Section 2.8

Publié le par Ysia

Mais il y a une phrase très forte, je trouve, de Marguerite Yourcenar où elle dit que c’est déjà quelque chose de reconstituer un bâtiment avec des éléments authentiques. Chantal Thomas

 

Bénarès

 

T. A présent, écoute religieusement (1) ce que je vais te dire.

C. Lorsque le bouddha souhaite prêcher la loi, ordinairement il prévient d’abord de sorte que tous les auditeurs fassent silence pour qu’il puisse parler.

 

(1) Il va de soi qu’il faut écouter attentivement sans quoi on laisserait échapper le sens des mots du bouddha. Il s’agit en outre de tendre son attention respectueusement.

Il convient de traduire di  par religieusement, terme qui renvoie au contexte religieux.

Publié dans Bouddhisme Zen

Partager cet article
Repost0

Un ordre invisible

Publié le par Ysia

  Were one asked to characterize the life of religion in the broadest and most general terms possible, one might say that it consists of the belief that there is an unseen order, and that our supreme good lies in harmoniously adjusting ourselves thereto. This belief and this adjustment are the religious attitude in the soul. William James 

 

 

Avant que de poursuivre avec la traduction du commentaire et le parcours des êtres qui aspirent à la voie bouddhique, il m'appartient de faire une pause et prendre le recul nécessaire et de rappeler l'article de Jean-Pierre Deconchy, La définition de la religion chez William James. Dans quelle mesure peut-on l'opérationaliser ?. (Archives des sciences sociales des religions. N. 27, 1969. pp. 51-70) http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/assr_0003-9659_1969_num_27_1_2648. L'expérience religieuse inédite

 

débouche souvent sur la formation d'une Eglise nouvelle et protestataire; mais, en soi, toute expérience religieuse est hérétique et socialement aberrante : elle est a-sociale en ce sens qu'elle est toujours la négation d'une pesanteur sociologique et d'une pesanteur dogmatique. Dès qu'il y a orthodoxie, il y a tarissement de l'expérience religieuse et donc extinction de la "vraie"religion. L' expérience religieuse, si elle était réglée par le jeu de l'institution, ne serait plus véritablement une expérience : elle se serait engluée dans la religion sociale.

 

...Réalité subsistante ? Principe organisateur abstrait de l'univers ? Harmonie universelle immédiatement teintée de pragmatisme moral ? Ce serait bien difficile à préciser. En tout cas, la vie religieuse, c' est "la croyance qu'il existe un ordre de réalités invisibles et que notre bien suprême consiste à nous y adapter de façon harmonieuse". A l'occasion, cet invisible paraît se cristalliser ou hypostasier dans des êtres surnaturels subsistants : "La religion là où elle est active implique la croyance en des présences spirituelles et la conviction que notre communion avec elles est féconde et véritablement efficace". Il s'agit d'un "monde spirituel" qui déborde et dépasse le monde naturel des sciences physiques et du rationalisme :


"Dans l'histoire humaine le mot "religion" signifie bien des choses. Mais désormais quand je l'utiliserai, ce sera dans son sens "surnaturel" (supematuralist) qui implique que ce que l'on appelle l'ordre de la nature - qui constitue l'expérience que nous avons du monde -  n'est qu'une partie de l'univers total et que, par-delà ce monde visible, se déploie un monde invisible, dont nous ne savons rien de positif, mais dont notre vie en ce monde tire sa signification de la relation qu'elle a avec lui. Pour moi, la foi d'un homme religieux (quelles que soient les références doctrinales plus définies qu'elle implique) est avant tout la foi dans l'existence d'un ordre invisible où les énigmes de lordre naturel trouvent leur solution."



Publié dans Cheminement

Partager cet article
Repost0

Section 2.7

Publié le par Ysia

Bénarès

 

S. Le bouddha déclara: Bien, bien Subhūti (1) ! Comme tu le dis, leur pensée ne me quittant pas, moi, l'être Vérité, guide bien les êtres qui aspirent à la voie.

C. C’est le bouddha qui loue Subhūti pour avoir saisi sa pensée et en avoir compris le sens.

 

(1) sādhu. Ayant entendu l’éloge  et l’interrogation de Subhūti, le bouddha approuve pour trois raisons : 1. Le moment est bien choisi pour que Subhūti pose ces questions, 2. Il est bon de s’informer sur la manière d’être et de se conduire des bodhisattvas, 3. Le respect et l’estime de la loi sont une chose louable (Jizang).

 

Publié dans Bouddhisme Zen

Partager cet article
Repost0

Section 2.6

Publié le par Ysia

Bénarès

 

S. qui aspirent (1) à l’esprit d’éveil (2) insurpassé et parfait (3), comment doivent-ils demeurer (4) ? Comment doivent-ils discipliner leur esprit (5) ?

C. Subhūti demande comment tous les êtres humains qui aspirent à l’esprit d’éveil doivent demeurer et  discipliner leur esprit. Voyant que tous les êtres s’agitent sans arrêt telle la poussière dans les recoins et que leur esprit ballotté s’élève semblable au vent tourbillonnant, chaque pensée succédant l’une à l’autre sans répit, il demande comment ceux qui désirent cultiver le chemin (6) doivent soumettre leur esprit .

 

(1) fa est à rapprocher des termes sheng et qi , c'est-à-dire qu’il possède le sens de faire surgir, de faire naître. Faxin 发心, c’est tendre vers prajñā, c’est pourquoi on dit fa (Kuiji). Je l’ai pour ma part traduit par aspirer à ainsi que Beal (to aspire after). L’aspiration est le vœu bouddhique. Zhiyan en présente les dix caractéristiques.

(2) L’éveil est à la fois cause et effet. Ce double éveil est l’éveil insurpassé. L’éveil est omniscience. C’est la conquête par l’esprit de l’éveil authentique.

(3) anuttāra samyak sambodhi : those who seek the consummation of incomparable enlightenment, suivant les termes de traduction choisis par A.F. Price. Anuttāra se traduit par insurpassé, samyak-sam par réellement parfait et bodhi par éveil. Aspirer à l’esprit d’éveil insurpassé et parfait, c’est aspirer au devenir bouddhique, au fruit bouddhique. Mais pourquoi vouloir devenir bouddha ? Il faut savoir que l’esprit d’éveil jaillit de l’esprit de grande compassion, c’est pourquoi l’on aspire à devenir bouddha. De l’esprit de compassion découle le vœu de sauver les êtres, avec pour modèle, le bouddha . Par conséquent si l’on convoite le beau titre de bouddha que pour son propre bénéfice, l’esprit d’éveil ne saura être atteint, encore moins l'état de bouddhéité (Yinshun) !

(4) Nāgārjuna explique demeurer comme la profonde pénétration de l’ultime réalité (Yinshun). Comment ceux qui aspirent à l’esprit du grand éveil peuvent, qu’ils soient en mouvement ou en repos, qu’ils parlent ou se taisent, qu’ils aillent ou viennent, qu’ils sortent ou qu’ils entrent, qu’ils aient ou non des échanges avec autrui, demeurer en cet état ? C’est pourquoi l’on dit comment y demeurer. L’absence de demeure détachée de tous les attributs, c’est là où doit demeurer l’esprit et c’est la demeure à laquelle l’esprit doit se soumettre (Yinshun).

La question n’est pas comment mais où trouver la paix de l’esprit de sorte que l’homme ou la femme de bien réalise son aspiration à l’éveil, c’est à dire comment favoriser ce cheminement spirituel afin que l’aspiration à l’éveil devienne réalité. C’est le désir ardent de sauver tous les êtres qui est l’esprit dans lequel l’homme ou la femme de bien doit demeurer (Kuiji). La demeure est la sapience qui aide à pénètrer la doctrine bouddhique. Elle est la véritable connaissance (Zhiyi, Jizang)). Sengzhao, comme Huineng, rappelle l’idée de l’esprit agité  et lorsqu’il ne l’est pas, c’est là que doit résider l’esprit.

(5) abhicāraka : conjurer, subjuguer, maîtriser. L’esprit est plein de réflexions erronées qui mettent obstacle à la véritable connaissance. Il faut épurer l’esprit des erreurs mentales les unes après les autres, c’est pourquoi l’on dit comment soumettre l’esprit. Demeurer, c’est ce qui est correct. Soumettre, c’est s'éloigner de ce qui ne l’est pas. Ainsi ce sūtra, par l’aspiration à l’éveil, ouvre la porte de la loi de sapience tantôt apparente tantôt masquée. Soumettre, c’est rompre avec ce qui est mal. C'est empêcher que la confusion gagne l’esprit (Kuiji). Sengzhao parle d’un acte graduel et délibéré de soumission  始则抑心就理,渐习自调,谓之降伏.S'agissant des dix terres sus-mentionnées, le processus avant la septième terre se nomme l'éveil de l'esprit soumis (Yinshun).

Dans la traduction de Kumarajiva, il n’y a que ces deux questions, alors que les cinq autres traductions chinoises ont ajouté l'exercice de la pratique (culture du cheminement) ainsi que les versions sanskrite, tibétaine et mongole (Cf. Müller, p.49 et Walleser, p.141). D’après le traité d’Asanga, ces trois questions pénètrent l’essence de l’enseignement (Yinshun). D’après Jizang, c’est en référence aux exégèses que ce troisième élément a été plus tard ajouté. C’est aussi le cas dans les commentaires de Vasubandhu, Kuiji, Zhiyi, Zhiyan, Huijing,… Ces trois concepts sont étroitement liés. Demeurer dans la voie et soumettre l’esprit, c’est cultiver le cheminement spirituel (Zongmi).

En récapitulation, il s’agit d’une démarche à quatre temps : 1.l’expression d’une aspiration, 2. la question de la demeure qui est la sapience de l’attribut réel, 3. le cheminement qui consiste en une contemplation éclairée, 4. la soumission de l’esprit définie comme la maîtrise harmonieuse de l’esprit grâce à la sapience des écritures (Zhiyan) car bien que les hommes et femmes de bien - autrement nommés les bodhisattvas de la dernière catégorie, ceux-là même qui n’ont pas encore franchi la première étape, c’est-à-dire qui n’ont pas encore échappé au monde - aspirent à accéder à la voie du bouddha et promettent de sauver tous les êtres, ils ne savent pas encore comment apaiser leur esprit, comment surmonter leurs erreurs et récolter le fruit bouddhique sans plus reculer (Daochuan). Ils sont ignorants des moyens d’accéder à la terre initiale, a fortiori les dix terres, processus du cheminement des bodhisattvas.

Huijing décrit ce questionnement comme suit : On considère la nature de bouddha comme la raison du devoir, l’aspiration comme la raison de progresser, le progrès comme la raison de la plénitude. Sur la raison du progrès, on demande où fixer l’esprit quand on souhaite aspirer à l’éveil. Sur la raison de la plénitude, on demande comment favoriser le cheminement de l’esprit et le maîtriser – ce qui constitue la cause de l’extinction. 

A noter sur le site de l'université d'Oslo l'excellente traduction de Paul Harrison à partir du sanskrit : Comment procéder? Comment contrôler l'esprit? Harrison, Paul (2006), “Vajracchedikā Prajñāpāramitā: A New English Translation of the Sanskrit Text Based on Two Manuscripts from Greater Gandhāra”, BMSC vol. III, Hermes Publishing, Oslo 2006.

A noter sur le site du Centre boudhiste de Paris la traduction et le commentaire du sūtra: Comment se tenir? Comment progresser ? Comment contrôler ses pensées ?

 

(6) Huineng fait lui aussi allusion à la question du cheminement spirituel.

* The Bodhisattva doctrine in Buddhist Sanskrit Literature, Har Dayal (Motilal Banarsidass Publ.1999)

Publié dans Bouddhisme Zen

Partager cet article
Repost0

Section 2.5

Publié le par Ysia

Bénarès

 

S. Vénéré du monde, les hommes et les femmes de bien (1)

C. Les hommes de bien ont un esprit empreint d’équanimité et une attitude correcte de recueillement. Pouvant donner réalité à toutes les vertus méritoires, ils ne rencontrent aucun obstacle. Les femmes de bien ont une sagesse authentique grâce à  laquelle elles peuvent manifester, sans agir ou en agissant, toutes les vertus méritoires.

 

(1) Les traductions chinoises de Bodhiruci (T.236, p.752c), Dharmagupta (T.238, p.767a), Yijing (T.239, p.772a) et Xuanzang (T.7, n°220, p.980a) ne donnent pas l’appellation hommes et femmes de bien. Le sujet est les bodhisattvas dans le Grand Véhicule. A noter le tableau comparatif des traductions chinoises sur le site de l’Université d’Oslo (Bibliotheca Polyglotta).

Publié dans Bouddhisme Zen

Partager cet article
Repost0

Section 2.4

Publié le par Ysia

S. Leur pensée ne le quittant pas, l'être Vérité guide (1) bien les êtres qui aspirent à la voie (2).

C. Leur pensée ne le quittant pas, c’est que l'être Vérité, grâce à la loi de sapience qui mène sur l’autre rive, songe aux bodhisattvas. Guide, c’est que l'être Vérité, grâce à la loi de sapience qui mène sur l’autre rive, dirige Subhūti et tous les bodhisattvas. Dire que leur pensée ne le quitte pas, c’est qu’il fait en sorte que tous les disciples, grâce à la connaissance de sapience, maintiennent leur corps et leurs pensées sans que ne surgissent confusément ni affection ni aversion, de sorte qu’ils ne sont pas souillés extérieurement par les six poussières ni ne sombrent dans l’océan douloureux de naissance et de mort. En leur esprit, quand chaque pensée est constamment juste sans que surgisse l’erreur, c’est l'être Vérité en leur nature propre qui maintient leurs pensées. Dire qu’il les guide bien, c’est que les pensées passées, pures et immaculées commandent aux pensées futures qui elles-mêmes étant pures et immaculées, il n’y a entre elles nulle séparation. Parvenu à sa libération ultime, l'être Vérité instruit scrupuleusement les êtres et, au cœur de la foule assemblée, s’y appliquera constamment. C’est pourquoi il est dit qu’il les guide bien. Bodhisattva est un mot sanskrit. Dans la Chine des Tang, on dit : l’être qui aspire à la voie, également l’être sensible illuminé (3). Celui qui aspire à la voie montre constamment de la révérence. Même les âmes rampantes (4), c’est tous les aimer respectueusement et sans dédain. C’est pourquoi il se nomme bodhisattva.

 

(1) Il s'agit d'une des assertions les plus fondamentales. Je voulais sans tenir compte de sa forme grammaticale la traduire par  Le tathāgata "veille bien sur les pensées" des bodhisattvas et les dirige bien puisqu'il s'agit pour 护念, si je me réfère à sa définition, de faire en sorte à l’extérieur que le mal ne pénètre et à l’intérieur que naisse le bien et suivant l’explication du moine Shengyin 圣印 dans son oeuvre 六祖坛经讲话 que , c’est constamment penser à la loi bouddhique sans l’oublier. Huijing explique séparément les termes et . Notons que Lee Shaochang confirme l’importance des deux caractères et les transcrit par remember and protect (p.28). Il faut discerner deux aspects : l’un intérieur, l’autre extérieur, comme le note Jizang (p.22)  Faire en sorte que la vertu intérieure soit ferme et solide se nomme maintenir ses pensées. Rendre concrète la vertu extérieure se nomme la bonne direction. Jizang explique combien cet événement de prédication est rare et combien louable est cet acte de la parole du bouddha qui garde les bodhisattvas dans la bonne direction.Il s’agit de maintenir le fil de ses pensées dans le temps, sachant prédire du mieux possible, fermement, universellement et distinctement et qu’il s’agit d’instruire pour entrer dans l’aire de paix en se conformant à la loi, en transmettant l’enseignement, sans égarement, pieusement et respectueusement..

Notons qu’il existe deux calligraphies pour fuzhu ce qui signifie soit confier à soit ordonner. Zhuavec la racine de la bouche dans les traductions de Kumārajīva, Bodhiruci, Paramārtha, Dharmagupta, Yijing, Xuanzang et les commentaires T.1511, T.1513,T.1514 et de Sengzhao, Zongmi, Jizang, Zhiyan, Zhiyi, Kuiji et Huineng. Zhu sans la racine de la bouche dans les commentaires T.1510 et de Bodhiruci, Huijing, Daochuan. Considérant les textes des traducteurs occidentaux, l’avis reste partagé quant à la traduction de fuzhu. Poppe traduit par give well to, Beal par instruct. Lee Shaochang là encore donne une double traduction instruct and guide.

(2) bodhisattva

(3) Zongmi donne trois explications  pour cet être sensible illuminé: Bodhiruci   (T.1512) explique qu’il existe deux sortes de bodhisattva : 1. Celui qui, dès la première étape, s’est échappé du monde c’est-à-dire qui a dépassé le cycle de naissance et de mort ; 2. Celui qui n’a pas encore franchi la première étape. Ceux-là rassemblent ceux qui sont ordinaires extérieurement et ceux qui sont  intérieurement ordinaires. Ces derniers sont ceux dont les racines sont mûres et ceux dont les racines ne sont pas encore mûres.

(4) Traduction littérale de 蠢动含灵signifiant toutes les créatures vivantes ou animales.

 

9

Publié dans Bouddhisme Zen

Partager cet article
Repost0

Section 2.3

Publié le par Ysia

S. Comme c’est rare (1), Ô vénéré du monde ! (2)

C. En gros, rare  possède un sens triple. Le premier élément rare, c’est de pouvoir renoncer au rang de souverain de la roue d’or (3). Le deuxième élément rare, c’est d’être sans comparaison avec les trente-deux marques distinctives et les quatre-vingt marques physiques secondaires et les trois sphères du désir, de la forme et de l’absence de forme. Le troisième élément rare est la nature (du bouddha) pouvant receler les quatre-vingt quatre mille lois bouddhiques et le triple corps parfait. Comme cela englobe ces trois sens, c’est pourquoi il est dit Comme c’est rare ! Le vénéré du monde est celui dont l’intelligence surpasse les trois domaines, que rien ne peut égaler, dont la vertu est si grande que rien ne lui est supérieur et qui est unanimement respectée. C’est pourquoi il est dit vénéré du monde.8

 

(1) On  comprend généralement que c’est l’apparition en ce monde d’un bouddha qui est rare. Kuiji (T. 1700) fait référence sur ce point au Sūtra du Lotus. Suivant son commentaire, seuls quatre bouddhas sont apparus sur terre au cours de la présente ère : le bouddha Krakucchanda 拘留孫 se manifesta. Puis ce fut au tour du bouddha Kanakamuni 拘那含, du bouddha Kāsyapa 迦叶et du bouddha Sākyamuni. Lors de la prochaine, le bouddha Maitreya 弥勒 verra le jour.

Il faut noter que le commentaire de Huineng sépare nettement l’assertion Comme c’est rare ! de la suite du texte. Les commentateurs, tels que sengzhao et Daochuan déduisent logiquement que c’est préserver la pensée des bodhisattvas et les commander que l’on tient pour chose rare. C’est d’ailleurs ainsi que l’ont compris les traducteurs De Harlez, Price, Müller, Walleser, Conze et Suzuki. Parmi les six traductions chinoises, seule celle de Xuanzang (T.7, n°220) confirme cette interprétation. Pour ma part, je suis la coupure du commentaire de Huineng, d’autant qu’il en explique la signification et qu’elle suit la ponctuation de cinq des traductions chinoises. Cependant je note ici l'article publié par North American Conference on Chinese Lingusitics (NACCL) sur les erreurs de ponctuation du Taisho mais aussi celles de sa forme électronique nouvelle sur le site CBETA ( auquel je me réfère entre autres).

(2) Suivant la coutume, Subhūti fait l’éloge du bouddha Sakyamuni par ces paroles : Comme c’est rare, Ô vénéré du monde !

(3) Le premier élément rare est signalé par Jizang (T. 1699) et surtout Zhiyi (T.1698) qui emploie précisément le titre jinlunwang 金轮王. Il s’agit de l’un des souverains légendaires indiens des quatre continents denommés chakravartin. L’un a, pour symbole, la roue en fer, le deuxième  la roue de cuivre ; le troisième la roue d’argent, le quatrième la roue d’or qui surpasse les trois autres dans l’univers cosmique des temps anciens. Le bouddha s’impose comme au-dessus de la puissance séculière du souverain à la roue d’or.

Publié dans Bouddhisme Zen

Partager cet article
Repost0

Section 2.2

Publié le par Ysia

S. A ce moment, le vénérable Subhūti, au milieu de la foule, se leva de son siège, découvrit l’épaule droite et mit son genou droit à terre. Il joignit les mains révérencieusement et s’adressa au bouddha :

C. Comme la foule (1), il s’était assis, c’est pourquoi il est dit qu’il se  leva de son siège. Lorsque les disciples invitent le bouddha à prêcher, ils exécutent d’abord cinq gestes rituels : premièrement ils se lèvent. Deuxièmement, ils arrangent leurs vêtements. Troisièmement, ils se découvrent l’épaule droite et mettent leur genou droit à terre. Quatrièmement, ils joignent les mains et lèvent les yeux la mine respectueuse sans le quitter du regard. Cinquièmement, plein de révérence, ils posent des questions (2).7

 

(1) Le manuscrit annoté par Daochuan emploie les caractères 众生 au lieu du seul ce qui signifie que Subhūti comme tout autre homme ordinaire se présente devant le bouddha suivant un rite révérencieux.

(2) Lorsque les disciples du bouddha le prient de prêcher la loi, il y a des rites qu’ils doivent respecter. C’est pourquoi Subhūti, au milieu de l’assemblée, se lève, découvre son épaule droite et, le genou touchant à terre, joint les mains pour interroger le bouddha. Découvrir, c’est se découvrir le corps. Quand ils font la révérence, les bhiksus se dénudent l’épaule droite. S’agenouiller et découvrir le côté droit, c’est témoigner son obéissance à la loi.  La jonction des mains sur le devant du torse exprime le refuge dans la voie médiane. Il s’agit là de rites traditionnels indiens (Yinshun).

Publié dans Bouddhisme Zen

Partager cet article
Repost0

Section 2.1

Publié le par Ysia

SECTION DEUX : SUBHŪTI DIT LE BIEN MANIFESTÉ (1) SE LEVA ET S’ENQUIT

 

S. A ce moment le vénérable Subhūti,

C. Que nomme t-on vénérable ? Comme sa vertu est vénérée et que son âge est avancé (2), il est nommé vénérable. Subhūti est un nom sanskrit. Dans la Chine des Tang, on dit celui qui comprend la vacuité.6

 

(1) Subhūti est le frère cadet d’Anāthapindada. La légende veut qu’il soit entré en religion le jour même de l’offrande du Jetavana à la communauté bouddhique. Huineng signale, parmi d’autres commentateurs, que son nom chinois 解空signifie  celui qui comprend la vacuité.  Il serait le premier des dix disciples à avoir saisi la vacuité et c’est lui qui ait été généralement choisi pour engager un discours sur la vacuité avec le bouddha. Il est autrement nommé  善现 le bien manifesté, le bien apparu notamment par Dharmagupta et Xuanzang. Selon Huijing, la légende veut que ses parents l’aient baptisé ainsi  parce que la pièce dans laquelle il naquit était entièrement vide et qu’ils s’exclamèrent : C’est de bon augure, c’est bien. Selon Zongmi, son nom fut également traduit sous les Tang par jushou 具寿 et sous les Wei par huiming 慧命. Parmi d’autres épithètes repris dans les commentaires ultérieurs, Subhūti est dénommé miaosheng 妙生 par Yijing, kongsheng 空生par le commentateur Ding Fubao (1874-1952)

(2) vénérable  est un titre respectueux pour celui dont l’âge est avancé ou qui est vertueux et observe strictement les règles et s’éveille à la voie.

Publié dans Bouddhisme Zen

Partager cet article
Repost0

Section 1.5

Publié le par Ysia

S. Ayant mendié dans l’ordre, il s’en retourna à sa résidence d’origine. Le repas fini, il rangea sa sébile et son vêtement. Après s’être lavé les pieds, on disposa un siège et il s’assit (1).

C. dans l’ordre (2), c’est sans distinction entre le pauvre et le riche qui sont indifféremment convertis. Ayant mendié, c’est-à-dire que l’on mendie auprès de sept maisons au plus. Une fois les sept maisons dénombrées, il n’y a plus à se rendre autre part. s’en retourna à sa résidence d’origine, c’est la volonté bouddhique qui commande tout moine mendiant. A moins d’y être invité, il ne faut jamais se rendre chez les êtres aux habits blancs (3). C’est pourquoi on le dit. lavé les pieds, c’est que l'être Vérité, lors de ses apparitions , suit le modèle des êtres ordinaires. L’on dit par conséquent lavé les pieds. En outre, selon la loi du Grand Véhicule, cela n’est pas simplement se laver les mains et les pieds que l’on tient pour la pureté. Dès que par une pensée, l’esprit est pur, la fange des péchés est entièrement extirpée. Lorsque l'être Vérité entreprend de prêcher la loi, c’est la tradition de disposer un siège en bois de santal  (4). C’est pourquoi on dit on disposa un siège et il s’assit (5).5

(1) Zhiyan (T.1704) divise en quatre temps l’introduction au discours central : 1. Le bouddha va mendier dans la cité ; 2. Il retourne manger dans sa résidence d’origine ; 3. Après le repas, il met de l’ordre ; 4. Il s’asseoit.

Zongmi (T.1701) explique qu’il s’agit de réunir les conditions nécessaires. Si le bouddha ne rangeait pas sa sébile, son esprit ne trouverait pas le repos.  Pour rentrer en méditation, le bouddha doit se défaire de la pesanteur des circonstances, se laver et rentrer en méditation à proprement parler.

Yinshun explique qu'après avoir mendié son repas, il s'en retourne dans le bois de Jeta  pour y manger cette nourriture. Après avoir mangé, il range soigneusement la tunique qu'il a porté pour entrer dans la cité et le bol qui contenait sa nourriture. Puisque marcher en ville et mendier son repas se fait pieds nus, on ne peut éviter de se salir les pieds. Le bouddha doit donc se laver les pieds.

Après l'acte du corps vient l'acte mental (le bouddha revient s'asseoir pour s'absorber dans la méditation). S'en suit l'exercice de la parole avec la prédication.

(2) dans l'ordre, c'est aussi un après l'autre. Nul ne peut passer devant l'autre pour mendier.

(3) Huineng fait référence aux riches laïcs qui traditionnellement portaient des habits de couleur blanche.

(4) Le manuscrit annoté par Daochuan (Enô kenkyû, p.423) donne le caractère zhan au lieu de shi , d'où ma référence au siège en bois de santal (candana).

(5) Suivant l'édition Z. (Zokuzôkyô) 38, 4, p.331 et Enô kenkyû, p.423, Huineng emploie l'expression  fushi 敷施 pour expliquer fuzuo 敷座. Que l'on mette un siège à la disposition du bouddha est corroboré dans le texte sanskrit, d'après les traductions de Max Müller, d'Edward Conze, de Max Walleser (d'après le tibétain) et aussi selon le commentaire de Sengzhao (Z.38, 3, p.62). En revanche, Jizang (T.1699, p.99a) et Kuiji (T.1700, p.127b)  notamment expliquent que c'est au bouddha de préparer son siège parce que cela symbolise qu'il rentre en concentration. Ce n'est que lorsqu'il recouvre le calme intérieur qu'il est digne et capable de prêcher la loi. Ce geste extérieur accompagne le geste intérieur. En outre, il s'agit de faire taire ses exigences sur autrui, aussi agit-il par lui-même. Pourtant il me semble contradictoire nd'affirmer que le bouddha doive se mettre en état de prêcher la loi car il est celui qui ne va ni ne vient.

Il est généralement précisé que le bouddha s’asseoit les jambes croisées dans les autres traductions chinoises de Bodhiruci, Paramārtha et Dharmagupta conformément au texte sanskrit : …sat down on the seat arranged for him, crossing his legs, holding his body upright, and mindfully fixing his attention in front of him (Conze, p.21).

Zhiyi (T. 1698) indique que le siège sur lequel s’asseoit le bouddha symbolise la vacuité de toute chose. Voir la vacuité dans toute chose, c’est la définition de la concentration samadhi. Le fait que le bouddha s’asseoit montre implicitement qu’il rentre en concentration.

Publié dans Bouddhisme Zen

Partager cet article
Repost0