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Theaster Gates

Publié le par Ysia

National Gallery of Art jusqu'au 4 septembre 2017
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Liu Xiaobo 刘晓波 (1955-2017)

Publié le par Ysia

L’année 1989 a constitué un important tournant dans ma vie. J’ai été un professeur respecté et un intellectuel public, souvent invité à m’exprimer un peu partout, y compris en Europe et aux Etats-Unis. Je me suis toujours fixé pour exigence de m’exprimer avec franchise, en assumant mes propos dans la dignité – que ce soit dans ma vie personnelle ou dans mes écrits. Cette année-là, je suis rentré des Etats-Unis pour participer au mouvement [prodémocratique étudiant, finalement réprimé dans le sang le 4 juin]. J’ai été emprisonné pour “propagande et incitation à des activités contre-révolutionnaires”. J’ai perdu par la même occasion ma chaire, à laquelle je tenais tant, et toute possibilité de publier et de m’exprimer publiquement en Chine. Juste pour avoir émis des opinions politiques différentes et pour avoir participé à ce mouvement démocratique pacifique, le professeur que j’étais a donc perdu sa chaire, l’auteur a perdu tout droit de s’exprimer et l’intellectuel public toute possibilité de discourir ouvertement… que ce soit à titre personnel ou en tant que citoyen d’une Chine ouverte au monde et aux réformes depuis trente ans, quelle tristesse !

Vingt ans après, les âmes des victimes du 4 juin ne peuvent toujours pas reposer en paix. Amené par le 4 juin à prendre le chemin de l’opinion ­politique divergente, à ma sortie de la prison de ­Qincheng, en 1991, j’avais perdu tout droit à m’exprimer publiquement dans ma propre patrie ; je ne pouvais le faire que dans les médias étrangers et encore cela m’a-t-il valu d’être placé sous surveillance durant de longues années, assigné à résidence (de mai 1995 à janvier 1996), puis envoyé en camp de rééducation par le travail (d’octobre 1996 à octobre 1999).

La haine peut corrompre la sagesse

Aujourd’hui, à plus de 50 ans, je suis une nouvelle fois mis au banc des accusés par un pouvoir obnubilé par l’idée de “l’ennemi”. Cependant, je veux malgré tout dire à ce régime qui m’a privé de ma liberté que je reste fidèle à mon credo, exprimé il y a vingt ans dans ma déclaration lors de la grève de la faim du 2 juin : je n’ai pas d’ennemis, ni de haine. Les policiers qui m’ont surveillé, arrêté, interrogé, les procureurs qui m’ont inculpé, les juges qui m’ont condamné ne sont pas mes ennemis. Je n’accepte ni surveillance, ni arrestation, ni inculpation, ni condamnation, mais je respecte la profession et la personne de tous ces fonctionnaires, y compris les magistrats de l’accusation, qui, le 3 décembre dernier, ont fait preuve de respect et d’honnêteté à mon endroit.

Car la haine peut corrompre la sagesse et le discernement ; l’idéologie de l’ennemi peut empoisonner la mentalité d’un peuple, attiser des rivalités sans merci, détruire toute tolérance et toute raison dans une société, empêcher une nation de cheminer vers la liberté et la démocratie. C’est pourquoi je souhaite parvenir à dépasser mon propre sort pour me préoccuper surtout du développement du pays et de l’évolution de la société, en opposant à l’hostilité du pouvoir une grande bienveillance, pour dissoudre la haine dans l’amour.
Il est communément admis que c’est la politique de réforme et d’ouverture qui a entraîné le développement du pays et l’évolution de notre société. Pour moi, l’ouverture du pays date du moment où a été abandonnée la “primauté de la lutte des classes” de l’ère Mao. Dès lors, on a concentré les efforts sur le développement économique et l’harmonie sociale. Cet abandon a permis une certaine tolérance et la coexistence pacifique d’intérêts et de valeurs différents. L’économie s’est tournée vers le marché, la culture a tendu vers plus de diversité, le maintien de l’ordre public a peu à peu été régi par les lois. Tout cela est dû à l’affaiblissement de la notion d’ennemi. Même dans le domaine politique, où les progrès sont le plus lents, le pouvoir a fait preuve d’une tolérance croissante vis-à-vis de la diversité de la société, il a atténué les persécutions à l’encontre des voix divergentes et a tempéré sa qualification des événements de 1989 de “rébellion” en “tourmente politique”.

Une fois relativisée cette notion d’“ennemi à combattre” le pouvoir a pu accepter peu à peu le caractère universel des droits de l’homme. En 1998, le gouvernement chinois a promis au reste du monde de ratifier deux grandes conventions internationales des Nations unies relatives aux droits de l’homme [dont la Convention internationale sur les droits civils et politiques], manière symbolique de reconnaître ces valeurs. En 2004, ­l’Assemblée nationale du peuple a révisé la Constitution en y introduisant pour la première fois la phrase : “L’Etat respecte et protège les droits de l’homme”, ce qui indique que les droits de l’homme sont devenus un principe de base du droit chinois. Dans le même temps, le pouvoir a reconnu la nécessité de “mettre l’homme au centre” de sa politique, de “créer une société harmonieuse”, autant d’avancées dans la conception du gouvernement qu’a le Parti communiste.

J’ai pu ressentir l’effet de ces changements depuis mon arrestation. J’ai persisté à me dire innocent et à déclarer que l’accusation portée contre moi était inconstitutionnelle, mais, au cours de cette année de privation de liberté où j’ai été successivement incarcéré dans deux lieux différents et interrogé par quatre policiers, trois procureurs et deux magistrats, leurs méthodes sont restées empreintes de respect, ils n’ont pas excédé les temps d’interrogatoire et ne m’ont pas extorqué d’aveux. Leur attitude a été pacifique, raisonnable et même parfois bienveillante. Le 23 juin, j’ai été transféré d’un lieu de résidence surveillée au Centre de détention numéro un de Pékin, où j’avais déjà été détenu en 1996, et j’ai pu y observer de grandes améliorations tant dans les installations que dans les méthodes d’administration.

Je suis vraiment optimiste

J’ai tiré de ces expériences personnelles la certitude que les progrès politiques en Chine ne vont pas s’arrêter. Je suis vraiment optimiste quant à l’arrivée d’une Chine libre dans l’avenir, car aucune force n’est capable de stopper l’aspiration humaine à la liberté. La Chine finira par devenir un Etat de droit plaçant les droits de l’homme au premier plan. J’espère que de tels progrès pourront se manifester dans le traitement de mon dossier ; je souhaite que les jurés prononcent un jugement équitable – un jugement capable d’affronter le verdict de l’Histoire.

Quant à l’expérience la plus heureuse de mes vingt dernières années, c’est d’avoir reçu l’amour désintéressé de ma femme, Liu Xia. C’est pourquoi je m’adresse à elle.
Aujourd’hui, tu ne pourras pas assister à mon procès, mais je veux encore te dire, ma chérie, que je suis certain que ton amour reste inchangé. Ma chérie, grâce à ton amour, j’affronterai calmement le procès qui vient, sans regret pour mes propres choix, et j’attendrai demain avec optimisme. J’espère que mon pays pourra être un jour une terre de libre expression, que tout citoyen pourra prendre la parole sur un pied d’égalité, que toutes les valeurs, pensées, croyances, idées politiques pourront coexister et faire l’objet d’un débat équitable. Je souhaite que les opinions minoritaires, même dissidentes, soient protégées comme les autres. Que tout point de vue politique puisse être exposé au grand jour et soumis à l’appréciation du peuple, que tout citoyen puisse s’exprimer sans la moindre crainte, sans le moindre risque de subir des persécutions pour avoir émis une opinion politique différente. Je voudrais également être le dernier nom sur la longue liste des victimes emprisonnées pour leurs écrits, et que plus personne ne soit condamné pour ses propos.

La liberté d’expression est la base des droits de l’homme, le fondement de tout sentiment humain, la mère de la vérité. Tuer la liberté d’expression, c’est bafouer les droits de l’homme, étouffer tout sentiment humain, faire taire la vérité.

Même si j’ai été condamné (alors que je suis innocent) pour avoir honoré la liberté d’expression mentionnée dans la Constitution et pour avoir assumé jusqu’au bout mes responsabilités sociales de citoyen chinois, je ne me plains pas…

Merci à tous !
Liu Xiaobo

http://www.courrierinternational.com/article/2010/01/27/liu-xiaobo-je-n-ai-pas-d-ennemis

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Dissémination

Publié le par Ysia

Sur les routes historiques liant l’Asie à l’Europe se dressent des cités à travers l’histoire, regroupements permanents plus ou moins denses de populations socialement hétérogènes dont les sites archéologiques dès la période néolithique nous laissent des vestiges de commodités de toutes sortes, d’ossements humains ou animaux  - objets d’étude de l’archéozoologie -, de bijoux de cuivre bleu et vert et de techniques de traitement du cuivre dont les plus anciennes en Turquie,  de l’or dans les Balkans  vers 5 000 ans avant notre ère,  de l’argent en Turquie 6 000 ans avant notre ère. Des sites tels que Shanidar et Zawi Chemi au nord-est de l’Iraq, Hallan Cemi dans l’Est de la Turquie, Rosh Horesha en Israël et Mehrgahr au Pakistan. L’une de ces voies de communication est la légendaire Route de la Soie ainsi nommée par le géologue Ferdinand von Richthofen (Seidenstrasse).   

C’est en suivant ces itinéraires que se sont disséminés des trésors de civilisation, des vaisseaux de connaissance, des réceptacles de savoir dont la riche production littéraire bouddhique y compris le répertoire de commentaires et de traductions du Vajracchedika Sutra qui plonge le chercheur du sens profond dans la difficulté de pouvoir entièrement les étudier.

L’or prit mille ans pour parvenir en Israël depuis les Balkans. Le temps peut se compter en brèves secondes, s’allonger en années et prendre des décennies voire des siècles pour transporter le savoir d’un point à l’autre du globe. Pourtant les phénomènes peuvent aussi se produire simultanément, ainsi il en est de l’utilisation dans un but décoratif ou ornemental de l’or en Amérique du Sud 2 000 ans avant notre ère et du cuivre en Amérique du Nord 5 000 ans avant notre ère.

Le bronze aussi. Alliage d’étain et de cuivre dont raffolait l’aristocratie du temps de l’Âge du bronze. La métallurgie du bronze qui commença à se diffuser dans toute l’Eurasie au cours du troisième millénaire avant notre ère est apparue au Xinjiang au début du deuxième millénaire puis au Gansu et au Qinhai. Une route de transmission possible vers la Chine passe par la Sibérie, le Xinjiang et la culture Qijia du Gansu jusqu’en Thaïlande. L’un des sites les plus symboliques de cette métallurgie du bronze en Chine est 二裏頭Erlitou avec ses vases rituels. Bien qu’une légende antique tirée des Annales historiques attribue l’invention du bronze au souverain mythique Yu le Grand et une autre tirée des Annales des Printemps et Automnes qui l’attribue à son fils, il n’a pas été jusqu’à ce jour possible d’établir un lien entre la dynastie Xia et le site archéologique d’Erlitou.

禹收九牧之金,铸九鼎。皆尝亨鬺上帝鬼神。遭圣则兴,鼎迁于夏商。周德衰,宋之社亡,鼎乃沦没,伏而不见
Yu fondit neuf trépieds avec le métal que lui fournirent les neuf pasteurs (de peuple) et se servit d’eux tous pour cuire les victimes qu’il offrait aux Empereurs d’en haut, aux mânes et aux dieux. (Ainsi), toutes les fois qu’un sage se présenta, (les trépieds) apparurent. Ils furent transmis aux Hia, puis aux Chang ; mais la vertu des Tcheou s’étant pervertie et le dieu du sol à Song ayant disparu, les trépieds tombèrent dans l’eau où ils s’enfoncèrent et devinrent invisibles.

Mémoires Historiques, Edouard Chavannes

Aujourd’hui, sur la base des recherches en archéométallurgie qui est l’étude de l’histoire et de la préhistoire des métaux et de leur utilisation par l’être humain, on estime que si la tradition des poteries peintes s'est propagée du Gansu vers le Xinjiang, la technologie du bronze a été transmise dans le sens inverse. En fait la « route du bronze » part depuis l’Anatolie, le Caucase et le plateau iranien du complexe bactro-margien en passant par les populations nomades de Seima-Turbino vers la Chine. Une autre civilisation utilisait aussi la métallurgie du bronze, comme nous le révèle le très célèbre site de 三星堆Sanxingdui au Sichuan, dont nous savons peu de choses si ce n’est qu’elle était clairement distincte de la culture de la grande plaine septentrionale.

Sur la base des annales historiques de la dynastie Shang, un portrait de la société chinoise vers 1 200 avant notre ère se dessine et ressemble étrangement à celle des États d’Eurasie dont l’économie était basée sur l’agriculture, tels que la civilisation mycénienne en Grèce, avec une aristocratie dotée d’armes et de chariots de bronze et qui a légué ses écrits à la postérité.  (Academia.edu)

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Éclipse 2017

Publié le par Ysia

I love science twice as much in times like these. It takes one away from all the confusions, and stupidities and horrors and the emotional consequences.

Einstein and Eddington, 2008

Dans deux ans, nous célébrerons le centenaire de la théorie de la relativité dont Arthur Stanley Eddington donna la preuve à l’occasion de l’éclipse solaire de 1919.

Le 21 août, une autre éclipse solaire totale sera cette fois visible d’une côte à l’autre des États-Unis dès 10 heures 30 dans l’Oregon à 15 heures en Caroline du Sud. Bien qu’une éclipse totale se produise tous les 18 mois dans le monde, il est rare qu’elle soit visible aux États-Unis et pour une période de temps aussi longue. Un phénomène de cette ampleur n’a pas eu lieu depuis 1918.

Qu’est-ce qu’une éclipse ? Qu’est-ce qui rend celle-ci si remarquable ? Si vous vous trouvez sur sa trajectoire, le soleil disparaîtra lentement au fur et à mesure que se déplacera devant lui la lune.

Time is at different speed in the universe
The faster you move the more time slows down
Time is not the same everywhere
Time isn’t shared
It is not an absolute

Einstein and Eddington, 2008

La nouvelle lune du 21 août apparaîtra de la même taille du fait de sa position et s’alignera devant le soleil. L’éclipse totale durera d’une demi-minute à deux minutes. En prenant les précautions nécessaires pour se protéger les yeux, l’événement permettra l’observation de la couronne de l’astre dynamique du soleil depuis la Terre. Ce sera l’occasion pour les physiciens solaires et autres savants d’étudier le champ électromagnétique du soleil, la lune car le soleil éclairera ses vallées mais aussi la terre notamment la réaction des animaux comme les oiseaux. Lors d’une éclipse solaire précédente, même les baleines étaient remontées à la surface de l’eau, surprises elles aussi par la tombée subite de la nuit.

Everything in the universe is ordered
Everything is bound by one force: gravity
Everything happens for a reason, isn’t that wonderful?
But you can’t touch gravity
You can’t see it
What fills the unexplained?

Einstein and Eddington, 2008

Forte d'un partenariat sans précédent avec les universités, les entreprises privées, 1 500 bibliothèques et 57 ballons lancés à 80 000 pieds, la NASA tiendra une conférence de presse le 21 juin au Newseum à Washington. De Washington, c’est une éclipse partielle que nous pourrons observer, mais nous en serons tous plus ou moins témoins sur le continent américain.

Éclipse 2017

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Quantifier les effets du changement climatique

Publié le par Ysia

L’année dernière a été la plus chaude enregistrée. La calotte glaciaire dans l’Artique est en déclin et la montée du niveau des mers se poursuit. Dans ce contexte, les satellites nous offrent une vue objective de la manière dont notre climat change et les effets que cela a sur notre planète. Au niveau mondial, les données montrent que les eaux montent d’environ 3 mm par an.  Il s’agit de l’une des principales menaces liées au réchauffement climatique, particulièrement pour les zones côtières de faible élévation. Identifier les facteurs qui contribuent à la hausse du niveau des mers constitue un défi complexe dans le domaine de la science du climat. Les satellites d’observation de la Terre  tracent la cartographie des changements du niveau de la mer, qui varie à travers le monde, mais ces données recueillies peuvent aussi servir pour quantifier le volume des eaux venant de sources diverses notamment de la fonte des glaciers et des nappes glaciaires, ainsi que de la dilatation thermique des océans du fait de la hausse des températures.

Le rôle des activités de surveillance de notre planète dans l’espace ne s’arrête pas là : des émissions de gaz à effet de serre à la couche d’ozone, des zones de glace à l’humidité du sol et bien davantage, les instruments installés à bord des satellites nous communiquent des données indépendantes et scientifiques qui nous donnent la preuve du changement climatique.

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Démocraties

Publié le par Ysia

La démocratie n’est pas un fait ponctuel qui n’arrive qu’une fois. Elle vient et va et est très difficile à maintenir.

Richard Blanton, Université Purdue

 Grâce aux travaux menés par Richard Blanton, un anthropologue à l’Université Purdue de West Lafayette dans l’Indiana, Tlaxcallan fait partie d’un certain nombre de sociétés prémodernes dans le monde que les archéologues considèrent organisées collectivement et dans lesquelles les dirigeants partageaient le pouvoir et les citoyens avaient leur mot à dire dans le fonctionnement du gouvernement. Ces sociétés étaient radicalement différentes des régimes autocratiques héréditaires constatés ou présumés de la plupart des sociétés dites primitives. S’appuyant sur la théorie originale de Blanton, les archéologues disent à présent que ces sociétés collectives ont laissé des traces physiques de culture matérielle, telles qu’une architecture répétitive, une plus grande importance accordée aux espaces publics plutôt qu’aux palais, une production locale privilégiée sur des marchandises exotiques et des écarts de richesse réduits entre les élites et les citoyens ordinaires. Par exemple, à Tlaxcallan toutes les classes sociales semblent avoir possédé et utilisé des poteries ornées de dessins multicolores. Les ratios isotopiques de carbone entre les squelettes indiquent que le maïs produit et stocké localement dominait l’alimentation de la population, ce qui suggère que Tlaxcallan devait dépendre de ses propres citoyens, plutôt que du commerce et des ressources naturelles pour financer ses activités. Seulement 3 ou 4 pièces sur 10 tonnes de céramiques étaient de style Mexica et donc importées.

« Blanton et ses collègues nous ont montré une autre façon d’examiner les données à notre disposition » a declaré Rita Wright, une archéologue à l’Université de New York qui étudie la civilisation de l’Indus vieille de 5 000 ans qui couvre l’Inde et le Pakistan d’aujourd’hui et qui présente également les signes indicateurs d’un régime de gouvernement collectif. Notamment dans la capitale de la civilisation de l’Indus, Mohenjo-daro, située au Pakistan actuel, les œuvres d’art représentent rarement des individus, les maisons sont en briques de même taille et les quartiers sont régulièrement espacés et équipés des premiers réseaux d’égouts.

« Je pense que c’est une avancée » s’accorde à dire Michael E. Smith, un archéologue de l’Université de l’Etat de l’Arizona à Tempe. « Je considère qu’il s’agit de la plus grande contribution de ces 20 dernières années dans l’étude archéologique des structures politiques ». Avec d’autres, il travaille à développer l’idée de Blanton en une méthode vérifiable dans l’espoir d’identifier, à partir des objets recueillis, les États de type collectif. « Sans un modèle rigoureux et acceptable par tous, cela restera hypothétique et subjectif ». David Carballo, archéologue à l’Université de Boston estime que le mode de gouvernement  pourrait ne pas être la mesure la plus importante pour définir ce que Blanton appelle une structure collective. Il mentionne un énorme atelier en obsidienne qu’il a découvert lors de ses fouilles dans un quartier périphérique de Teotihuacan comme étant le signe que les hommes du commun s’organisaient à partir de la base quel que soit le gouvernement en place, ce qui fait de Teotihuacan une société collective, même si elle avait un roi.

Dans les années soixante, les enseignants et confrères de Blanton ne pensaient pas que des sociétés collectives existaient en Méso-Amérique précolombienne. Les républiques prémodernes telles que l’Athènes classique et la ville de Venise médiévale étaient considérées comme un phénomène strictement européen. Il était généralement admis que dans les sociétés non-occidentales prémodernes, les despotes exploitaient leurs sujets et soutiraient leurs richesses. Certaines cultures mésoaméricaines semblent effectivement correspondre au modèle de régime despotique. Il y a plus de 2 000 ans, dans les capitales olmèques de San Lorenzo et La Venta le long du Golfe du Mexique notamment, les rois avaient leurs portraits gravés dans des pierres gigantesques et vivaient dans des palais garnis de produits de luxe exotiques comme des miroirs en pyrite de fer et des roches vertes. Des siècles plus tard, les souverains de la période classique Maya dans le Sud du Mexique et au Guatemala enregistraient leurs conquêtes, mariages et dynasties en glyphes gravés dans la pierre. Les hommes du peuple vivaient toutefois humblement dans des hameaux dispersés autour des centres urbains où se dressaient pyramides et monuments.

Mais au fur et à mesure des fouilles archéologiques et des données recueillies au fil des ans au Mexique, Richard Blanton a constaté qu’un nombre croissant de sites ne se conforment pas au cadre établi. Par exemple, Monte Albán, la capitale des Zapotèques en Oaxaca entre 500 AEC et 800 EC est exempte des représentations ostentatoires des gouvernants si répandues chez les Olmèques et dans l’art classique Maya. Elle semble également être dépourvue des palais et des tombes royales qui regorgent de biens précieux. Par contre, les signes d’autorité restent plus anonymes, liés aux symboles cosmologiques et aux habituelles divinités plutôt qu' à des individus en particulier.

A Tlaxcallan, les espaces publics s'éparpillaient à travers tous les quartiers sans aucune marque de hiérarchie. Plutôt que de gouverner du cœur de la cité, comme le faisaient les rois, le sénat de Tlaxcallan se réunissait probablement dans un grand bâtiment découvert à un kilomètre dans la périphérie de la cité. Cette disposition est également le signe d’un partage du pouvoir politique. Les archéologues ont découvert cet aménagement inhabituel dans un certain nombre d’autres cités mésoaméricaines. L’une est Tres Zapotes sur le littoral du Golfe, qui a prospéré entre 400 AEC et 300 EC après la chute de La Venta, la dernière capitale olmèque. « Bien que les habitants de Tres Zapotes aient conservé un grand nombre de pratiques culturelles olmèques, leur cité ne ressemble en rien aux capitales qui l’ont précédée », déclare Christopher Pool, un archéologue à l’université du Kentucky à Lexington qui a entrepris des fouilles ces 20 dernières années. Tres Zapotes possède quatre esplanades avec la même disposition de pyramides en terre et d’espaces publics. La datation au radiocarbone révèle qu’elles ont servi au même moment. Pool en déduit que quatre factions coopéraient pour gouverner Tres Zapotes.

Ces cités confirment la théorie de l'archéologue Lane Fargher et de son mentor Blanton selon laquelle le meilleur indice d’une structure collective d’État est une solide source de revenu fiscal – c’est-à-dire, des impôts. Après avoir examiné les données ethnographiques et historiques d’une trentaine de sociétés prémodernes, les chercheurs ont constaté que les États dotés de sources de revenu fiscal étaient caractérisés par un haut niveau de biens et services publics, une importante administration gouvernementale et des citoyens habilités à juger les actions de leur dirigeant. Une autre caractéristique qui a pu être mise à jour grâce aux fouilles est le fait que ces structures collectives d’États attiraient des gens par-delà les frontières qui ont apporté avec eux des artéfacts pouvant être liés à d’autres cultures. Tlaxcallan accueillait plusieurs groupes ethniques, dont beaucoup étaient des réfugiés fuyant la domination des Mexica.

Selon Blanton, l’avènement et la chute des structures collectives de gouvernement tendent à se produire par cycles. A Oaxaca, le pendule politique oscille tous les 200 à 300 ans. (trad. par Ysia)

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Déhiscence et Transvaluation

Publié le par Ysia

la Nature de la nature est « polémos », lutte respectueuse et productive des contraires sous la disparate des choses et des changements

https://www.cairn.info/load_pdf.php?ID_ARTICLE=RETM_234_0047

Dans son ouvrage intitulé De la vérité dans les sciences, Aurélien Barrau nous invite à abandonner les analyses à l’emporte-pièce et la vision caricaturale des choses.

…ne pas céder à une vision simpliste qui, donnant l’illusion de la clarté, manquerait la complexité inhérente à la problématique et masquerait les authentiques difficultés.

De la vérité dans les sciences, Aurélien Barrau

L’étantité (ou étance) des philosophes est-elle à rapprocher de l’ainsité bouddhique ? Cette étantité philosophique peut-elle répondre au gouffre béant où nous entraîne le règne de la philosophie du soupçon ? Qu’est-ce que le domaine de l’ontique ? Un brouillard obscurcit sa vision. Entre réalité et imagination, comment élaborer une voix universelle ?

Il me semble nécessaire de rappeler qu'il importe avant tout d'apprendre à penser, réfléchir et raisonner. C'est bien ce à quoi Benjamin Franklin s'était attelé avant l' âge de 16 ans avec la lecture de deux œuvres fondamentales : : L'essai sur l'entendement humain de John Locke et La logique ou l’art de penser d’Antoine Arnaud et Pierre Nicole (1662). Aurélien Barrau nous met très justement en garde contre la "contamination du savoir par le vouloir".

Il n'y a rien de plus estimable que le bon sens et la justesse de l'esprit dans le discernement du vrai et du faux. Toutes les autres qualités d'esprit ont des usages bornés ; mais l'exactitude de la raison est généralement utile dans toutes les parties et dans tous les emplois de la vie. Ce n'est pas seulement dans les sciences qu'il est difficile de distinguer la vérité de l'erreur, mais aussi dans la plupart des sujets dont les hommes parlent et des affaires qu'ils traitent. Il y a presque partout des routes différentes, les unes vraies, les autres fausses; et c'est à la raison d'en faire le choix. Ceux qui choisissent bien, sont ceux qui ont l'esprit juste; ceux qui prennent le mauvais parti, sont ceux qui ont l'esprit faux : et c'est la première et la plus importante différence qu'on peut mettre entre les qualités de l'esprit des hommes.

Ainsi la principale application qu'on devrait avoir, serait de former son jugement, et de le rendre aussi exact qu'il le peut être; et c'est à quoi devrait tendre la plus grande partie de nos études. On se sert de la raison comme d'un instrument pour acquérir les sciences , et on se devrait servir au contraire des sciences comme d'un instrument pour perfectionner sa raison; la justesse de l'esprit étant infiniment plus considérable que toutes les connaissances spéculatives, auxquelles on peut arriver par le moyen des sciences les plus véritables et les plus solides...

La logique ou l’art de penser

La science, c’est la capacité de prévoir, d’observer et d’expérimenter. Pourquoi n’est-elle pas le primat de la raison pratique? parce que les scientifiques sont les premiers à reconnaître que « La certitude, en science, n’existe pas ». Comment alors lui accorder au cœur de la société et en politique la place qu’elle mérite ? Si tout est toujours sujet au doute, comment assurer la prééminence des sciences dans une société ? Si « tout peut être remis en cause. Tout doit l’être. Rien n’est acquis. Rien n’est sacré. Rien n’est intouchable », alors comment engager le dialogue avec les sceptiques  et les anti-intellectualistes et combattre le déni de la science ? Les vérités ne sont-elles que

des illusions dont on a oublié qu’elles le sont, des métaphores usées qui ont perdu leur force sensible

https://www.webnietzsche.fr/metaph.htm

 

Entre une approche théologique du monde et la théorie de la vérité-correspondance à l’émergence d’une vérité logique et pragmatique, la vérité « fixe la ligne de délimitation entre le possible et l’interdit », entre la logique et ce qui définit l’essence de l’être et de l’humanité. Il me semble que l’ambigüité, l’inconfort dans lequel nous place le dilemme de la vérité réside dans la terminologie, dans le vocabulaire, dans la parole même. Le langage ajoute à la confusion. Faut-il insister sur le fait que la montée des eaux et les catastrophes naturelles peuvent porter atteinte à la sécurité nationale des états si certains refusent d'entendre parler de changements climatiques ?

La vérité est sujette aux croyances et aux présupposés. Ces mêmes croyances et présupposés aux formes temporelles qui reviennent inlassablement sur le devant de la scène. Ce sont ces vérités qui sont à l’origine de mondes multiples qui coexistent, se côtoient et parfois s’entrechoquent.

It is from the far more difficult achievement of seeing ourselves amongst others, as a local example of the forms human life has locally taken, a case among cases, a world among worlds, that the largeness of mind, without which objectivity is self-congratulation and tolerance a sham, comes.”

Local Knowledge, Clifford Geertz

Toute révolution scientifique s’accompagne-t-elle immanquablement d’une redéfinition totale du réel ? (p.31) Imaginons l’effet papillon transposé dans un même corps dans lequel les interactions quantiques entraînent des réactions moléculaires qui, à leur tour, provoquent un mouvement physique. Imaginons alors la terre comme un corps physique unique dans lequel un battement d’ailes soulève l’ouragan. Et imaginons encore l’univers en tant que corps physique unique dont chaque galaxie suscite des réactions en chaîne.A la découverte d’une théorie de gravitation quantique...…. Le débat est ouvert (De la vérité dans les sciences, Aurélien Barrau, pp19-20).

Comment pourrait-on donc se « rapprocher » du vrai alors même que chaque rupture entraîne une vision infiniment distante de la précédente et tout aussi infiniment distante de la suivante ?

De la vérité dans les sciences, Aurélien Barrau, p.32

La vérité et le vrai, faut-il les séparer ? Vérité ontologique et vérité logique. La science décrit logiquement le monde mais ne représente pas son en-soi, sa nature propre et véritable. Le problème est bien l’interprétation des faits, constamment remise en cause à chaque révolution. A travers différents prismes, la réalité est la réalité mais sa vision n’est pas la même. L’angle, le point de vue n’est pas le même.

Notre vision d’humain est infiniment atrophiée par rapport à la richesse du réel.

ibid., p.36

Donc ce n’est pas que tout ce qui est vrai peut être réfuté, c’est que toute vérité est limitée par une autre qu’il reste à découvrir comme un puzzle dont chaque pièce représente une parcelle de vérité.

La vérité est « absolue » dans chaque monde mais le choix d’un monde est « relatif » à une attente, à une culture, à une histoire.

ibid., p.54-55

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Michael Heizer

Publié le par Ysia

As long as you're going to make a sculpture, why not make one that competes with a 747, or the Empire State Building, or the Golden Gate Bridge.... I'm building this work for later. I'm interested in making a work of art that will represent all the civilization to this point.

Michael Heizer

Je suis passionnée par la sculpture environnemnentale d'artistes comme Andy Goldsworthy et Michael Heizer. Au croisement de l'architecture et de la sculpture se situe l’œuvre de Michael Heizer. Pour l'architecte I. M. Pei, l’architecture est un art dont le médium est l’espace. Michael Heizer sait précisément travailler la pierre et l'espace.

Why should I destroy my life, my brain, and my health to innovate and let some asshole come along and steal it from me?

Michael Heizer

Depuis les années 70, il construit son projet fétiche "City" de la taille du Washington Mall au milieu du désert.

Une autre oeuvre de Michael Heizer qui m'a beaucoup inspirée est "Double Negative" dans l'Etat du Nevada. Il faut visualiser l'espace négatif pour donner vie à sa création. L'espace positif est l'espace qu'occupe physiquement la sculpture. L'espace négatif est l'espace environnant.

Double Negative Artwork

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Alexander Von Humboldt

Publié le par Ysia

« I was forced into a thousand constraints... and into loneliness, hiding behind a wall of pretense... »

The invention of nature : Alexander Von Humboldt's new world

Alexander Von Humboldt a éprouvé une grande solitude sa vie durant. Il se sentait incompris et, dans le même temps, ne pouvait accepter l’ignorance et la bêtise humaine. Afin de cacher sa propre vulnérabilité, il avait construit une carapace d’ambition et de sagacité. Enfant, il était craint pour ses réparties tranchantes qui lui valaient le surnom de « petit esprit malin », une réputation qui le poursuivit toute sa vie... Il semble avoir été écartelé entre sa vanité et sa solitude, entre son désir de louanges et sa soif d’indépendance. Il basculait entre son besoin d’approbation et son sentiment de supériorité (p.15)… Il  passa de longues heures jour et nuit avec le seul ami intime qu'il n’ait jamais eu, furieux contre lui-même pour s'être laissé aller à nouer des liens si étroits, sachant pertinemment qu'il devrait un jour ou l'autre le quitter. Pendant deux ans, il se remémorait avec nostalgie les moments passés avec lui et s’épanchait dans des lettres espacées par de longs intervalles d'oubli. Un tel tempérament à la fois distant et sensible faisait qu'il demeurait insaisissable.

Il connut Goethe, le poète,  alors que celui-ci était plein de désillusions, vivait en ermite et pour lequel la seule chose qui le poussait à continuer était ses recherches scientifiques.

Il connut Thomas Jefferson qui déclarait ne pouvoir vivre sans livres et qu’il admira tout en dénonçant la question de l’esclavage fondée sur l’avarice humaine. Humboldt, quant à lui, n’aurait pas pu vivre sans mener des expériences scientifiques, notamment l'émission de chocs électriques sur lui-même ou sur des animaux. Friedrich Schiller, son contemporain, estimait qu’Alexandre Von Humboldt  n'aurait jamais pu rien accomplir parce qu’il touchait à trop de sujets à la fois. C’est ce qu’on n’hésiterait pas à lui reprocher aujourd’hui. Pourtant, la capacité de jongler entre différents sujets pour mieux prendre la mesure des choses est essentielle. Puiser son inspiration dans les arts et les sciences permet d’ouvrir des portes et de franchir des horizons insoupçonnés. Alexander Von Humboldt était peut-être l’un des derniers grands disciples de voyages polymathiques.

As scientists crawled into their narrow areas of expertise, dividing and further subdividing, they lost Humboldt's interdisciplinary methods and his concept of nature as a global force.

ibid., p.335

Humboldt était un fervent partisan de l’empirisme, qui est de croire que notre esprit, à la naissance, est pareil à une page vierge sans idées préconçues et que, tout au long de notre vie, nous amassons des informations fondées sur l’expérience et l’observation. L'homme  n'est pas au centre de l'univers ni même au centre de la nature.  Aristote avait tort et Humboldt, le père du mouvement écologiste, avait raison d’affirmer que la nature dans son ensemble n’a pas été créée pour le plaisir de l'homme. Il faudra qu’il prenne un jour conscience de ses devoirs à l’égard de l’environnement. Il est intéressant de noter qu'en 1669, déjà, le contrôleur général français des finances Jean-Baptiste Colbert interdisait aux villageois le droit d'exploiter les forêts et avait fait planter des arbres pour pourvoir à la construction future des navires tandis que Benjamin Franklin, craignant la disparition des forêts, inventa le chauffage par convection et conçut un foyer plus économe en combustible. Mais la conquête d'espaces vierges, comme l'Ouest américain, soulignait la pensée archaïque consistant à dompter le sauvage, dominer le chaos apparent de la nature et des êtres qui l'habitent, qu'ils soient humains, animaux ou végétaux. Ancienne dichotomie entre ordre et chaos, fondée sur notre peur instinctive de l'inconnu. C'est cette angoisse primitive qu'il aurait fallu et qu’il faudrait dompter. Comment renverser la tendance de milliers d'années durant lesquelles l'être humain ne voit de beauté que dans une nature cultivée c'est-à-dire civilisée ? Un gazon obstinément arrosé malgré la sécheresse, des plantes et arbres non indigènes plantés en hâte pour le regard ou par convenance sans considération pour les conséquences à plus ou moins long terme. N'est- il pas temps d'éduquer l'homme sur la façon dont les forces de la nature contribuent entre elles, des quatre coins du monde, dans l'espace et sous les mers et comment elles sont liées entre elles? C’est bien là le barbarisme de l'homme civilisé. Qui est le barbare? L'étranger ou Celui qui n'a aucun respect pour l'autre ?

Zentralbibliothek Zürich - Ideen zu einer Geographie der Pflanzen nebst einem Naturgemälde der Tropenländer - 000012142

La vie coule en ligne droite et puis s'arrête et tourne en rond à l'infini... Deux conceptions s'opposent: celle qui pose en préalable l'éducation en tant que fondement d'une société libre et heureuse et celle qui voit le danger d'éduquer le peuple de crainte qu'il se détache de ses devoirs de servitude. Faut-il vivre en retraite dans une humble solitude ou renoncer à sa liberté intellectuelle et à son génie et prendre sa place de courtisan dans la société peut-être dans l’abnégation de soi et pour le bénéfice de la communauté ?
De la révolution à la dictature impériale ou monarchique... Là est bien le cycle des choses et rien n'y change. Rien ne subsiste. Tout se transforme. La liberté des opprimés est bafouée par les forces réactionnaires qui se soulèvent sempiternellement. Tourner le dos à la politique des hommes et se consacrer entièrement et uniquement à la science et son art et à l'éducation pour aider les êtres à décupler le pouvoir de leur intellect.

As so often before, he now buried himself in work to escape these 'endless oscillations'

ibid., p.269

Avec la connaissance vient la pensée et avec la pensée vient la puissance. Au crépuscule de la vie, les amis reviennent, les liens se renouent, la boucle est bouclée. La chance tournera et un départ vers de nouveaux horizons approchera. La vie, sous toutes ses formes, crée une toile de relations complexes entre les êtres vivants et inanimés.

Comment comprendre la nature? Il faut l'interpréter, comme l'ont fait Humboldt et Thoreau, dans son ensemble et à travers les liens et connexions de ses éléments, êtres vivants et êtres inanimés et ne pas conclure fatalement que les voies de l'Eternel sont impénétrables.

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La boucle est bouclée

Publié le par Ysia

Je me reconnais dans les anciens coureurs de bois foncièrement indépendants et en rébellion contre l'autorité et vois le monde à travers le regard de l’artiste.

A quoi ressemble l’Europe du XVIème siècle? Une Europe ravagée par la guerre menée par l’empire espagnol contre l’Europe protestante qui fuit en masse vers l’Amérique, et financée grâce aux immenses richesses dépouillées par la force  et ramenées de cette même Amérique (pp.26-27, Colin Woodard, American Nations, 2011). Toute cette ambition pour en arriver à quoi ? Au déclin inexorable de l’empire espagnol.

 

Ainsi commence la conquête de l’Amérique. Mais qu’est-ce que l’Amérique ? El Norte, un territoire espagnol où les indiens étaient asservis au nom de l'église, la Nouvelle France au Nord et au Sud avec la Nouvelle-Orléans où le rêve de Champlain concrétise un vivre ensemble entre Amérindiens et Français, la côte dite Tidewater semi-féodale des ancêtres de George Washington, George Mason et Robert Lee souhaitant reproduire l’Angleterre de l’aristocratie normande,  le pays des Yankees dit Yankeedom,  utopie religieuse, théocratie protestante des puritains, le centre dit Midlands des pèlerins et des quakers, la vaste région dite des Appalaches, violente et pauvre des rebelles écossais et irlandais partisans de se faire justice eux-mêmes, le Sud de la société esclavagiste de la Barbade  qui s’implante progressivement depuis Charleston en Caroline du Sud….

 

 De la pauvreté britannique à la pauvreté américaine. Est-ce cette extrême misère, transplantée en Amérique, qui se retourne contre ses précédents souverains et alimente les rangs de l'armée continentale dans les années 1770? Tout au long de l'histoire se déversent dans la presse et autres moyens de communication les mêmes craintes face aux nouvelles vagues d'immigration. C'est une nation britannique ravagée par des guerres successives qui nourrit le flot migratoire tout comme les guerres sur le continent africain ou au Moyen-Orient exacerbent les flux migratoires aujourd’hui. L'histoire des États-Unis révèle la rivalité de deux idéaux: la liberté individuelle contre la cohésion sociale. C’est dans ce contexte que, pour la première fois,  sont adoptées les premières lois contre l'immigration sous la présidence de John Adams.

 

La  défaite de la France provoque la déportation des Acadiens tandis que la guerre d'indépendance et la guerre anglo-américaine de 1812 causent la migration vers le nord des populations éprises de paix du Yankeedom et du centre dit Midlands (quakers et autres communautés). Le Vermont est déjà alors le champion des droits des esclaves et l'ennemi des spéculateurs new-yorkais (p.157, ibid.)

 

Alors commence la conquête de l'Ouest menée simultanément par les principaux protagonistes, à savoir les populations du nord-est Yankeedom aux idéaux puritains, du centre Midlands de culture allemande et porteur d'une tolérance héritière de William Penn, de la tranche belligérante appalachienne qui affirme l'hégémonie déclarée d'une ethnie sur les autres, renforcée par la culture esclavagiste du Sud et concrétisée dans la personne d'Andrew Jackson et autres extrémistes. Cependant Yankees et Appalachiens cohabitent notamment dans le nord-ouest comme en témoignent les villes yankees et les campagnes appalachiennes de l'Oregon. Contre toute attente, une nouvelle forme de pensée apparaît dans le mélange de culture sur la côte ouest, à la fois idéaliste et individualiste.

 

La guerre civile n'a pas changé les mentalités. Les guerres traversées laissent un goût amer d'autant si elles ne sont pas suivies d'un réel et profond effort de reconstruction sociale et économique. Les disparités économiques entre régions ont toujours existé. Elles n'ont jamais disparu et se sont perpétuées au gré des politiques inhabiles et malavisées et des idéologies destructrices. Une fois la guerre de sécession terminée, de nouvelles formes de résistance intolérante ont véhiculé un message raciste et antiscientifique par le biais des instruments de communication au fil des ans : des cercles fondamentalistes aux universités conservatrices, des stations de radio aux chaînes de télévision, des journaux aux sites web et réseaux sociaux. Comment aider ceux qui refusent de s’aider eux-mêmes, ceux-là même qui refusent les réformes sociales, trouvent une justification dans la religion à l’esclavage ou au tribalisme et dénoncent comme contraires à la volonté divine, aujourd’hui comme hier,  la laïcité, le féminisme, l’écologie et les découvertes de la science moderne?

 

Trente-six millions d'immigrants sont arrivés entre 1830 et 1924 (66 millions entre 1790 et 2000). En épousant les coutumes locales, ce sont les différences préexistantes entre régions qui se sont accentuées. L'immigration s’est limitée essentiellement aux trois régions de la Nouvelle-Hollande, du Midlands et de Yankeedom. La multiethnicité et le multiculturalisme n’ont jamais été que la caractéristique  de ces régions mais pas des autres. Quant à l'Ouest américain, ces peuples de culture ou ethnie différente arrivèrent à peu près en même temps. Mais si l'éducation est le fer de lance des Yankees, dans le sud on a découragé l'éducation mixte des populations noire et blanche et, en Californie, les Japonais n'étaient pas autorisés à s'instruire à l'école jusqu'en 1907.

 

Un cycle historique se termine là où il a commencé: la majorité des immigrants de souche mexicaine s'implante dans la région El Norte qui fut à l'origine espagnole. 

 

Pourquoi le même destin n'a-t-il pas échu au Canada?  Peut-on imaginer une Amérique différente ? De l’avis de Colin Woodard, son histoire et son présent sont plus complexes. Il y a l’Amérique respectueuse et tolérante, il y a l’autre et celle qui oscille entre les deux.

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