Section 3.4

Publié le par Ysia

Section 3.4

S. Ainsi c’est ce que j’ai entendu. Le bouddha se trouvait alors dans le pays de Śrāvasti, le bois de Jeta, le parc de Anāthapindada, avec la foule des 1250 grands moines mendiants. Alors, au moment du repas, le vénéré du monde vêtu de sa robe et tenant sa sébile entra dans la grande cité de Śrāvasti pour y mendier son repas. Après avoir mendié dans l’ordre, il retourna à sa résidence d’origine. Le repas fini, il rangea sa sébile et son vêtement. Lui ayant lavé les pieds, on mit un siège à sa disposition et il s’assit. A ce moment, le vénérable Subhūti, au milieu de la foule, se leva de son siège, découvrit l’épaule droite et mit son genou droit à terre. Il joignit les mains révérencieusement et s’adressa au bouddha :

- Comme c’est rare, ô vénéré du monde ! Leur pensée ne le quittant pas, l'être Vérité guide bien les êtres qui aspirent à la voie. Vénéré du monde, les hommes et les femmes de bien qui aspirent à l’esprit d’éveil insurpassé et parfait, comment doivent-ils demeurer ? Comment doivent-ils discipliner leur esprit ?

Le bouddha déclara:

- Bien, bien Subhūti ! Comme tu le dis, leur pensée ne me quittant pas, moi, l'être Vérité, guide bien les êtres qui aspirent à la voie. A présent, écoute religieusement ce que je vais te dire. Les hommes et les femmes de bien qui aspirent à l’esprit d’éveil insurpassé et parfait doivent ainsi demeurer et ainsi discipliner leur esprit.

- Oh, oui , Vénéré du monde ! C’est avec joie que je souhaite vous entendre.

Le bouddha déclara à Subhūti :

- Tous les bodhisattvas, les grands êtres, doivent ainsi discipliner leur esprit. Quelle que soit l’espèce des créatures, qu’elles soient issues de l’œuf ou de l’utérus, d’un suintement ou d’une apparition, qu’elles aient une forme ou qu’elles n’en aient pas, qu’elles soient douées de cognition ou qu’elles ne le soient pas, ou ni l’un ni l’autre, je leur permets d’entrer dans le nirvāṇa où rien ne reste et les fais passer. C’est ainsi que s’éteignent et passent les immensurables, innombrables créatures à l’infini, mais réellement nulle créature ne s’éteint ni ne passe (1).

C. Ainsi c’est dans l’observance (2) de ce qui est précédemment mentionné. Extinction et passage sont la grande libération. La grande libération, c’est quand passions et vices ainsi que l’entrave de tous nos actes passés sont complètement éteints et qu’il n’y a plus rien à assouvir, c’est ce que l’on appelle la grande libération. Les immensurables, innombrables créatures illimitées ont chacune en soi primitivement toutes les passions, convoitise et courroux et actes mauvais. Sans les éliminer, elles ne seront finalement pas libérées. C’est pourquoi il est dit c’est ainsi que s’éteignent et passent d’immensurables, innombrables créatures illimitées. Tous les êtres égarés peuvent s’éveiller à leur propre nature. Au commencement, nous savons que le bouddha était aveugle à son individualité (3) et n’avait nulle conscience. Pourquoi ferait-il fait passer les créatures ? Ce n’est que parce que les êtres ordinaires ne voient pas leur propre esprit originel qu’ils n’entendent pas (4) la volonté bouddhique. S’agrippant aux attributs (5) de toutes les choses, ils ne pénètrent pas le principe du non-agir. Lorsque l’ego n’est pas éliminé, ils ont pour nom créatures. Si elles s’en détachent, aucune créature réellement ne s’éteindra ni ne passera. C’est pourquoi il est dit : quand l’esprit d’erreur ne réside nulle part, c’est l’éveil. La naissance et la mort sont fondamentalement égales au nirvāṇa (6). Où y-a-t-il extinction et passage ?

(1) Dans la définition de l’esprit quaternaire ( Daochuan, T. 1512), il est dit que le troisième, l’esprit immuable, est qu’il n’y a réellement aucune créature qui n’ait obtenu un quelconque salut. L’esprit immuable signifie que la nature de bouddha et le corps de loi demeurent invariablement en chaque créature. Il en existe trois catégories : celles dont le corps de loi est entièrement recouvert par les impuretés ; celles qui cultivent le cheminement et tranchent l’état de confusion permanent et dont le corps n’est que partiellement pur ; celles qui ont accompli le cheminement des dix terres, qui ont entièrement tranché l’obstacle des confusions mentales et qui sont complètement purs et immaculés. L’esprit immuable (T.1699), c’est aussi témoigner invariablement sa compassion à tous les êtres. Il est essentiel de ne pas différencier entre les créatures car ce serait à la fois nier leur essence bouddhique et se rendre coupable du péché d’orgueil. Ainsi le dit Yinshun, l’aspiration à l’éveil a pour clef de voûte le vœu de faire passer les créatures, c’est pourquoi la clef de voûte est aussi la vacuité du moi.

Réellement aucune créature ne s’éteint ni ne passe du fait de la vacuité de la nature propre, de l’identité des substances corporelles, de la quiétude originelle et de l’absence de pensée (Zongmi). Qu’il n’y ait réellement aucune créature qui ait obtenu de passer, c’est maîtriser notre vision discriminante des autres, trancher les vues erronées dont celle illusoire de la permanence des êtres (Jizang).

(2) Dans le manuscrit le plus ancien on trouve le caractère 持 (Enô kenkyû, p.427) au lieu de 指 (ZZ.38-4, p.333a, Daochuan p.351b)

(3) svalaksana

(4) Le terme parijnāna signifie connaissance complète。 Dans l’idéogramme 識 il y a les éléments de la parole言 et du son音, ce qui me rappelle l’ensemble des facultés discursives que gouverne l’entendement.

(5) 法相 (ZZ.38-4, p.351c) au lieu de 相

(6) Quelle signification donner à l’erreur妄 ?

妄心無處即菩提。生死涅槃本平等quand l’esprit d’erreur ne réside nulle part, c’est l’éveil. La naissance et la mort sont fondamentalement égales au nirvāṇa

Il s’agit d’une citation que l’on retrouve notamment dans 首楞嚴義疏注經 (No. 1799 子璿集, Vol. 39) un commentaire du Śūraṃgama-sūtra de l’époque Song.

Il faut entendre qu’il n’y a pas de différence entre les êtres en ce qui est de leur potentiel à parvenir au nirvāṇa.

Comment est utilisé le concept de l’erreur dans le Sûtra de la plate-forme ? Il faut comprendre qu’au sein de l’erreur subsiste la nature pure (section 36, p.67) et que la terre spirituelle, dénuée d’erreurs, est la discipline de la nature propre (section 41, p. 72). Détachez-vous des pensées erronées et votre nature originelle se dévoilera dans sa pureté ! (section 18, p.44) Qu’entend-on par « en sa propre nature, passer par soi-même sur l’autre rive » ? En dépit des vues hérétiques et des passions, de l’ignorance et de l’inconscience, des illusions et des erreurs, c’est posséder soi-même, en son propre corps formel, la nature de l’éveil originel. (section 21, p.48-49)

Le soleil et la lune brillent continuellement. C’est seulement lorsqu’ils sont cachés par les nuages qu’ils éclairent le haut, mais que le bas est assombri. Le soleil, la lune, les étoiles et les planètes ne peuvent plus alors être distingués. Soudain, quand survient un vent de sagesse qui dissipe, par son souffle, et fait rouler tous les nuages et les brumes, apparaissent aussitôt les dix mille phénomènes. La nature humaine est aussi pure qu’un ciel limpide. La sagesse se compare au soleil et la connaissance, à la lune. Sagesse et connaissance éclairent constamment, mais, dans notre attachement aux circonstances extérieures, les nuages flottants des pensées erronées voilent la nature propre qui ne peut plus briller. (section 20, p.46)

Sûtra de la plate-forme

Publié dans Bouddhisme Zen

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Section 3.3

Publié le par Ysia

Section 3.3

S. et les fais passer (1).

C. L’être Vérité montre que les êtres des neuf terres (2) ont tous l’esprit subtil (3) du nirvāṇa qui les porte à s’éveiller et à pénétrer où rien ne reste (4). Où rien ne reste, c'est sans le superflu des vices et des passions. Le nirvāṇa a le sens de plénitude et de pureté. C’est éliminer tous les vices et ne jamais les laisser naître. S’étant accordé à le faire, le passager qui effectue le voyage traverse l’océan de naissance et de mort. L’esprit de bouddha, dans son équanimité, souhaite que toutes les créatures dans leur universalité pénètrent ensemble le nirvāṇa de plénitude et de pureté, où rien ne reste, traversent ensemble l’océan de naissance et de mort et témoignent ensemble de l’expérience bouddhique. Il y en a qui, face à l’éveil ou à la pratique bouddhique, s’imaginent y être parvenus mais ne font naître que l’attribut de l’ego ; c’est ce que l’on appelle la fausse conception du soi (5). Extirper entièrement cette fausse conception, c’est ce qui est nommé faire passer.

(1) C’est éteindre滅le brasier mental, éteindre烕par les eaux 氵l’incendie des vices et des passions et permettre aux hommes d’atteindre l’autre rive度autrement nommée le nirvāṇa. Le bouddha est le passeur ; les hommes sont les passagers. Ainsi se définit la transcendance.

(2) - que sont la terre de la sphère du désir, les quatre terres de la sphère de la forme et les quatre terres de la sphère de l’absence de forme –

(3) 妙subtil

(4) Nirvana where nothing is left (Poppe Nicholas The Diamond Sutra, Wiesbaden : Otto Harrassowitz,1971)

(5) « Je pense donc je suis cartésien » n’est que l’usurpation flagrante d’une pseudo-entité dont l’ignorance contribue à s’arroger illégitimement les seuls droits de l’existence et de l’authenticité. Propos recueillis dans la revue Troisième Millénaire

J’aime le Tao et ainsi je progresse dans mon art. Au début de ma carrière, je ne voyais que le bœuf. Après trois ans d’exercice, je ne voyais plus le bœuf. Maintenant c’est mon esprit qui opère plus que mes yeux. Mes sens n’agissent plus, mais seulement mon esprit. Je connais la conformation naturelle du bœuf et ne m’attaque qu’aux interstices. Si je ne détériore pas les veines, les artères, les muscles et les nerfs, à plus forte raison les grands os ! Un bon boucher use un couteau par an parce qu’il ne découpe que la chair. Un boucher ordinaire use un couteau par mois parce qu’il le brise sur les os. Le même couteau m’a servi depuis dix-neuf ans. Il a dépecé plusieurs milliers de bœufs et son tranchant paraît toujours comme s’il était aiguisé de neuf. A vrai dire, les jointures des os contiennent des interstices et le tranchant du couteau n’a pas d’épaisseur. Celui qui sait enfoncer le tranchant très mince dans ces interstices manie son couteau avec aisance parce qu’il opère à travers les endroits vides. C’est pourquoi je me suis servi de mon couteau depuis dix-neuf ans et son tranchant paraît toujours comme s’il était aiguisé de neuf. Chaque fois que j’ai à découper les jointures des os, je remarque les difficultés particulières à résoudre, et je retiens mon haleine, fixe mes regards et opère lentement. Je manie très doucement mon couteau et les jointures se séparent aussi aisément qu’on dépose de la terre sur le sol. Je retire mon couteau et me relève ; je regarde de tous côtés et me divertis ici et là ; je remets alors mon couteau en bon état et le rentre dans son étui.

L'Oeuvre complète de Tchouang-tseu, Liou Kia hway

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Nubie

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De l'art pariétal aux dynasties d'antan
De l'art pariétal aux dynasties d'antan
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De l'art pariétal aux dynasties d'antan

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Section 3.2

Publié le par Ysia

S. Quelle que soit l’espèce des créatures, qu’elles soient issues de l’œuf ou de l’utérus (1), d’un suintement (2) ou d’une apparition (3), qu’elles aient une forme ou qu’elles n’en aient pas, qu’elles soient douées de cognition (4) ou qu’elles ne le soient pas, ou ni l’un ni l’autre (5), je leur permets d’entrer dans le nirvāṇa où rien ne reste (6)

C. Celles nées de l’œuf sont des natures en proie aux illusions. Celles nées de l’utérus sont des natures en proie aux imprégnations (7). Celles nées d’un suintement sont des natures faussées (8). Celles nées d’une apparition sont des natures en proie aux convictions. Illusionnées, elles commettent toutes sortes d’actions. Imprégnées, elles transmigrent sempiternellement. Faussées, elles ne méditent pas. Convaincues, elles succombent (9). Révélez votre esprit et cultivez-le ! Prendre le faux pour le vrai sans adopter le principe du sans-attribut, c’est ce qui qualifie les créatures douées d’une forme. Que l’esprit se maintienne droit intérieurement ! Sans marque de piété ni offrande en se bornant à dire que l’esprit droit est le bouddha (10) sans cultiver la sagesse ni les bénédictions, c’est ce qui qualifie les créatures sans forme. Ignorant la voie du milieu, les yeux voient, les oreilles entendent et l’esprit pense s’agrippant aux attributs des choses. Si la bouche prêche le cheminement bouddhique sans que l’esprit l’applique, c’est ce qui qualifie les créatures douées de cognition. Les êtres égarés qui s’assoient en méditation et, cherchant constamment à éviter l’erreur, n’apprennent ni la compassion, ni la charité, ni la sagesse, ni les modalités sont pareils aux arbres et aux pierres ; on les dit dépourvus de cognition. On dit ni l'un ni l'autre quand ils ne sont plus attachés à la double notion des choses, l’esprit aspirant au principe. Les dix milles degrés de passions forment l’esprit fangeux. Les formes physiques innombrables ont pour nom générique créatures. L'être Vérité par sa grande compassion les convertit universellement et permet à tous de pénétrer le nirvāṇa où rien ne reste (11).

(1) se traduit suivant leurs auteurs par utérus, matrice ou chorion.

(2) aussi se traduit différemment suivant les auteurs par humidité, exsudation. Je choisirai le terme neutre, suintement

(3) S’agit-il de comparaisons symboliques qualifiant l’esprit des êtres ? L’esprit enfermé dans sa coquille, l’esprit rongé par les moisissures, l’esprit relié par un cordon ombilical? S’agit-il de ces êtres mythiques que mentionne la littérature bouddhique, notamment dans L'abhidharmakosa traduit et annoté par Louis de la Vallée Poussin (1923) :

Il y a là quatre « matrices » des êtres, êtres nés de l'œuf, etc.

Yoni, « matrice », signifie naissance. Etymologiquement, yoni signifie « mélange » : dans la naissance — la naissance étant commune à tous les êtres — les êtres sont ensemble en confusion.

Matrice des êtres nés de l'œuf : les êtres qui naissent de l'œuf, oie, grue, paon, perroquet, grive, etc.

Matrice des êtres nés du chorion : les êtres qui naissent du chorion, éléphant, cheval, bœuf, buffle, âne, porc, etc.

Matrice des êtres nés de l'exsudation : les êtres qui naissent de l'exsudation des éléments, terre, etc., — vers, insectes, papillons, moustiques.

Matrice des êtres apparitionnels : les êtres qui naissent d’un coup, avec les organes non manquants ni déficients, avec tous Ies membres et sous-membres. On les nomme upapâduka, « d'apparition », parce qu'ils sont habiles à l'acte d'apparaître (upapâdana), parce qu'ils naissent d'un coup [sans stade embryonnaire, sans semence et sang] ; tels les dieux, les êtres infernaux, les êtres de l'existence intermédiaire.

Comment les matrices sont-elles réparties parmi les destinées ?

Les hommes et les animaux sont de quatre espèces.

Hommes nés de l'œuf, tels Śaila et Upasaila nés des œufs d'une grue ; tels les trente-deux fils de [Visâkha], la mère de Mrgara; tels les cinq cents fils du roi de Pancâla.

Hommes nés du chorion, tels les hommes d'aujourd'hui.

Hommes nés de l'exsudation, tels Mândhâtar, Câru et Upacaru, Kapotamalinî, Àmrapâli, etc.

Hommes apparitionnels, les hommes du commencement de la période cosmique.

Les animaux sont aussi de quatre espèces. Trois espèces sont connues par l’expérience commune. Les Nâgas et les Garudas sont aussi apparitionnels.

Apparitionnels les ôtres infrrimiix (?), les êtres intermédiaires et les dieux.

Ces trois classes d'êtres appartiennent exclusivement à la matrice apparitionnelle.

Les Prêtas sont aussi nés du chorion.

Ils sont de deux sortes, apparitionnels et aussi nés du chorion. —

Qu'ils soient nés du chorion, cela résulte du discours que tint une

Pretî à Maudgalyayana : « J'accouche de cinq fils la nuit, de cinq fils le jour : je les mange et n'arrive pas à me rassasier ».

Quelle est la meilleure matrice ?

La matrice apparitionnelle.

S’il faut articuler une définition de l’ensemble des créatures, peut-être est-ce celle qui suit :

A. Du point de vue du mode de production, on peut les répartir en quatre sous-divisions 四生:

  1. Celles nées de l’œuf, donc certains ovipares, comme les oiseaux. D’abord la femelle pond l’œuf puis l’ayant couvé, la naissance se fait.
  2. Celles nées de l’utérus, autrement dit les vivipares, les mammifères (comme l'Homme) mais aussi certains reptiles (comme le serpent caméléon), quelques amphibiens et des arthropodes comme certains insectes ou scorpions et certains poissons. Au début, c’est comme pour l’oeuf sauf qu’il ne se détache pas du corps de la femelle jusqu’à ce que les membres et le corps soient formés, alors il quitte le ventre de la mère.
  3. Celles nées de l’humidité. On entend par là aussi certains ovipares comme les tortues, plusieurs reptiles et serpents, les insectes, les invertébrés, les crustacés, les batraciens et la majorité des poissons. D’abord la femelle pond l’œuf (frai ou alevin) puis, s’étant séparé du corps de la mère, jouissant d’eau et de chaleur et subissant une lente métamorphose, il atteint un stade final plus ou moins formé à moins d’être un marsupial.
  4. Celles nées d’une métamorphose comme les divinités, être célestes et démons, qui, récoltant le fruit des actes antérieurs, apparaissent subrepticement.

Mais qu’est-ce qu’un hippocampe ? Entre ovipare et vivipare ? Et le papillon sortant de sa chrysalide est-il l’un de ces êtres issus d’une transformation ?

B. Du point de vue de la substance formelle ou non-formelle des créatures, elles se divisent sur le plan matériel en deux groupes :

  1. Les créatures douées d’une forme 有色qui signifie 有形.
  2. Les créatures sans forme 无色/非色, c’est-à-dire celles du domaine du sans-forme, sphère de l’immatériel, résidence du vide. Concernant le le sans-forme, certains disent que les formes grossières y sont absentes. D’autres au contraire disent que même les formes subtiles y sont absentes et qu’il n’y est palpable que l’activité de la conscience。

C. Du point de vue de l’absence ou non de conscience chez les créatures, il existe trois groupes:

  1. Celles douées de cognition comme le genre humain et la plupart des êtres célestes.
  2. Celles dépourvues de cognition et qui relèvent du domaine de la non-cognition
  3. Celles qui n’ont ni cognition ni n’en sont dépourvues

(4) Il s’agit de trois énumérations consécutives d’êtres ou d’états : de l’œuf/ ou de l’utérus/, d'un suintement/ ou d’une apparition. A la première suit la deuxième : qu’elles aient une forme/ ou qu’elles n’en aient pas et puis la troisième : qu’elles soient douées de cognition/ ou qu’elles ne le soient pas/, ni qu’elles en soient douées ni qu’elles n’en soient pas (ni l'un ni l'autre).

(5) Il m’est difficile à ce stade de trouver une traduction satisfaisante pour . Si est pensée, qu’est-ce qu’est précisément ? S’agissant de l’idéogramme lui-même, il signifie la perception par l’esprit des attributs et définit cet œil 目 mental心 inquisiteur. Il s’agit, dans son sens philosophique, d’une opération mentale de celui qui perçoit. La perception est ce que nous apprécions consciemment dans ce que nous ressentons, je veux dire à travers les sensations. Pourtant, n’oublions pas que la psychologie moderne définit la perception comme fondamentalement entachée de partialité car fondée sur nos préjugés. Notre conscience n’est-elle rien d’autre que le legs trompeur de l’évolution des espèces?

Selon la plupart des sociologues, nous devons faire notre possible pour découvrir la vérité inaltérée qui nous permet de juger lucidement. Mais la sélection naturelle a-t-elle nécessairement conçu des organismes soucieux de vérité ? Peut-être pas. En réalité, dans certains cas, l’évolution irait même à l’encontre de la vérité et de la réalité des faits. Ce qui importe pour l’être humain, c’est l’amélioration de son bien-être physique. Et s’il est nécessaire parfois d’être partial et dans le faux pour parvenir à ses fins, ne doutons pas alors que l’esprit porte systématiquement des jugements erronés et partiaux. « La fonction principale du système nerveux », selon la spécialiste des sciences cognitives Patricia Churchland, est « de faciliter l’activité des parties du corps humain pour que l’organisme survive… La vérité, quelle qu’elle soit, vient définitivement en dernier ». (The rational animal, Douglas T. Kenrick & Vladas Griskevicius, Basic books, 2013, p.77-78).

Le terme « préjugé» est souvent jugé honteux. On nous a enseigné à ne pas avoir de préjugés et à faire preuve de justesse, raison et perspicacité. Pourtant la réalité est que nos cerveaux ont évolué vers une plus grande partialité – faisant, comme il était prévisible en effet, des erreurs et prenant des décisions qui semblent irrationnelles…Ce qui semble ridicule, voire même délirant peut être judicieux dans une perspective d’évolution. (ibid. p.93)

J’ai d’abord hésité entre perception et intellection. Mais intellection implique un effort de compréhension succédant à la perception, que la définition den’inclut pas forcément. Un deuxième choix s’est présenté entre perception et notion. Il est vrai que perception est aujourd’hui compris comme l’appréhension par les sens alors que notion a le sens d’appréhension par l’esprit. Un troisième choix s’est offert entre idée et notion. Mais peut-être faut-il l’entendre comme l’impression subie ou ressentie qui conduit à l’appréciation par l’esprit. Ce passage fait référence à trois états :

  1. L’état de cognition
  2. L’état de non-cognition
  3. L’état entre cognition et non-cognition, où les deux se confondent, coexistant et n’existant pas tout en même temps. Du nom sanskrit naivasamjnānāsamjnāyatana, qui se traduit suivant le dictionnaire électronique de sanskrit par place where there is no thinking and no not-thinking..

(6) Il existe deux sortes de nirvāña :

  1. Le parinirvāṇa ou anupadhiśeṣa-nirvāṇa qui définit l’extinction des passions où il n’y a plus de condition d’individualité et marque l’anéantissement des cinq agrégats. Il faut entendre par là qu’il n’y a plus rien à assouvir.
  2. Le nirvāña « avec reliquat »

Quelle est la différence entre les deux ? Selon le Traité de la grande vertu de sagesse 大智度論, le nirvāña « avec reliquat », c’est renoncer à toutes les passions nées des causes des cinq agrégats alors que le nirvāña « sans reliquat », c’est renoncer à celles nées de leurs effets. Que sont les cinq agrégats ? Il y a l'agrégat de la matière, l'agrégat des sensations, l'agrégat des perceptions, l'agrégat des formations mentales et l'agrégat de la conscience. Kuiji (T.1700) ajoute que ces deux étapes sont précédées par la réalisation de la nature pure et immaculée et succédées par l’absence de demeure.

(7) Le terme imprégner/imprégnation pour traduire dans ce contexte a un sens double : celui de féconder et celui d’influencer.

(8) Si hérésie était le terme choisi dans le Sûtra de la plate-forme pour ,je lui préfère un terme plus simple faussé.

(9) L’édition ZZ.38-4 donne le caractère au lieu de

(10) Ce passage reprend le thème exposé à la section 14 du Sûtra de la plate-forme, p.14 : Si, sans cultiver la droiture spirituelle, votre bouche discourait sur la pratique de la concentration entière de l’esprit, vous ne seriez pas disciples du Bouddha!

(11) Lorsque je dis que les créatures succombent, c’est qu’elles sombrent dans l’enfer ininterrompu (avīci). Cette dernière assertion que je préfère omettre se trouve dans l’édition ZZ.38-4.

Qu’appelle-t-on les sciences noétiques ? Le mot "noétique" vient du grec ancien "Noêsis" qui signifie "l'acte d'intelligence par lequel on pense". Il concerne ce qui est du domaine de la pensée et de l'esprit, mais dans le sens spirituel du terme. Le domaine des sciences noétiques inclut la connaissance au sens d'une quête alliant recherche scientifique et démarche spirituelle pour approcher les mystères de la vie et de l’Univers.

Institut Suisse des sciences noétiques

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Essais

Publié le par Ysia

Sur la Route de Turfan

Dans le désert se profilent à l’horizon dunes après dunes, monts après monts, sable rocailleux, doré, noir, roux.  Soudain apparaissent des oasis de champs de coton où s’affairent hommes, femmes et enfants.  Vignes et champs de maïs quadrillés  par des rangées de bouleaux au bois blanc. Alors reprend le paysage de désert où mines et fabriques de briques se pointent éparses dans l’univers de canyons qui se poursuit à l’ infini. Paysage découpé dans le sable et la roche que le vent a dessiné et l’homme a démarqué. Impressionnantes sculptures de sable auxquelles succèdent platitude et vide éblouissant sous le soleil feutré par les traînées nuageuses alors que se multiplient à l’horizon les machines de forage et leur mouvement sans cesse du haut vers le bas.

La vie est un désert qui se perd à l'horizon. Aride de vérité, elle offre des mirages d'hypocrisie aux regards des hommes et des femmes qui errent inexorablement. Ses oasis de paix ne sont atteints que grâce aux qualités de foi et de raison, une fois qu'arrogance et mensonge ne glissent plus à leurs oreilles les rumeurs enivrantes des plaisirs illusoires.

 

Narcisse et Echo

Les mémoires nous taraudent, quand la mémoire collective a été raturée  Édouard Glissant.

Le corps porte la trace de la mémoire collective. Mémoire orale, auditive, visuelle. L'âme est bâtie des cendres ancestrales, de la poussière originelle qui flotte et s'envole en spasmes et ellipses dans le vent  ! L’énergie se meut pareille à une spirale !  La mémoire des gènes (autrement nommée l’empreinte parentale) est un message légué par l’ancêtre. D’où vient l’inspiration de l’artiste  des grottes?

Primitif signifie un premier pas, un commencement.

D’où vient l’élan artistique ? Parle-t-on d’un saut collectif ou individuel ? Parle-t-on d’un effort inconscient ou conscient, lié à la vie psychique de l’être ?

Pour qu’une description du cerveau puisse être donnée et qu’une théorie pérenne des Arts soit établie dans le cadre de cet effort,  il faut procéder par étapes à la lumière convergente des sciences du cerveau, de la neuropsychologie et de la biologie du développement cérébral. (Consilience, the Unity of knowledge, Edward O. Wilson, First Vintage books Edition, April 1989, p. 236, New York : Knopf : Distributed by Random House, 1998)

Par la puissante dynamique des forces pures, l’énergie créatrice danse sous le regard, pareille à une ronde magique sous les mains de l’artiste. C’est du visible que surgit l’inconnu, une énergie multiforme qui se déforme et se reforme inlassablement. A la racine de l'énergie se trouve l’inconscient. Du visible à l’invisible. Du connu à l’inconnu. De l’archétype au prototype. Et de l’inconscient de l’activité humaine jaillit la beauté archaïque. Par une schématisation, une simplification extrême,  l’expression primitive se perpétue… De l’œil de la pirogue à l’entrée de la grotte des Origines…

Figures anthropomorphes

 

It takes a lot of time to be a genius, you have to sit around so much doing nothing, really doing nothing (Gertrude Stein, Everybody's Autobiography)  

C’est dans l'imaginaire que l'on puise la sagesse de vivre et de créer. Le sculpteur Ousmane Sow a dit porter en lui les ethnies qu’il cherche à sculpter et peut laisser mûrir une idée pendant des mois voire des années. Le masque ancien figé dans l'instant, objet inamovible de pierre, symbolise le tâtonnement dans la nuit , la perception fragile de l'essence des êtres et du monde. Il y a une force inimaginable dans la pétrification sur pierre ou sur bois d’une figure anthropomorphe ou d’un visage affublé de cornes rappellant l’expression bucolique. Cornes, comme le dit Claudel, « qui s'élèvent au-dessus de la tête et se recourbent sur elles-mêmes » comme pour se piquer au sang, acte suicidaire symbolique. Visages pensifs fixant leur regard vide sur l’homme moderne comme l’ombre de lui-même.

Les sens

 

rien ne peut mieux guérir l'âme que les sens, comme rien ne saurait mieux que l'âme guérir les sens.

Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray

 

De l’unique au multiple, la diaspora de mes sens se disperse dans le silence, l’oubli et l’incompréhension. C’est le déracinement qui crée la blessure de mon âme. Même si je vois un sourire, c’est la souffrance que je ressens. Un jour, je laisserai se déverser mon cœur qui jettera des flots de désespoir. Mais pour l’instant, c’est mon esprit qui s’exprime et mon âme qui s’instruit. Un jour, j’en appellerai à mes ancêtres qui crieront : Liberté !  La vie, pareille à la frêle existence des fleurs printanières qui bourgeonnent et flétrissent dans un cycle ininterrompu de reproduction, me confiera son secret.

Aux cinq sens que sont l’odorat, l’ouïe, le son, le toucher et le goût, il faut ajouter le sens de perception de la chaleur (ou sensibilité thermique), le sens de perception de la douleur, le sens de proprioception ou la sensibilité telle que définie par la perception qu'a l'homme de l’activité et du mouvement de son propre corps et le sens de l’équilibre établi par le système vestibulaire. A ceux-ci s’ajoutent dans le règne animal l’écholocation,  la magnétoception et l’électroception. Stimulus que mettent en branle des perceptions ressenties à tous niveaux par des récepteurs. Voies sensorielles captées vers le cerveau qui les traduit sur le clavier de son cortex sensoriel.

Couleurs primaires

Il me vint l’envie de peindre en couleur, le désir  de remplir ce vide de couleurs bigarrées, lumineuses et mondaines. Je découvris les couleurs et les utilisai dans mes dessins à l’encre noire. Des couleurs  primaires, mélancolie du lien avec la terre, souvenir des grottes de Lascaux ou des chambres mortuaires du Gansu ou d’ailleurs, souvenir d’une épopée murale sur la Route de la soie qui s’étend d’Est en Ouest dont les grottes de Dunhuang sont témoins. Couleurs basiques, primaires, fondement de vie !  Mon horizon s’illumine d'un irrésistible désir de jouer avec elles.

Encre de Chine

Formes primaires. Cercles ou lignes,  allongées et vivantes dans leur apparition poétique à la fois réelles et expressives. bstractions chimériques de l’ultime connaissance. Telles des apparitions immédiates de ce que je perçois. Connaissance des secrets de l’univers, d’un mystère commun, d’un non vu, non créé. Poésie de ces instants premiers. Énigme sans solution ni raison qui ne se prête pas à l’analyse. Grâce divine qui pare les élus d’atouts de prédilection.

Traits : Éléments primordiaux par lesquels jaillit la lumière de l’esprit et se révèle la puissance créatrice. L’au-delà, le bond vers l’absolu, le néant, le vide avant la création, l’incréé, le non-agir.

L’encre de Chine est belle et sensuelle, d’une beauté nue et pure. Je l’ai découverte et ne semble plus vouloir m’en passer.

Dessins à l’encre, ébauches sur le modèle d’une poterie tripode à tête d’aigle, d’une bouteille de céramique à tête humaine, d’une coupe à vin de bronze en forme de hibou. Vierges Noires d’Auvergne et Peintures Murales de l’Abbaye de Saint-Savin sont venues s’ajouter à la longue liste des pièces anciennes, chinoises ou d’ailleurs !!!

Contours et préhistoire : Quelque chose s’illumine, se métamorphose quand l’encre joue avec les lignes, le pinceau avec l’image abstraite. Des contours primaux. Juste les traits, les arrondis et les arcs à l’ infini. Lascaux résonne et je lui réponds !

Publié dans Cheminement

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In Memory of Wu Chiyu 吳其昱 (1915-2011)

Publié le par Ysia

 

Huineng

En préface de son commentaire sur le Vajracchedikâ Sûtra (Le Sûtra du Diamant), Huineng dit :


Dans l’univers existentiel, il y a la montagne de l’ego. 

A l’intérieur de la montagne de l’ego, il y a la mine des passions.

Dans la mine des passions, il y a le joyau de la nature bouddhique.

Au cœur du joyau de la nature bouddhique, il y a l’orfèvre de sagesse.

Que l’orfèvre de sagesse perce la montagne de l’ego et découvre la mine des passions.

Par la fonte du minerai sous le feu de son illumination, il verra le diamant de la nature bouddhique qui brillera par la pureté de son éclat. (trad. par Ysia)

 

Huineng (638-713), le sixième patriarche du bouddhisme Zen, était un pauvre indigène du sud qui vendait du bois sur la place du marché. Pendant huit mois, il pila le grain au service de la communauté monastique de son prédécesseur Hongren. La pratique ascétique non pas qu’elle soit dévalorisée devient celle de tous les jours - en marchant, debout, assis ou couché. Le laïc qui n’a pas la possibilité de réciter à longueur de journée les sûtras ni de pratiquer la méditation des heures durant voit avec joie que cette conception de l’éveil est à  sa portée, qu’elle est la voie de son salut:


Mes bienveillants amis, si vous désirez cultiver (la pratique bouddhique), vous réussirez même si vous êtes laïques. Il n’est pas nécessaire d’habiter un temple (Sûtra de la plate-forme, section 36, You Feng, 1992).


Le personnage de Huineng n’est pas unique en son genre. L’histoire du bouddhisme indien donne notamment pour exemple Suddhipanthaka qui connut le grand éveil en balayant le sol. Deux conclusions s’imposent :

  1. L’ingratitude de leurs travaux manuels est le témoignage, par les textes, de la compassion qui caractérise le système mahayanique pour la douloureuse condition humaine.
  2. L’éveil se forge en l’esprit et n’a rien à voir avec la nature de nos occupations.

On peut aussi en déduire que le génie est un trait de l’humanité. Les êtres humains sont égaux devant l’éveil et, de ce fait, les plus durs labeurs acquièrent toute leur noblesse.

 

Bien que, parmi les hommes, il y ait ceux du Sud et ceux du Nord, il n'y a précisément ni nord ni sud dans la nature bouddhique. Bien que mon corps d'indigène soit différent du vôtre, maître, comment nos deux natures bouddhiques seraient-elles inégales? (section 3)

 

Deux stances, deux conceptions de la vie :
Le corps est l’arbre d’éveil
L’esprit ressemble au support d’un miroir brillant
Appliquez-vous à l’essuyer constamment
Afin qu’aucune poussière ne s’y dépose

A l’origine, il n’y a pas d’arbre d’éveil
Et le miroir brillant  n’a pas de support
Puisque la nature de bouddha est toujours pure et immaculée

Où donc adhère la poussière?   (Sûtra de la plate-forme)

身是菩提树,心如明镜台,时时勤拂拭,勿使惹尘埃 

菩提本无树,明镜亦非台,佛性常清净,何处惹尘埃

(Manuscrit de Dunhuang)  

 

L’image du miroir brillant est très présente chez les mystiques, qu’ils soient taoïstes ou bouddhistes Zen. Dans la traduction française Tchouang-Tseu, œuvre complète, de Liou Kia-hway (Gallimard), on peut lire au chapitre V, La vertu surabondante et authentique :

 

Sur un miroir brillant, la poussière ne se fixe pas ; si la poussière s’y fixe, le miroir n’est plus brillant.  (p.60) 

‘鑑明則塵垢不止,止則不明也

 

A consulter sur le site Méditation et bouddhisme à Paris l‘article d‘Urgyen Sangharakshita sur l’art et la vie spirituelle.

 

Le vent et la bannière

L’histoire symbolique du vent et de la bannière fait partie de ces récits de l’histoire du bouddhisme Zen (Chan) dont se dégage un enseignement d’une grande portée, chargé de poésie. Est-ce une fiction ou un fait authentique dans la vie de Huineng ? Elle symbolise, quoi qu’il en soit, l’illusion du monde sensible et fait partie de ces détails hagiographiques qui auraient mérité s’inscrire dans le récit original. La parabole du vent et de la bannière est à rapprocher de celle du papillon et de Zhuangzi. L’esprit est pareil à  un papillon volant inlassablement.

La légende 曹溪大师别传  rapporte :

Les moines qui souvent débattaient du sens des choses épiloguaient sur la bannière qui flottait au vent.
Le premier disciple déclara: “La bannière est inanimée. C’est le vent qui l’agite”
Le deuxième dit: “Le vent et la bannière sont tous deux inanimés, comment pourraient-ils faire un mouvement?”
Le troisième commenta : “Parce que les conditions sont harmonieusement réunies, le vent et la bannière ensemble produisent un mouvement.”
Le quatrième affirma: “Ce n’est pas la bannière qui s‘agite. C’est le vent qui circule naturellement.“
La communauté débattait, vociférant sans fin.
Le Grand Maitre Huineng les interrompit et dit à haute voix: “La bannière, pas plus que le reste, ne s‘agite. Le mouvement dont vous parlez, c’est l’esprit de l’homme lui-même qui le crée.” (trad. par Ysia)

  • Je n'avais  jamais considéré  la disposition spatiale d'un temple comme l'équation de nos trois natures,  la symbolique immatérielle de l'être humain.Le temple Guangxiao à Guangzhou 光孝寺 est celui dans lequel l'histoire de la bannière et du vent se serait  déroulée.Selon Yanagida et d'autres experts, 壇經 aurait été composé longtemps après le décès de Huineng.

 

Prose bouddhique

La déesse jadis s'est enfuie dans la lune.
Nous frappons à la porte de la bonzerie suspendue dans les nuages,
Par les plantes grimpantes emprisonnée.
La talentueuse Xuanji ne peut entrer
Alors que Sun Chuo connaît l’éveil.
Qui est le pieux laïc à moitié éveillé ?
C'est celui qui attend après le plus petit des trois Véhicules.
Quand les pieux laïcs offriront-ils un banquet maigre ?
Dans le monde de fraîcheur du mont Wutai,
La verve poétique illusoire est chassée !

Les courtisanes arborent des sourires
Tandis que ce jour s’écoule dans la bonzerie de mon pays natal.
Compatissant, tu as laissé quelques beaux vers dont j'ai le chant acclamé.
Sous le frais ombrage des bambous,
Tu séjournes au loin sur le mont Gajasîrsa.
Aux bâtiments couverts de chaume
Pend le lichen d’une beauté ravissante.
Sous la splendeur de la lumière automnale
Poussent les chrysanthèmes au pied de la clôture de bambous.
L'esprit vagabond transmet la méditation illusoire. (Le dévouement du marchand, You Feng, 2008)

Song Yu : célèbre poète originaire du pays de Chu.
Sun Chuo (314-371) : auteur de poèmes et de récitatifs.
Yu Xuanji (844-869) : prêtresse taoïste sous la dynastie Tang qui fut à l’origine courtisane.

Bodhidharma rencontre l'homme des cavernes

 

A l’origine, si je vins au pays des Tang,

Ce fut pour transmettre l’enseignement

Et sauver les êtres sensibles qui sont égarés,

Comme une fleur ouvrant ses cinq pétales,

Et dont le fruit formé mûrirait naturellement 

(Sûtra de la plate-forme, You Feng, 1992, p.84)

 Connaître les choses, ce n’est pas les saisir telles que nous les voyons. Il faut que  leur réalité invisible nous apparaisse, et pour cela, nous devons la rendre visible à notre esprit… Pour connaître les choses, l’homme doit les faire éclore. Qu’est-ce que cela veut dire ? Toutes choses sont créées non pas avec leur réalité entière et définitive, mais comme des semences qui devront germer, puis donner une plante avec des fleurs et des fruits…(Paracelse, volume 7 des Cahiers de l’hermétisme, p. 77, Albin Michel, 1980)

Contours et simplicité des lignes... Courbes fortes qui se suffisent à elles-mêmes et que des moines peintres dans un isolement parfait ont tracées et dessinées suivant une esthétique d’une sensibilité unique. Le moine ermite retiré dans une caverne, se fait-il l'écho, des siècles plus tard, de l’artiste de la préhistoire ?

Art et méditation, silence et création, profondeur et simplicité des traits fondamentaux. Image à l’encre japonaise. Peinture en tant qu'objet de contemplation.

Les bonzes japonais, comme Fūgai Ekun (1568-1654), qui choisirent de peindre, parfois  à l'automne de leur vie et dans l'isolement d' une caverne,  respectent à travers leurs œuvres les principes suivants: Asymétrie ou déni de la perfection; Simplicité ou modestie; Austère vénérabilité; Absence de prétention ou naturel; Profond mystère (Subtilité profonde*); Infinité (Liberté inconditionnelle*); Tranquillité (Sérénité*).

Voici ce que Stephen Addiss écrit dans The Art of Zen (Darry N. Abrams, Inc., New York, 1989, p.45-46) :

 

What made Fūgai decide to turn his back on the traditional Zen way of life and adopt such a primitive existence? Was he influenced by tales of eccentric Chinese monks and Taoist recluses of the past? Was he unhappy at the increasing materialism of Japanese culture ...? ...more probably, Fugai needed to live completely on his own in order to achieve his Zen goals... At first, he lived in a double-cave that had been a prehistoric burial site... After a year or two, Fūgai moved to another small cave... By living in a cave, Fūgai emulated Daruma (Bodhidharma), who is supposed to have meditated in front of a wall for nine years.

 

  Bodhidharma, sujet préféré des moines peintres japonais, est le fondateur légendaire de la secte Chan (Zen). Son origine est obscure. D'après une source, il serait un moine persan, arrivé en Chine vers 480. La tradition retiendra l'histoire décrite par Daoxuan 道宣 dans le Xugaosengzhuan 续高僧传, complément à la biographie des moines  éminents, et celle de Yangxuan 杨炫, contemporain de Bodhidharma, dans son Luoyangjialanji  洛阳 伽蓝记 :

Bodhidharma, le vingt-huitième patriarche de l'école Chan en Inde, arriva en Chine en 527. Contemplateur du mur 面壁 durant neuf ans, il est le lien entre le dhyāna indien (mot sanskrit signifiant concentration, méditation, traduit en chinois par chan 禅) et le chan chinois.

* Masumi Shibata, Les maitres du Zen au Japon, Maisonneuve et Larose, nouvelle édition,  2001

La culture japonaise reflète les apports de la civilisation chinoise de par leurs traditions imbriquées. A  la « consonance spirituelle » qu' attribue le peintre-photographe Lang Jingshan 郎静山 (1892-1995) à la peinture chinoise répond la notion de « paysage intérieur » défini par l'expert japonais Seigo Matsuoka comme une empreinte  spirituelle et  hautement consciente de l'art. Les traits austères de la peinture Zen, flanqués du vide sublimé, sont l'évidence d'une philosophie de l’Omission, provocateurs d'une absence qui impose silence à notre imagination.

 

One hand clapping

 

Sur le thème des représentations de figures animales et hybrides reprises notamment par Hakuin Ekaku (1685-1769), le plus célèbre moine artiste japonais des cinq cents dernières années, dont l’art regorge de blaireaux, de singes et de démons, Stephen Addiss écrit dans The Art of Zen, p.115 :

 

  The one-eyed goblins, the demons of musical instruments, the reptilian and bird-beak ogres, and all the assorted weird creatures – are they not ourselves? Their battles and their fears are our own…

 

Arhat

 

Faut-il chercher chez les moines chinois la source de l’inspiration des moines-peintres japonais? Guanxiu 貫休 (832-912) moine chinois originaire du Zhejiang à la fois peintre, calligraphe et poète aux remarquables effigies des seize arhats, rappelle l'importance, dans le Mahayanisme de l'Extrême-Orient, de ces ascètes aux rides symboliques qui portent sur leur visage le poids des passions humaines, des tourments et des souffrances existentielles des siècles passés.

 

Qu’est-ce qu’un arhat ? Dans Les seize arhats protecteurs de la loi de Sylvain Lévi et Edouard Chavannes, extrait du Journal Asiatique, juillet-août 1916, on peut lire que l'on mentionne pour la première fois le groupe des seize arhats dans la Relation sur la durée de la loi, énoncée par le grand Arhat Nandimitra 大阿罗汉难提密多罗 所 说法住记 traduit par Xuanzang 玄奘 en chinois :

 

Le Bouddha Bhagavat au moment de son parinirvāna a confié la loi sans supérieure à seize grands Arhat et à leur entourage, en leur ordonnant de la protéger de façon à ce qu’elle ne fût pas détruite... Parce qu’ils ont reçu le mandat du Bouddha, grâce à la force de leurs pénétrations surnaturelles, ils ont prolongé la durée de leur propre longévité

 

Le style grotesque hors du commun de Guanxiu rappelle celui des moines Zen japonais. Ces crânes bosselés comme des rhinocéros couchés, ces rides profondes, ces postures dissymétriques sont les prémices des peintures Zen. (Les Seize Arhat dans la peinture chinoise (VIIIe-Xe s.) et les collections japonaises : prémices iconographiques et stylistiques par Evelyn Mesnil, Arts asiatiques, 1999, volume 54, pp 66-84)

 

Publié dans Bouddhisme Zen

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Poète de l'Univers

Publié le par Ysia

Par l’éclat d’une image, le passé lointain résonne d’échos

(Gaston Bachelard, La poétique de l’espace)

 

  La géométrie de la génétique

 

Adam et Eve,

Porteurs de l’information génétique,

Matrices de la science et de la nature,

Par lesquelles jaillissent les rameaux héréditaires.

 

Façade du cerveau aux antennes visuelles et auditives,

Par les oreilles ont été perçus les premiers sons

De la double hélice primordiale à l’esthétique des lignes,

Miroir des formes équiangulaires dans un enroulement sans fin.

 

 

 Eclipse sur l’Ile de Pâques

  Ombre circulaire sur l’Ile de Pâques

Témoins de pierre de l’éclipse solaire

Soleil dodécagone aux douze pétales

Douze apôtres, une inspiration

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Section 3.1

Publié le par Ysia

Bodh Gaya

SECTION TROIS: LA DOCTRINE ORTHODOXE DU GRAND VEHICULE

 

T. Le bouddha déclara à Subhūti : Tous les bodhisattvas, les grands êtres, doivent ainsi discipliner leur esprit.

C. Qu’elle soit passée ou future, si chaque pensée est pure et immaculée, ils s’appellent bodhisattvas. Si, sans régresser d’une pensée à l’autre, l’esprit,  même tourmenté, est constamment pur et immaculé, ils se nomment  les grands êtres. Et, si, usant de toutes sortes d’artifices, ils convertissent et guident (1) les êtres (2) avec miséricorde et charité, leur nom est bodhisattvas.  Sachant convertir ceux qui peuvent l’être, ils se nomment les grands êtres. Respecter tous les êtres, c’est ce à quoi se soumet leur esprit. C’est quand rien ne change ni ne varie (3).  Affronter toute circonstance avec équanimité, c’est ce qui définit leur véritable nature. On dit aussi : sans forme extérieure d’imposture ni forme intérieure de confusion (4) c’est là la véritable nature. Toutes pensées égales, c’est discipliner l’esprit (5).

 

(1) 化導 (convertir et guider) se transforme dans le commentaire de Daochuan en化度 (convertir et sauver)

(2) Les êtres ordinaires se concentrent sur leurs affections tandis que les bodhisattvas sont déterminés à s’éveiller. L’existence des premiers est une lutte perpétuelle. Ces luttes acharnées sont provoquées par l’attachement erroné aux affections qui brident la sagesse. C’est pourquoi chaque geste, chaque mot de l’être ordinaire met en avant son propre avantage, celui de sa famille et de son clan au détriment du bonheur de la majorité des êtres.  Par contraste, le bodhisattva aspire à l’éveil pour le  bien d’autrui. C’est cela le véritable éveil. La sagesse purifiant les affections, c’est ce vœu d’éveil qui domine l’esprit du bodhisattva. Faisant le vœu d’encourager l’éveil et de sauver les êtres. L’esprit du bodhisattva dont le seul désir est d’obtenir les vertus méritoires de la sagesse insurpassée est semblable au diamant. (Yinshun)

(3) L’expression rappelle celle du Vimalakirti Nidesa Sutra 夫如者不二不異 et que Robert Thurman traduit par reality does not consist of duality or of diversity.

真者不變。如者不異 explique en deux temps le terme 真如 tathāta qui se traduit par ainsité ou quiddité. Il définit la véritable nature de toute chose, seul absolu au sein de la relativité des choses de la vie et de la mort (Le Sûtra de la plate-forme, p.102). Ainsi il faut déduire du commentaire de Huineng que真如不變不異tathāta, la véritable nature de toute chose, est immuable et indifférenciée.

(4) Le caractère est remplacé par le caractère dans le commentaire de Daochuan, ce qui est corroboré par le plus ancien manuscrit présenté dans Enô Kenkyû, p.426.

L’imposture marque les actes extérieurs. La confusion mentale naît de l’intérieur. 外不假曰真。內不亂曰如 rappelle la section 19 du 坛经 : A l’extérieur, se détacher des attributs se dit méditer. Ne pas être troublé intérieurement se dit concentration. En dépit des attributs extérieurs, que la nature intérieure soit sans trouble et que le soi originel demeure pur et naturellement recueilli ! Ce n’est qu’à cause des circonstances que le trouble naît. (Le Sûtra de la plate-forme, p.45) et la section 17 : Puisque la non-pensée n’aurait pas été établie si les pensées n’existaient pas, ce non de quoi alors est-il le non ? Et cette pensée, de quoi est-elle la pensée ? Le non signifie le détachement d’avec le dualisme et tous les tourments. La pensée consiste à penser à la nature originelle de l’ainsité.  L’ainsité est la substance de la pensée. La pensée est l’usage de l’ainsité. Si votre pensée surgissait de la nature propre de l’ainsité, en dépit des vue, ouïe, perception, et connaissance, vous ne seriez pas souillés par les multiples circonstances et demeureriez à jamais autonome. Le Vimalakīrti Nirdeśa Sūtra dit : A l’extérieur, savoir parfaitement distinguer toute chose de ses attributs, c’est intérieurement être immobile au sein du sens premier (p.43). Les deux versions chinoises de Kumarajiva et de Xuanzang rapporte effectivement l’expression  能善分別諸法相 於第一義而不動 (T.475)   能善分別諸法相 觀第一義 (T.476), pourtant c’est Huineng qui introduit la dichotomie extérieur/intérieur.

(5) L’assertion 不虛一本作不亂 est ajoutée au texte dans 金剛般若波羅蜜經口訣.        

 

Publié dans Bouddhisme Zen

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Section 2.10

Publié le par Ysia

Et les arbres sur les branches desquels se posent les buses sont-ils des humains pétrifiés, condamnés au silence ? ( La licorne spirituelle)

 

Bénarès

 

T. Oh, oui , Vénéré du monde ! C’est avec joie que je souhaite vous entendre.

C. Oh oui  exprime l’acquiescement. Je souhaite, c’est souhaiter que le bouddha s’exprime plus amplement pour ouvrir à la compréhension les êtres dotés de racines moyennes et inférieures (1). Avec joie, c’est écouter avec joie l’enseignement profond de la loi. Souhaiter entendre, c’est avoir soif d’entendre la bienveillante instruction.

 

(1) Un être est pareil à une plante, un arbre dont le processus lent au cours des vies successives tend vers l’éclosion de l’esprit d’éveil. Y-a-t-il éveil subit ? C’est un peu comme demander si un miracle est possible.

L’âme de l’ancêtre réside dans l’arbre dont les branches symbolisent les générations futures.(Esthétique et liberté humaine)

Par ses ramures, l’arbre de vie prolonge irréversiblement les linéaments du commencement, origine commune de toutes les choses et de tous les êtres alors que se produit au cours des générations successives la métamorphose de la psyché rudimentaire dans le cycle incessant de la matière et de l'énergie.( L'énigme humaine)

L’arbre est-il une créature inanimée ? Qu’est-ce que la sève d’un arbre ?  Est-ce la vie ? Est-ce la conscience quand le tronc devient branches ?( La solitude du Rhino) Et d'ajouter que la sève est cette capacité parfois latente plus ou moins développée des êtres qui monte en chacun d'eux jusqu'à se matérialiser.

 

 

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Section 2.9

Publié le par Ysia

知者不言,言者不知

Celui qui sait ne parle pas, celui qui parle ne sait pas

(道德经,56章)

Bénarès

 

T. Les hommes et les femmes de bien (1) qui aspirent à l’esprit d’éveil insurpassé et parfait doivent ainsi demeurer et ainsi discipliner leur esprit (2).

C. A  se dit absence. Uttara se dit supérieur. Sam se dit authentique. Yañc (yak)  se dit total. Bodhi  se dit savoir (3). Absence, c’est qu’il n’y a aucune fange de l’abîme (4). Supérieur, c’est que les trois sphères du désir, de la forme et de l’absence de forme lui sont incomparables. Authentique, c’est la vue authentique. Total, c’est l’omniscience. Savoir, c’est savoir qu’en tout être sensible réside la nature de bouddha. Ce n’est que s’ils cultivent le cheminement qu’ils réussiront totalement à devenir bouddhas. Bouddha (5), c’est la sapience insurpassée, pure et immaculée qui mène sur l’autre rive. En conséquence, s’ils désirent cultiver le cheminement, les hommes et les femmes de bien doivent tous savoir quelle est la voie de l’éveil insurpassé et quelle est la loi de la sapience insurpassée, pure et immaculée, qui mène sur l’autre rive pour, de cette façon, soumettre leur esprit.

 

 

 (1) Preuve de l’effort de vulgarisation par Kumarajīva, c’est la deuxième fois qu’il emploie l’expression les hommes et les femmes de bien. Il  est imité par Paramārtha (T.237) qui ajoute qu’il s’agit de ceux-là qui cheminent dans le véhicule des bodhisattvas, ainsi nommés dans les autres traductions chinoises et les versions sanskrite (Conze) et tibétaine (Walleser). 

 (2) Ici et maintenant ! Voilà où demeure l’esprit. C’est une attention à la fois objective et détachée, une disposition active - et non passive - de l’esprit d’où ma première traduction (Le bouddha, qui habite la nature propre de chacun et chacune, veille consciemment et consciencieusement sur les pensées des être qui aspirent à l’éveil). Nos émotions sont-elles un héritage génétique, inadaptées à l’environnement moderne ?

Nos peurs, nos anxiétés sont bien celles dont nous parle Edward O. Wilson : We have created a Star Wars civilization, with Stone Age emotions.

 

(3) Anuttāra samyak sambodhi : suivant la section 2.6, A-n-uttāra se traduit par insurpassé, sam-yak-sam par parfait et bodhi par éveil. On trouve pour traduction complète de阿/耨多羅/三/藐/三菩提anuttāra samyak sambodhi  無上正等正覺, notamment  Kuiji (T1700 :: 阿耨多羅者此云無上也。三者正也藐者等也。三又名正菩提稱覺應云無上正等正覺). En revanche, Huineng commente 阿之言無 /耨多羅之言上/三之言正/藐之言遍 (偏)/菩提之言知. Il faut conclure en chinois無/上/正/遍/(正) 知. C’est ce que dit Zongmi (T.1701 : 阿耨多羅三藐三菩提。此云無上正遍正覺。謂正智遍智覺知真俗不偏不邪).

Pourquoi l’utilisation du terme 遍ou 徧  ? Si Huineng et Daochuan emploient le terme 遍, Zixuan (T.1702) confirme l’emploi des deux termes正 et 遍subséquemment ainsi que le commentaire金剛仙論 第2卷 (三藐者正也。…後三言遍也)。On trouve la même expression  藐之言遍dans 維摩經抄 (Taisho, Vol. 85, No. 2773).。

L’éveil est parfois la voie (金剛仙論 第2卷) et notamment dans金剛般若疏 (No. 1699), Jizang écrit菩提心者即 是道心。道謂正道。發正道心. C’est aussi  le nirvāṇa 菩提涅槃(Zhiyan, T. 1704), le plus souvent 覺. Mais Huineng (et Daochuan) choisit le terme 知/  智  savoir (connaissance). Dans T.1778, 維摩經略疏, Zhiyi 智顗, écrit : 言阿耨多羅三藐三菩提者此云無上正遍知道心. Ji zang dans維摩經義疏 (No. 1781 ) écrit阿耨多羅。此言 無上。三藐三。云正遍知。菩提言道.

正遍知 rappelle l'idée de vérité universelle. 無/上/正/遍/(正) 知, science universelle et insurpassée

 

(4) Le manuscrit le plus ancien présenté dans Enô kenkyû, (p.425) donne les caractères goushen 垢深 au lieu de gouran 垢染 que l’on trouve notamment dans l’édition Zokuzôkyô (p.332b). Huiyuan, contemporain de Kumarajīva, utilise cette expression, autrement rare, dans son œuvre 維摩義記 (Taisho, Vol. 38 , No. 1776, 得解脫時垢深不有故曰不也). Elle se trouve également dans le commentaire金剛般若經旨賛 de Yunkuang (No. 2735 ,Vol. 85)垢染 fait référence dans la littérature bouddhique à la pollution de l’esprit, de la nature propre et de toutes les choses. Son absence mène naturellement à la libération de tous les attributs et au vide.

(5) Daochuan écrit dans son commentaire 三者 au lieu de 佛.

 

* Jaime Hubbard, Expository Commentary on the Vimalakirti Sutra

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