre de la bodhi, la roue et le stupa (The origin of the Buddha image, Ananda k. Coomaraswamy, 1927). Les sculpteurs de l’école de pensée Gandhara furent les premiers à représenter le bouddha historique sous une forme anthropomorphique aux caractéristiques gréco-romaines, révélatrice non pas d’une origine mais d’une influence étrangère (Early Buddhist art in India, G.C. Chauley). L'une des statues du Bouddha les plus anciennes date du deuxième siècle avant notre ère et fut retrouvé durant le règne de Démétrios Ier l'invincible qui fut le souverain de l'Inde de 189 à 167 avant notre ère.

La légende rapporte l’histoire d’une statue en or du bouddha, rapportée à l’empereur par ses généraux d’une région au-delà de Yarkand (Xinjiang). C’est le modèle d’après lequel les statues bouddhiques auraient été façonnées par la suite en Chine (Relation des Royaumes bouddhiques 佛国记 de 法显, Abel Rémusat, 1836).

 

C’est la deuxième année avant notre ère qu’un ambassadeur des Tokhariens se présenta devant l’Empereur de Chine, chargé d’un certain nombre de livres sacrés. Plus de cent ans auparavant, en l’an 121 avant notre ère, une statue d’or gigantesque du bouddha, faisant partie du butin des campagnes militaires, fut apportée à la cour chinoise.

Chinese Buddhism, Eitel, 1870

En 207 avant Jésus-Christ, des missionnaires bouddhistes venus de l’Inde entrèrent en Chine et s’établirent dans la capitale de la province de Chen-si pour y prêcher. Ensuite vers l’an 122 avant Jésus-Christ, une statue d’or de Bouddha fut envoyée du Yicouhou ( ?) à l’Empereur par ses généraux qui avaient pénétré jusqu’à cette province située au-delà de Yarkand. Ce fut là l’origine et le modèle des statues de Bouddha en Chine.

L’empire chinois, Lamairesse, 1893

Selon The Buddha in the dragon gate, 2001, Jan Van Alphen, c'est vers 195 avant notre ère qu'il est fait pour la première fois mention d'une sculpture bouddhique en Chine. D’après 佛国造像艺术 ( 徐华铛编著), du fait de l’analphabétisme et du caractère abstrus de l’enseignement bouddhique transmis à travers les textes sacrés, l’objet statuaire est la concrétisation physique à la fois visuelle et palpable, et donc compréhensible, pour les besoins de la profession de foi. S’agissant de la représentation statuaire, il faut noter qu’à l’exception de quelques exemples,…avant la dynastie Song, les sourcils des figures bouddhiques chinoises ne se rejoignaient pas au milieu et tombaient en courbe droite sur les lignes du nez. An introduction to the study of Chinese sculpture, p.44, Leigh Ashton, 1924. Mais comment penser la tête du bouddha, siège de la conscience cosmique ?

S’ ajoute l’autre légende de l’empereur Ming qui rêva d’un homme au halo d’or, l’une des premières références littéraires au bouddha, le conduisant à envoyer une délégation vers l’Ouest (后汉记 et 后书记). Elle en revint avec deux moines indiens et un grand nombre de classiques bouddhiques. Ils furent transportés sur le dos d'un cheval blanc. Ainsi le temple érigé à Luoyang par l'empereur pour les moines et ceux qui vinrent après eux fut baptisé le Monastère du Cheval Blanc (Buddhism and Buddhists in China, Hodous, 1924). Si , par tradition, l’introduction du bouddhisme en Chine remonte à l’an 67-68, c’est plus exactement dans la seconde moitié du premier siècle et durant le deuxième siècle, qu’elle eut lieu. La déité favorite de l’époque des Wei, jusque vers 500 après notre ère, est le bouddha Maitreya, le bouddha du futur.

L'histoire n'est pas figée. Elle ne s'étend pas en ligne droite. Il y a des cycles historiques et des vagues d'influence qui suivent un mouvement de fond. Le bouddhisme est parvenu en Chine en saccades par la route terrestre depuis l'ouest mais aussi par la route maritime depuis l'Asie du Sud-est. Son évolution est complexe, balottée entre les influences extérieures et les efforts religieux ou politiques de sinisation. L'art bouddhique a suivi une évolution parallèle, embrassant des influences multiples, notamment de Gandhara et de Mathura. D. Chang Qing parle même d'une nouvelle vague d'indianisation largement exprimée à Qingzhou 青州 dans le Shandong et dans l'art au Sichuan du VIème siècle durant les dynasties du Nord et du Sud.

The spread of Buddhism to China was a protracted process that involved people from different regions and ethnic groups. The credit should not all go to the ‘Indians’, nor should it be perceived as an outcome of the interactions between India and China. In fact, Buddhist missionaries from ‘India’ may not have played a significant role in the transmission of the doctrine before the fourth century (Zürcher 1999: 32). The famous story about the Han emperor Ming’s (r. 58–75 CE) dream about the Buddha, the subsequent arrival of the first two Buddhist monks from India and the building of the ‘first’ Chinese Buddhist monastery called the Baimasi (White Horse Monastery) are fabrications. The story of Emperor Ming’s dream was meant to link the introduction of Buddhism with the Chinese court in an attempt to give legitimacy to the foreign doctrine.

Tansen Sen

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Nouvelle exposition

Publié le par Ysia

Exposition jusqu’au 5 juillet à Torpedo Factory, Alexandria (Virginie)

Exposition jusqu’au 5 juillet à Torpedo Factory, Alexandria (Virginie)

We are all an assembly of parts, pieces and life experiences, and we bring those experiences to the things we do every day. It's what makes us who we are! I've come to learn that my childhood, education and travels influence my dreams, desires and decisions.

Stephen T. Ayers

La sculpture est à la fois la plus abstraite et la plus positive des expressions plastiques. Positive, parce qu’il lui est impossible d’esquiver les difficultés de sa tâche sous des artifices verbaux et que la forme ne vivra qu’à la condition d’être logiquement construite de quelque côté qu’on la regarde. Abstraite, parce que la loi de cette construction ne nous est révélée que par une série d’opérations mentales de plus en plus généralisatrices. La sculpture, avant d’être un art, fut une science, et nul sculpteur ne pourra faire oeuvre durable s’il n’en a retrouvé dans la nature même les éléments générateurs.

Ellie Faure, Histoire de l'Art, p.50

Avant Dédale, la plastique grecque ne connaissait que des images informes, disent quelques auteurs tardifs. Les plus rudimentaires étaient privées de mains, de pieds, d'yeux ; d'autres avaient les bras allongés et collés aux flancs, les jambes et les pieds joints, les yeux fermés. Le premier, Dédale avait ouvert leurs yeux, détaché les jambes et les pieds, les mains et les doigts, si bien que ces images semblaient vivre, se mouvoir, marcher, respirer, parler même, et qu'il fallait les enchaîner pour empêcher leur fuite.

Waldemar Deonna,Les yeux absents ou clos des statues de la Grèce primitive

Nouvelle exposition

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La figurine masquée

Publié le par Ysia

Beginners in sculpture often make the mistake of thinking that, to look finished, a piece must be smooth and highly polished, and so exclude some of the most expressive finishes that they could have chosen from. Instead it is important to understand that qualities of texture, tone, color, and exactness or sketchiness in the surface of sculpture allow the viewer to experience the finished work as if they are touching it or running a hand over its surface...
Some sculptors want to show the viewer that their work was made by hand, and leave traces of their efforts with a gouge, chisel, or saw. In the modern age, when many of the everyday items that surround us are made in factories and have an anonymous quality, it can be important to show that a piece was carefully and thoughtfully carved by an individual. The visible tool marks show energy lines and directions used in creating the piece, and have an expressive textural quality of their own.

The Sculptor's Bible, John Plowman

La figurine masquée

Exposition de la Figurine masquée jusqu’au 7 avril à Torpedo Factory, Alexandria (Virginie)

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Méditation

Publié le par Ysia

Exposition de Méditation jusqu’au 7 septembre à Torpedo Factory, Alexandria (Virginie)

Exposition de Méditation jusqu’au 7 septembre à Torpedo Factory, Alexandria (Virginie)

La tradition veut que Bodhidharma accosta en 527 sur la rivière de perles dans la ville de Guangzhou. Il fut invité par l'Empereur Wu de la dynastie Liang à se rendre à la capitale Nanjing.

« Il a été rapporté à votre disciple que, lorsque le grand maître Bodhidharma convertit l’empereur Wu, ce dernier lui demanda : « Y a-t-il des vertus méritoires pour avoir, toute notre vie, érigé des temples et accordé des dons et des offrandes ? » « Aucunement. » lui affirma Bodhidharma. Désappointé, l’empereur Wu le chassa hors de son territoire. Je ne saisis pas ces paroles et vous prie, maître, de les expliquer. »
Le sixième patriarche déclara :
« Il n’y a réellement aucune vertu méritoire. Préfet, ne doutez pas des paroles du grand maître Bodhidharma ! Attaché à la voie hérétique, l’empereur Wu n’avait pas conscience de la loi orthodoxe. »
« Pourquoi n’y a-t-il aucune vertu méritoire ? » s’enquit le préfet.
Le maître répondit :
« Bâtir des temples, répandre des dons et offrandes, ce n’est que cultiver des bénédictions qui ne peuvent être considérées comme des vertus méritoires. Les vertus méritoires sont immanentes au corps de loi et ne se cultivent pas dans le champ de bénédictions. La nature propre de loi embrasse les vertus méritoires. Voir sa nature constitue le mérite ; la droiture forme la vertu. Au-dedans, voyez la nature de Bouddha ; au-dehors, témoignez votre vénération. Si, méprisant tous les hommes, vous ne tranchez pas votre ego, vous serez naturellement privés de vertus méritoires. Et si notre nature propre est vaine et fausse, votre corps de loi en sera dépourvu. A chaque pensée, que votre vertu s’exerce, l’esprit indifférent et droit, ainsi elle ne sera pas médiocre. Témoignez constamment votre vénération ! Le mérite, c’est cultiver son corps ; la vertu, c’est cultiver son esprit. Les vertus méritoires sont créées par l’esprit. Elles sont différentes des bénédictions. L’empereur Wu n’avait pas conscience de ce principe authentique. Ce n’est pas notre patriarche, le grand maître, qui se trompait. »

Sûtra de la plate-forme, section 34, p.62, You-Feng, 1992

Puis il traversa le Yangzi Jiang pour se rendre au temple Shaolin. C'est là dans une caverne derrière le temple qu'il demeura neuf ans avant de mourir en 536. Le Supplément aux biographies des moines éminents de Daoxuan offre toutefois des détails plus crédibles sans mentionner l'hypothétique rencontre avec l'empereur. D'après cette source, Bodhidharma serait arrivé vers 479 et donc cinquante ans plus tôt. L'image de Bodhidharma traversant les eaux est symbole de rejet du mondain et de défiance.

Selon Tracing Bodhidharma par Andy Ferguson, l'aspect fantaisiste de l'histoire entourant Bodhidharma a amené certains experts du bouddhisme comme Bernard Faure à rejeter entièrement le personnage de Bodhidharma. Bodhidharma ne mériterait pas d'être considéré comme un personnage historique. Andy Ferguson s'y oppose complètement.

Scholars tell us, for instance, that Bodhidharma was an actual person, but that he had no direct connection to the Chan tradition as we now know it; that the Confucian and Hasidic traditions had already come into existence before Confucius and the Baal Shem Tovś and that figures such as Abraham, Moses, and Laozi (Lao-tzu) simply never lived. Much as Wilson suggested was the case for Buddhism, the traditions associated with each of these figures were founded by multiple people whose roles were later either obscured or effaced. Most religious traditions with premodern origins do not preserve an actual memory of their initial formation.

https://www.academia.edu/24039898/The_Idea_of_the_Historical_Buddha_Updated_2017_

Comment la sinisation du bouddhisme indien s'est-elle déroulée ? C'est la terminologie chinoise qui a servi à l'expliquer, Les termes employés étaient déjà empreints d'une signification prédéterminée venant notamment de la philosophie taoïste, respectueuse de la nature et imprégnée de magie. Le bouddhisme parvint en Chine 500 ans avant l'arrivée de Bodhidharma. Il faut rappeler que des moines zen l'ont précédé, alors pourquoi est-il considéré comme le précurseur du bouddhisme Zen? Probablement du fait de ses descendants directs qui ont contribué à sa légende.

Exposition de Méditation jusqu’au 7 septembre à Torpedo Factory, Alexandria (Virginie)

Exposition de Méditation jusqu’au 7 septembre à Torpedo Factory, Alexandria (Virginie)

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Babel

Publié le par Ysia

Babel

Que signifie le mot "Babel"?
L'origine du mot est biblique. Babel est le nom hébreu de Babylone, la capitale de la Mésopotamie. Le mot babel viendrait de l’assyrien babilu "porte de Dieu" ou de l'akkadien babili "porte des dieux" et de l'hebreu bâlal signifiant "confondre". Cette double étymologie rend compte de l'ambivalence de la ville comme de la tour de Babel, à la fois merveilles et malédictions. Babel nomme la ville fondée par les descendants de Noé dans la Genèse. Il désigne un « lieu rempli de confusion ».

 

La Tour de Babel, de par l’iconologie qui lui est rattachée, est une structure allégorique.  A la fois organique et matérielle, elle symbolise l’ultime arrogance et vanité de l’humanité, la déraison causée par l’ambition individuelle ou collective démesurée. La magie de la parole n’est plus. Le mensonge est roi. Homo Sapiens, lien entre ciel et la terre, ta communication est défaillante. La parole est morte. Babel, porte de Dieu, en nous emprisonnée. L’Homme est entré sans bruit, faut-il espérer qu’il en sorte de même ?

 

Babel.JPG

 

Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots. Comme ils étaient partis de l'orient, ils trouvèrent une plaine au pays de Schinear, et ils y habitèrent.

Ils se dirent l'un à l'autre: Allons! faisons des briques, et cuisons-les au feu. Et la brique leur servit de pierre, et le bitume leur servit de ciment.

Ils dirent encore: Allons! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre.

L'Éternel descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes.

Et l'Éternel dit: Voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue, et c'est là ce qu'ils ont entrepris; maintenant rien ne les empêcherait de faire tout ce qu'ils auraient projeté. Allons! descendons, et là confondons leur langage, afin qu'ils n'entendent plus la langue, les uns des autres.

Et l'Éternel les dispersa loin de là sur la face de toute la terre; et ils cessèrent de bâtir la ville. C'est pourquoi on l'appela du nom de Babel, car c'est là que l'Éternel confondit le langage de toute la terre, et c'est de là que l'Éternel les dispersa sur la face de toute la terre.(Louis Ségond, Genèse 11)

Babel

La tour de Babel est maintenant une colline informe que le désert absorbe peu à peu. À part les cachets en pierre dure qui se prolongeront durant toute la civilisation ninivite, il n’y a peut-être plus grand’chose de solide sous le sable et il est possible que la Chaldée nous ait dit tout ce qu’elle pouvait nous dire.

Ellie Faure, Histoire de l'Art, p.57

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