La gauchère dans le miroir

Publié le par Ysia

Differences between what we see to the left and to the right affect, almost imperceptibly but to a significant degree, what we see...

Est-il possible de trouver l'acceptation profonde au sein même de l'expérience quelles que soient les circonstances ? L'expérience ne signifie-t-elle pas perdre les limites de sa propre liberté ou la perception de l'avoir perdue, accepter la réalité de ne rien être dans la joie?

Magie...

Les débuts de l'art où tout a commencé. Pierres et galets érodés par les eaux. Rochers sculptés par le vent incessant. Nuages aux formes vivantes, arbres aux écorces torturées et aux branches comme des membres en mouvement. La nature enseigne le symbolisme dans l'art. Rocher à forme humaine de Rocamadour, peintures d'Orang-outan.

..Asymétrie?

Aujourd'hui il y a une perte progressive de contact avec le ciel à cause de la lumière.

Jean-Pierre Luminet

La loi des trois dons, c'est le don de soi, de la chose donnée et de l'autre qui reçoit et ainsi comprendre sa peine et l'accepter. 

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Taotie 饕餮 de Bornéo

Publié le par Ysia

Work board, Borneo, Kalimantan, Dayak, Honolulu Museum of Art

Land is the link between the earth and the sky, the sea and the clouds, the past and the future.

Bernard Narokobi, 1988

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The Bishop Museum

Publié le par Ysia

The Bishop Museum
The Bishop Museum

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Allen Hutchinson (1855-1929)

Publié le par Ysia

Allen Hutchinson (1855-1929)
Allen Hutchinson (1855-1929)

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Section 4.2

Publié le par Ysia

Création qui commence par un mot...

S. Subhūti, les bodhisattvas doivent ainsi faire l’aumône sans demeurer au sein des attributs (1).

C. C’est ainsi qu’il faut faire l’aumône, l’esprit exempt de tout attribut, car celui dont l'esprit ne peut concevoir le don ne voit pas ce qu’il donne ni ne reconnaît celui qui reçoit (2). C’est ce qui s’appelle faire l’aumône sans demeurer au sein des attributs.

(1) Le Sūtra du diamant considère l’absence d’attribut comme la Doctrine, l’absence de demeure comme la Substance, idée reprise dans le Manuscrit de Dunhuang:

...ma propre loi, porte de l'illumination, a toujours considéré, depuis les temps reculés, ... l'absence d'attribut comme la substance et l'absence de demeure comme le fondement… (Sūtra de la plate-forme, Catherine Toulsaly, You-Feng, 1992, p. 42)

L’absence d’attribut, c’est se détacher des attributs au sein même des attributs

无相(者)于相而离相

Suivant la note 2 (p.95), on précise que :

Alakṣaṇa (aussi animitta, nirābhāsa entre autres), est un terme sanskrit difficilement traduisible. Il définit l’absence d’attribut, la négation de tout signe caractéristique et n’est pas sans rapprochement avec le terme philosophique métaphysique dans ce qui dépasse le domaine des phénomènes, pour atteindre la chose en soi, ce qui relève d'un ordre transcendant, celui de l'essentiel, de l'absolu.

A la définition de l’absence d’attribut, rappelons le récit symbolique de l’entretien entre Bodhidharma et l’empereur Wu (section 34, p.62) dans lequel il est fait référence au concept de l’aumône :

…lorsque le grand maître Bodhidharma convertit l’empereur Wu, ce dernier lui demanda :

« Y-a-t-il des vertus méritoires pour avoir, toute notre vie, érigé des temples et accordé des dons et des offrandes ? »

« Aucunement »

Il faut parler ici de la non-substantialité des trois aspects du don 三輪體空: de celui qui donne, de ce qui est donné et de celui à qui l'on donne.

(2) Mais que signifie faire l’aumône ? La lecture du passage tiré du Taisho Tripitaka Vol. 32, No. 1659 發菩提心經論, que mentionne Ding Fubao, 金刚般若波罗蜜经, p.28-29 aide à mieux comprendre. Il importe de ne rien attendre des dons et des offrandes prodiguées dans une parfaite abnégation de soi.

Il y a un sens double et réciproque. Si, sur un plan pratique et personnel, l’aumône peut être récoltée par le moine lors de sa quête quotidienne, le bodhisattva, quant à lui, pratique la charité, plein de compassion pour autrui et oublieux de lui-même, en encourageant les êtres ordinaires à se détacher des attributs mondains qui relèvent du domaine des phénomènes et parvenir à l’éveil sans s'attacher ni aux sons, ni aux goûts, ni aux formes, ni aux odeurs, ni aux contacts physiques.

Publié dans Bouddhisme Zen

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C.G. JUNG AND THE RED BOOK

Publié le par Ysia

Le savant devenu poète trouve son inspiration dans la forme d’un nuage, le lit d’un cours d’eau, le feuillage d’un arbre. Qu’est-ce qui existe et perdure dans l’identité de l’être à travers chaque instant ? Identité numérique. Synchronicité. Résonner à travers l’image. Tombeaux et cercles de pierre, Croix aux dix lignes médianes, Spirales miraculeuses pareilles à des pyramides renversées. Que survolent les faucons tournoyant dans le ciel? Conscience géométrique, Grandeur et Courbes de vie. Correspondance et ressemblance, Simplicité et ingénuité. Dépouillement et primitivité. Retentissement et résonance. Mutation et évolution. Axe de vie. Peinture irrégulière, Déploiement de courbes récursives, Superposition de couleurs, Spirales vivantes. Géométrie de l’eau, Tourbillons, cyclones, tornades, Boucle, courbe, détour, méandre, Ondulation. Il n’y a pas de fleuve tranquille, Ni de ligne droite, Mais une sinuosité sans fin, Par homothétie. Écho du passé, Image fractale de l’Ancêtre, Ordre-et-Chaos.

C.G. JUNG AND THE RED BOOK
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William Blake (1757-1827)

Publié le par Ysia

THE WILLIAM BLAKE ARCHIVE

http://www.blakearchive.org/blake/main.html?java=no

  • An Exhibition of the Illuminated Books of William Blake: Poet, Printer, Prophet, by Geoffrey Keynes. Paris: Trianon Press for the Blake Trust, 1964
  • The Art of William Blake: Bicentennial Exhibition, by Elizabeth Mongan. Washington, DC: National Gallery of Art, 1957.
William Blake - Sconfitta - Frontispiece to The Song of Los The Approach of Doom (original) The Approach of Doom
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Section 4.1

Publié le par Ysia

Section 4.1

SECTION QUATRE : LE SUBTIL CHEMINEMENT DE LA NON-DEMEURE

S. En outre, Subhūti, les bodhisattvas, sous l’égide de la loi, ne doivent demeurer nulle part lorsqu’ils font l’aumône, c’est ce qui s'appelle faire l’aumône sans demeurer ni dans la forme, ni dans le son, ni dans l’odeur, ni dans la saveur, ni dans le toucher, ni dans les objets virtuels (1).

C. Quand les hommes ordinaires font l’aumône, ils implorent de recevoir un traitement digne et le plaisir des cinq sens. C’est pourquoi leur rétribution est la descente dans le bourbier des trois voies infernales (2). Le Vénéré du monde, dans sa grande compassion, enseigne la pratique de l’aumône sans attribut qui consiste à n’implorer de recevoir ni traitement digne ni plaisir des cinq sens. En les encourageant intérieurement de réduire à néant leur mesquinerie, il fait bénéficier extérieurement toutes les créatures. Ainsi s’ils s’y accordent, c’est ce qui s’appelle faire l’aumône sans se fixer sur la forme (3).

(1) Il faut revenir ici à la définition des six poussières 色聲香味觸法 et des six ravisseurs que sont les yeux, les oreilles, le nez, la langue, le corps et l’esprit.

Objets en tant que représentations de l’esprit.

(2) Voir section 3.5.

(3) A rappeler le lien étroit entre l’absence de pensée et l’absence de demeure (voir l’article sur la non-pensée, section 1.2, section 1.3, section 2.4). L’ego est le maître intérieur ; c’est pourquoi la clef de voûte de l’enseignement bouddhique est la vacuité du moi.

La lune éclatante qui se reflète dans la mer demeure invisible dans le flot tumultueux des vagues sous les rafales du vent.

Ysia

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Section 3.5

Publié le par Ysia

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

S. Et pourquoi ? Subhūti, si les bodhisattvas possédaient les attributs (1) du moi, de l' être humain, de toutes les créatures et de vie, ils ne seraient pas des bodhisattvas (2).

C. Toutes les créatures et la nature de bouddha ne sont radicalement (3) pas différentes. Parce qu’elles possèdent les quatre attributs, elles ne pénètrent pas où rien ne reste. Ceux qui possèdent les quatre attributs sont toutes les créatures. Si elles ne les possédaient pas, elles seraient des bouddhas. Egarés, les bouddhas sont des êtres ordinaires. Eveillées, toutes les créatures sont des bouddhas (4). Lorsque les êtres égarés se prévalant de leurs biens, de leur savoir et de leur patronyme méprisent les autres, c’est l’attribut du moi. Bien qu’ils fassent preuve de charité, droiture (5), bienséance, sagesse et loyauté, ils sont si infatués d’eux-mêmes qu’ils ne cheminent pas dans le respect universel. Quand ils disent comprendre et appliquer charité, droiture, bienséance, sagesse et loyauté en manquant de respect, c’est l’attribut de l’être humain. Lorsque ce qui est bien revient à soi et que ce qui est mal est attribué aux autres, c’est l’attribut de toutes les créatures. Faire la distinction entre l’attachement et le renoncement à l’environnement de poussière (6), c’est l’attribut de l’être vivant. Voilà les quatre attributs des êtres ordinaires. Ceux qui cultivent le cheminement possèdent eux aussi les quatre attributs. Leur esprit saturé de facultés actives et passives (7), ils méprisent toutes les créatures ; c’est l’attribut du moi. Bien qu’ils aient la prétention de suivre les préceptes, ils les dédaignent et les enfreignent ; c’est l’attribut de l’être humain. Maudissant les trois peines expiatoires (8) tout en faisant vœu de naître aux cieux, c’est l’attribut de toutes les créatures. En quête de longévité, s'ils cultivent avec zèle les actes méritoires sans rompre toutes les chaînes, c’est l’attribut de l' être vivant. Posséder les quatre attributs; ce sont toutes les créatures. Sans plus les posséder; ce sont des bouddhas (9).

(1) On trouve dans le Tanjing 坛经, section 13 mentionner les quatre attributs sans préciser leur signification :

 

L’illumination de soi et l’exercice de la pratique n’ont pas à être contestés : ceux qui se querellent à propos de l’ordre de succession entre sagesse et concentration ne sont que des êtres aveuglés. Ne rompant pas avec l’idée de vaincre, ils ne réveillent en fait que leur ego et ne se détachent pas des quatre attributs

Sûtra de la Plate-forme, p.40

Selon la note 31 (p.100), les quatre attributs caractérisent tous les êtres et constituent les quatre états que sont naître, exister, vieillir et mourir.

        Sur un plan philosophique, l’attribut est cette qualité que l’on croit, à tort ou à raison,  essentielle d’une substance – sachant que la substance est ce qu’il y a de permanent dans ce qui change. Patrick Carré fait d’ailleurs référence à l’emploi de ce terme dans sa préface aux Entretiens de Houang-po mais lui préfère finalement l’expression caractère particulier. Lee Shaochang l’avait déjà traduit en 1891 par characterizing attribute (p.29).

S’agissant de comparer les diverses traductions et commentaires pour l’assertion capitale  我相人相眾生相壽者相, le caractère notion est parfois employé au lieu de . La variante 我想眾生想命想取者想 se trouve dans le manuscrit T.1515. La variante 我想衆生想壽者想受者想 se trouve dans la traduction T.237 de Paramārtha. La variante 我想有情想壽者想更求趣想 se trouve dans  la traduction de Yijing (T.239). On reconnaît la difficulté de comparer les diverses traductions chinoises du même manuscrit et admet que le texte de Kumārajīva est le plus aisé à suivre bien que son exactitude ne soit  pas irréprochable. Le problème est d’autant plus complexe que les terminaisons chinoises évoluent dans le temps si bien que l’on ne sait plus si l’on parle de la même chose. Dans le cas particulier des quatre attributs, leur nombre s’accroît dans le texte de Xuanzang. L'énumération de Zhiyi (T.1698)  rappelle ce que je nommerais, à la lumière de la psychologie moderne, le concept des sous-moi,  qu’il reprend du Sûtra de la grande sapience qui mène sur l’autre rive (T.223), traduction de Kumārajīva.

Dans les textes occidentaux, on remarque, outre l’emploi du mot notion ou idée par Walleser (p.141, der Begriff), Müller (p.114, idea), Price (p.19,) et Conze (p.25, notion), que Poppe (p.51, 6a) utilise le mot perception, Beal (p.4)  le mot distinction.

S’agissant des quatre attributs, on trouve les termes suivants :

Ego, man, all beings and personalities (Lee Shaochang, p.29)

Selbst, Lebewesen, Lebenden, Person  (Walleser, p.141)

Ego, being, soul, person  (Poppe, p.53)

Self, being, living being, person (Müller, p.114)

Selfish distinction, social distinction, distinction as a sentient being, distinction as a finite and perishable being (Beal)

Égoïté, existence, vie, personnalité (De Harlez, p.453)

Ego entity, personality, being, separated individuality (Price, p.19)

Ego, personne, être, âme (Suzuki, trad. française)

A self, a being, a living soul, a person  (Conze)

Que dire de ces quatre attributs?

  1. Qu’il y a consensus quant à l’attribut du moi ou ego 我相/我想.
  2. L’attribut des créatures vivantes 眾生相/衆生想 autrement nommées les êtres sensibles 有情.  Sattva 眾生 (薩埵), c’est l’ensemble des êtres sensibles qui résultent d’une myriade de conditions et sont la combinaison des cinq agrégats. Il s’agit de l’agglomération  inextricable de matières organiques qui apparaissent dans leur corporéité en suivant des règles immatérielles sous l’emprise des sensations , limitées par les perceptions et dominées par l’acte volitionnel au sein de la conscience .  A l’origine眾生(littéralement ces êtres plusieurs fois nés) se disait 補特伽羅 pudgala ayant l’idée de l’être réincarné comme si cette agglomération inextricable de matières organiques s’évaporait en cendres pour se reconstituer inextricablement donnant ainsi naissance à une autre forme de vie,La translittération ancienne inclut 更求趣、數取趣 pour rappeler les six voies de transmigration : les âmes damnées, les âmes affamées, les bêtes, les démons ou divinités (asuras), les êtres humains, les êtres célestes.
  3. L’attribut existentiel 壽者 définit les êtres dont la vie est gravée sur le Livre du destin 命.
  4. Que dire de l’être humain ? L attribut de l’être humain est-il la somme des trois autres ? L’homme a pour caractéristiques son ego, son appartenance au groupe des êtres sensibles et sa dimension existentielle. Voilà l’attribut de l’être humain. J’ajouterai siuvant la même idée que, selon Erik Erikson:

A human being, thus, is at all times an organism, an ego and a member of society and is involved in all three processes of organization. . . . We are speaking of three processes, the somatic process, the ego process, and the societal process.  (Childhood and society, 1963).

A l’origine, on employait la translittération 補盧沙 (puruṣa) traduit en chinois par 士夫 ou 丈夫  pour le caractère .

Mais que veut dire 取者 et 受者? Que l’être humain, soumis à l’empire des six poussières est le réceptacle d’avatars auxquels il se cramponne sempiternellement.

The assumption of a metaphysical entity in the beings is fourthfold ; in fact it can be considered a)as something existing apart from the five constituents of a person (atman); b) as a continuity of existence (sattva); c) as a duration up to the end of life (jîva); d) as a clinging to a new form of existence (pudgala)

G. Tucci, Minor Buddhist Texts, p.97

(2) L’abandon de l’attribut du moi passe par le sacrifice de son propre corps formel. Si les boddhisattvas possédaient les quatre attributs, leur nature narcissique et égoïste ne pourrait leur permettre de témoigner de la compassion aux créatures ni se vouer à leur salut. (T.1512). C’est en tranchant la vue égotiste que l’on parvient à l’égalité entre soi et autrui (T.1510). C’est l’esprit discriminant qui est à l'origine de notre attachement aux quatre attributs (Huijing). L’attribut du moi désigne, au cœur des cinq agrégats, la fausse idée que le moi et le mien existent. L’attribut d’un être humain est la fausse idée de son individualité, le sentiment d’être, en tant que humain, à la fois particulier et différent. L’attribut des créatures est l’idée erronée que chacune est une entité résultant de la combinaison des cinq agrégats. L’attribut d’un être vivant est l’idée erronée que sa propre vie a une durée plus ou moins longue. Grâce à la subtile connaissance sapientiale, les quatre attributs disparaissent (Daochuan). L’attribut du moi, c’est s’enchaîner aux différences nées des trois temps et des cinq agrégats.

Le moi a pour dessein de gouverner autrui. Les créatures sont la combinaison des cinq agrégats où se mêlent spiritualité et matière… De la créature passée provient la créature présente et après la créature présente vient la créature future. Sans cesse elle naît pour mourir de nouveau et puis se réincarne ; cela a donc un sens proche de pugdala 補特伽羅. Quoique Yinshun rapproche le terme à celui de 眾生, d’autres le rapprochent de人. L’être vivant, c’est-à-dire la créature de la naissance à la mort, poursuit la route de ses destinées temporaires. C’est à la clarté de la sapience que la nature réelle et dépourvue des attributs du moi, de l’être humain, des créatures et de l’être vivant s’offre à nos yeux.

(3) L’édition de Daochuan omet radicalement .

(4) Ces deux assertions se trouvent dans le manuscrit de Dunhuang du 坛经, section 52 :

Aveuglé, même un Bouddha est un être ordinaire.
Eveillé, même un être ordinaire devient Bouddha

迷即佛(是)眾生。悟即眾生(是)佛。

Sûtra de la Plate-forme, p.88

(5) On retrouve l’expression 行仁義禮智信dans le 歴代法寶記 (No. 2075, Vol. 51). Il s’agit de l’observance des cinq vertus du confucianisme. Toutefois qu’entend-on par ? Si l’on peut parler de droiture ici en référence au concept confucéen, il faut rappeler l’importance du terme dans le manuscrit de Dunhuang du 坛经, section 17 :

Le Vimalakīrti-nirdeśa sūtra dit : « A l’extérieur, savoir parfaitement distinguer toute chose de ses attributs, c’est intérieurement être immobile au sein du sens premier »
(外)能善分別諸法相 (内)於第一義而不動。(Le sens premier représente l’ultime signification des choses qui se présente à nous lorsque nous nous éveillons)

(6) C’est l’empire des six poussières auquel l’être humain est soumis. Ces six poussières sont mentionnées par deux fois (sections 31 et 45) dans le manuscrit de Dunhuang du 坛经 :

Etant doué d’une nature propre constamment pure, c’est rejeter les six ravisseurs par les six portes et, au milieu des six poussières, n’être ni détaché ni souillé dans un libre va-et-vient.

Sûtra de la Plate-forme, p.40

Il s’agit des cinq sens de la vue, du son, de l’odorat, du goût et du toucher et de la sixième poussière, l’objet mental. Pourtant il n’est pas question de privilégier une attitude sur l’autre :

Quels que soient les humains et non-humains, qu’ils soient bons ou mauvais, les choses bonnes ou mauvaises qui s’offrent à votre vue, n’y renoncez pas !

Sûtra de la Plate-forme, section 25, p.52

Contemplez toute chose à la lumière de votre sagesse ! Ainsi, sans vous attacher ni renoncer à aucune, vous verrez votre nature et atteindrez la voie du Bouddha

Sûtra de la Plate-forme, section 27, p.40

(7) 心有能所 rappelle ce que dit Descartes :

De plus, il se rencontre en moi une certaine faculté passive de sentir, c'est-à-dire de recevoir et de connaître les idées des choses sensibles ; mais elle me serait inutile, et je ne m'en pourrais aucunement servir, s'il n'y avait en moi, ou en autrui, une autre faculté active, capable de former et produire ces idées.

Sixième Méditation

Le concept philosophique d’agentivité traduit un éventail illimité de possibilités entre les rôles d’agents et de patients, le potentiel et l’actuel, sujets ou objets et introduit un point fondamental sur la réalité objective des choses. C’est la conception universelle de causalité :

Être cause, [c'est] (...) accomplir les possibilités de l'univers, substituer partout l'actuel au virtuel, conférer à ce qui est déjà toute l'extension dont il est capable et qui lui est possible

Gilson, L’esprit de la philosophie médiévale, 1931, p. 150

Et c’est d’abord dans l’esprit que  s’agitent imperceptiblement les forces actives et passives universelles.

(8) Il s’agit du bourbier des trois voies infernales.

(9)

A la seule condition que vous puissiez vous libérer des attributs, la substance de votre nature sera pure et immaculée.

Sûtra de la Plate-forme, p.42

Publié dans Bouddhisme Zen

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Il faut regarder toute la vie avec des yeux d'enfants

Publié le par Ysia

 

Par Henri Matisse, 1953

CRÉER, c’est le propre de l’artiste ;-où il n’y a pas création, l’art n’existe pas. Mais on se tromperait si l’on attribuait ce pouvoir créateur à un don inné. En matière d’art, le créateur authentique n’est pas seulement un être doué, c’est un homme qui a su ordonner en vue de leur fin tout un faisceau d’activités, dont l’œuvre d’art est le résultat. C’est ainsi que pour l’artiste, la création commence à la vision. Voir, c’est déjà une opération créatrice, et qui exige un effort. Tout ce que nous voyons, dans la vie courante, subit plus ou moins la déformation qu’engendrent les habitudes acquises, et le fait est peut-être plus sensible en une époque comme la nôtre, où cinéma, publicité et magazines nous imposent quotidiennement un flot d’images toutes faites, qui sont un peu, dans l’ordre de la vision, ce qu’est le préjugé dans l’ordre de l’intelligence. L’effort nécessaire pour s’en dégager exige une sorte de courage ; et ce courage est indispensable à l’artiste qui doit voir toutes choses comme s’il les voyait pour la première fois : il faut voir toute la vie comme lorsqu’on était enfant ; et la perte de cette possibilité vous enlève celle de vous exprimer de façon originale, c’est-à-dire personnelle.

Pour prendre un exemple, je pense que rien n’est plus difficile à un vrai peintre que de peindre une rose, parce que, pour le faire, il lui faut d’abord oublier toutes les roses peintes. Aux visiteurs qui venaient me voir à Vence, j’ai souvent posé la question : " Avez-vous vu les acanthes, sur le talus qui borde la route ? ". Personne ne les avait vues ; tous auraient reconnu la feuille d’acanthe sur un chapiteau corinthien, mais au naturel le souvenir du chapiteau empêchait de voir l’acanthe. C’est un premier pas vers la création, que de voir chaque chose dans sa vérité, et cela suppose un effort continu.

Créer, c’est exprimer ce que l’on a en soi. Tout effort authentique de création est intérieur. Encore faut-il nourrir son sentiment, ce qui se fait à l’aide des éléments que l’on tire du monde extérieur. Ici intervient le travail, par lequel l’artiste s’incorpore, s’assimile par degrés le monde extérieur, jusqu’à ce que l’objet qu’il dessine soit devenu comme une part de lui même, jusqu’à ce qu’il l’ait en lui et qu’il puisse le projeter sur la toile comme sa propre création.

Lorsque je peins un portrait, je prends et je reprends mon étude, et c’est chaque fois un nouveau portrait que je fais : non pas le même que je corrige, mais bien un autre portrait que je recommence ; et c’est chaque fois un être différent que je tire d’une même personnalité. Il m’est arrivé, souvent, pour épuiser plus complètement mon étude, de m’inspirer des photographies d’une même personne à des âges différents : le portrait définitif pourra la représenter plus jeune, ou sous un aspect autre que celui qu’elle offre au moment où elle pose, parce que c’est cet aspect qui m’aura paru le plus vrai, le plus révélateur de sa personnalité réelle.

L’œuvre d’art est ainsi l’aboutissement d’un long travail d’élaboration. L’artiste puise autour de lui tout ce qui est capable d’alimenter sa vision intérieure, directement, lorsque l’objet qu’il dessine doit figurer dans sa composition, ou par analogie. Il se met ainsi en état de créer. Il s’enrichit intérieurement de toutes les formes dont il se rend maître, et qu’il ordonnera quelque jour selon un rythme nouveau.

C’est dans l’expression de ce rythme que l’activité de l’artiste sera réellement créatrice ; il lui faudra, pour y parvenir, tendre au dépouillement plutôt qu’à l’accumulation des détails, choisir, par exemple, dans le dessin, entre toutes les combinaisons possibles, la ligne qui se révélera pleinement expressive, et comme porteuse de vie ; rechercher ces équivalences par lesquelles les données de la nature se trouvent transposées dans le domaine propre de l’art. Dans la Nature morte au magnolia, j’ai rendu par du rouge une table de marbre vert ; ailleurs, il m’a fallu une tache noire pour évoquer le miroitement du soleil sur la mer ; toutes ces transpositions n’étaient nullement l’effet du hasard ou d’on ne sait quelle fantaisie, mais bien l’aboutissement d’une série de recherches, à la suite desquelles ces teintes m’apparaissaient comme nécessaires, étant donné leur rapport avec le reste de la composition, pour rendre l’impression voulue. Les couleurs, les lignes sont des forces, et dans le jeu de ces forces, dans leur équilibre, réside le secret de la création.

Dans la chapelle de Vence, qui est l’aboutissement de mes recherches antérieures, j’ai tenté de réaliser cet équilibre de forces, les bleus, les verts, les jaunes des vitraux composent à l’intérieur une lumière qui n’est à proprement parler aucune des couleurs employées, mais le vivant produit de leur harmonie, de leurs rapports réciproques ; cette couleur-lumière était destinée à jouer sur le champ blanc, brodé de noir, du mur qui fait face aux vitraux, et sur lequel les lignes sont volontairement très espacées. Le contraste me permet de donner à la lumière toute sa valeur de vie, d’en faire l’élément essentiel, celui qui colore, réchauffe, anime au sens propre cet ensemble dans lequel il importe de donner une impression d’espace illimité en dépit de ses dimensions réduites. Dans toute cette chapelle, il n’y a pas une ligne, pas un détail qui ne concoure à donner cette impression.

C’est en ce sens, il me semble, que l’on peut dire que l’art imite la nature : par le caractère de vie que confère à l’œuvre d’art un travail créateur. Alors l’œuvre apparaîtra aussi féconde, et douée de ce même frémissement intérieur, de cette même beauté resplendissante, que possèdent aussi les œuvres de la nature. Il y faut un grand amour, capable d’inspirer et de soutenir cet effort continu vers la vérité, cette générosité tout ensemble et ce dépouillement profond qu’implique la genèse de toute œuvre d’art. Mais I’amour n’est-il pas à l’origine de toute création ?

Propos recueillis par Régine Pernoud, Le Courrier de l’U.N.E.S.C.O. vol. VI, n° 10, octobre 1953 repris dans Henri Matisse, Écrits et propos sur l’art, texte, notes et index établis par Dominique Fourcade, Paris, Hermann, coll. « Savoir », 1972

Publié dans Cheminement

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