l'Ermite

Publié le par Ysia

Hieronymus Bosch - Hermit Saints Triptych - WGA02566

 

Triptyque des Ermites, Jérôme Bosch

 

 

Si tu te replies dans l'étude, tu échapperas complètement au dégoût de la vie; tu ne souhaiteras pas l'arrivée de la nuit par ennui du jour; tu ne seras ni importun à toi-même ni inutile aux autres; tu t'attireras bien des amis, et les meilleurs se presseront chez toi. Même obscure, la vertu ne reste jamais caché e; elle donne des signes de son existence; tous ceux qui en sont dignes sauront la reconnaître à ses traces. Senèque

 

L’ermite représenté sous les traits des personnages mythiques de Saint-Pierre ou Saint-Paul se rapproche le plus d es représentations populaires des maîtres du bouddhisme Zen dont j'ai fait allusion dans mes articles sur la peinture Zen. Ce sont les mêmes qualités de sagesse et de recueillement qui marquent la beauté de leur âme. Leur vénérable respectabilité inspire l'admiration et apporte la paix. L'ermite incarne notre rejet des possessions matérielles, notre détachement des passions et notre quête spirituelle qui arrive à son but au bout du chemin.  

 

Pieter Leermans - The Hermit

Saint Pierre l'Ermite, Pieter Leemans

 

Heiliger Paul Eremit

Paul l'Ermite,Meister von Meßkirch

 

 

Ribera5Jusepe de Ribera. St. Paul the Hermit

 

Saint Paul l'Ermite, José de Ribera

PaulHermitPretiMattia Preti's St. Paul the Hermit - Cleveland Museum of Art   

Saint Paul l'Ermite, Preti Matia

 

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Ténébrisme

Publié le par Ysia

Leonardo da Vinci 008

  Ce que tu cherches, c’est une grande chose, une chose souveraine, toute proche de la divinité, c’est d’être inébranlable ; c’est cette assiette stable de l’âme, appelée en grec euthymia… et que j’appelle tranquillité. Sénèque

 

De l'incrédulité de Saint-Thomas par Le Caravage (1571-1610)  à La Madeleine à la veilleuse de Georges de la Tour (1593-1652),

De la pénitence de Saint-Jérôme par Léonardo de Vinci (1452-1519) aux portraits de l'Ermite de Gérard Dou (1613-1675), dont les vieillards décharnés rappellent les ascètes aux rides symboliques des peintures Zen.

Des figures par la foi torturées de José de Ribera (1591-1652) à la lueur des flammes de Rembrandt (1606-1669),

le corps humain réfléchit la lumière, symbole de l’illumination divine.

Ténébrisme !

Des visages tombés en extase de Francisco de Zurbarán (1598-1664) à ceux de Gerrit van Honthorst (1590-1656), tels Saint Pierre le pénitent (The Kremer Collection) et Saint-François d’Assise, les crânes d’une morbidité concrète sont l'écho de l’Angoisse despotique baudelairienne,

Symboles !

Beauté désavouée par les maux et vices sublimés : agonie, sénescence, trépas, peintes mortifications de l'âme meurtrie !

Les peintures clair-obscur, les fresques grisailles révélent le mystère originel et témoignent de la déchirure baptismale entre le jour et la nuit.

 

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Vanité des vanités, tout est vanité

Publié le par Ysia

Sainte-catherine (1)

 

Catherine vient de catha, qui signifie universel, et de ruina, ruine, comme si on disait ruine universelle : en effet, dans elle, l’édifice du diable fut entièrement ruiné: savoir: l’orgueil, par l’humilité qu'elle posséda; la concupiscence de la chair, par la virginité qu'elle conserva; et la cupidité mondaine; par le mépris qu'elle eut pour toutes les vanités du monde. Ou bien Catherine, vient de chaînette (catena) : car par ses bonnes œuvres, elle se fit comme une chaîne au moyen de laquelle elle monta au ciel. Et cette chaîne ou échelle est formée de quatre degrés qui sont : l’innocence d'action, la pureté du coeur, le mépris de la vanité, et le langage de la vérité, ...  La Légende dorée, Tome III

 

Sainte-Catherine (2)

 

De Le Caravage, peintre des passions,  à Francisco de Zurbarán, peintre des moines, l'image du crâne, symbole de la futilité de la vie, de l'évanescence des liens mondains et de la vanité de l'existence humaine, est la preuve manifeste et visiblement palpable de la Mort.  L'Extase de Sainte-Catherine ou le thème de l'homme saint revisité.

 

Paroles de l'Ecclésiaste, fils de David, roi de Jérusalem.

 Vanité des vanités, dit l'Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité.

 Quel avantage revient-il à l'homme de toute la peine qu'il se donne sous le soleil?

Une génération s'en va, une autre vient, et la terre subsiste toujours.

Le soleil se lève, le soleil se couche; il soupire après le lieu d'où il se lève de nouveau.

Le vent se dirige vers le midi, tourne vers le nord; puis il tourne encore, et reprend les mêmes circuits.

Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n'est point remplie; ils continuent à aller vers le lieu où ils se dirigent.

Toutes choses sont en travail au delà de ce qu'on peut dire; l'oeil ne se rassasie pas de voir, et l'oreille ne se lasse pas d'entendre.

Ce qui a été, c'est ce qui sera, et ce qui s'est fait, c'est ce qui se fera, il n'y a rien de nouveau sous le soleil.

S'il est une chose dont on dise: Vois ceci, c'est nouveau! cette chose existait déjà dans les siècles qui nous ont précédés.

On ne se souvient pas de ce qui est ancien; et ce qui arrivera dans la suite ne laissera pas de souvenir chez ceux qui vivront plus tard. Ecclésiaste 1: Louis Segond (1910)

 

Ribera-marie-égyptienne-musée-Fabre

S'agissant de la féminisation de l'être saint, le personnage de Marie l'Egyptienne en est un exemple. La peinture de José de Ribera ci-dessus  présente une femme d'un certain âge presque asexuée, à corps perdu dans sa dévotion. Elle saisit la vanité et  la futilité des activités humaines et des passions comme si l'âge permettait de prendre le recul nécessaire pour mieux mesurer les événements passés de la vie. Elle apparaît recueillie,  émaciée, dépouillée de tout attrait physique, digne dans sa nudité.  Lorsque le corps flétrit et que la femme perd son pouvoir de séduction, elle EST tout simplement, enfin. Elle concentre toute son énergie sur le Souffle originel et universel qui l'anime.Le mot Esprit vient du latin Spiritus (Souffle).  L'énergie vitale ou souffle qui anime les dix mille êtres devient la raison d'être de Marie devenue l'ermite du désert. Le Saint-Esprit ou Souffle, élément trinitaire, se rapproche du Qi, principe fondamental.

 

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Extase mystique

Publié le par Ysia

Extase: Terme de la vie mystique. Élévation extraordinaire de l'esprit, dans la contemplation des choses divines, qui détache une personne des objets sensibles jusqu'à rompre la communication de ses sens avec tout ce qui l'environne. (Le Littré, 1880)

 

 

 

Il n'y a qu'un pas entre ces moines Zen qui ont naturellement choisi la voie artistique pour parachever l'expérience mystique et  Francisco de Zurbaran (1598-1664) dit 'le peintre des moines".

 

Du moine devenu peintre au peintre dévolu à l'art de reproduire l’âme mystique, des portraits de Bodhidharma à ceux de Saint-François d’Assise, le but est identique : Toucher l'intouchable, nommer l'innommable,  représenter l'indescriptible mystère divin, montrer du doigt l'indicible lumière magique au sortir du tunnel des passions maudites.

 

Francisco de Zurbarán 057

Matthieu 7

  Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés.

  Car on vous jugera du jugement dont vous jugez, et l'on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez.

  Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l'oeil de ton frère, et n'aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton oeil?

  Ou comment peux-tu dire à ton frère: Laisse-moi ôter une paille de ton oeil, toi qui as une poutre dans le tien?

  Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton oeil, et alors tu verras comment ôter la paille de l'oeil de ton frère.

 

Francisco de Zurbarán 039

 

L' âme, de ses défauts saintement indignée,
doit jusqu' à la racine enfoncer la cognée

 

(Imitation de Jésus-Christ, trad. par Pierre Corneille, Livre 1,Chapitre 11)

 

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La vie n'est pas un fleuve tranquille

Publié le par Ysia

 

Le Livre des Récompenses et des Peines:

 

“ Aucune porte ne s’ouvre sur le malheur ni sur le bonheur. C’est l’homme qui en est l’agent!

 

太上感应篇:“祸福无门,惟人自召”

 

 

 

La vie aux accents mythiques a donné naissance à une expression intuitive de l’art, mais la capacité de lire les signes et symboles éthérés n’est plus et le sommeil s’approfondit. L’intellect devenu roi enferme au donjon l’intuition prisonnière. Notre liberté d’agir et de penser est révolue et l'imagination qui procède de l’entendement par les sens s'en est allée.  L’artiste à la merci de la société décadente répond aux avances de l'humanité égoiste. La conscience produit de l’évolution se dévoie. La connaissance mécanique croît au fil des mille et une technologies.L'intuition est morte, foulée au pied par la raison victorieuse.

 

La vie n’est pas un fleuve tranquille qui commence en amont et termine dans l'océan de l'outre monde. Elle se perd dans les méandres et crée des lacs fabuleux, des cascades gigantesques et irrigue la terre. La vie est faite de périodes saccadées, toutes différentes les unes des autres. De l’explosion créative au silence en passant par des instants où l'angoisse oppressante est reine. La créativité naît de l’intuitive compréhension d’une vérité. Elle se manifeste en flots irréguliers. Il n’ y a pas de continuité.

Tel un dialogue entre mon âme et l’Univers,  j’ai conscience de la portée philosophique de mon questionnement et concède que mon approche porte davantage les stigmates de mon doute philosophique qu’elle ne révèle ma quête artistique.

 

I am a philosopher, not a biologist or an anthropologist or a sociologist or historian or theologian. We philosophers are better at asking questions than at answering them, and this may strike some people as a comical admission of futility – “He says his specialty is just asking questions, not answering them, What a puny job! And they pay him for this?” But anybody who has ever tackled a truly tough problem knows that one of the most difficult tasks is finding the right questions to ask and the right order to ask them in. You have to figure out not only what you don’t know, but what you need to know and don’t need to know, and what you need to know in order to figure out what you need to know, and so forth. The form our questions take opens up some avenues and closes off others, and we don’t want to waste time and energy barking up the wrong trees. Philosophers can sometimes help in this endeavor, but of course they have often gotten in the way, too. Then some other philosopher has to come in and try to clean up the mess. (Daniel C. Dennett, Breaking the Spell, Penguin Group, 2006, p.19)

 

 

 L’évolution de l’homme à travers les temps ne l’absout pas de l’empoussièrement de ses pieds spirituels. Faut-il quitter la société, demeurer banni sa vie entière pour élever son esprit au risque d’affirmer son arrogance et son égoïsme ? Mes idées s’enchevêtrent. Il est temps de reconnaître ma propre limitation, que je suis une mortelle exilée. Résignation…L’exil que je m’impose aboutit à la fin de l’illusion de mon histoire individuelle. Le moment n’est pas encore venu de découvrir son cœur face au règne du vulgaire défendu par les êtres inférieurs. Cultiver la pureté du cœur et de l’esprit...

 

L’homme n’est pas un cercle à un seul centre ; c’est une ellipse à deux foyers. Les faits sont l’un, les idées sont l’autre. (Les Misérables)


Publié dans Cheminement

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Parabole de la flèche empoisonnée

Publié le par Ysia

On sentit donc le besoin de l’écriture, et elle fut inventée. Il paraît qu’elle était d’abord une véritable peinture, à laquelle succéda une peinture de convention, qui ne conserva que les traits caractéristiques des objets. Ensuite, par une espèce de métaphore analogue à celle qui déjà s’était introduite dans le langage, l’image d’un objet physique exprima des idées morales. L’origine de ces signes, comme celle des mots, dut s’oublier à la longue ; et l’écriture devint l’art d’attacher un signe conventionnel à chaque idée, à chaque mot, et par la suite, à chaque modification des idées et des mots. Condorcet, Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain.

 

C'est d'un berceau linguistique unique il y a 150 000 ans que sont nées approximativement six mille langues. Les représentations graphiques et symboles préhistoriques qui figurent sur la liste préliminaire de Genevieve von Petzinger sont-ils les prémices d'une écriture ancienne? Amir D. Aczel dans son ouvrage intitulé The Cave and The Cathedral (Wiley & Sons, Inc., 2009, p.39-40) concède que l'on puisse envisager qu'ils aient subséquemment évolué et aient  été en quelque sorte partiellement intégrés dans notre alphabet sans pour autant qu'ils constituent en soi un texte gravé sur la pierre.

 

buffle prehistorique (1) 

Il offre une logique symbolique pour les interpréter en mettant en avant le culte ancien du bovin (auroch, buffle, taureau, vache) et en y voyant l'origine du mythe du minotaure. Dans son adoration du "taureau", l'homme préhistorique  perdu dans le dédale des cavernes s'identifie à son dieu en devenant cette figure mi-homme mi-animal qu'est le minotaure. Mémoire collective...

 

En quoi la scène du puits, seule représentation humaine du sanctuaire de Lascaux, corrobore-t-elle la théorie d’un culte originel du "taureau" ? Si, me semble-t-il, un animal est sublimé et son mystère nous transcende, c’est bien  l’oiseau, avec la double image de l'être à la tête d’oiseau et de l'oiseau haut perché, qui rappelle le culte de l’oiseau sur l’île de Pâques. Il est d'autant plus intéressant de noter la présence de l'oiseau dans cette scène qu'il apparaît en fait que très rarement sur les parois des grottes ornées de France et d'Espagne (ibid., p.140).  Outre son rôle psychopompe dans les traditions fondatrices des peuples anciens, il faut aussi prendre en compte la dimension sonore de l'oiseau, naissance du dialogue à la fois primitif et divin... entre l'homme et l'au-delà.

Three birds

La scène du puits comporte le panneau ainsi nommé de l'homme blessé. Indépendamment de la question de savoir si toutes les composantes de la scène (l'homme blessé, le bison, le rhinocéros et l'oiseau) sont effectivement du même auteur, le sens final rappelle l'allégorie du miroir. Le bison frappé au flanc par une sagaie symbolise l'esprit de l'homme blessé qui au moment le plus tragique s'interroge sur l'origine de la vie:

 

un homme est atteint par une flèche empoisonnée, mais avant que le docteur ne l’extraie, il voudrait savoir qui l’a tirée (à propos de l’existence de Dieu), d’où la flèche venait (d’où l’univers et Dieu viennent), pourquoi la personne l’a tirée (pourquoi Dieu a créé l’univers), etc. Si l’homme continue à poser ces questions avant que la flèche ne soit extraite, il mourra avant d’avoir les réponses. (Les Mythes fondateurs, cosmogonie et récits des origines)

Publié dans Art et Préhistoire

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Au commencement

Publié le par Ysia

  Open the door

L’écriture marque le commencement de la civilisation humaine. Elle constitue le moyen de communication essentiel et permet l’accès à l’information. S’il faut dater de la culture Yangshao  (cinq mille à trois mille ans avant notre ère) les premiers balbutiements des caractères chinois, l’écriture ossécaille d’il y a trois mille ans constitue une étape primordiale. A la frontière entre l'art et le langage...

Voir

  Le caractère chinois "voir" (见) 

 

était, à l’origine, composé d’un homme au-dessus duquel était dessiné un œil. Cela signifiait que “voir” n’était pas limité au seul acte optique, mais désignait une relation avec les objets, un contact spirituel avec eux, voire les gouverner (Maryse Shibata & Masumi Shibata, Les maitres du Tch’an (Zen) en Chine, Maisonneuve et Larose, 1985, p.153)

Voir est le résultat. Regarder est l'action. Il faut regarder pour voir et ne pas regarder sans voir.

Paire

 

Les symboles ne connaissent pas de frontière. Des symboles élémentaires tels que la représentation de l’être humain en quelques traits, image commune et primitive, sont pour moi une réminiscence des idéogrammes chinois qu'illustre le développement au cours des âges du caractère ren qui, dans l'écriture osécaille, me fait penser à  la onzième lettre de l'alphabet grec, la minuscule lambda

 

  Au fil des siècles, chaque génération donne sa propre interprétation des vieux symboles, fondée sur la rationalisation du moment. Mais c’est la prérogative des artistes et des poètes de donner leur version spontanée et intuitive des symboles originaux enfouis dans l'inconscient collectif. (Rudolf Wittkower, Allegory and the Migration of Symbols, Interpretation of visual symbols, p. 173-187, Thames and Hudson)

 

Parce que les mots n’existaient pas, c’est par l’image et le symbole que la communication s’est instaurée. Image tirée des phénomènes. Mais qu’est-ce qui a précédé ? Les phénomènes de l’univers que sont le soleil, la lune et les étoiles, les montagnes, les cours et masses d’eau ou les règles régissant cet univers, lois astronomiques, providence céleste fondée sur la dictature des nombres dans une disposition avancée, un agencement précis ? Les phénomènes tiennent leur réalité dans la science des mathématiques. 

 

Au centre de l'enseignement du Livre des mutations, legs de l'empereur mythique Fuxi, l'idéogramme jing (le puits) n’a quasiment pas évolué depuis l’écriture osécaille des temps anciens et se retrouve identiquement dans les langues japonaise, coréenne et chinoise. Gouffre infernal ou source de vie? Le cercle, symbole de l’éternité, qui s’ouvre comme une bouche dans les entrailles de la terre. Puits de vérité ou puits d’ignorance où la grenouille se complaît au clair de lune. Image sensible et universelle. Puiser au fond du puits pour y tirer un secret enfoui...

 

A l’origine le caractère chinois chu 出 représentait une tige sortant du sol, réceptacle tellurique, dont le pédoncule porte les fleurs. C’est ce mouvement vers l’extérieur, jet  vertical qui symbolise l’ouverture du cœur et de l’esprit par une échappée divine.

Publié dans Art ancien chinois

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Symboles préhistoriques

Publié le par Ysia

D’après les premiers résultats des recherches de Genevieve von Petzinger, au-delà des divers animaux reproduits sur la roche, 26 symboles ont été répertoriés, comme l’aïeul de notre langage, dont le tracé rappelle les signes de  l'alphabet protosinaïtique. Parmi ces symboles, on retrouve le cercle et l'angle ouvert (dont l'étude japonaise citée dans l'article du 12 janvier a souligné la place dans l'art ancien chinois).

 

O (4)

 

Enso japonais, réminiscence voire rémanence du cercle premier.

 

 

 

“Simple linear lines in red seem to mark the beginning of the painted cave; the beginning of the experience. These enigmatic and understated decorations continue, with a hundred or so red and black geometric signs - dashes, bars, lines, and series of dots - some painted using tools, some using fingers. The red is hematite, the black is either manganese dioxide or charcoal, both ground and mixed with water or fat. They have been daubed strategically, sometimes opposite each other, sometimes on either side of a conspicuous fissure. Shortly after this, the animal figures appear, and the prehistoric dialogue continues to unfold. Are the geometric signs a scripture that can eventually be deciphered?”  ( Caverne de Niaux,  Peter Robinson, rédacteur en chef, Bradshaw Fondation)

 

 

 

Tanzanian figuresAfrican Chair

Publié dans Art et Préhistoire

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Avoir une pleine compréhension de la vie

Publié le par Ysia

 

L’historien de l’art chinois Zhang Yanyuan 张彦远 , auteur  de l’ouvrage Mémoires sur les célèbres peintures des générations successives 历代名画记, fut le premier, au temps de la dynastie Tang (618-907),  à affirmer qu’il fut un temps en Chine où le langage écrit et la représentation graphique étaient une et même chose. Alors advint la séparation entre les deux.

 

A  l’aspect religieux des symboles, il faut ajouter le rôle de repères géographiques, sorte de langage codifié des populations nomades entre elles. C'est dans le but de démarquer un territoire encadré de montagnes que les populations nomades non-chinoises auraient tracé des représentations symboliques sur la roche, notamment au site des monts Yin en Mongolie intérieure, dont certaines, d'une essence abstraite et spirituelle, sont évocatrices des motifs de l'art décoratif ancien chinois de la civilisation néolithique Liangzhu. Autre région riche en peintures rupestres est le sud-ouest de la Chine, notamment le Yunnan où  vécut l'ancien groupe ethnique du Royaume Shan, cependant sédentaire.

 

Taotie 

 

On reconnaît que la fonction rituelle et  la fonction de bornage du paysage ne sont pas incompatibles. Monts et vaux, mers et terres, en tant qu’entités à la fois sociales et culturelles, sont sujets à l’objectivation des Anciens qui associent à chacun de ces repères divinités et esprits. Et que l'on retrouve, sur la roche, trace de ce culte du soleil auquel l'étude japonaise sur les motifs anciens d'animaux et de divinités 神与兽的纹样学 (Editions San-Lian, 2009), citée dans l'article sur l'art ancien chinois, fait référence.

 

Zhuangzi rapporte certaines croyances et superstitions de la Chine ancienne dont l’art témoigne par les représentations multiples des esprits:


Le réchaud portatif est occupé par l’esprit aux souliers; le fourreau par l’esprit au chignon; dans le fumier à l’intérieur de la porte loge l’esprit Tonnerre. Au bas du recoin nord-est de la maison s’agite l’esprit Grenouille et Lézard; au bas du recoin nord-ouest  l’esprit Lumière qui déborde; sous l’eau, l’esprit Image fuyante, et sur la colline, l’esprit Luxuriance; dans la montagne habite K’ouei, l’esprit à une seule patte; dans la campagne inculte, l’esprit Hésitant; dans la lande, l’esprit Serpentement.face-a-face
(L'Oeuvre complète de Tchouang-tseu, trad. par Liou Kia hway, p.154)  

 

沈有履,灶有髻。戶內之煩壤,雷霆處之;東北方之下者,倍阿、鮭蠪躍之;西北方之下者,則泆陽處之。水有罔象,丘有峷,山有夔,野有彷徨,澤有委蛇

 

 

 

 

* A ne pas manquer le site remarquable de la Fondation Bradshaw sur l'Art rupestre dans le monde et l'article du Professeur Paola Dematté sur le site de Yinshan 阴山, en particulier.

Publié dans Art ancien chinois

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Sur l'origine de la thérianthropie

Publié le par Ysia

Je sais qu'il ne faut pas confondre réalité et observation, mais c’est le privilège de l’artiste que d’offrir une approche plus personnelle et subjective de l’art, même préhistorique, et d’individualiser notre monde.  Le renne, l’ours, le lapin, le rhinocéros, le cheval, l’antilope, le porc, le lion, le renard et bien d’autres font partie de l’imagerie des peuples anciens. L’homme préhistorique fait sien son pouvoir de réalisation par mimésis à travers les processus que la psychanalyse moderne nommerait paréidolie, apophénie et hiérophanie. Plus de 4 milliards d’années compte notre planète, qui sommes-nous ? La mémoire collective est victime des éboulis du temps par la faute desquels notre oubli a fait tomber le rideau sur les symboles originels.

 

Sur l'origine de la thérianthropie et s'agissant de l'art préhistorique des grottes en France et en Espagne, l'auteur de The creative explosion  écrit :

 

Bouc"Artists frequently drew parts without bodies as well as bodies without parts, isolated horns, heads, legs, necks, and so on. They also have a variety of ways of distorting animal forms, depicting horses for examples with round ballooning or sausage-like "dachshund" bodies, long snakelike necks, and timy heads some with weird "duckbill" mouths. Their works included ambiguous animals, ill-defined creatures with could be horses or oxen or deer, bison or ibeses... - not to mention an abundant menagerie of "monsters" or imaginary species like the so-called unicorn in Lascaux, bears with wolf heads and bison tails, reindeer with webbed feet"  (John E. Pfeiffer, The creative explosion, Harper & Row, 1982) Cerf

 

S'agissant des figures inachevées de l'art préhistorique, Denis Vialou affirme: “Il nous a semblé impossible de concevoir qu’il ne s’agissait que de traces accidentelles (peintes) ou de traces de fond (graves). L’éventualité de maladresses d’artistes ou d’ « écoliers » parut d’autant plus invraisemblable que la plupart de ces témoins sont insérés dans les panneaux les mieux composés... L’absence de connotations rationnelles nous a poussé à localiser leur origine dans une ambiance symbolique, diffuse, frustre, primaire" (Denis Vialou, L'art des grottes en Ariège magdalénienne, CNRS, 1986, p.393)

Cheval

 

  Symboles qui me fascinent.  Denis Vialou observe qu'il ne suffit parfois que d'une marque, un signe pour représenter un bouquetin ou qu' une ligne en « S » représentant une corne de bison, à côté d'un œil de bison, suffit à identifier l'animal. Schématisation, dépouillement extrême. Réduction à l'essentiel.

Alors que le propos d'une oeuvre d'art est par le biais d’une tridimensionalité de donner corps à une pensée, c'est vers une simple linéarité, une simplification graphique, une iconographie pure que je tends irrésistiblement.

  Poisson à deux têtes

        " Le mystique sait tout en se sachant ignorant ; il peut tout en reconnaissant son incapacité." *

 

 

L’art est un miroir dans lequel se reflète une image de nous,  une sorte de gémellité : un corps à deux têtes, un poisson à deux têtes, un visage double, une reproduction symétrique d’un objet coupé en deux. 

 

Doubleface (color) Dans le miroir, il y a l’idée de passage vers un autre monde, un au-delà. Et si dans l’ensemble des choses visibles et invisibles, il y avait une frontière les séparant ?   L'homme et sa doublure. Et si l’idée du miroir avait précédé l’objet du miroir et que par la gravure et la peinture, l’homme primitif avait tenté de reproduire l'expérience de son propre dédoublement de l'Un originel ?    Et si les rêves n’étaient que résonance ? De l’être à ses émanations.

 

 

 

Faut-il chercher au fond des cavernes les éléments d’une religion primitive qui expliqueraient le comportement de nos ancêtres ?Vénus à la traîne

 

« N'oublions pas que nous cherchons au fond de l'âme, par voie d'introspection, les éléments constitutifs d'une religion primitive. » (Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, 1932, p.81).

 

Ainsi l’homme des cavernes incarne notre propre questionnement de l’âme dans la pénombre, de tâtonnements en tâtonnements. C'est du fond denous-mêmes que nous tentons de ramener une révélation de la vérité à la surface de notre conscience . La caverne est un temple dont la disposition respecte les règles d'une religion primitive.

 

... Etrange association d’idées qui me pousse malgré moi à comparer la Vénus sibérienne (Malta) à une Vierge byzantine !!!!!

 

* « Le paradoxe dans la mystique : Le cas de Hallâj », Pierre Lory, dans Ésotérismes, gnoses & imaginaire symbolique : Mélanges offerts à Antoine Faivre, éd. par R. Caron, J. Godwin, W. J. Hanegraaff et J.-L. Vieillard-Baron, Leuven, Peeters, coll. Gnostica, 2001.

Publié dans Art et Préhistoire

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