Atteindre l’autre rive

Publié le par Ysia

My life is a story of the self-realization of the unconscious. Everything in the unconscious seeks outward manifestation, and the personality too desires to evolve out of its unconscious conditions and to experience itself as a whole. I cannot employ the language of science to trace this process of growth in myself, for I cannot experience myself as a scientific problem. (Memories, Dreams, Reflections, C.G. Jung, Vintage books, Revised edition, New York 1989, p.3)

 

Les archétypes sont les formes préexistantes primitives.  Les symboles sont des pensées objectivées, formes d’une idée abstraite. Le chariot notamment symbolise l'acte qui permet de trancher le nœud gordien d'avec les passions et les illusions terrestres et de retrouver après une longue et douloureuse traversée du désert l'équilibre mental perdu  L’inconscient est pareil à une masse d’eau, fleuve ou mer, que l’on sonde inquiet  sans savoir comment la traverser pour parvenir à l’autre bout, l’horizon. L'angoisse étreint et paralyse, à la recherche de sa propre identité, de ses racines ancestrales. Les eaux fangeuses de l’inconscient demandent parfois toute une vie pour être traversées et ainsi le sens de la vie compris. Vision suffocante et oppressante qui plonge dans une panique primitive. L'inconscient est-il le garant de la santé psychique ou marque-t-il la frontière poreuse qui sépare de la folie ? C’est comme se regarder dans un miroir qui ne projette pas l'image de soi mais le néant engloutisseur.  Combien d’années, combien d'efforts faut-il  pour relever le défi de son propre reflet et regarder en face l'ombre réfléchie dans le miroir comme sur la surface des eaux qu’il appartient de traverser? Atteindre l’autre rive... La sapience adamantine qui mène sur l’autre rive et brise les passions, rappelle l'alllégorie du radeau, voie médiane entre la perception et le logos. La conscience et l’inconscient sont deux sphères mentales. Du dédoublement à l’unité ultime. 

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Le royaume de l'inconscient collectif

Publié le par Ysia

L’esprit est-il une entité biologique composée d’une mémoire génétique ? Deux états existent : l’état d’éveil en continuité avec l’état de sommeil dans une collaboration qui peut paraître chaotique. A l’éveil, la conscience travaille constamment, étudiant et modelant à sa convenance la réalité. Elle est l’otage d’un débat intérieur alimenté par nos expériences passées. Le sommeil, quant à lui, se compose du sommeil paradoxal dont les rêves qui traduisent notre anxiété face à l’avenir, émanent et le sommeil non paradoxal dont les émotions positives, legs du passé,  contribuent au perfectionnement de l’être en aiguisant notre intuition et notre créativité. L’intention que dirige l’inconscient s’allie à l’attention déployée par la conscience de l’être pour sortir du chaos des crises existentielles et opérer un impact sur l’ordre des choses. Le moi, le surmoi ou entité morale et le sous-moi, voix de l’inconscient, sont la triade qui forme la personnalité de l’être. Le Soi est le moi transcendant, l’apothéose ou plénitude de l’être dans lequel se confondent dans une fusion ultime les éléments constituants de la personne humaine.

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De l’utilité des rêves

Publié le par Ysia

匠 石 之 齊 , 至 於 曲 轅 , 見 櫟 社 樹 。Le maître charpentier Che, alors qu’il se  rendait au pays de T’si, s’arrêta à K’iu-yuan. Il y aperçut un marronnier sauvage qui était l’arbre du dieu du sol.

其 大 蔽 數 千 牛 , 絜 之 百 圍 , 其 高 臨 山 , 十 仞 而 后 有 枝 , 其 可 以 為 舟 者 旁 十 數 。 Son ombrage pouvait couvrir des milliers de bœufs ; la grosseur de son tronc mesurait cent coudes ; son tronc s’élevait à une hauteur de dix toises qui fait  l’effet d’une colline abrupte et au bout de laquelle s’étalaient ses branches : une dizaine de celles-ci  pouvaient servir à la fabrication de barques.

觀 者 如 市 , 匠 伯 不 顧 , 遂 行 不 輟 。 On venait en foules pour l’admirer. Le maître charpentier ne lui accorda aucun regard et continua sa route.

弟 子 厭 觀 之 , 走 及 匠 石 , 曰 : 『 自 吾 執 斧 斤 以 隨 夫 子 , 夫 嘗 見 材 如 此 其 美 也 。 先 生 不 肯 視 , 行 不 輟 , 何 邪 ? 」 Son apprenti  ayant regardé l’arbre fort longtemps s’approcha de son maître et lui dit : «  Depuis que je manie la hache sous votre direction, je n’ai jamais vu une aussi belle pièce de bois. Maître, pourquoi ne voulez-vous pas vous arrêter pour le regarder ? 


曰 : 「 已 矣 , 勿 言 之 矣 ! 散 木 也 。 以 為 舟 則 沉 , 以 為 棺 槨 則 速 腐 , 以 為 器 則 速 毀 , 以 為 門 戶 則 液 樠 , 以 為 柱 則 蠹 , 是 不 材 之 木 也 。 無 所 用 , 故 能 若 是 之 壽 。 」- Arrête-toi, dit le maître. C’est un arbre inutile. Si l’on en fait des bateaux, ils ne tiendront pas sur l’eau ; si l’on en fait des cercueils, ils pourriront vite ; si l’on en fait des battants de porte, ils suinteront ; si l’on en fait des ustensiles, ils seront vite gâtés ; si l’on en fait des piliers, ils seront rapidement vermoulus. Cet arbre n’est bon à rien. C’est grâce à son inutilité qu’il a pu parvenir à un tel âge.


匠 石 歸 , 櫟 社 見 夢 曰 : 「 女 將 惡 乎 比 予 哉 ? 若 將 比 予 於 文 木 邪 ? 夫 柤 梨 橘 柚 , 果 蓏 之 屬 , 實 熟 則 剝 , 剝 則 辱 。 大 枝 折 , 小 枝 泄 。 此 以 其 能 苦 其 生 者 也 。 故 不 終 其 天 年 而 中 道 夭 , 自 掊 擊 於 世 俗 者 也 。 物 莫 不 若 是 。 且 予 求 無 所 可 用 久 矣 ! 幾 死 , 乃 今 得 之 , 為 予 大 用 。 使 予 也 而 有 用 , 且 得 有 此 大 也 邪 ? 且 也 若 與 予 也 皆 物 也 , 奈 何 哉 其 相 物 也 ? 而 幾 死 之 散 人 , 又 惡 知 散 木 ! 」Lorsque le maître charpentier Che fut rentré chez lui, l’arbre du dieu du sol lui apparut en songe et lui dit : « Pourquoi faire des comparaisons ? Veux-tu que je ressemble aux beaux arbres ? Lorsque l’azerolier, le poirier, l’oranger, le pamplemousse portent leurs fruits mûrs, ils sont saccagés ; leurs grosses branches sont brisées et les menues étirées. Du fait qu’ils sont utiles à l’homme, ils subissent des misères pendant toute leur vie et périssent prématurément. Ils s’attirent sur eux leur propre destruction. Il en est de même pour tous les êtres du monde. Il y a longtemps que je recherche l’inutilité et voici qu’aujourd’hui menacé de mourir, je l’obtiens. Cette inutilité m’est de grande utilité. Si j’étais bon à quelque chose comment aurais-je pu atteindre une pareille taille ? Toi et moi, nous sommes des créatures. Comment une créature peut-elle juger une autre créature ? Un homme inutile toujours menacé par la mort peut-il même connaître vraiment ce qu’est un arbre inutile ? »


匠 石 覺 而 診 其 夢 。Le maître charpentier s’éveilla et raconta son rêve.

弟 子 曰 : 「 趣 取 無 用 , 則 為 社 何 邪 ? 」– Si l’arbre choisit l’inutilité, demanda l’apprenti, pourquoi représente-t-il le dieu du sol ?


曰 : 「 密 ! 若 無 言 ! 彼 亦 直 寄 焉 ! 以 為 不 知 己 者 詬 厲 也 。 不 為 社 者 , 且 幾 有 翦 乎 ! 且 也 彼 其 所 保 與 眾 異 , 而 以 義 喻 之 , 不 亦 遠 乎 ! 」- Tais-toi, repartit le maître. Il ne prend cette fonction provisoire que pour parer les coups de ceux qui ne le comprennent pas. Si l’arbre ne représentait pas le dieu du sol, ne risquerait-il pas d’être abattu par les hommes ? Comme ses moyens de conservation sont différents de ceux de tout le monde, il est vain de vouloir chercher une signification à son existence.

 

Le monde des hommes, L’œuvre complète de Tchouang-tseu, p.55-56,  traduit par Liou Kia-hway, Gallimard/ Unesco, 1969.

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L’inconscient est un labyrinthe

Publié le par Ysia

Perdue dans le dédale de mes rêves, oublieuse de ma raison d’être, de quels procédés mnémotechniques devrai-je user pour recouvrer ma mémoire? Qui suis-je ? Forte du fil d’Ariane qui m’accompagne vers la lumière, ma conscience aura raison du Minotaure. S’agissant de l’interprétation jungienne des mythes, la légende de Thésée et du Minotaure prend une signification toute particulière.

 

Man and his symbols ( Aldus Books Limited, 1964) m’invite à porter un autre regard sur l’excellente étude de Georges Borgeaud, Exercices de mythologie (Editions Labor et Fides, 2004) :

 

« Remonter le fil d’Ariane, c’est effectuer une anamnèse, retourner à la source à travers la confusion de l’oubli » (p.34). Mais si effectivement l’inconscient est un labyrinthe, il demeure une énigme « c’est entrer dans un lieu où fatalement on oublie le chemin que l’on vient de parcourir » (ibid.). Son enseignement à travers les rêves est à la fois salvateur, « chemin qui mène vers un centre, vers un nouveau mode d’existence »  (p.34-35), et apocatastasique « c’est parcourir un trajet régressif par lequel on tente d’abolir l’oubli, de vaincre le pouvoir du temps »… « Cette conscience de l’oubli motive la quête – l’errance – qui durera jusqu’au retour du premier temps : celui de la mémoire. … L’oubli correspond à l’état premier ; l’errance à l’état de séparation… ; le passage – sortie du labyrinthe – à la réintégration. » (p.37-38)

 

Les thèmes du minotaure et du rite du passage ont été abordés dans les articles de la catégorie Art et Préhistoire, notamment Le chaman et Parabole de la flèche empoisonnée.

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Science

Publié le par Ysia

Qu’à tout instant aucune pensée ne soit dans l’ignorance et que, constamment, soit pratiquée la sagesse : cela est nommée la pratique de la sapience. Qu’une seule pensée soit dans l’ignorance et la sapience disparaît. Qu’une seule pensée soit douée de connaissance et la sapience naît  (Sûtra de la plate-forme, section 26, You Feng, 1992).

 

S'agissant de la place prépondérante de la science dans notre société moderne, elle est avant tout le produit des hommes. Placée dans de mauvaises mains, elle devient fallacieuse. Placée dans de bonnes mains et elle devient sapience. Arrogance et ignorance brouillent notre connaissance des choses et jettent un voile obscur sur la science. N’est-ce pas là aujourd’hui la difficulté de parler des origines des hommes ? Je veux croire qu’en chacun de nous réside la connaissance du bien et du mal, du vrai et du faux. Si ces quatre cent dernières années marquent un bond de la science, ce bond remarquable est trop souvent suspendu aux dogmes irrépressibles érigés par l’égoïsme des hommes et leur soif de biens matériels.

A l'heure où la génétique s’érige comme la dernière conquête scientifique des hommes, la génétique de l’inconscient en constitue le dernier rempart à la croisée de la biologie et de la psychologie. Mais cela ne reste qu'une hypothèse. Il est vrai que la science n'offre pas de certitude, que des probabilités plus ou moins certaines. Il vaut mieux  en tenir compte que jouer les aveugles car la certitude est l'apanage des adeptes du dogmatisme.

 

知不知,上;

 

不知知,病。
 

夫惟病病,
是以不病。

Connaître, c’est ne pas connaître : Voilà l’excellence.

Ne pas connaître, c’est connaître : Voilà l’erreur.

 

Qui prend conscience de son erreur

ne commet plus d’erreur  (Laozi, section LXXI, Tao tö king, Liou Kia-Hway, Gallimard, 1967)

 

 

 

La plupart des éclairs de génie n’aboutissent à rien ; mesurés statistiquement ils ont un temps de vie de quelques heures voire jours. Toute tentative visant à prolonger ces instants de génie devient fastidieuse et demande un effort de longue haleine pour ne  mener qu’à des résultats négatifs ou pire ambivalents (Edward O. Wilson, Consilience, p.55)… Scientifique, fantassin de l’épistémologie.  Quoique semblant chimérique par moment, aucune révélation intellectuelle n’est plus essentielle et formidable que celle de la vérité objective fondée sur une compréhension scientifique (p.61)

 

 

Expliquer l’esprit en tant que réalité physique autrement nommée cerveau dont chaque processus mental a une base physique. Sommes-nous génétiquement prédisposés à créer les images primitives propres à l’inconscient collectif ? Peut-on parler d’une génétique du comportement ? Alors que notre environnement n’a cessé de se modifier naturellement ou du fait de l’homme au fil des siècles et des années, la culture des hommes change suivant la géographie ou la société. Environnement et culture accompagnent l’évolution biologique du corps et du cerveau. Mais quelle est la fonction du cerveau ? N’a-t-il pas d’autre objectif que celui de survivre ? Faut-il conclure de l’observation empirique des processus mentaux et de leur évolution que le cerveau est une machine assemblée non pas pour se comprendre elle-même mais pour survivre (Consilience, the Unity of knowledge, Edward O. Wilson, First Vintage books Edition, April 1989, p. 105, New York : Knopf : Distributed by Random House, 1998). Piètre amateur des sciences, je veux croire en une philosophie de l’éthéré ! Le cerveau a deux états. Conscient, il cherche à survivre. Inconscient, il cherche à comprendre par le rêve précisément. Le visage, porte de l’esprit, agit en tant qu’arène d’observation par les yeux, les narines et les oreilles mais aussi de communication par la grimace, le regard, le teint ou l’arme ultime de la bouche. Il est le témoin des règles épigénétiques qui marquent le comportement humain.

 

Adam

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La non-pensée

Publié le par Ysia

S’agissant de l’étude de la pensée bouddhique sous l'angle jungien, je rappelle la tradition qui veut que Huineng ait connu l’éveil en entendant réciter le Vajracchedikâ Sûtra qui insiste sur le concept important qu'est la non-pensée, l’absence de demeure. La doctrine de la non-pensée est comparable à celle du non-agir de Laozi (John C. H. Wu, L’âge d’or du Zen). Laisser faire ! Ainsi s’entend la pratique du non-agir, il s’agit de faire taire tout langage conscient dominé par une intellectualisation croissante et donner voix aux forces inconscientes qui nous habitent.

 

"Reprendre son souffle et trouver sa voie, sa voix." disais-je ( Agonie et Extase de la création). Cette voie telle que définie par Laozi est  la voie invisible, la voix inaudible de l’Inconscient.

 

La non-pensée, c’est ne pas penser au sein de la pensée. L’absence de demeure représente la nature originelle de l’homme… (Sûtra de la plate-forme, édition la plus ancienne de Dunhuang datant du IXe siècle, section 17),

 

Que nomme-t-on la non-pensée ? La loi de la non-pensée est de contempler toute chose sans s’attacher à aucune, être partout sans avoir d’attaches nulle part. Etant doué d’une nature propre constamment pure, c’est rejeter les six ravisseurs par les six portes et, au milieu des six poussières, n’être ni détaché ni souillé dans un libre va et vient (ibid.,section 31).

 

La voie n’agit pas et pourtant il n’y a rien dont elle ne soit l’agent (Laozi, section 37)

 

Inconscient collectif,  substratum de la pensée humaine, psyché de l'homme qui transcende toutes les différences entre cultures. Fondement d'une série de dispositions latentes prédisposant à un certain nombre de réactions identiques (C.J. Jung, Commentary toThe Secret of the Golden Flower, Harcourt Brace & Company, 1962, p.87), expliquant par là même les analogies et similitudes entre mythes et symboles du monde. L’esprit qui ne demeure nulle part caractérise l'omniscience de l’inconscient.

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L'inconscient aux commandes de l'art

Publié le par Ysia

We are such stuff as dreams are made on; and our little life is rounded with sleep. (Shakespeare, The Tempest, Act IV, Scene I, 156-158)

 

De plus que personne n'a d'assurance hors de la foi -- s'il veille ou s'il dort, vu que durant le sommeil on croit veiller aussi fermement que nous faisons. Comme on rêve souvent, qu’on rêve entassant un songe sur l’autre. ne se peut-il faire que cette moitié de la vie n’est elle-même qu’un songe, sur lequel les autres sont entés, dont nous nous éveillons à  la mort, pendant laquelle nous avons aussi peu les principes du vrai et du bien que pendant le sommeil naturel?

Tout cet écoulement du temps, de la vie, et ces divers corps que nous sentons, ces différentes penséees qui nous agitent, n'étant peut-être que des illusions pareilles à  l'écoulement du temps et aux vains fantômes de nos songes. On croit voir les espaces, les figures, les mouvements, on sent couler le temps, on le mesure, et enfin on agit de même qu'éveillé. De sorte que, la moitié de la vie se passant en sommeil, par notre propre aveu ou quoi qu'il nous en paraisse, nous n'avons aucune idée du vrai, tous nos sentiments étant alors des illusions. Qui sait si cette autre moitié de la vie où nous pensons veiller n'est pas un autre sommeil un peu différent du premier, dont nous nous éveillons quand nous pensons dormir?(Pascal, Pensées,XXI, Contrariétés étonnantes qui se trouvent dans la nature de l'homme à l'égard de la vérité, du bonheur, et de plusieurs autres choses)

 

昔者庄周梦为胡蝶,栩栩然胡蝶也。自喻适志与!不知周也。俄然 觉,则蘧蘧然周也。不知周之梦为胡蝶与?胡蝶之梦为周与??周与 胡蝶则必有分矣。此之谓物化

 Jadis, Tchouang Tcheou rêva qu'il était  un papillon voltigeant et satisfait de son sort et ignorant qu'il était Tcheou lui-même. Il ne sut plus si c'était Tcheou rêvant qu'il était un papillon, ou un papillon rêvant qu'il était Tcheou. Entre lui et le papillon il y avait une différence . C'est là ce que l'on appelle le changement des êtres. (庄子Zhuangzi : L'Oeuvre complète de Tchouang-tseu, trad. par Liou Kia hway, La réduction ontologique) 

 


Les rêves renforcent les expériences vécues ou les effacent, jouant le rôle de catharsis. Ils mettent en lumière un élément inconnu de la vie et font remonter à la surface nos intuitions salvatrices. L’inconscient aide à répondre aux énigmes que nous nous posons.L’inconscient collectif est à la source de l’inspiration de l’écrivain, du poète ou de l’artiste. L’art est l'intuition sublimée par laquelle court la plume sur le papier ou le pinceau sur la toile. Quelle est la part de l’inconscient dans la quête artistique ? Quelle est la part de l’inconscient dans les mots qui grouillent et se bousculent ? Cette pulsion qui s'exprime vient de nos ancêtres, d’un passé commun à notre humanité.... for the collective unconscious is in no sense an obscure corner of the mind, but the all-controlling deposit of ancestral experience from untold millions of years, the echo of prehistoric world-events to which each century adds an infinitesimally small amount of variation and differentiation (C.G. Jung, Contribution to analytical Psychology, Harcourt, Brace, 1928, p.162). La poésie des mots, envoûtante, renferme un message secret. L’artiste est le messager, le lien entre l’inconscient et la conscience. C’est par la reconnaissance et l’interprétation des symboles que nous redécouvrons les souvenirs de ce que nous avons vécu à notre insu, legs d'un monde révolu devenu intérieur. Par les symboles se formule la philosophie de l’inconscient. Le corps véhicule l’âme miroir, lieu de bataille entre conscience et inconscient, réceptacle des mythes et expériences lointaines…Du savant au poète, il n'y a qu'un pas:

 

... toutes ou presque toutes les images se ramènent à des images primordiales, lesquelles - incrustées dans l'inconscient collectif - sont universelles, comme le prouve le langage du rêve, identique chez tous les peuples par-dessus la variété des langues et des modes de vie... (Lettre d'Aimé Césaire à Lilyan Kesteloot, juin 1959, dans Histoire de la littérature négro-africaine, éditions Kartala, p.191, 2004)

Et les aborigènes d’Australie de reprendre le thème de l'insondable dans leurs peintures… 

  Qu'une émotion neuve soit a l'origine des grandes créations de l'art, de la science et de la civilisation en général, cela ne nous paraît pas douteux. Non pas seulement parce que l'émotion est un stimulant, parce qu'elle incite l'intelligence à entreprendre et la volonté a persévérer. Il faut aller beaucoup plus loin. Il y a des émotions qui sont génératrices de pensée ; et l'invention, quoique d'ordre intellectuel, peut avoir de la sensibilité pour substance. C'est qu'il faut s'entendre sur la signification des mots « émotion », « sentiment », « sensibilité ». Une émotion est un ébranlement affectif de l'âme, mais autre chose est une agitation de la surface, autre chose un soulèvement des profon­deurs. Dans le premier cas l'effet se disperse, dans le second il reste indivisé. Dans l'un, c'est une oscillation des parties sans déplacement du tout ; dans l'autre, le tout est poussé en avant. Mais sortons des métaphores. Il faut distinguer deux espèces d'émotion, deux variétés de sentiment, deux manifes­tations de sensibilité, qui n'ont de commun entre elles que d'être des états affectifs distincts de la sensation et de ne pas se réduire, comme celle-ci, à la transposition psychologique d'une excitation physique. Dans la première, l'émotion est consécutive à une idée ou à une image représentée ; l'état sensi­ble résulte bien d'un état intellectuel qui ne lui doit rien, qui se suffit à lui-même et qui, s'il en subit l'effet par ricochet, y perd plus qu'il n'y gagne. C'est l'agitation de la sensibilité par une représentation qui y tombe. Mais l'autre émotion n'est pas déterminée par une représentation dont elle prendrait la suite et dont elle resterait distincte. Bien plutôt serait-elle, par rapport aux états intellectuels qui surviendront, une cause et non plus un effet; elle est grosse de représentations, dont aucune n'est proprement formée, mais qu'elle tire ou pourrait tirer de sa substance par un développement organique. La première est infra-intellectuelle ; c'est d'elle que les psychologues s'occupent généralement, et c'est à elle qu'on pense quand on oppose la sensibilité à l'intelligence ou quand on fait de l'émotion un vague reflet de la représen­tation. Mais de l'autre nous dirions volontiers qu'elle est supra-intellectuelle, si le mot n'évoquait tout de suite, et exclusivement, l'idée d'une supériorité de valeur ; il s'agit aussi bien d'une antériorité dans le temps, et de la relation de ce qui engendre à ce qui est engendré. Seule, en effet, l'émotion du second genre peut devenir génératrice d'idées.Henri Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, p.27 (1932). Cave

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De l'origine des mythes

Publié le par Ysia

 

La diffusion des idées sur une immense superficie à travers de multiples contrées est-elle absolument incompatible avec la théorie selon laquelle il y a eu convergence voire parallélisme des phénomènes culturels? Assimilation ou transplantation des formes et concepts qui s’adaptent à leur nouvel environnement spatial ou temporel.Robert Bednarik confirme que des symboles identiques sont apparus aux quatre coins du monde et qu’ils semblent avoir suivi une évolution comparable dans le temps, les plus anciens étant notamment des ronds, traits, cercles, arcs, zigzags,…. (THE OLDEST SURVIVING ROCK ART: A TAPHONOMIC REVIEW by Robert Bednarik, Academia.edu). Si diffusion est un terme faisant référence à la circulation dans l’espace et dans le temps d’idées comme Geneviève von Petzinger en étudie actuellement la possibilité dans le cas des pétroglyphes apparus en Afrique puis transposés dans le Sud de l’Europe par suite de la migration des populations préhistoriques (article du 26 février), les voies terrestres et marines comme l’emblématique Route de la Soie peuvent-elles répondre à la question du comment ? Et que l’on reparle du berceau de l’humanité et du creuset des cultures. Échanges et interpénétrations…Décryptage des influences mutuelles. Le monde est réceptacle d’un incroyable fusionnement. S'agissant des similitudes entre les mythes indiens et grecs, une origine mythique commune pourrait dater d'avant l'Histoire:

 

" they may have had a common mythical origin in times beyond our historical reach." Rudolf Wittkower, Allegory and the Migration of Symbols, p. 47, Thames and Hudson, 1977

 

 

Transmission…ou simultanéité dans l’émergence des idées ?

 

S'agissant de la perspective chrétienne sur l'origine de la thérianthropie, Saint-Augustin écrit au quatrième siècle dans la Cité de Dieu, Livre seize, Chapitre VIII:

 

Est-il croyable que des fils de Noé, ou plutôt du premier homme, dont ils sont eux-mêmes issus, descendent certaines races monstreuses d'hommes dont l'histoire profane fait mention. Ainsi par exemple, les hommes qui, dit-on, n'ont qu'un œil au milieu du front; ceux dont la plante des pieds est tournée derrière les jambes; ceux à qui la nature a donné les deux sexes, la mamelle droite d'un homme, la mamelle gauche d'une femme, et qui, tour à tour, dans l'œuvre de la reproduction engendrent et enfantent; d'autres qui manquent de bouche et ne vivent qu'en respirant par les narines; d'autres encore dont la taille est d'une coudée, et que les Grecs appellent pygmées, du mot qui, dans leur langue, signifie coudée; ailleurs, selon les mêmes traditions, les femmes conçoivent à cinq ans, et ne survivent pas à leur huitième année. On rapporte encore qu'il est une race d'hommes n'ayant qu'une jambe sur deux pieds, ne pliant pas le jarret, et d'une célérité merveilleuse ; on les appelle « sciopodes, » parce que, dit-on, étendus sur le dos, ils se défendent à l'ombre de leurs pieds, contre i'ardeur du soleil; quelques-uns sans tête, auraient les yeux dans les épaules, et beaucoup d'autre» monstres, d'espèce ou d'apparence humaine, peints en mosaïque sur le pont de Cartilage, sujets que l'on prétend tirés d'une histoirecurieuse. Que dirai-je des Cynocéphales que leur tète de chien et même l'aboiement, rangent plutôt parmi les bêtes que parmi les hommes? Or, il n'est pas nécessaire de croire à toutes les espèces d'hommes qu'on dit exister. Mais quelque part et de quelque figure que,naisse un homme, c'est-à-dire un animal raisonnable et mortel; quelque insolite que soient à nos sens la forme de son corps, sa couleur, ses mouvements, sa voix ; quels que soient la force, les éléments et les propriétés de sa nature ; aucun fidèle ne doutera que cet homme ne tire son origine de l'homme modèle unique et primitif. Et toutefois l'évidence même distingue quels sont les phénomènes naturels, à cause de leur constance, ou merveilleux , à cause de leur rareté. Mais la raison que l'on peut rendre de certains enfantements monstrueux, peut s'étendre à certaines races monstrueuses. Dieu, créateur de toutes choses, sait où et quand une chose doit être créée, car il sait par quelles nuances de similitudes et de contrastes il doit ordonner la beauté de l'ensemble. Mais l'homme à qui l'ensemble échappe , se laisse choquer par l'apparente difformité d'une partie, faute de connaître la convenance et le rapport de la partie à l'ensemble. Nous savons que des hommes naissent avec plus de cinq doigts aux mains et aux pieds, et cette différence est de toute la plus légère; mais loin de nous le délire de croire que Dieu se soit mépris dans le nombre des doigts humains, quoique son intention nous passe. Et qu'il se produise encore un phénomène plus étrange, celui dont nul ne peut raisonnablement critiquer l'œuvre , sait bien ce qu'il fait. Il y a dans Hippone un homme qui a la plante des pieds en forme de lune, avec deux doigts seulement; ses mains sont semblables. S'il existait un peuple entier ainsi conformé , ce serait une merveille que l'on ajouterait à cette curieuse histoire. Nierons - nous donc que cet homme descende de l'homme unique créé le premier? Les Androgynes , qu'on appelle encore hermaphrodites , sont très-rares; mais il est difficile qu'il n'en paraisse pas de temps en temps; en eux, les deux sexes sont tellement distincts, qu'on ne sait duquel ils doivent recevoir leur nom; cependant l'habitude a prévalu dans le langage en faveur du plus noble, c'est-à-dire du sexe masculin; car l'on n'a jamais donné à leurs noms une désinence féminine. Il y a quelques années, naquit en Orient, un homme double à la partie supérieure du corps (et le souvenir en est récent) et simple à la partie inférieure : il avait deux tètes, deux poitrines, quatre mains, mais un seul ventre et deux pieds, comme un seul homme; et il vécut assez longtemps, pour que la rumeurpublique attirât autour de lui le concours des visiteurs. Qui pourrait énumérer tous les enfantements humains entièrement dissemblables à leurs auteurs constants et certains? Or, comme on ne peut nier que ces individus ne dérivent d'Adam, ainsi, les races mêmes qui, dans les variétés de leur organisation, franchissent, selon certains récils, le cercle ordinaire des lois naturelles , lois pour la plupart des autres races, sinon pour toutes ; — ces races étranges, si toutefois elles rentrent dans les termes do cette définition : «animaux raisonnables et mortels »;—il faut reconnaître qu'elles descendent du père commun de tous les hommes; en admettant néanmoins comme faits véritables ces variétés d'espèces et ces profondes différences entre leur conformation et la nôtre. Car, si l'on ignorait que les guenons , les singes à longues queues et les sphinxs, sont des brutes et non des hommes, certains historiens pourraient bien, dans leur ambition de découvertes, permettre impunément à leur vanité ce mensonge , et nous donner ces animaux pour des races humaines. Mais si les êtres sur lesquels on a écrit ces particularités merveilleuses, sont des hommes, Dieu n'aurait-il point créé ces races exceptionnelles pour nous détourner de croire que, dans la production de ces monstres que nous voyons naître parmi nous, la Sagesse divine, dont la nature humaine est l'ouvrage, se trompe comme pourrait se tromper l'art d'un ouvrier moins parfait? Il ne doit donc pas nous paraître absurde, qu'étant dans chaque race certains individus monstrueux, il soit aussi, dans l'universalité du genre humain, certaines races monstrueuses. Ainsi, pour conclure avec prudence et circonspection, ou ces relations do certaines espèces monstrueuses, sont absolument fausses; sinon, ces espèces n'appartiennent pas à l'espèce humaine; ou si elles dépendent de l'humanité, elles viennent d'Adam. (La Cité de Dieu de Saint-Augustin, Traduction Nouvelle par L. Moreau, Seconde Partie, Paris, 1845)

 

 

 

 

 

Publié dans Art et Préhistoire

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Le désert de Siddharta

Publié le par Ysia

Alors Siddharta commença à se rendre compte des raisons pour lesquelles, quand il était brahmane et moine pénitent, il avait lutté en vain contre ce moi. Ce qui l'avait empêché de vaincre, c'était l'abus de la science, des vers sacrés, des prescriptions rituelles, de la mortification, de l'action, du zèle! Il avait été orgueilleux parce qu'il était toujours le plus intelligent, toujours le plus assidu, toujours en avance sur tous les autres: c'était lui le Prêtre, le Sage. Et c'était dans ce sacerdoce, dans cet orgueil, dans cette intelligence que s'était glissé son moi, qu'il s'était installé, tandis qu'il s'imaginait pouvoir le tuer par les jeûnes et les pénitences. A présent il voyait bien que la voix mystérieuse avait eu raison et qu'aucun maître n'aurait jamais pu le sauver. C'est pour cela qu'il avait dû aller dans le monde où il s'était perdu au milieu des plaisirs et des richesses auprès des puissants et des femmes, qu'il était devenu commerçant, joueur, buveur et cupide jusqu'à ce que le prêtre et le Samana périssent en lui. C'est pour cela qu'il avait dû continuer à supporter ces affreuses années d'une existence écœurante, absurde et vide, jusqu' à ce qu'il tombât dans le désespoir le plus amer, jusqu'à ce que l'homme de débauches, l'homme avide de richesses qu'était Siddharta fût mort. Et il était mort en effet; car du sommeil de l'ancien Siddharta un nouveau Siddharta était né. Celui-là aussi deviendrait vieux et il lui faudrait aussi mourir un jour : Siddharta passerait comme passent toutes choses... (Hermann Hesse,  Siddharta, p.149-150, Grasset, 1950)

Publié dans Art et mysticisme

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La théologie du désert

Publié le par Ysia

Qu’il s’agisse d’anachorètes ou d’ermites, de grottes ou d’ermitages, de désert physique ou allégorique, de monts ou de vallées, le thème symbolique du désert apparaît en Orient comme en Occident. Se retrouve-t-on mieux dans l'isolement ? La vérité est-elle une expérience vécue dans l'abandon des autres ? La théologie du désert est propre à la chrétienté des premiers jours, véhicule de pénitence, et tient sa source dans l'Ancien Testament et le Nouveau (Louis Segond 1910) :

 

L'Éternel parla à Moïse et à Aaron, et dit:

 Jusqu'à quand laisserai-je cette méchante assemblée murmurer contre moi? J'ai entendu les murmures des enfants d'Israël qui murmuraient contre moi.

 Dis-leur: Je suis vivant! dit l'Éternel, je vous ferai ainsi que vous avez parlé à mes oreilles.

 Vos cadavres tomberont dans ce désert. Vous tous, dont on a fait le dénombrement, en vous comptant depuis l'âge de vingt ans et au-dessus, et qui avez murmuré contre moi,

vous n'entrerez point dans le pays que j'avais juré de vous faire habiter, excepté Caleb, fils de Jephunné, et Josué, fils de Nun.

 Et vos petits enfants, dont vous avez dit: Ils deviendront une proie! je les y ferai entrer, et ils connaîtront le pays que vous avez dédaigné.

 Vos cadavres, à vous, tomberont dans le désert;

 et vos enfants paîtront quarante années dans le désert, et porteront la peine de vos infidélités, jusqu'à ce que vos cadavres soient tous tombés dans le désert.

 De même que vous avez mis quarante jours à explorer le pays, vous porterez la peine de vos iniquités quarante années, une année pour chaque jour; et vous saurez ce que c'est que d'être privé de ma présence.

 Moi, l'Éternel, j'ai parlé! et c'est ainsi que je traiterai cette méchante assemblée qui s'est réunie contre moi; ils seront consumés dans ce désert, ils y mourront. (Nombres, 14:27-35)

 

Alors Jésus fut emmené par l'Esprit dans le désert, pour être tenté par le diable.

Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim.

Le tentateur, s'étant approché, lui dit: Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains.

Jésus répondit: Il est écrit: L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.

Le diable le transporta dans la ville sainte, le plaça sur le haut du temple,

et lui dit: Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas; car il est écrit: Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet; Et ils te porteront sur les mains, De peur que ton pied ne heurte contre une pierre.

Jésus lui dit: Il est aussi écrit: Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu.

Le diable le transporta encore sur une montagne très élevée, lui montra tous les royaumes du monde et leur gloire,

et lui dit: Je te donnerai toutes ces choses, si tu te prosternes et m'adores.

Jésus lui dit: Retire-toi, Satan! Car il est écrit: Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul.

 Alors le diable le laissa. Et voici, des anges vinrent auprès de Jésus, et le servaient.(Mathieu,4:1-11)

 

Brooklyn Museum - Jesus Tempted in the Wilderness (Jésus tenté dans le désert) - James Tissot - overall

Jésus tenté dans le désert, James Joseph Jacques Tissot

 

L'expérience mystique de Jésus dans le désert fait écho à la légende entourant l'éveil du  Bouddha historique. 

Publié dans Art et mysticisme

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