Three birds

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Fibule ou arbre à monnaie ?

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Les Polynésiens et la navigation astronomique

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« Voici le chemin vers Havai-i : tourne ton pahi droit sur le soleil tombant. Qu'il souffle le maraàmu. Que la mer soit bleu-verdâtre, et le ciel couleur de mer. Qu'elle plonge dans la nuit l’étoile Fétia Hoé : c'est ton guide ; c'est le Mot ; c'est ton aveia : tu marcheras sur elle. Le maraàmu te pousse. Ton astre te haie. A hoé ! voilà pour te guider la nuit. Le soleil monte : fuis-le en regardant comment vient la houle. Le soleil tombe : cours après lui : voilà pour te guider le jour. » (Victor Ségalen, Les Immémoriaux)

 

Des recoins de notre inconscient se terre la vérité évanescente et sauvage. Ce sont les nuages amoncelés au-dessus du rivage qui dévoilent la proximité des îles et les vols d’oiseaux en direction des terres qui révèlent leur emplacement.

 

Les premiers Européens qui arrivèrent au cœur du Pacifique se demandèrent comment les Polynésiens avaient pu atteindre les îles les plus reculées de ce vaste océan : leurs embarcations n'étaient-elles pas relativement légères ? Et leurs techniques de navigation ne semblaient-elles pas très rudimentaires puisqu'elles ne reposaient sur l'emploi d'aucun des instruments de précision dont eux-mêmes faisaient usage ? Certains, on le sait, allèrent jusqu'à imaginer que le peuplement de ces îles n'avait pu se faire que par l'intermédiaire de chaînes d'îles ou d'un continent aujourd'hui engloutis, tellement les distances à parcourir leur paraissaient considérables. Le fait est que, si la concentration des îles est importante dans certaines zones — permettant pratiquement la navigation à vue — , il est aussi possible de traverser tout le Pacifique sans rencontrer une seule île.

L'une des solutions du « problème polynésien » (du point de vue des moyens) est la théorie des voyages accidentels, selon laquelle les îles du Pacifique auraient été peuplées essentiellement par des voyageurs égarés. Cette théorie a été développée, notamment, par le Néo-Zélandais Andrew Sharp… Sharp s'appuie, en particulier, sur une remarque de Cook (1784) ; celui-ci, influencé aussi bien par le témoignage direct d'une traversée involontaire (entre Tahiti et Atiu) que par des récits antérieurs, avait estimé que de tels faits « pouvaient servir, mieux que mille hypothèses conjecturales... à expliquer le peuplement des Mers du sud ».  Cependant, de nombreux auteurs mettent aussi l'accent sur l'éventualité de voyages à grandes distances, effectués de façon délibérée. Cette conception suppose évidemment que les premiers Polynésiens étaient dotés non seulement d'embarcations sûres, mais encore de techniques de navigation suffisamment élaborées. A ce propos, Suggs (1962), dans un chapitre intitulé significativement « A la voile et aux étoiles », rappelle que tous les documents concernant ces techniques font allusion à l'emploi de repères astronomiques, et il se montre favorable à la thèse — combattue par Sharp — des possibilités de liaisons océaniques lointaines, grâce à l'utilisation de tels moyens... Nous nous proposons, non pas d'étudier ici le problème lui-même du peuplement, mais de préciser, à la lumière des travaux récents, compte tenu des difficultés que présente cette utilisation des étoiles, l'étendue probable des capacités nautiques des Polynésiens anciens.

En premier lieu, nous savons, par les écrits de Wallis, Cook et beaucoup d'autres, que les Polynésiens avaient une connaissance approfondie de leur « espace maritime », de la topographie et des positions relatives des différentes îles qui les environnaient. Ainsi, Cook put, lors de son premier voyage (1769), réaliser d'après les indications du Tahitien Tupaia — qui l'aurait tracée de ses propres mains — une carte comprenant soixante-quatorze îles, réparties autour de Tahiti (des Marquises aux Samoa). Cook, qui releva les noms de ces îles, s'enquit auprès de son informateur de celles où lui-même s'était rendu. En outre, en 1777, Cook apprit des habitants de Tonga l'existence et le nom de 156 îles qu'ils connaissaient et il put recueillir, à Tahiti même, de nouveaux renseignements géographiques… Nous possédons, par ailleurs, des données touchant certaines techniques utilisées par les Micronésiens pour se diriger dans un ensemble d'îles relativement dense. Nous savons, par exemple, que des « pierres de navigation » subsistent encore de nos jours dans les Gilbert, permettant aux indigènes d'Arorae de s'orienter vers certaines îles, à partir de la leur…D'autre part, on trouve aux îles Marshall les fameuses « cartes de navigation », signalées dès 1862 par Gulick, construites à l'aide de morceaux de bois et de coquillages ; ces morceaux de bois matérialisent les directions majeures de réflection et de réfraction des vagues, au sein d'un réseau d'îles (représentées par les coquillages). Signalons, en outre, que certains récits mythiques, relatifs à l'origine des îles, illustrent la qualité des connaissances géographiques des Polynésiens eux-mêmes. C'est ainsi qu'à propos des îles de la Société, Buck lui-même nous confie qu'il n'a pu retenir leurs positions relatives « qu'à la lumière de la mythologie tahitienne »…

En ce qui concerne les techniques de navigation astronomique des Polynésiens, indispensables pour de longs périples, il est regrettable que les premiers explorateurs européens n'aient pas interrogé de façon plus détaillée les indigènes. Peut-être n'ont-ils pas questionné les véritables spécialistes ; en outre, les connaissances de ceux-ci étaient probablement entourées d'un certain secret... Il en résulte, comme le note Suggs (ibid.), que « nous ne possédons malheureusement aucune précision sur les techniques employées ». On a parlé d'un instrument rudimentaire, constitué par une « calebasse sacrée », percée de trous, qui aurait permis d'apprécier la hauteur de l'étoile polaire, et donc de retrouver la latitude correspondant à un angle déterminé (19° pour Hawaii). Cette nouvelle, dont s'étaient fait l'écho Jourdain (1933) et Hornell (1936), n'a toutefois pas été confirmée. Déjà, en 1928, Stokes émettait des doutes quant à l'emploi effectif de cet « instrument »... Cependant, si la description minutieuse des techniques utilisées fait défaut, et si l'emploi d'aucun instrument n'est dûment attesté, les références anciennes à une orientation au moyen des étoiles sont particulièrement nombreuses. Cook lui-même y fit allusion, ainsi que Banks. Avant eux, Bougainville avait noté que le Tahitien Aotourou, embarqué par lui sur « La Boudeuse », lui avait conseillé de se diriger vers une certaine étoile — située dans l' « épaule » d'Orion — , pour atteindre une île de sa connaissance... Mais le texte le plus célèbre est sans doute celui de Victor Ségalen, dans « Les Immémoriaux » (voir citation d’entête)

D'une façon générale, quelles sont les méthodes astronomiques disponibles, lorsque l'on ne possède pas tables et instruments (quels qu'ils soient) ? La première — en dehors d'une vague estimation par rapport à l'axe Nord-Sud — consiste à prendre comme direction-repère celle d'une étoile déterminée, à son lever ou à son coucher, et à la remplacer progressivement par de nouvelles étoiles, lorsqu'elle s'éloigne de l'horizon. Ce procédé — complété par l'emploi de nombreux indices (vagues, courants, etc.), qui permettent de maintenir le cap, notamment pendant le jour — est couramment utilisé dans le Pacifique, comme l'attestent divers auteurs. Cependant, étant donné la marge d'erreur correspondante, il n'est applicable, en toute sécurité, que sur des trajets relativement courts. L'autre procédé, sur lequel mettent l'accent les spécialistes, suppose, en outre, que l'on connaisse le rôle privilégié des étoiles qui passent au zénith (c'est-à-dire à la verticale) de l'île. Ces étoiles, qui présentent de plus l'avantage, pour un observateur situé non loin de l'équateur, de s'élever perpendiculairement à l'horizon, et donc d'offrir des repères stables, « signent » en quelque sorte la latitude de l'île. Il est certain, comme l'ont montré, notamment, les études de Maud Makemson (1941), à Hawaii, de Grimble (1931), Goodenough (1953), Gladwin (1970), en Micronésie, que les habitants du Pacifique possédaient de vastes connaissances pratiques en astronomie. Choisissant un certain nombre d'étoiles remarquables, ils se servaient des positions de leurs levers et de leurs couchers pour caractériser les principales directions de l'espace, constituant ainsi de véritables compas sidéraux. Alors que les autres étoiles décrivent autour de la ligne des pôles des cercles plus ou moins bas sur l'horizon et ont donc des azimuts variables, savaient-ils utiliser les variations géographiques d'une telle disposition pour retrouver au-dessus de leur tête une « bande de ciel » déterminée, correspondant à une destination particulière ? Cela paraît clair, par exemple, pour Maud Makemson. Akerblom (1968), plus prudent, estime que cela n'a pas été établi avec suffisamment de certitude... Pourtant, malgré la variété des techniques de navigation localement employées, l'ensemble des informations recueillies donnent à penser qu'une telle performance n'était pas au-dessus de leurs moyens. En tout cas, si nous revenons, par exemple, au récit de Ségalen, nous pouvons comprendre le sens de la référence à l'étoile « Fétia Hoé » surtout comme celle à l'étoile dont le passage au zénith, au cours de la nuit, correspond à la latitude voulue. Une fois cette latitude atteinte, le navigateur, « au vent » du point recherché, n'avait plus qu'à se déplacer en longitude (en se repérant par rapport au soleil couchant et à la trajectoire de l'étoile). Mais, bien sûr, pour qu'un tel procédé de « marche à l'étoile » soit utilisable, il faut que la précision en soit suffisante. Frankel (1962) estime, pour sa part, qu'il est possible de déterminer sans instruments à quel moment une étoile est « à moins de un degré » du zénith de l'observateur… Ainsi, même si ce procédé de recherche de latitude (sans mesurer la hauteur d'une étoile) peut paraître surprenant, aujourd'hui, il semble qu'il ait été suffisamment efficace pour permettre les étonnantes liaisons réalisées. Là réside sans doute le secret de traversées aussi peu « naturelles », en ce qui concerne les vents et les courants, que celle de Tahiti à Hawaii, par exemple (Finney, 1967). Naturellement, il pouvait exister des différences régionales dans les habitudes et les capacités, et celles-ci ont pu subir des fluctuations au cours du temps. Il est certain, d'autre part, que le navigateur « moyen » connaissait surtout les îles les plus rapprochées, et préférait se repérer par rapport à elles, lorsque c'était possible. De plus, la possibilité théorique de très grands périples ne signifie pas qu'ils ne présentaient aucun danger... Il semble, cependant, que l'on puisse conclure des différents faits relevés que l'affirmation par les autochtones de longues traversées volontaires, dans le passé — n'excluant évidemment pas les voyages accidentels — , mérite largement d'être prise en considération. Leurs connaissances à la fois astronomiques, maritimes et écologiques témoignent en faveur de cette thèse.

 

Boulinier Georges, Boulinier Geneviève. « Les Polynésiens et la navigation astronomique», Journal de la Société des océanistes. N°36, Tome 28, 1972. pp. 275-284.

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La messagère des Origines

Publié le par Ysia

…chacun porte en soi le message de ses ancêtres dans chacune des cellules de son corps. C’est notre ADN, contenu génétique, qui est transmis de génération en génération. C’est dans l’ADN qu’est gravée non seulement notre histoire individuelle mais l’histoire de l’humanité entière… Notre ADN ne s’effrite pas comme un parchemin ancien ; il ne se rouille pas enfoui dans le sol comme l’épée du guerrier mort depuis longtemps. Il n’est pas érodé par le vent ou la pluie ni détruit par le feu ou un tremblement de terre. C’est le voyageur d’une terre antique qui vit parmi nous. (The Seven Daughters of Eve, Prologue, p.1, Bryan Sykes, W.W. Norton & Company, 2001)

Héraclite et Anaxagore avaient déjà compris que les yeux et les oreilles sont de mauvais témoins si l’âme manque de compréhension et que, de par la faiblesse de notre perception sensorielle, nous ne pouvons juger de la vérité.

La vérité se cache dans nos cellules :

on pense que les mitochondries étaient jadis des bactéries indépendantes qui ont envahi, il y a des centaines de millions d’années, d’autres cellules à un stade plus avancé et y ont établi résidence. Vous pouvez les appeler des parasites, ou vous pouvez qualifier la relation qu’elles entretiennent avec les cellules de symbiose…Il y a une autre vérité unique aux mitochondries…chacun en hérite d’un seul de ses parents : la mère. (ibid., p.53-54)

 

 

Ève mitochondriale

Eve mitochondriale

 

Dans le Kāmadhātu, la molécule (paramāṇu) dans laquelle il n’entre pas de son, dans laquelle il n’entre pas d’organe, est constituée par huit substances (dravya) ; lorsque y entre l’organe du tact, par neuf substances ; lorsque y entre tout autre organe, par dix substances.

Par paramāṇu, on n’entend pas ici le paramāṇu au sens propre, le dravyaparamāṇu, l’atome ou monade qui est une chose, une substance (dravya) ; mais le saṃghātaparamāṇu, la molécule, c’est-à-dire le plus subtil parmi les aggrégats de matière (rūpasaṃghāta), car il n’y a rien, parmi les aggrégats de matière, qui soit plus subtil.

(L’Abhidharmakośa de Vasubandhu, Louis de La Vallée Poussin (1869-1938), Tome I, dans les Mélanges chinois et bouddhiques, Volume XVI, Institut belge des hautes études chinoises, 1980)

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l'Esprit des Sables et l'Esprit des Rochers

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L'ILE DE PAQUES

 

Pierre Loti

 

// est, au milieu du Grand Océan, dans une région où l'on ne passe jamais, une 'île mystérieuse et isolée; aucune autre terre ne gît en son voisinage et, à plus de huit cents lieues de toutes parts, des immensités vides et mouvantes l'environnent.

...

J'y ai abordé jadis, dans ma prime jeunesse, sur une frégate à voiles, par des journées de grand vent et de nuages obscurs; il m'en est resté le souvenir d'un pays à moitié fantastique, d'une terre de rêve. Sur mes cahiers de petit aspirant de marine, j'avais noté au jour le jour mes impressions d'alors, avec beaucoup d'incohérence et d'enfantillage.

C'est ce journal d'enfant que j'ai traduit ci-dessous, en essayant de lui donner la précision qui lui faisait défaut


JOURNAL D'UN ASPIRANT DE LA « FLORE »

Albert Vandal.

3 janvier 1872.

A huit heures du matin, la vigie signale la terre, et la silhouette de l'île de Pâques se dessine légèrement dans la direction du nord-ouest. La distance est grande encore, et nous n'arriverons que dans la soirée, malgré la vitesse que les alizés nous donnent.

Depuis plusieurs jours, nous avons quitté, pour venir là, ces routes habituelles que suivent les navires à travers le Pacifique, car l'île de Pâques n'est sur le passage de personne. On l'a découverte par hasard, et les rares navigateurs qui l'ont de loin en loin visitée en ont fait des récits contradictoires. La population, dont la provenance est d'ailleurs entourée d'un inquiétant mystère, s'éteint peu à peu, pour des causes inconnues, ...; au milieu des solitudes de la mer, elle ne sera bientôt qu'une solitude aussi, dont les statues géantes demeureront les seules gardiennes. On n'y trouve rien, pas même une aiguade pour y faire provision d'eau douce, et, de plus, les brisants et les récifs empêchent le plus souvent d'y atterrir.

Nous y allons, nous, pour l'explorer, et pour y prendre, si possible, une des antiques statues de pierre, que notre amiral voudrait rapporter en France.

Lentement elle s'approche et se précise, l'île étrange; sous le ciel assombri de nuages, elle nous montre des cratères rougeâtres et des rochers mornes. Un grand vent souffle et la mer se couvre d'écume blanche.

Rapa-Nui est le nom donné par les indigènes à l'île de Pâques, — et, rien que dans les consonances de ce mot, il y a, me semble-t-il, de la tristesse, de la sauvagerie et de la nuit... Nuit des temps, nuit des origines ou nuit du ciel, on ne sait trop de quelle obscurité il s'agit; mais il est certain que ces nuages noirs, dont le pays s'enténèbre pour nous apparaître, répondent bien à l'attente de mon imagination.

...

Ah ! les statues ? Il y en a de deux sortes. D'abord, celles des plages, qui toutes sont renversées et brisées; nous en trouverons du reste près d'ici, aux environs de cette baie. Et puis les autres, les effrayantes, d'une époque et d'un visage différents, qui se tiennent encore debout, là-bas, là-bas, sur l'autre versant de l'île, au fond d'une solitude où personne ne va plus.

...

Quant aux habitants humains de l'île de Pâques, ils sont venus de l'Occident, des archipels de Polynésie; cela ne fait plus question. D'abord, ils le disent eux-mêmes. D'après la tradition de leurs vieillards, ils seraient partis, il y a quelques siècles, de l'île océanienne la plus avancée vers l'est, d'une certaine île de Rapa— qui existe bien réellement et s'appelle encore ainsi. — Et c'est en mémoire de cette très lointaine patrie qu'ils auraient nommé leur nouvelle terre : Rapa-Nui (la Grande Rapa).

Cette origine étant admise, reste tout le mystère de leur exode et de leur voyage. En effet, la région australe du Grand Océan comprise entre l'Amérique et l'Océanie est à elle seule beaucoup plus large que l'Océan Atlantique: elle représente la solitude marine la plus vaste, l'étendue d'eau la plus effroyablement déserte qui soit à la surface de notre monde — et, au centre, glt l'île de Pâques, unique, infime et négligeable comme un caillou au milieu d'une mer. En outre, les vents dans cette région ne soufflent pas, comme chez nous, de tous les points du ciel, mais d'une direction constante, et, pour des navires venant de Polynésie, ils ne peuvent qu'être éternellement contraires. Alors, sur de simples pirogues, au bout de combien de mois d'un louvoyage obstiné, avec quels vivres, guidés par quelle prescience inexplicable, comment et pourquoi ces navigateurs mystérieux ont-ils réussi à atteindre justement ce grain de sable, égaré dans une telle immensité'? Depuis leur arrivée, d'ailleurs, ils auraient perdu tout moyen de communication avec le reste de la terre.

Mais, qu'ils soient des Polynésiens, ces gens-là, des Maoris, c'est incontestable. Devenus seulement un peu plus pâles que leurs ancêtres, à cause du climat nuageux, ils en ont gardé la belle stature, le beau visage très caractérisé, avec l'ovale un peu long et les grands yeux rapprochés l'un de l'autre. Ils ont conservé aussi plusieurs des coutumes de leurs frères de là-bas, et surtout ils en parlent le langage. 

...

Devant nous, voici un monticule de pierres brunes, dans le genre des cromlechs gaulois, mais formé de blocs plus énormes; ...On dirait une estrade cyclopéenne, à demi cachée par un éboulement de grosses colonnes, irrégulières et frustes. Mais je demande les statues, que je n'aperçois nulle part — ... J'étais perché sur le menton de l'une d'elles, qui, renversée sur le dos, me contemplait fixement d'en bas, avec les deux trous qui lui servaient d'yeux. Je ne me l'imaginais pas si grande et informe, aussi n'avais-je pas remarqué sa présence... En effet, elles sont là une dizaine, couchées pêle-mêle et à moitié brisées : quelque dernière secousse des volcans voisins, sans doute, les a culbutées ainsi, et le fracas de ces chutes a dû être lourdement terrible. Leur visage est sculpté avec une inexpérience enfantine ; des rudiments de bras et de mains sont à peine indiqués le long de leur corps tout rond, qui les fait ressembler à des piliers trapus. Mais une épouvante religieuse pouvait se dégager de leur aspect, quand elles se tenaient debout, droites et colossales, en face de cet océan sans bornes et sans navires.

...

..., à mi-chemin, nous prend une ondée rapide, tandis que le vent furieux couche entièrement les herbes dans toute l'étendue de la plaine ; alors, sous des roches qui surplombent en voûte, nous nous arrêtons à l'abri, — au milieu d'un essaim de libellules rouges... D'où sout-elles venues, celles-là, encore?... Et les papillons, que nous avons vus courir au-dessus de ces tapis d'herbes pâles, les papillons blancs, les papillons jaunes, qui donc en a apporté la graine, à travers huit cents lieues d'Océan ?

...

Le ciel est voilé tout d'une pièce, sauf une déchirure, au raz de l'horizon oriental, qui laisse voir une lueur jaune annonçant la fin de la nuit.Tous à la file, à travers l'herbe mouillée, nous nous dirigeons vers l'intérieur de l'île, qu'il faudra traverser d'un bord à l'autre, et, au bout d'une demi-heure, derrière un repli de colline, la mer et les feux lointains de la frégate disparaissent pour nos yeux, ce qui nous isole soudainement davantage. Nous nous enfonçons dans cette partie centrale de l'île que couvre, sur la carte du commandant, le mot Tekaouhangoaru écrit en grosses lettres de la main de l'évêque de Tahiti. Tekaouhangoaru est le premier des noms que les Polynésiens donnèrent à ce pays; plus encore que le nom de Rapa-Nui, il sonne la sauvagerie triste, au milieu de vent et ténèbres.

Dans les temps même où la population était nombreuse, il paraît que ce territoire central restait inbabité. Il en va de même, d'ailleurs, dans les autres îles peuplées par les Maoris, qui sont une race de pêcheurs et de marins, vivant surtout de la mer; ainsi le centre de Tahiti, et celui de Nuka-Hiva, malgré une végétation admirable et des forêts pleines de fleurs, n'ont jamais cessé d'être de silencieux déserts. Mais, pas de forêts ici, à Rapa-Nui, pas d'arbres, rien ; des plaines dénudées, funèbres, plantées d'innombrables petites pyramides de pierre; on dirait des cimetières n'en finissant plus.

Le jour se lève, mais le ciel reste très sombre, une pluie fine commence à tomber et, nous avons beau avancer toujours, notre horizon demeure fermé de tous côtés par des cratères qui se succèdent pareils, avec la même forme en tronc de cône, la même coloration brune.

Nous sommes jusqu'aux genoux dans l'herbe mouillée. Cette herbe aussi est toujours la même; elle couvre l'île dans toute son étendue ; c'est une sorte de plante rude, d'un vert grisâtre, à tiges ligueuses garnies d'imperceptibles fleurs violettes ; il en sort des milliers de ces petits insectes qu'on appelle en France des éphémères. Quant aux pyramides que nous continuons de rencontrer à chaque pas, elles sont composées de pierres brutes, que l'on a simplement posées les unes sur les autres; le temps les a rendues noires; elles paraissent être là depuis des siècles. 

Voici cependant une vallée où la végétation change un peu; il y croît des fougères, des cannes à sucre sauvages, de maigres buissons de mimosas, et aussi quelques autres arbrisseaux courts, que les officiers reconnaissent pour être d'essences très répandues en Océanie, mais qui là-bas deviennent des arbres. — Est-ce que les hommes les ont apportés ? ou bien vivent-ils ici depuis le grand mystère des origines, et alors pourquoi sont-ils restés à l'état de broussailles et dans ce recoin unique, au lieu de se développer comme ailleurs et d'envahir?

Vers neuf heures et demie enfin, ayant traversé l'île dans sa plus grande largeur, nous voyons de nouveau se déployer devant nous les lignes bleues de l'Océan Pacifique. Et la pluie cesse, et les nuages se déchirent, et le soleil paraît. Vraiment nous sortons de Tekaouhangoaru comme on s'éveillerait d'un cauchemar d'obscurité et de pluie.

...

Nous apercevons déjà le cratère de Ranoraraku, au pied duquel nous trouverons, paraît-il, ces statues annoncées, différentes de toutes les autres, plus étranges et encore debout.

...

Le lieu dont nous continuons de nous approcher a dû être, dans la nuit du passé, quelque centre d'adoration, temple ou nécropole, car voici maintenant que la région entière s'encombre de ruines : assises de pierres cyclopéennes. restes d'épaisses murailles, débris de constructions gigantesques. Et l'herbe, de plus en plus haute, recouvre ces traces des mystérieux temps. — l'herbe à tiges ligneuses comme celles du genêt, toujours, toujours la même herbe et du même vert décoloré.

Nous cheminons à présent le long de la mer. Au bord des plages, sur les falaises, il y a des terrasses faites de pierres immenses; on y montait jadis par des gradins semblables à ceux des anciennes pagodes hindoues et elles étaient chargées de pesantes idoles, qui sont renversées aujourd'hui la tête en bas, le visage enfoui dans les décombres. L'Esprit des Sables et l'Esprit des Rochers, l'un et l'autre gardiens des îles contre l'envahissement des mers, tels sont les personnages des vieilles théogonies polynésiennes que ces statues figuraient.

C'est ici, au milieu des ruines, que les missionnaires découvrirent quantité de petites tablettes en bois, gravées d'hiéroglyphes ; — l'évêque de Tahiti les possède aujourd'hui, et sans doute donneraient-elles le mot de la grande énigme de Rapa-Nui, si l'on parvenait à les traduire.

Les dieux se multiplient toujours, à mesure que nous avançons vers le Ranoraraku, et leurs dimensions aussi s'accroissent: nous en mesurons de dix et même de onze mètres, en un seul bloc ; on ne les trouve plus seulement au pied des terrasses, le sol en est jonché; on voit partout leurs informes masses brunes émerger des hautes herbes; leurs coiffures, qui étaient des espèces de turbans, en une lave différente et d'un rouge de sanguine, ont roulé çà et là, aux instants des chutes, et l'on dirait de monstrueuses pierres meulières.

...

Tant de blocs taillés, remués, transportés et érigés, attestent la présence ici, pendant des siècles d'une race puissante, habile à travailler les pierres et possédant d'inexplicables moyens d'exécution. Aux origines, presque tous les peuples ont ainsi traversé une phase mégalithique, durant laquelle des forces que nous ignorons leur obéissaient.

Par ailleurs, l'île semble bien petite en proportion de cette zone considérable, occupée par les monuments et les idoles. Était-ce donc une 'île sacrée, où l'on venait de loin pour les cérémonies religieuses, à l'époque très ancienne de la splendeur des Polynésiens, quand les rois des archipels avaient encore des pirogues de guerre capables d'affronter les tempêtes du large et, de tous les points du Grand-Océan, s'assemblaient dans des cavernes, pour y tenir conseil, en une langue secrète ?... On bien ce pays est-il un lambeau de quelque continent submergé jadis comme celui des Atlantes ? Ces routes plongeant dans les eaux sembleraient l'indiquer; mais les légendes maories ne font pas mention de cela, et, tandis que l'Atlantide en sombrant a formé sous la mer des plateaux gigantesques, ici, autour de l'île de Pâques, tout de suite les profondeurs insondables commencent...

...

Du reste, les sentiers maintenant abandonnent la rive et tournent vers l'intérieur des terres, dans la direction du volcan.

Il y a une heure et demie environ que nous avons repris notre route depuis la halte de Vaïhou, lorsque nous commençons de distinguer, debout au versant de cette montagne, de grands personnages qui projettent sur l'herbe triste des ombres démesurées. Ils sont plantés sans ordre et regardent de notre côté comme pour savoir qui arrive, bien que nous apercevions aussi quelques longs profils à nez pointu tournés vers ailleurs. C'est bieu eux cette fois, eux auxquels nous venions faire visite ; notre attente n'est point déçue, et involontairement nous parlons plus bas à leur approche.

En effet, ils ne ressemblent en rien à ceux qui dormaient, couchés par légions sur notre passage. Bien qu'ils paraissent remonter à une époque plus reculée, ils sont l'œuvre d'artistes moins enfantins; on a su leur donner une expression, et ils font peur. Et puis ils n'ont pas de corps, ils ne sont que des têtes colossales, sortant de terre au bout de longs cous et se dressant comme pour sonder ces lointains toujours immobiles et vides. De quelle race humaine représentent-ils le type, avec leur nez à pointe relevée et leurs lèvres minces qui s'avancent en une moue de dédain ou de moquerie? Point d'yeux, rien que des cavités profondes sous le front, sous l'arcade sourcilière qui est vaste et noble, — et cependant ils ont l'air de regarder et de penser. De chaque côté de leurs joues, descendent des saillies qui représentaient peut-être des coiffures dans le genre du bonnet des sphinx, ou bien des oreilles écartées et plates. Leur taille varie de cinq à huit mètres. Quelques-uns portent des colliers, faits d'incrustations de silex, ou des tatouages dessinés en creux.

Vraisemblablement, ils ne sont point l'œuvre des Maoris, ceux-là. D'après la tradition que les vieillards conservent, ils auraient précédé l'arrivée des ancêtres; les migrateurs de Polynésie, en débarquant de leurs pirogues, il y a un millier d'années, auraient trouvé l'île depuis longtemps déserte, gardée seulement par ces monstrueux visages. Quelle race, aujourd'hui disparue sans laisser d'autres souvenirs dans l'histoire humaine, aurait donc vécu ici jadis, et comment se serait-elle éteinte?...

Et qui dira jamais l'âge de ces dieux?... Tout rongés de lichens, ils paraissent avoir la patine des siècles qui ne se comptent plus, comme les menhirs celtiques... Il y en a aussi de tombés et de brisés. D'autres, que le temps, l'exhaussement du sol ont enfouis jusqu'aux narines, semblent renifler la terre.

Sur eux, flamboie à cette heure le soleil méridien, le soleil tropical qui exagère leur expression dure en mettant plus de noir dans leurs orbites sous le relief de leur front, et la pente du terrain allonge leurs ombres sur cette herbe de cimetière. Au ciel, quelques derniers lambeaux de nuages achèvent de se dissiper, de se fondre dans du bleu violent et magnifique. Le vent s'est calmé, tout est devenu tranquillité et silence autour des vieilles idoles; d'ailleurs, quand l'alizé ne souffle plus, qui troublerait la paix funèbre de ce lieu, qui remuerait son linceul uniforme d'herbages, puisqu'il n'y a jamais personne et qu'il n'existe dans l'île aucune bête, ni oiseau, ni serpent, rien que les papillons blancs, les papillons jaunes et les mouches qui bourdonnent en sourdine... Nous sommes à mi-montagne, ici, au milieu des sourires de ces grands visages de pierre; au-dessus de nos têtes, nous avons les rebords du cratère éteint, sous nos pieds la plaine déserte jonchée de statues et de ruines, et pour horizon les infinis d'une mer presque éternellement sans navires...

Ces mornes figures, ces groupes figés au soleil, vite, vite il me faut, puisque je l'ai promis, les esquisser sur mon album, tandis que mes compagnons s'endorment dans l'herbe. Et ma hâte, ma hâte fiévreuse à noter tous ces aspects, — malgré la fatigue et le sommeil impérieux contre lesquels je me défends, — ma hâte est pour rendre plus particuliers et plus étranges encore les souvenirs que cette vision m'aura laissés...

... Et, la fatigue aidant, je crois que peu à peu l'âme des anciens hommes de Rapa-Nui pénètre la mienne, à mesure que je contemple à l'horizon le cercle souverain de la mer: Voici que je partage leur angoisse devant l'énormité des eaux et que tout à coup je les comprends d'avoir accumulé, au bord de leur terre par trop isolée, ces géantes figures de l'Esprit des Sables et de l'Esprit des Rochers, afin de tenir en respect, sous tant de regards fixes, la terrible et mouvante puissance bleue...

...

Le soir, à bord, j'ai entre les mains, pour la première fois, une des tabletles hiéroglyphiques de Rapa-Nui, que le commandant possède et m'a confiée, un de ces « bois qui parlent », ainsi que les Maoris les appellent. Elle est en forme de carré allongé, aux angles arrondis; elle a dû être polie par quelque moyen primitif, sans doute par le frottement d'un silex; le bois, rapporté on ne sait d'où, en est extrêmement vieux et desséché. Oh! la troublante et mystérieuse petite planche, dont les secrets à présent demeureront à jamais impénétrables! Sur plusieurs rangs, des caractères gravés s'y alignent; comme ceux d'Egypte, ils figurent des hommes, des animaux, des objets; ou y reconnaît des personnages assis ou debout, des poissons, des tortues, des lances. Ils éternisaient ce langage sacré, inintelligible pour les autres hommes, que les grands chefs parlaient, aux conseils tenus dans les cavernes. Ils avaient un sens ésotérique; ils signifiaient des choses profondes ou cachées, que seuls pouvaient comprendre les rois ou les prêtres initiés...

 

 

Tablette de bois rapa-nui

Publié dans Océanie

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Art et Mysticisme

Publié le par Ysia

Deer-lady.JPG

Byzantine girl

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Varilaku

Publié le par Ysia

Les populations insulaires présentent la fragilité des plantes natives et se cachent derrière un mur de réserve, une vulnérabilité qui n’a d’autre refuge qu’une île repliée sur elle-même.

  Polynesian figure

Les cheveux blonds sont un trait caractéristique de la population indigène à peau noire des Îles Salomon, conséquence d’une variante génétique localisée, distincte du gène à l’origine des cheveux blonds en Europe, d’après une nouvelle étude de l’École de médecine de  l’Université de Stanford.

L’étude identifie le gène responsable des cheveux blonds aux Îles Salomon, une nation du Pacifique Sud. C’est en prélevant des échantillons de salive et de cheveu sur 1209 résidents des Îles Salomon et en comparant la composition génétique de 43 individus blonds et 42 individus bruns des Îles que des différences sont clairement apparues dans un gène crucial, le gène TYRP1 (tyrosinase-related protein 1) localisé sur le chromosome 9 qui produit l’enzyme participant de la production de la pigmentation. Ce gène des cheveux blonds est récessif, c’est-à-dire qu’il est hérité des deux parents. Cette mutation génétique est spécifique aux Îles Salomon et est inexistante sur un échantillon de 941 personnes originaires de 52 populations ailleurs dans le monde. Si elle semble apparaître au hasard, cela n’en est pas moins particulièrement fréquent aux Îles Salomon. Les Îles Salomon sont également l’une des nations les plus diverses sur le plan linguistique, avec des dizaines de langues parlées. Il serait donc intéressant d’étudier à l'avenir si ces variations linguistiques sont en corrélation avec les variations génétiques.

 

traduit, résumé et commenté par Ysia

Publié dans Génétique

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Géométrie de l’Espace et du Temps

Publié le par Ysia

Dans la réalité physique palpable et tangible, déterminée par la géométrie de l’espace et du temps, se définit le passé de la Polynésie.Easter pole

L’article paru sur le site PNAS intitulé  Polynesian origins: Insights from the Y chromosome coécrit par un certain nombre de scientifiques chinois, anglais, américains et australiens confirme combien controversée est la question entourant la colonisation de la Polynésie. Deux hypothèses s’affrontent : l’une postulant que l’île de Taiwan serait la patrie présumée de ces colons, l’autre suggère une origine mélanésienne. Pourtant, sur un échantillon de 551 individus mâles de 36 populations vivant en Asie du Sud-Est, à Taiwan, en Micronésie, en Mélanésie et en Polynésie, pratiquement aucun haplotype du chromosome Y taïwanais ne se trouve ni en Micronésie  ni en Polynésie. En même temps, un haplotype spécifique aux Mélanésiens ne se rencontre pas non plus chez les Polynésiens. Toutefois, tous les haplotypes polynésiens, micronésiens, et taïwanais sont présents parmi les populations existantes d’Asie du Sud-Est. A l’évidence, les données fondées sur le chromosome Y ne corroborent aucune des deux hypothèses. Nous partons donc du postulat selon lequel l’Asie du Sud-Est est une source génétique de deux mouvements migratoires indépendants, l’un se dirigeant en direction de Taiwan et l’autre en direction de la Polynésie à travers les îles d’Asie du Sud-Est.

Les événements préhistoriques majeurs qui ont conduit à la colonisation de la Polynésie ont été examinés sous divers angles, et deux modèles suggérant le déplacement des populations ont été proposés. Le premier, surnommé le modèle du train express, fondé principalement sur  des preuves archéologiques et linguistiques, soutient que vers 4 000 à 5 000 ans avant le présent (BP),  un mouvement migratoire rapide en direction de l’Est a commencé dans le Sud de la Chine diffusant une langue austronésienne et une culture Lapita à travers les îles du Pacifique, culminant par la colonisation de la Polynésie. Suivant ce modèle, Taiwan, île limitrophe de l’Asie continentale, fut d’abord colonisé. Cette hypothèse s’appuie sur les données récentes relatives au génome mitochondrial (ADNmt), qui établissent un lien entre les aborigènes taïwanais et les  Polynésiens. La deuxième hypothèse propose une terre d’origine voisine des Polynésiens en Mélanésie, dans laquelle les Polynésiens entretenaient une toile complexe de relations avec les insulaires qui peuplaient alors le Pacifique.

Bien que la plupart des preuves génétiques favorisent la première hypothèse, le débat continue et d’autres scénarios plausibles sont également examinés. Notamment des études récentes suggèrent que de nouvelles données relatives au génome mitochondrial (ADNmt)  montrent en fait une origine en Indonésie orientale. A partir de l’analyse de 19 marqueurs bialléliques sur un échantillon de 551 chromosomes Y d’hommes originaires de 36 populations de l’Asie du Sud-Est, de la Micronésie, de la Mélanésie et de la Polynésie ont été identifiés 15 haplotypes. Si H1 est considéré comme étant l’haplotype ancestral du fait de sa présence chez les chimpanzés, parmi les autres haplotypes se trouvent H2 qui est également relativement ancien étant donné qu’il apparaît chez les populations africaines et non-africaines, et H5 qui est l’ancêtre commun de tous les autres haplotypes non-africains et présent au niveau régional. Les Asiatiques du Sud-Est, avec 14 haplotypes et une diversité haplotypique de 0,88, sont de loin la plus diverse des populations étudiées. Le seul haplotype manquant est H17, spécifique aux Mélanésiens. Les 58 aborigènes mâles taïwanais qui font partie de l’étude partagent 7 de ces haplotypes (H6–H12), avec une diversité haplotypique de 0,70. Deux de ces haplotypes (H6 et H7) ont seulement été observés au sein de la population de langue atayal. Sur les 113 Micronésiens et Polynésiens participant à l'étude ont été identifiés 10 haplotypes, avec une diversité haplotypique de 0,72, dont neuf (H1, H2, H4, H5, H6, H8, H10, H12, and H14) sont communs aux Asiatiques du Sud-Est. Le dixième haplotype est H17, qui se retrouve seulement chez deux individus de langue troukaise. Stone sinker

Une comparaison de la distribution des haplotypes chez les Micronésiens et les Polynésiens avec celle observée dans la population taïwanaise présente un certain intérêt. A l’exception de H6, les deux groupes de population partagent deux séries indépendantes d’haplotypes. H1, H2, H4 et H5 sont uniquement présents en Micronésie et en Polynésie. En même temps, les  haplotypes taïwanais H7, H8, H9, H10, H11 et H12 sont absents en Polynésie et relativement rares en Micronésie. En fait, Micronésiens et Polynésiens ne partagent que quatre haplotypes avec les Taïwanais, dont trois se retrouvent en Micronésie mais pas en Polynésie, ce qui suggère un flux génique plus récent de l’Asie du Sud-Est à la Micronésie. H1 (haplotype ancestral) et H5 (ancêtre commun de tous les autres haplotypes non-africains) brillent par leur absence au sein des populations aborigènes taïwanaises, alors qu’ils sont largement présents dans presque toutes les populations micronésiennes et polynésiennes. A l’évidence, les populations aborigènes taïwanaises d’une part et, d’autre part, Micronésiens et Polynésiens, possèdent deux sous-ensembles distincts d’haplotypes présents parmi les populations existantes de l’Asie du Sud-Est. Le calcul des distances génétiques montrent que l’écart entre Taïwanais et populations micronésiennes et polynésiennes est deux fois plus important que celui qui sépare les deux groupes de population de l’ensemble des Asiatiques du Sud-est. 

Suivant le modèle du train express, le peuplement de Taïwan s’est produit il y a 5 000 à 6 000 ans suite à un flux migratoire proto-austronésien depuis les côtes du Sud de la Chine. Bien que les langues austronésiennes ne soient plus parlées dans cette région, les données recueillies n’excluent pas la possibilité que des Chinois originaires de la côte méridionale aient été les membres fondateurs des aborigènes de Taïwan puisque les haplotypes du chromosome Y spécifique aux Taïwanais constitue un sous-groupe présent dans l’ensemble de l’Asie du Sud-est, y compris en Chine méridionale. Notons que certaines populations vivant sur le littoral chinois ( Tujia, Yao, Dong, She, Li, et Zhuang) et mentionnées dans cette étude, qui, avec l’expansion des Hans au cours des 2 000 dernières années, s’étaient déplacées vers le Sud-Ouest de la Chine (Yunnan, Guizhou, and Sichuan), présentent un profil marqué par l’haplotype du chromosome Y, similaire aux autres populations de l’Asie du Sud-Est. A l’évidence, cela suggère un continuum génétique à travers toute l’Asie du Sud-est, y compris la Chine méridionale, continentale et les îles du Sud-est, indépendamment de la famille linguistique auxquelles elles appartiennent (sino-tibétaine, hmong-mien, austroasiatique et austronésiennne). En dépit de ces observations, les données fondées sur le chromosome Y ne privilégient pas l’hypothèse d’une terre d’origine des Polynésiens à Taïwan. Toutefois, ces constatations ne réfutent pas entièrement le modèle du train express, qui suppose la diffusion de la langue austronésienne et de la culture Lapita depuis l’Asie du Sud-est. En outre, le fait que la diversité haplotypique soit au niveau le plus élevé en Asie du Sud-est comparativement aux autres populations renforce la thèse d’une terre d’origine en Asie du Sud-est. L’explication la plus plausible tend à confirmer qu’aussi bien les Taïwanais que les Polynésiens sont issus d’un ancêtre originaire de l’Asie du Sud-est. Quoi qu’il en soit, la colonisation de la Polynésie s’est effectuée par une route migratoire depuis l’Asie du Sud-est  et indépendante de celle  allant vers Taïwan. A l’heure actuelle, il n’est pas possible de localiser avec certitude le point d’origine de ces ancêtres polynésiens. statuette

Il faut relever une fois de plus la présence quasi exclusive de H17 dans la population mélanésienne si ce n’est dans un groupe micronésien (12% au sein de la population de langue troukaise). L’absence de H17 dans la population polynésienne suggère une contribution négligeable à l’expansion  polynésienne des haplotypes du chromosome Y spécifique aux Mélanésiens, par contraste avec la proportion plus élevée des allèles mélanésiens à partir  de l’ADN nucléaire et de l’ADN mitochondrial, ce qui pourrait s’expliquer par le fait que c’est le processus de reproduction qui a surtout contribué à la colonisation du Pacifique, à l’exemple d’autres expansions géographiques dans le monde, en vue de pallier au goulot d’étranglement démographique. Dans le contexte de l’histoire récente de la Polynésie, l’apport européen reste encore à démontrer et ne saurait masquer la trace génétique du premier flux migratoire de la Préhistoire en Polynésie.

 

traduit et commenté par Ysia.

Publié dans Génétique

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Le mystère des Origines

Publié le par Ysia

  ...the diversity of thought and knowledge in genetic studies is partly shaped by the different approaches taken by researchers and by the different sources of data and methodologies used, in addition to the varying genetic records of different regions. Reconstructing human phylogenies from genetic data entails inferring points of divergence and estimating rates of change along branches. These can vary considerably depending on the models and mathematics used to build the phylogenetic trees, sampling biases, and the methods used to calibrate the molecular clocks.Probing deeper into first American studies

 

 

Dans l'article Probing deeper into first American studies par Tom D. Dillehay , Départment d'anthropologie, Université de Vanderbilt, édité par Jeremy A. Sabloff, Université de Pennsylvanie, Musée d'archéologie et d'anthropologie, Philadelphie, et publié sur le site PNAS, son auteur concède que la question du peuplement initial de l’Amérique s’avère l’une des plus énigmatiques de la préhistoire du monde. Malgré les nombreuses avancées qui ont permis d’approfondir notre compréhension dans le domaine de la génétique et les découvertes archéologiques récentes, le débat se poursuit quant à la datation et aux routes empruntées par le mouvement migratoire.

Des diverses routes de peuplement possibles, la Béringie, un pont terrestre entre la Sibérie et l’Alaska, est la plus probable. Une population asiatique a pour la première fois colonisée l’Amérique du Nord au sud de la calotte glaciaire, depuis la Béringie, probablement il y a entre 20 000 et 15 000 ans avant le présent (BP). A mesure que les données archéologiques seront rendues disponibles, les chercheurs connaîtront mieux les diverses routes de migration prises par différentes populations à différentes périodes historiques. Si le lien entre les traditions culturelles de la Sibérie et de la Béringie a clairement été mis en évidence avec les sites archéologiques d’Uskhi en Sibérie et de Nenana en Alaska, les découvertes archéologiques sont plus éparses en Amérique du Sud. C’est la culture Clovis - ainsi nommée après le site du Nouveau-Mexique datant de 12 000 ans BP environ - et ses pierres taillées qui sont jusqu’à présent les mieux documentées. Ces dernières décennies, diverses pointes lithiques et technologies, dont certaines d’avant la culture Clovis et d’autres contemporaines, ont été découvertes. Il existe un nombre suffisant de sites archéologiques dans tout le continent américain qui confirment l’existence d’une présence humaine avant la culture Clovis. En Alaska et dans le nord-ouest du Canada, quelques sites pré-Clovis (Bluefish Cave, Old Crow)  nécessitent des études supplémentaires pour confirmer leur datation. Plus au Sud, il y a Schaefer et Hebior (entre 14 800 et 14 200  ans BP) dans le Wisconsin, La Sena (entre 22 000 et 20 000 ans BP) dans le Nebraska, Lovewell (vers 19 000 ans BP) au Kansas, et Page-Ladson (vers 14 000 ans BP) en Floride. D’autres sites offrent des preuves solides d’une datation pré-Clovis, notamment l’abri de Meadowcroft (entre 22 000 et 13 400 ans BP) en Pennsylvanie, Cactus Hill (entre 20 000 et 18 000 ans BP) en Virginie, et probablement Topper en Caroline du Sud. La question des premiers peuplements en Amérique est rendue plus complexe par la découverte de traditions différentes des cultures lithiques sibériennes, notamment Cactus Hill et Page Ladson qui n’ont aucun antécédents convaincants dans la steppe russe, en Sibérie ou en Béringie. Certains outils découverts dans ces sites présentent toutefois des étapes similaires du processus de fabrication lithique de la culture solutréenne franco-cantabrienne datant de 21 000  à 18 000 ans BP. Les informations recueillies en Amérique centrale, pont terrestre entre le Nord et le Sud, sont trop rares et fondées principalement sur les pointes du type Clovis et autres pointes ramassées en surface. Des fouilles entreprises dans un petit nombre de sites  (notamment Tlapacoya au Mexique) ont produit des données stratigraphiques dont l’importance reste à démontrer. Bien que des études soient menées actuellement au Mexique, au Panama et dans d’autres pays,  il reste nécessaire d’approfondir les recherches archéologiques dans l’ensemble de l’Amérique centrale. L’archéologie de la fin du pléistocène en Amérique du Sud  présente des caractéristiques différentes car aucune culture n’a dominé cette région comme l’a fait la culture Clovis durant une brève période en Amérique du Nord. Les premières technologies consistent en différents types d’outils de pierre taillée, notamment une large variété de bifaces (Monte Verde, Fishtail, Paiján, El Jobo) et d’unifaces. Des datations plus précises ont montré une succession d’industries souvent diamétralement différentes, surtout dans les Andes, dans l’Est du Brésil et en Patagonie. Certains facteurs expliquent probablement cette diversité dans l’hémisphère Sud, notamment des barrières géographiques (Andes et Amazone) qui ont empêché les mouvements de population, des changements climatiques, la transformation des zones de ressources et l’évolution des conditions sociales.  Le seul lien possible entre l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud serait, pour certains experts, la présence de cannelures sur les pointes de Clovis et peut-être les pointes en forme de queue de poisson, qui proviendraient selon d’autres experts de la Patagonie. Plusieurs sites en Amérique du Sud sont antérieurs à la culture de Clovis, notamment Monte Verde vers 14 500 ans BP au Chili, probablement Taima–Taima vers 13 000 ans BP au Venezuela, Santana do Riacho et Lapa do Boquete vers 14 000 ans BP au Brésil.

La reconstruction du lien biologique et des mouvements de population, sur la base du génome mitochondrial (ADNmt)  et du chromosome Y, a considérablement bouleversé l’étude de la colonisation de l’Amérique. La génétique est non seulement devenue un outil puissant dans la recherche des origines des premiers Américains mais, tout comme l’archéologie et l’anthropologie biologique, elle a donné la preuve de la diversité des peuples anciens. Les analyses génétiques indiquent que la plupart des Amérindiens ont une origine asiatique unique et possèdent les cinq haplogroupes qui forment le lignage fondateur. La dissémination de ces haplogroupes suggère soit un seul mouvement migratoire majeur de l’Asie au Nouveau Monde soit de multiples vagues migratoires originaires d’une  population génétiquement homogène quelque part au nord-est de l’Asie orientale. D’anciens marqueurs d’ADN prélevés sur des squelettes humains suggèrent des haplotypes nord-américains d’origine asiatique et un seul haplotype non amérindien. Des analyses récentes ont confirmé la présence de plusieurs sous-haplogroupes et de leurs dérivés, suggérant des mutations de populations autochtones géographiquement isolées en Béringie ou dans une région voisine avant leur dispersion sur l’ensemble du continent américain. Les échantillons prélevés d’ADNmt à partir de 14 coprolithes humains datant de 14 100 ans BP dans la caverne de Paisley dans l’Oregon appartiennent aux deux haplogroupes les plus répandus dans la population amérindienne moderne et suggèrent un lien biologique avec les peuples anciens de l’Asie de l’Est. Egalement présent dans l’ADN des populations actuelles sont les deux haplogroupes du chromosone Y (C,Q) considérés comme le lignage paternel. Q et ses dérivés quasiment présents chez tous les Amérindiens révèlent une origine en Sibérie. Des conclusions récentes suggèrent également que tous les groupes indigènes dérivent d’une population ancestrale commune, ce qui explique la dissémination de l’allèle ((9AR) sur tout le continent américain à la fin du pléistocène. Dans leur ensemble, les données génétiques suggèrent que tous les lignages majeurs de la population amérindienne actuelle sont représentés parmi les populations modernes du nord-est de l’Asie et qu’une à quatre vagues migratoires se sont succédées depuis cette région de l’Asie aux Amériques. La thèse la plus largement acceptée est une seule vague de migration entre 20 000 et 12 000 ans BP le long de la côte pacifique ou le long d’une route intérieure par les terres septentrionales entre les calottes Laurentide et de la Cordillère vers 14 500 ans BP. D’autres études suggèrent de multiples migrations  le long de la côte et à travers les terres. A l’heure actuelle, l’horloge moléculaire date l’entrée de l’homme en Amérique entre 30 000 et 15 000 ans BP, suivant les mutations génétiques et la vitesse à laquelle elles sont intervenues. En Amérique du Sud, la signature génétique est moins évidente qu’en Amérique du Nord, ce qui rend plus délicate la question de dater et de déterminer le nombre de vagues migratoires. Les indices actuels suggèrent que le lien qui lie l’Amérique du Sud à l’Amérique du Nord est moins évident que celui qui lie l’Amérique du Nord à la Sibérie. Du fait de la grande distance qui sépare le Nord du Sud, il n’est pas surprenant que les différents processus démographiques, biologiques et environnementaux aient affecté les données à travers le temps et l’espace, d’autant que des échanges entre Béringiens et Américains du Nord ont plus aisément pu avoir lieu même après la première vague d’expansion en Amérique. Des études suggèrent en outre que les populations des Andes diffèrent génétiquement de celles habitant les basses terres tropicales  de l’Est, ce qui pourrait être le résultat de deux vagues migratoires séparées, de différents niveaux de peuplement, et/ou du flux génique entre et au sein des populations régionales, conséquence principale de la densité de population et des conditions géographiques. Les généticiens ont également suggéré qu’une plus grande diversité génétique et une structure démographique moins favorable à l’Ouest par rapport à l’Est de l’Amérique du Sud expliquent cet écart, même si les deux populations dérivent probablement de la même population fondatrice. D’autres recherches et collectes de données sont nécessaires pour corroborer ces thèses, d’autant que la datation de la colonisation par l’homme de l’Amérique du Sud reste à déterminer et à concilier avec la datation archéologique. Les études génétiques ont leurs limites car les chercheurs doivent s’entendre sur les unités de mesure utilisées (unité démographique, groupes génétiques tels que les haplogroupes) et tourner de plus en plus leur attention des populations locales actuelles aux populations anciennes. Le cas des squelettes humains datant de l’holocène notamment l’Homme de Kennewick dans l’Etat de Washington, l’Homme de la Grotte de l’Esprit au Nevada et la Femme de Buhl dans l’Idaho, peut-il être représentatif des populations de la fin du pléistocène, en dépit des quelques milliers d’années les séparant ou encore des tout premiers Américains desquels 350 générations au moins les séparent ?  S'il faut admettre que des échanges démographiques sont intervenus entre les différents groupes dans le temps et l’espace et tenir compte des facteurs de la dérive génétique,  du flux génique et de l’isolement géographique, encore faut-il pouvoir prouver avec certitude que le tableau génétique des squelettes du pléistocène a été altéré par les vagues de populations successives !  La découverte de nouveaux squelettes et la collecte des données génétiques seront cruciales.

Le nombre restreint de sites funéraires datant de la fin du pléistocène en Amérique contraste avec leur présence plus visible en Australie et dans d’autres régions du monde. Les raisons restent indéterminées. L'analyse morphométrique crânienne porte certains chercheurs à conclure que deux populations se sont introduites à des périodes différentes en Amérique et dont les origines biologiques et génétiques rassemblent non seulement les populations du Nord-est de l’Asie, mais aussi du Sud-Est et probablement de l’Europe, de l’Afrique et les Mélanésiens d’Australie. La forme crânienne la plus ancienne du Paléoaméricain offre des ressemblances avec les premiers hommes modernes qui s'observent aujourd’hui chez les Africains et les  Mélanésiens d’Australie. La forme crânienne plus récente est mongoloïde. Bien qu’il soit toujours possible que ces deux types crâniens constituent des formes extrêmes d’un processus continu de variations morphologiques, certains chercheurs sont convaincus que ces ressemblances crâniennes des populations anciennes d’Amérique du Sud, et à une moindre mesure d’Amérique du Nord, avec les Africains et Mélanésiens d’Australie suggèrent que des populations différentes de celles du type mongoloïde ont colonisé l’hémisphère Sud. En conclusion, ces variations crâniennes, compliquées par une discontinuité entre le début de l’holocène et l’holocène moyen, peuvent être le résultat d’une adaptation climatique, d’une dérive génétique, ou le fait que les premiers colons eux-mêmes formaient un groupe hétérogène.

Théories, méthodologies et approches empiriques dans les divers domaines scientifiques ont du mal à se réconcilier entre elles et à faciliter une meilleure compréhension de la première vague de colonisation de l’Amérique. Si la diversité des indices archéologiques, génétiques et morphologiques est plus largement reconnue,  il reste qu’un effort interdisciplinaire simultané est nécessaire aujourd’hui pour mieux recouper géographiquement et historiquement l’ensemble des données interdisciplinaires rigoureusement et uniformément prélevées.

Un élément encore ignoré est la place de l’art rupestre dans l’histoire de la colonisation de l’Amérique et son interprétation. Comment définir le cadre ontologique de ces recherches interdisciplinaires ? Faut-il parler d’un  processus de migration systémique ou de phénomènes culturels évolutifs localisés dans le temps et l’espace ? De manière plus générale, une étude comparative de la colonisation de l’Amérique avec celle d’autres continents par l’homme suivant des paradigmes biologiques, écologiques et anthropologiques doit également être menée.

 

Traduit et commenté par Ysia.

Publié dans Génétique

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De l’expression humaine primitive

Publié le par Ysia

Chinese-Mask.JPG

..un masque n'est pas d'abord ce qu'il représente, mais ce qu'il transforme, c'est-à-dire ce qu'il choisit de ne pas représenter. La Voie des masques, Claude Lévi-Strauss.

 

Red-mask--1--copie-1.JPG   Le masque dans les arts primitifs intervient comme un pont entre le visible et l’invisible, un acte de réflexion, un miroir de l’intérieur, une perspective cryptique sur l’au-delà. Le masque ne donne-t-il pas à voir le passé, l’ancêtre totémique sous une forme codifiée ? Une relation mnémonique, où de la mémoire surgissent des émotions souterraines, s’établit entre l’image primitive et le regard individuel. L’expression humaine primitive est le fruit de l’expérience mentale du regard, le produit d’un processus par lequel l’entendement agit dans un réflexe cérébral. 

L’expression primitive est une chimère intense, une pensée visuelle guidée par les perceptions sensorielles teintées par l’imaginaire et la mémoire collective ou individuelle. L’invariant culturel, témoin des archétypes de l’Orient en Occident, de l’Asie aux Amériques, fait l’objet d’une représentation binaire, d’une figure géométrique, d’un règne originel du son et du regard avant la civilisation des mots. 

L’empreinte mnémonique laissée par l’image primitive constitue un code du langage, un moyen de transmission du savoir.  Quelle est l'origine de toute iconographie ? Faut-il voir à la source un totem clanique, élément de l’arbre généalogique ? A l’origine est le signe devenu image, l’image devenue hiéroglyphe. L’expression primitive crée une présence et  confirme un lien historique que son traitement scientifique permet d’analyser. C’est par la reconstruction de chaque signe qui forme l’image qu’il est possible de remonter dans le temps jusqu’à la préhistoire de l’homme et de l’art. Le peuple Tainò des Caraïbes qui croyait que les hommes étaient nés des entrailles hypogées conserva la fonction de lieu rituel pour les cavernes et grava des pétroglyphes à l’instar de ceux de la préhistoire.

 

Carlo Severi « Pièges à voir, Pièges à penser », Gradhiva 1/2011 (n° 13), p. 4-7.
URL :
www.cairn.info/revue-gradhiva-2011-1-page-4.htm.

Black and White Mask (2)-copie-1

 

Le soleil, la lune et la nuit étoilée sont des ȃmes solitaires. De l’ère du bricoleur à celui de l’ingénieur, percepts et concepts se succèdent dans l’imaginaire de l’être humain au cœur de son espace vital où  le souffle ne va ni ne vient. Les cinq sens et les quatre éléments se combinent dans cet univers physique. Le problème essentiel est effectivement « de savoir pourquoi la pensée mythique manifeste une si grande et constante prédilection pour les animaux, les corps célestes et autres phénomènes naturels personnifiés » (Lévi-Strauss, La pensée sauvage, p.178). De l’ordre au chaos,  l’univers par le biais de la taxinomie zoologique, bactériologique ou botanique fait l’objet d’une classification par l’être humain systématicien. Les totems d’antan, pareils à des émanations d’une espèce, ont-ils été remplacés par les pommes et les sirènes? Ces nouvelles appellations totémiques représentent les nouveaux outils conceptuels, blasons de la société, acquis sociaux d’un symbolisme d’inspiration technologique, objets manufacturés. Faut-il être un monstre pour rester vivant? Modus operanti des héros modernes.

 

L’humanité, quant à elle, respire d’un seul souffle.

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