C.G. JUNG AND THE RED BOOK

Publié le par Ysia

Le savant devenu poète trouve son inspiration dans la forme d’un nuage, le lit d’un cours d’eau, le feuillage d’un arbre. Qu’est-ce qui existe et perdure dans l’identité de l’être à travers chaque instant ? Identité numérique. Synchronicité. Résonner à travers l’image. Tombeaux et cercles de pierre, Croix aux dix lignes médianes, Spirales miraculeuses pareilles à des pyramides renversées. Que survolent les faucons tournoyant dans le ciel? Conscience géométrique, Grandeur et Courbes de vie. Correspondance et ressemblance, Simplicité et ingénuité. Dépouillement et primitivité. Retentissement et résonance. Mutation et évolution. Axe de vie. Peinture irrégulière, Déploiement de courbes récursives, Superposition de couleurs, Spirales vivantes. Géométrie de l’eau, Tourbillons, cyclones, tornades, Boucle, courbe, détour, méandre, Ondulation. Il n’y a pas de fleuve tranquille, Ni de ligne droite, Mais une sinuosité sans fin, Par homothétie. Écho du passé, Image fractale de l’Ancêtre, Ordre-et-Chaos.

C.G. JUNG AND THE RED BOOK
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William Blake (1757-1827)

Publié le par Ysia

THE WILLIAM BLAKE ARCHIVE

http://www.blakearchive.org/blake/main.html?java=no

  • An Exhibition of the Illuminated Books of William Blake: Poet, Printer, Prophet, by Geoffrey Keynes. Paris: Trianon Press for the Blake Trust, 1964
  • The Art of William Blake: Bicentennial Exhibition, by Elizabeth Mongan. Washington, DC: National Gallery of Art, 1957.
William Blake - Sconfitta - Frontispiece to The Song of Los The Approach of Doom (original) The Approach of Doom
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Section 4.1

Publié le par Ysia

Section 4.1

SECTION QUATRE : LE SUBTIL CHEMINEMENT DE LA NON-DEMEURE

S. En outre, Subhūti, les bodhisattvas, sous l’égide de la loi, ne doivent demeurer nulle part lorsqu’ils font l’aumône, c’est ce qui s'appelle faire l’aumône sans demeurer ni dans la forme, ni dans le son, ni dans l’odeur, ni dans la saveur, ni dans le toucher, ni dans les objets virtuels (1).

C. Quand les hommes ordinaires font l’aumône, ils implorent de recevoir un traitement digne et le plaisir des cinq sens. C’est pourquoi leur rétribution est la descente dans le bourbier des trois voies infernales (2). Le Vénéré du monde, dans sa grande compassion, enseigne la pratique de l’aumône sans attribut qui consiste à n’implorer de recevoir ni traitement digne ni plaisir des cinq sens. En les encourageant intérieurement de réduire à néant leur mesquinerie, il fait bénéficier extérieurement toutes les créatures. Ainsi s’ils s’y accordent, c’est ce qui s’appelle faire l’aumône sans se fixer sur la forme (3).

(1) Il faut revenir ici à la définition des six poussières 色聲香味觸法 et des six ravisseurs que sont les yeux, les oreilles, le nez, la langue, le corps et l’esprit.

Objets en tant que représentations de l’esprit.

(2) Voir section 3.5.

(3) A rappeler le lien étroit entre l’absence de pensée et l’absence de demeure (voir l’article sur la non-pensée, section 1.2, section 1.3, section 2.4). L’ego est le maître intérieur ; c’est pourquoi la clef de voûte de l’enseignement bouddhique est la vacuité du moi.

La lune éclatante qui se reflète dans la mer demeure invisible dans le flot tumultueux des vagues sous les rafales du vent.

Ysia

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Section 3.5

Publié le par Ysia

S. Et pourquoi ? Subhūti, si les bodhisattvas possédaient les attributs (1) du moi, de l' être humain, de toutes les créatures et de vie, ils ne seraient pas des bodhisattvas (2).

C. Toutes les créatures et la nature de bouddha ne sont radicalement (3) pas différentes. Parce qu’elles possèdent les quatre attributs, elles ne pénètrent pas où rien ne reste. Ceux qui possèdent les quatre attributs sont toutes les créatures. Si elles ne les possédaient pas, elles seraient des bouddhas. Egarés, les bouddhas sont des êtres ordinaires. Eveillées, toutes les créatures sont des bouddhas (4). Lorsque les êtres égarés se prévalant de leurs biens, de leur savoir et de leur patronyme méprisent les autres, c’est l’attribut du moi. Bien qu’ils fassent preuve de charité, droiture (5), bienséance, sagesse et loyauté, ils sont si infatués d’eux-mêmes qu’ils ne cheminent pas dans le respect universel. Quand ils disent comprendre et appliquer charité, droiture, bienséance, sagesse et loyauté en manquant de respect, c’est l’attribut de l’être humain. Lorsque ce qui est bien revient à soi et que ce qui est mal est attribué aux autres, c’est l’attribut de toutes les créatures. Faire la distinction entre l’attachement et le renoncement à l’environnement de poussière (6), c’est l’attribut de l’être vivant. Voilà les quatre attributs des êtres ordinaires. Ceux qui cultivent le cheminement possèdent eux aussi les quatre attributs. Leur esprit saturé de facultés actives et passives (7), ils méprisent toutes les créatures ; c’est l’attribut du moi. Bien qu’ils aient la prétention de suivre les préceptes, ils les dédaignent et les enfreignent ; c’est l’attribut de l’être humain. Maudissant les trois peines expiatoires (8) tout en faisant vœu de naître aux cieux, c’est l’attribut de toutes les créatures. En quête de longévité, s'ils cultivent avec zèle les actes méritoires sans rompre toutes les chaînes, c’est l’attribut de l' être vivant. Posséder les quatre attributs; ce sont toutes les créatures. Sans plus les posséder; ce sont des bouddhas (9).

(1) On trouve dans le Tanjing 坛经, section 13 mentionner les quatre attributs sans préciser leur signification :

L’illumination de soi et l’exercice de la pratique n’ont pas à être contestés : ceux qui se querellent à propos de l’ordre de succession entre sagesse et concentration ne sont que des êtres aveuglés. Ne rompant pas avec l’idée de vaincre, ils ne réveillent en fait que leur ego et ne se détachent pas des quatre attributs

Sûtra de la Plate-forme, p.40

Selon la note 31 (p.100), les quatre attributs caractérisent tous les êtres et constituent les quatre états que sont naître, exister, vieillir et mourir.

        Sur un plan philosophique, l’attribut est cette qualité que l’on croit, à tort ou à raison,  essentielle d’une substance – sachant que la substance est ce qu’il y a de permanent dans ce qui change. Patrick Carré fait d’ailleurs référence à l’emploi de ce terme dans sa préface aux Entretiens de Houang-po mais lui préfère finalement l’expression caractère particulier. Lee Shaochang l’avait déjà traduit en 1891 par characterizing attribute (p.29).

S’agissant de comparer les diverses traductions et commentaires pour l’assertion capitale  我相人相眾生相壽者相, le caractère notion est parfois employé au lieu de . La variante 我想眾生想命想取者想 se trouve dans le manuscrit T.1515. La variante 我想衆生想壽者想受者想 se trouve dans la traduction T.237 de Paramārtha. La variante 我想有情想壽者想更求趣想 se trouve dans  la traduction de Yijing (T.239). On reconnaît la difficulté de comparer les diverses traductions chinoises du même manuscrit et admet que le texte de Kumārajīva est le plus aisé à suivre bien que son exactitude ne soit  pas irréprochable. Le problème est d’autant plus complexe que les terminaisons chinoises évoluent dans le temps si bien que l’on ne sait plus si l’on parle de la même chose. Dans le cas particulier des quatre attributs, leur nombre s’accroît dans le texte de Xuanzang. L'énumération de Zhiyi (T.1698)  rappelle ce que je nommerais, à la lumière de la psychologie moderne, le concept des sous-moi,  qu’il reprend du Sûtra de la grande sapience qui mène sur l’autre rive (T.223), traduction de Kumārajīva.

Dans les textes occidentaux, on remarque, outre l’emploi du mot notion ou idée par Walleser (p.141, der Begriff), Müller (p.114, idea), Price (p.19,) et Conze (p.25, notion), que Poppe (p.51, 6a) utilise le mot perception, Beal (p.4)  le mot distinction.

S’agissant des quatre attributs, on trouve les termes suivants :

Ego, man, all beings and personalities (Lee Shaochang, p.29)

Selbst, Lebewesen, Lebenden, Person  (Walleser, p.141)

Ego, being, soul, person  (Poppe, p.53)

Self, being, living being, person (Müller, p.114)

Selfish distinction, social distinction, distinction as a sentient being, distinction as a finite and perishable being (Beal)

Égoïté, existence, vie, personnalité (De Harlez, p.453)

Ego entity, personality, being, separated individuality (Price, p.19)

Ego, personne, être, âme (Suzuki, trad. française)

A self, a being, a living soul, a person  (Conze)

Que dire de ces quatre attributs?

  1. Qu’il y a consensus quant à l’attribut du moi ou ego 我相/我想.
  2. L’attribut des créatures vivantes 眾生相/衆生想 autrement nommées les êtres sensibles 有情.  Sattva 眾生 (薩埵), c’est l’ensemble des êtres sensibles qui résultent d’une myriade de conditions et sont la combinaison des cinq agrégats. Il s’agit de l’agglomération  inextricable de matières organiques qui apparaissent dans leur corporéité en suivant des règles immatérielles sous l’emprise des sensations , limitées par les perceptions et dominées par l’acte volitionnel au sein de la conscience .  A l’origine眾生(littéralement ces êtres plusieurs fois nés) se disait 補特伽羅 pudgala ayant l’idée de l’être réincarné comme si cette agglomération inextricable de matières organiques s’évaporait en cendres pour se reconstituer inextricablement donnant ainsi naissance à une autre forme de vie,La translittération ancienne inclut 更求趣、數取趣 pour rappeler les six voies de transmigration : les âmes damnées, les âmes affamées, les bêtes, les démons ou divinités (asuras), les êtres humains, les êtres célestes.
  3. L’attribut existentiel 壽者 définit les êtres dont la vie est gravée sur le Livre du destin 命.
  4. Que dire de l’être humain ? L attribut de l’être humain est-il la somme des trois autres ? L’homme a pour caractéristiques son ego, son appartenance au groupe des êtres sensibles et sa dimension existentielle. Voilà l’attribut de l’être humain. J’ajouterai siuvant la même idée que, selon Erik Erikson:

A human being, thus, is at all times an organism, an ego and a member of society and is involved in all three processes of organization. . . . We are speaking of three processes, the somatic process, the ego process, and the societal process.  (Childhood and society, 1963).

A l’origine, on employait la translittération 補盧沙 (puruṣa) traduit en chinois par 士夫 ou 丈夫  pour le caractère .

Mais que veut dire 取者 et 受者? Que l’être humain, soumis à l’empire des six poussières est le réceptacle d’avatars auxquels il se cramponne sempiternellement.

The assumption of a metaphysical entity in the beings is fourthfold ; in fact it can be considered a)as something existing apart from the five constituents of a person (atman); b) as a continuity of existence (sattva); c) as a duration up to the end of life (jîva); d) as a clinging to a new form of existence (pudgala)

G. Tucci, Minor Buddhist Texts, p.97

(2) L’abandon de l’attribut du moi passe par le sacrifice de son propre corps formel. Si les boddhisattvas possédaient les quatre attributs, leur nature narcissique et égoïste ne pourrait leur permettre de témoigner de la compassion aux créatures ni se vouer à leur salut. (T.1512). C’est en tranchant la vue égotiste que l’on parvient à l’égalité entre soi et autrui (T.1510). C’est l’esprit discriminant qui est à l'origine de notre attachement aux quatre attributs (Huijing). L’attribut du moi désigne, au cœur des cinq agrégats, la fausse idée que le moi et le mien existent. L’attribut d’un être humain est la fausse idée de son individualité, le sentiment d’être, en tant que humain, à la fois particulier et différent. L’attribut des créatures est l’idée erronée que chacune est une entité résultant de la combinaison des cinq agrégats. L’attribut d’un être vivant est l’idée erronée que sa propre vie a une durée plus ou moins longue. Grâce à la subtile connaissance sapientiale, les quatre attributs disparaissent (Daochuan). L’attribut du moi, c’est s’enchaîner aux différences nées des trois temps et des cinq agrégats.

Le moi a pour dessein de gouverner autrui. Les créatures sont la combinaison des cinq agrégats où se mêlent spiritualité et matière… De la créature passée provient la créature présente et après la créature présente vient la créature future. Sans cesse elle naît pour mourir de nouveau et puis se réincarne ; cela a donc un sens proche de pugdala 補特伽羅. Quoique Yinshun rapproche le terme à celui de 眾生, d’autres le rapprochent de人. L’être vivant, c’est-à-dire la créature de la naissance à la mort, poursuit la route de ses destinées temporaires. C’est à la clarté de la sapience que la nature réelle et dépourvue des attributs du moi, de l’être humain, des créatures et de l’être vivant s’offre à nos yeux.

(3) L’édition de Daochuan omet radicalement .

(4) Ces deux assertions se trouvent dans le manuscrit de Dunhuang du 坛经, section 52 :

Aveuglé, même un Bouddha est un être ordinaire.
Eveillé, même un être ordinaire devient Bouddha

迷即佛(是)眾生。悟即眾生(是)佛。

Sûtra de la Plate-forme, p.88

(5) On retrouve l’expression 行仁義禮智信dans le 歴代法寶記 (No. 2075, Vol. 51). Il s’agit de l’observance des cinq vertus du confucianisme. Toutefois qu’entend-on par ? Si l’on peut parler de droiture ici en référence au concept confucéen, il faut rappeler l’importance du terme dans le manuscrit de Dunhuang du 坛经, section 17 :

Le Vimalakīrti-nirdeśa sūtra dit : « A l’extérieur, savoir parfaitement distinguer toute chose de ses attributs, c’est intérieurement être immobile au sein du sens premier »
(外)能善分別諸法相 (内)於第一義而不動。(Le sens premier représente l’ultime signification des choses qui se présente à nous lorsque nous nous éveillons)

(6) C’est l’empire des six poussières auquel l’être humain est soumis. Ces six poussières sont mentionnées par deux fois (sections 31 et 45) dans le manuscrit de Dunhuang du 坛经 :

Etant doué d’une nature propre constamment pure, c’est rejeter les six ravisseurs par les six portes et, au milieu des six poussières, n’être ni détaché ni souillé dans un libre va-et-vient.

Sûtra de la Plate-forme, p.40

Il s’agit des cinq sens de la vue, du son, de l’odorat, du goût et du toucher et de la sixième poussière, l’objet mental. Pourtant il n’est pas question de privilégier une attitude sur l’autre :

Quels que soient les humains et non-humains, qu’ils soient bons ou mauvais, les choses bonnes ou mauvaises qui s’offrent à votre vue, n’y renoncez pas !

Sûtra de la Plate-forme, section 25, p.52

Contemplez toute chose à la lumière de votre sagesse ! Ainsi, sans vous attacher ni renoncer à aucune, vous verrez votre nature et atteindrez la voie du Bouddha

Sûtra de la Plate-forme, section 27, p.40

(7) 心有能所 rappelle ce que dit Descartes :

De plus, il se rencontre en moi une certaine faculté passive de sentir, c'est-à-dire de recevoir et de connaître les idées des choses sensibles ; mais elle me serait inutile, et je ne m'en pourrais aucunement servir, s'il n'y avait en moi, ou en autrui, une autre faculté active, capable de former et produire ces idées.

Sixième Méditation

Le concept philosophique d’agentivité traduit un éventail illimité de possibilités entre les rôles d’agents et de patients, le potentiel et l’actuel, sujets ou objets et introduit un point fondamental sur la réalité objective des choses. C’est la conception universelle de causalité :

Être cause, [c'est] (...) accomplir les possibilités de l'univers, substituer partout l'actuel au virtuel, conférer à ce qui est déjà toute l'extension dont il est capable et qui lui est possible

Gilson, L’esprit de la philosophie médiévale, 1931, p. 150

Et c’est d’abord dans l’esprit que  s’agitent imperceptiblement les forces actives et passives universelles.

(8) Il s’agit du bourbier des trois voies infernales.

(9)

A la seule condition que vous puissiez vous libérer des attributs, la substance de votre nature sera pure et immaculée.

Sûtra de la Plate-forme, p.42

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Il faut regarder toute la vie avec des yeux d'enfants

Publié le par Ysia

 

Par Henri Matisse, 1953

CRÉER, c’est le propre de l’artiste ;-où il n’y a pas création, l’art n’existe pas. Mais on se tromperait si l’on attribuait ce pouvoir créateur à un don inné. En matière d’art, le créateur authentique n’est pas seulement un être doué, c’est un homme qui a su ordonner en vue de leur fin tout un faisceau d’activités, dont l’œuvre d’art est le résultat. C’est ainsi que pour l’artiste, la création commence à la vision. Voir, c’est déjà une opération créatrice, et qui exige un effort. Tout ce que nous voyons, dans la vie courante, subit plus ou moins la déformation qu’engendrent les habitudes acquises, et le fait est peut-être plus sensible en une époque comme la nôtre, où cinéma, publicité et magazines nous imposent quotidiennement un flot d’images toutes faites, qui sont un peu, dans l’ordre de la vision, ce qu’est le préjugé dans l’ordre de l’intelligence. L’effort nécessaire pour s’en dégager exige une sorte de courage ; et ce courage est indispensable à l’artiste qui doit voir toutes choses comme s’il les voyait pour la première fois : il faut voir toute la vie comme lorsqu’on était enfant ; et la perte de cette possibilité vous enlève celle de vous exprimer de façon originale, c’est-à-dire personnelle.

Pour prendre un exemple, je pense que rien n’est plus difficile à un vrai peintre que de peindre une rose, parce que, pour le faire, il lui faut d’abord oublier toutes les roses peintes. Aux visiteurs qui venaient me voir à Vence, j’ai souvent posé la question : " Avez-vous vu les acanthes, sur le talus qui borde la route ? ". Personne ne les avait vues ; tous auraient reconnu la feuille d’acanthe sur un chapiteau corinthien, mais au naturel le souvenir du chapiteau empêchait de voir l’acanthe. C’est un premier pas vers la création, que de voir chaque chose dans sa vérité, et cela suppose un effort continu.

Créer, c’est exprimer ce que l’on a en soi. Tout effort authentique de création est intérieur. Encore faut-il nourrir son sentiment, ce qui se fait à l’aide des éléments que l’on tire du monde extérieur. Ici intervient le travail, par lequel l’artiste s’incorpore, s’assimile par degrés le monde extérieur, jusqu’à ce que l’objet qu’il dessine soit devenu comme une part de lui même, jusqu’à ce qu’il l’ait en lui et qu’il puisse le projeter sur la toile comme sa propre création.

Lorsque je peins un portrait, je prends et je reprends mon étude, et c’est chaque fois un nouveau portrait que je fais : non pas le même que je corrige, mais bien un autre portrait que je recommence ; et c’est chaque fois un être différent que je tire d’une même personnalité. Il m’est arrivé, souvent, pour épuiser plus complètement mon étude, de m’inspirer des photographies d’une même personne à des âges différents : le portrait définitif pourra la représenter plus jeune, ou sous un aspect autre que celui qu’elle offre au moment où elle pose, parce que c’est cet aspect qui m’aura paru le plus vrai, le plus révélateur de sa personnalité réelle.

L’œuvre d’art est ainsi l’aboutissement d’un long travail d’élaboration. L’artiste puise autour de lui tout ce qui est capable d’alimenter sa vision intérieure, directement, lorsque l’objet qu’il dessine doit figurer dans sa composition, ou par analogie. Il se met ainsi en état de créer. Il s’enrichit intérieurement de toutes les formes dont il se rend maître, et qu’il ordonnera quelque jour selon un rythme nouveau.

C’est dans l’expression de ce rythme que l’activité de l’artiste sera réellement créatrice ; il lui faudra, pour y parvenir, tendre au dépouillement plutôt qu’à l’accumulation des détails, choisir, par exemple, dans le dessin, entre toutes les combinaisons possibles, la ligne qui se révélera pleinement expressive, et comme porteuse de vie ; rechercher ces équivalences par lesquelles les données de la nature se trouvent transposées dans le domaine propre de l’art. Dans la Nature morte au magnolia, j’ai rendu par du rouge une table de marbre vert ; ailleurs, il m’a fallu une tache noire pour évoquer le miroitement du soleil sur la mer ; toutes ces transpositions n’étaient nullement l’effet du hasard ou d’on ne sait quelle fantaisie, mais bien l’aboutissement d’une série de recherches, à la suite desquelles ces teintes m’apparaissaient comme nécessaires, étant donné leur rapport avec le reste de la composition, pour rendre l’impression voulue. Les couleurs, les lignes sont des forces, et dans le jeu de ces forces, dans leur équilibre, réside le secret de la création.

Dans la chapelle de Vence, qui est l’aboutissement de mes recherches antérieures, j’ai tenté de réaliser cet équilibre de forces, les bleus, les verts, les jaunes des vitraux composent à l’intérieur une lumière qui n’est à proprement parler aucune des couleurs employées, mais le vivant produit de leur harmonie, de leurs rapports réciproques ; cette couleur-lumière était destinée à jouer sur le champ blanc, brodé de noir, du mur qui fait face aux vitraux, et sur lequel les lignes sont volontairement très espacées. Le contraste me permet de donner à la lumière toute sa valeur de vie, d’en faire l’élément essentiel, celui qui colore, réchauffe, anime au sens propre cet ensemble dans lequel il importe de donner une impression d’espace illimité en dépit de ses dimensions réduites. Dans toute cette chapelle, il n’y a pas une ligne, pas un détail qui ne concoure à donner cette impression.

C’est en ce sens, il me semble, que l’on peut dire que l’art imite la nature : par le caractère de vie que confère à l’œuvre d’art un travail créateur. Alors l’œuvre apparaîtra aussi féconde, et douée de ce même frémissement intérieur, de cette même beauté resplendissante, que possèdent aussi les œuvres de la nature. Il y faut un grand amour, capable d’inspirer et de soutenir cet effort continu vers la vérité, cette générosité tout ensemble et ce dépouillement profond qu’implique la genèse de toute œuvre d’art. Mais I’amour n’est-il pas à l’origine de toute création ?

Propos recueillis par Régine Pernoud, Le Courrier de l’U.N.E.S.C.O. vol. VI, n° 10, octobre 1953 repris dans Henri Matisse, Écrits et propos sur l’art, texte, notes et index établis par Dominique Fourcade, Paris, Hermann, coll. « Savoir », 1972

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Section 3.4

Publié le par Ysia

Section 3.4

S. Ainsi c’est ce que j’ai entendu. Le bouddha se trouvait alors dans le pays de Śrāvasti, le bois de Jeta, le parc de Anāthapindada, avec la foule des 1250 grands moines mendiants. Alors, au moment du repas, le vénéré du monde vêtu de sa robe et tenant sa sébile entra dans la grande cité de Śrāvasti pour y mendier son repas. Après avoir mendié dans l’ordre, il retourna à sa résidence d’origine. Le repas fini, il rangea sa sébile et son vêtement. Lui ayant lavé les pieds, on mit un siège à sa disposition et il s’assit. A ce moment, le vénérable Subhūti, au milieu de la foule, se leva de son siège, découvrit l’épaule droite et mit son genou droit à terre. Il joignit les mains révérencieusement et s’adressa au bouddha :

- Comme c’est rare, ô vénéré du monde ! Leur pensée ne le quittant pas, l'être Vérité guide bien les êtres qui aspirent à la voie. Vénéré du monde, les hommes et les femmes de bien qui aspirent à l’esprit d’éveil insurpassé et parfait, comment doivent-ils demeurer ? Comment doivent-ils discipliner leur esprit ?

Le bouddha déclara:

- Bien, bien Subhūti ! Comme tu le dis, leur pensée ne me quittant pas, moi, l'être Vérité, guide bien les êtres qui aspirent à la voie. A présent, écoute religieusement ce que je vais te dire. Les hommes et les femmes de bien qui aspirent à l’esprit d’éveil insurpassé et parfait doivent ainsi demeurer et ainsi discipliner leur esprit.

- Oh, oui , Vénéré du monde ! C’est avec joie que je souhaite vous entendre.

Le bouddha déclara à Subhūti :

- Tous les bodhisattvas, les grands êtres, doivent ainsi discipliner leur esprit. Quelle que soit l’espèce des créatures, qu’elles soient issues de l’œuf ou de l’utérus, d’un suintement ou d’une apparition, qu’elles aient une forme ou qu’elles n’en aient pas, qu’elles soient douées de cognition ou qu’elles ne le soient pas, ou ni l’un ni l’autre, je leur permets d’entrer dans le nirvāṇa où rien ne reste et les fais passer. C’est ainsi que s’éteignent et passent les immensurables, innombrables créatures à l’infini, mais réellement nulle créature ne s’éteint ni ne passe (1).

C. Ainsi c’est dans l’observance (2) de ce qui est précédemment mentionné. Extinction et passage sont la grande libération. La grande libération, c’est quand passions et vices ainsi que l’entrave de tous nos actes passés sont complètement éteints et qu’il n’y a plus rien à assouvir, c’est ce que l’on appelle la grande libération. Les immensurables, innombrables créatures illimitées ont chacune en soi primitivement toutes les passions, convoitise et courroux et actes mauvais. Sans les éliminer, elles ne seront finalement pas libérées. C’est pourquoi il est dit c’est ainsi que s’éteignent et passent d’immensurables, innombrables créatures illimitées. Tous les êtres égarés peuvent s’éveiller à leur propre nature. Au commencement, nous savons que le bouddha était aveugle à son individualité (3) et n’avait nulle conscience. Pourquoi ferait-il fait passer les créatures ? Ce n’est que parce que les êtres ordinaires ne voient pas leur propre esprit originel qu’ils n’entendent pas (4) la volonté bouddhique. S’agrippant aux attributs (5) de toutes les choses, ils ne pénètrent pas le principe du non-agir. Lorsque l’ego n’est pas éliminé, ils ont pour nom créatures. Si elles s’en détachent, aucune créature réellement ne s’éteindra ni ne passera. C’est pourquoi il est dit : quand l’esprit d’erreur ne réside nulle part, c’est l’éveil. La naissance et la mort sont fondamentalement égales au nirvāṇa (6). Où y-a-t-il extinction et passage ?

(1) Dans la définition de l’esprit quaternaire ( Daochuan, T. 1512), il est dit que le troisième, l’esprit immuable, est qu’il n’y a réellement aucune créature qui n’ait obtenu un quelconque salut. L’esprit immuable signifie que la nature de bouddha et le corps de loi demeurent invariablement en chaque créature. Il en existe trois catégories : celles dont le corps de loi est entièrement recouvert par les impuretés ; celles qui cultivent le cheminement et tranchent l’état de confusion permanent et dont le corps n’est que partiellement pur ; celles qui ont accompli le cheminement des dix terres, qui ont entièrement tranché l’obstacle des confusions mentales et qui sont complètement purs et immaculés. L’esprit immuable (T.1699), c’est aussi témoigner invariablement sa compassion à tous les êtres. Il est essentiel de ne pas différencier entre les créatures car ce serait à la fois nier leur essence bouddhique et se rendre coupable du péché d’orgueil. Ainsi le dit Yinshun, l’aspiration à l’éveil a pour clef de voûte le vœu de faire passer les créatures, c’est pourquoi la clef de voûte est aussi la vacuité du moi.

Réellement aucune créature ne s’éteint ni ne passe du fait de la vacuité de la nature propre, de l’identité des substances corporelles, de la quiétude originelle et de l’absence de pensée (Zongmi). Qu’il n’y ait réellement aucune créature qui ait obtenu de passer, c’est maîtriser notre vision discriminante des autres, trancher les vues erronées dont celle illusoire de la permanence des êtres (Jizang).

(2) Dans le manuscrit le plus ancien on trouve le caractère 持 (Enô kenkyû, p.427) au lieu de 指 (ZZ.38-4, p.333a, Daochuan p.351b)

(3) svalaksana

(4) Le terme parijnāna signifie connaissance complète。 Dans l’idéogramme 識 il y a les éléments de la parole言 et du son音, ce qui me rappelle l’ensemble des facultés discursives que gouverne l’entendement.

(5) 法相 (ZZ.38-4, p.351c) au lieu de 相

(6) Quelle signification donner à l’erreur妄 ?

妄心無處即菩提。生死涅槃本平等quand l’esprit d’erreur ne réside nulle part, c’est l’éveil. La naissance et la mort sont fondamentalement égales au nirvāṇa

Il s’agit d’une citation que l’on retrouve notamment dans 首楞嚴義疏注經 (No. 1799 子璿集, Vol. 39) un commentaire du Śūraṃgama-sūtra de l’époque Song.

Il faut entendre qu’il n’y a pas de différence entre les êtres en ce qui est de leur potentiel à parvenir au nirvāṇa.

Comment est utilisé le concept de l’erreur dans le Sûtra de la plate-forme ? Il faut comprendre qu’au sein de l’erreur subsiste la nature pure (section 36, p.67) et que la terre spirituelle, dénuée d’erreurs, est la discipline de la nature propre (section 41, p. 72). Détachez-vous des pensées erronées et votre nature originelle se dévoilera dans sa pureté ! (section 18, p.44) Qu’entend-on par « en sa propre nature, passer par soi-même sur l’autre rive » ? En dépit des vues hérétiques et des passions, de l’ignorance et de l’inconscience, des illusions et des erreurs, c’est posséder soi-même, en son propre corps formel, la nature de l’éveil originel. (section 21, p.48-49)

Le soleil et la lune brillent continuellement. C’est seulement lorsqu’ils sont cachés par les nuages qu’ils éclairent le haut, mais que le bas est assombri. Le soleil, la lune, les étoiles et les planètes ne peuvent plus alors être distingués. Soudain, quand survient un vent de sagesse qui dissipe, par son souffle, et fait rouler tous les nuages et les brumes, apparaissent aussitôt les dix mille phénomènes. La nature humaine est aussi pure qu’un ciel limpide. La sagesse se compare au soleil et la connaissance, à la lune. Sagesse et connaissance éclairent constamment, mais, dans notre attachement aux circonstances extérieures, les nuages flottants des pensées erronées voilent la nature propre qui ne peut plus briller. (section 20, p.46)

Sûtra de la plate-forme

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Section 3.3

Publié le par Ysia

Section 3.3

S. et les fais passer (1).

C. L’être Vérité montre que les êtres des neuf terres (2) ont tous l’esprit subtil (3) du nirvāṇa qui les porte à s’éveiller et à pénétrer où rien ne reste (4). Où rien ne reste, c'est sans le superflu des vices et des passions. Le nirvāṇa a le sens de plénitude et de pureté. C’est éliminer tous les vices et ne jamais les laisser naître. S’étant accordé à le faire, le passager qui effectue le voyage traverse l’océan de naissance et de mort. L’esprit de bouddha, dans son équanimité, souhaite que toutes les créatures dans leur universalité pénètrent ensemble le nirvāṇa de plénitude et de pureté, où rien ne reste, traversent ensemble l’océan de naissance et de mort et témoignent ensemble de l’expérience bouddhique. Il y en a qui, face à l’éveil ou à la pratique bouddhique, s’imaginent y être parvenus mais ne font naître que l’attribut de l’ego ; c’est ce que l’on appelle la fausse conception du soi (5). Extirper entièrement cette fausse conception, c’est ce qui est nommé faire passer.

(1) C’est éteindre滅le brasier mental, éteindre烕par les eaux 氵l’incendie des vices et des passions et permettre aux hommes d’atteindre l’autre rive度autrement nommée le nirvāṇa. Le bouddha est le passeur ; les hommes sont les passagers. Ainsi se définit la transcendance.

(2) - que sont la terre de la sphère du désir, les quatre terres de la sphère de la forme et les quatre terres de la sphère de l’absence de forme –

(3) 妙subtil

(4) Nirvana where nothing is left (Poppe Nicholas The Diamond Sutra, Wiesbaden : Otto Harrassowitz,1971)

(5) « Je pense donc je suis cartésien » n’est que l’usurpation flagrante d’une pseudo-entité dont l’ignorance contribue à s’arroger illégitimement les seuls droits de l’existence et de l’authenticité. Propos recueillis dans la revue Troisième Millénaire

J’aime le Tao et ainsi je progresse dans mon art. Au début de ma carrière, je ne voyais que le bœuf. Après trois ans d’exercice, je ne voyais plus le bœuf. Maintenant c’est mon esprit qui opère plus que mes yeux. Mes sens n’agissent plus, mais seulement mon esprit. Je connais la conformation naturelle du bœuf et ne m’attaque qu’aux interstices. Si je ne détériore pas les veines, les artères, les muscles et les nerfs, à plus forte raison les grands os ! Un bon boucher use un couteau par an parce qu’il ne découpe que la chair. Un boucher ordinaire use un couteau par mois parce qu’il le brise sur les os. Le même couteau m’a servi depuis dix-neuf ans. Il a dépecé plusieurs milliers de bœufs et son tranchant paraît toujours comme s’il était aiguisé de neuf. A vrai dire, les jointures des os contiennent des interstices et le tranchant du couteau n’a pas d’épaisseur. Celui qui sait enfoncer le tranchant très mince dans ces interstices manie son couteau avec aisance parce qu’il opère à travers les endroits vides. C’est pourquoi je me suis servi de mon couteau depuis dix-neuf ans et son tranchant paraît toujours comme s’il était aiguisé de neuf. Chaque fois que j’ai à découper les jointures des os, je remarque les difficultés particulières à résoudre, et je retiens mon haleine, fixe mes regards et opère lentement. Je manie très doucement mon couteau et les jointures se séparent aussi aisément qu’on dépose de la terre sur le sol. Je retire mon couteau et me relève ; je regarde de tous côtés et me divertis ici et là ; je remets alors mon couteau en bon état et le rentre dans son étui.

L'Oeuvre complète de Tchouang-tseu, Liou Kia hway

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Nubie

Publié le par Ysia

De l'art pariétal aux dynasties d'antan
De l'art pariétal aux dynasties d'antan
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De l'art pariétal aux dynasties d'antan

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Section 3.2

Publié le par Ysia

S. Quelle que soit l’espèce des créatures, qu’elles soient issues de l’œuf ou de l’utérus (1), d’un suintement (2) ou d’une apparition (3), qu’elles aient une forme ou qu’elles n’en aient pas, qu’elles soient douées de cognition (4) ou qu’elles ne le soient pas, ou ni l’un ni l’autre (5), je leur permets d’entrer dans le nirvāṇa où rien ne reste (6)

C. Celles nées de l’œuf sont des natures en proie aux illusions. Celles nées de l’utérus sont des natures en proie aux imprégnations (7). Celles nées d’un suintement sont des natures faussées (8). Celles nées d’une apparition sont des natures en proie aux convictions. Illusionnées, elles commettent toutes sortes d’actions. Imprégnées, elles transmigrent sempiternellement. Faussées, elles ne méditent pas. Convaincues, elles succombent (9). Révélez votre esprit et cultivez-le ! Prendre le faux pour le vrai sans adopter le principe du sans-attribut, c’est ce qui qualifie les créatures douées d’une forme. Que l’esprit se maintienne droit intérieurement ! Sans marque de piété ni offrande en se bornant à dire que l’esprit droit est le bouddha (10) sans cultiver la sagesse ni les bénédictions, c’est ce qui qualifie les créatures sans forme. Ignorant la voie du milieu, les yeux voient, les oreilles entendent et l’esprit pense s’agrippant aux attributs des choses. Si la bouche prêche le cheminement bouddhique sans que l’esprit l’applique, c’est ce qui qualifie les créatures douées de cognition. Les êtres égarés qui s’assoient en méditation et, cherchant constamment à éviter l’erreur, n’apprennent ni la compassion, ni la charité, ni la sagesse, ni les modalités sont pareils aux arbres et aux pierres ; on les dit dépourvus de cognition. On dit ni l'un ni l'autre quand ils ne sont plus attachés à la double notion des choses, l’esprit aspirant au principe. Les dix milles degrés de passions forment l’esprit fangeux. Les formes physiques innombrables ont pour nom générique créatures. L'être Vérité par sa grande compassion les convertit universellement et permet à tous de pénétrer le nirvāṇa où rien ne reste (11).

(1) se traduit suivant leurs auteurs par utérus, matrice ou chorion.

(2) aussi se traduit différemment suivant les auteurs par humidité, exsudation. Je choisirai le terme neutre, suintement

(3) S’agit-il de comparaisons symboliques qualifiant l’esprit des êtres ? L’esprit enfermé dans sa coquille, l’esprit rongé par les moisissures, l’esprit relié par un cordon ombilical? S’agit-il de ces êtres mythiques que mentionne la littérature bouddhique, notamment dans L'abhidharmakosa traduit et annoté par Louis de la Vallée Poussin (1923) :

Il y a là quatre « matrices » des êtres, êtres nés de l'œuf, etc.

Yoni, « matrice », signifie naissance. Etymologiquement, yoni signifie « mélange » : dans la naissance — la naissance étant commune à tous les êtres — les êtres sont ensemble en confusion.

Matrice des êtres nés de l'œuf : les êtres qui naissent de l'œuf, oie, grue, paon, perroquet, grive, etc.

Matrice des êtres nés du chorion : les êtres qui naissent du chorion, éléphant, cheval, bœuf, buffle, âne, porc, etc.

Matrice des êtres nés de l'exsudation : les êtres qui naissent de l'exsudation des éléments, terre, etc., — vers, insectes, papillons, moustiques.

Matrice des êtres apparitionnels : les êtres qui naissent d’un coup, avec les organes non manquants ni déficients, avec tous Ies membres et sous-membres. On les nomme upapâduka, « d'apparition », parce qu'ils sont habiles à l'acte d'apparaître (upapâdana), parce qu'ils naissent d'un coup [sans stade embryonnaire, sans semence et sang] ; tels les dieux, les êtres infernaux, les êtres de l'existence intermédiaire.

Comment les matrices sont-elles réparties parmi les destinées ?

Les hommes et les animaux sont de quatre espèces.

Hommes nés de l'œuf, tels Śaila et Upasaila nés des œufs d'une grue ; tels les trente-deux fils de [Visâkha], la mère de Mrgara; tels les cinq cents fils du roi de Pancâla.

Hommes nés du chorion, tels les hommes d'aujourd'hui.

Hommes nés de l'exsudation, tels Mândhâtar, Câru et Upacaru, Kapotamalinî, Àmrapâli, etc.

Hommes apparitionnels, les hommes du commencement de la période cosmique.

Les animaux sont aussi de quatre espèces. Trois espèces sont connues par l’expérience commune. Les Nâgas et les Garudas sont aussi apparitionnels.

Apparitionnels les ôtres infrrimiix (?), les êtres intermédiaires et les dieux.

Ces trois classes d'êtres appartiennent exclusivement à la matrice apparitionnelle.

Les Prêtas sont aussi nés du chorion.

Ils sont de deux sortes, apparitionnels et aussi nés du chorion. —

Qu'ils soient nés du chorion, cela résulte du discours que tint une

Pretî à Maudgalyayana : « J'accouche de cinq fils la nuit, de cinq fils le jour : je les mange et n'arrive pas à me rassasier ».

Quelle est la meilleure matrice ?

La matrice apparitionnelle.

S’il faut articuler une définition de l’ensemble des créatures, peut-être est-ce celle qui suit :

A. Du point de vue du mode de production, on peut les répartir en quatre sous-divisions 四生:

  1. Celles nées de l’œuf, donc certains ovipares, comme les oiseaux. D’abord la femelle pond l’œuf puis l’ayant couvé, la naissance se fait.
  2. Celles nées de l’utérus, autrement dit les vivipares, les mammifères (comme l'Homme) mais aussi certains reptiles (comme le serpent caméléon), quelques amphibiens et des arthropodes comme certains insectes ou scorpions et certains poissons. Au début, c’est comme pour l’oeuf sauf qu’il ne se détache pas du corps de la femelle jusqu’à ce que les membres et le corps soient formés, alors il quitte le ventre de la mère.
  3. Celles nées de l’humidité. On entend par là aussi certains ovipares comme les tortues, plusieurs reptiles et serpents, les insectes, les invertébrés, les crustacés, les batraciens et la majorité des poissons. D’abord la femelle pond l’œuf (frai ou alevin) puis, s’étant séparé du corps de la mère, jouissant d’eau et de chaleur et subissant une lente métamorphose, il atteint un stade final plus ou moins formé à moins d’être un marsupial.
  4. Celles nées d’une métamorphose comme les divinités, être célestes et démons, qui, récoltant le fruit des actes antérieurs, apparaissent subrepticement.

Mais qu’est-ce qu’un hippocampe ? Entre ovipare et vivipare ? Et le papillon sortant de sa chrysalide est-il l’un de ces êtres issus d’une transformation ?

B. Du point de vue de la substance formelle ou non-formelle des créatures, elles se divisent sur le plan matériel en deux groupes :

  1. Les créatures douées d’une forme 有色qui signifie 有形.
  2. Les créatures sans forme 无色/非色, c’est-à-dire celles du domaine du sans-forme, sphère de l’immatériel, résidence du vide. Concernant le le sans-forme, certains disent que les formes grossières y sont absentes. D’autres au contraire disent que même les formes subtiles y sont absentes et qu’il n’y est palpable que l’activité de la conscience。

C. Du point de vue de l’absence ou non de conscience chez les créatures, il existe trois groupes:

  1. Celles douées de cognition comme le genre humain et la plupart des êtres célestes.
  2. Celles dépourvues de cognition et qui relèvent du domaine de la non-cognition
  3. Celles qui n’ont ni cognition ni n’en sont dépourvues

(4) Il s’agit de trois énumérations consécutives d’êtres ou d’états : de l’œuf/ ou de l’utérus/, d'un suintement/ ou d’une apparition. A la première suit la deuxième : qu’elles aient une forme/ ou qu’elles n’en aient pas et puis la troisième : qu’elles soient douées de cognition/ ou qu’elles ne le soient pas/, ni qu’elles en soient douées ni qu’elles n’en soient pas (ni l'un ni l'autre).

(5) Il m’est difficile à ce stade de trouver une traduction satisfaisante pour . Si est pensée, qu’est-ce qu’est précisément ? S’agissant de l’idéogramme lui-même, il signifie la perception par l’esprit des attributs et définit cet œil 目 mental心 inquisiteur. Il s’agit, dans son sens philosophique, d’une opération mentale de celui qui perçoit. La perception est ce que nous apprécions consciemment dans ce que nous ressentons, je veux dire à travers les sensations. Pourtant, n’oublions pas que la psychologie moderne définit la perception comme fondamentalement entachée de partialité car fondée sur nos préjugés. Notre conscience n’est-elle rien d’autre que le legs trompeur de l’évolution des espèces?

Selon la plupart des sociologues, nous devons faire notre possible pour découvrir la vérité inaltérée qui nous permet de juger lucidement. Mais la sélection naturelle a-t-elle nécessairement conçu des organismes soucieux de vérité ? Peut-être pas. En réalité, dans certains cas, l’évolution irait même à l’encontre de la vérité et de la réalité des faits. Ce qui importe pour l’être humain, c’est l’amélioration de son bien-être physique. Et s’il est nécessaire parfois d’être partial et dans le faux pour parvenir à ses fins, ne doutons pas alors que l’esprit porte systématiquement des jugements erronés et partiaux. « La fonction principale du système nerveux », selon la spécialiste des sciences cognitives Patricia Churchland, est « de faciliter l’activité des parties du corps humain pour que l’organisme survive… La vérité, quelle qu’elle soit, vient définitivement en dernier ». (The rational animal, Douglas T. Kenrick & Vladas Griskevicius, Basic books, 2013, p.77-78).

Le terme « préjugé» est souvent jugé honteux. On nous a enseigné à ne pas avoir de préjugés et à faire preuve de justesse, raison et perspicacité. Pourtant la réalité est que nos cerveaux ont évolué vers une plus grande partialité – faisant, comme il était prévisible en effet, des erreurs et prenant des décisions qui semblent irrationnelles…Ce qui semble ridicule, voire même délirant peut être judicieux dans une perspective d’évolution. (ibid. p.93)

J’ai d’abord hésité entre perception et intellection. Mais intellection implique un effort de compréhension succédant à la perception, que la définition den’inclut pas forcément. Un deuxième choix s’est présenté entre perception et notion. Il est vrai que perception est aujourd’hui compris comme l’appréhension par les sens alors que notion a le sens d’appréhension par l’esprit. Un troisième choix s’est offert entre idée et notion. Mais peut-être faut-il l’entendre comme l’impression subie ou ressentie qui conduit à l’appréciation par l’esprit. Ce passage fait référence à trois états :

  1. L’état de cognition
  2. L’état de non-cognition
  3. L’état entre cognition et non-cognition, où les deux se confondent, coexistant et n’existant pas tout en même temps. Du nom sanskrit naivasamjnānāsamjnāyatana, qui se traduit suivant le dictionnaire électronique de sanskrit par place where there is no thinking and no not-thinking..

(6) Il existe deux sortes de nirvāña :

  1. Le parinirvāṇa ou anupadhiśeṣa-nirvāṇa qui définit l’extinction des passions où il n’y a plus de condition d’individualité et marque l’anéantissement des cinq agrégats. Il faut entendre par là qu’il n’y a plus rien à assouvir.
  2. Le nirvāña « avec reliquat »

Quelle est la différence entre les deux ? Selon le Traité de la grande vertu de sagesse 大智度論, le nirvāña « avec reliquat », c’est renoncer à toutes les passions nées des causes des cinq agrégats alors que le nirvāña « sans reliquat », c’est renoncer à celles nées de leurs effets. Que sont les cinq agrégats ? Il y a l'agrégat de la matière, l'agrégat des sensations, l'agrégat des perceptions, l'agrégat des formations mentales et l'agrégat de la conscience. Kuiji (T.1700) ajoute que ces deux étapes sont précédées par la réalisation de la nature pure et immaculée et succédées par l’absence de demeure.

(7) Le terme imprégner/imprégnation pour traduire dans ce contexte a un sens double : celui de féconder et celui d’influencer.

(8) Si hérésie était le terme choisi dans le Sûtra de la plate-forme pour ,je lui préfère un terme plus simple faussé.

(9) L’édition ZZ.38-4 donne le caractère au lieu de

(10) Ce passage reprend le thème exposé à la section 14 du Sûtra de la plate-forme, p.14 : Si, sans cultiver la droiture spirituelle, votre bouche discourait sur la pratique de la concentration entière de l’esprit, vous ne seriez pas disciples du Bouddha!

(11) Lorsque je dis que les créatures succombent, c’est qu’elles sombrent dans l’enfer ininterrompu (avīci). Cette dernière assertion que je préfère omettre se trouve dans l’édition ZZ.38-4.

Qu’appelle-t-on les sciences noétiques ? Le mot "noétique" vient du grec ancien "Noêsis" qui signifie "l'acte d'intelligence par lequel on pense". Il concerne ce qui est du domaine de la pensée et de l'esprit, mais dans le sens spirituel du terme. Le domaine des sciences noétiques inclut la connaissance au sens d'une quête alliant recherche scientifique et démarche spirituelle pour approcher les mystères de la vie et de l’Univers.

Institut Suisse des sciences noétiques

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Essais

Publié le par Ysia

Sur la Route de Turfan

Dans le désert se profilent à l’horizon dunes après dunes, monts après monts, sable rocailleux, doré, noir, roux.  Soudain apparaissent des oasis de champs de coton où s’affairent hommes, femmes et enfants.  Vignes et champs de maïs quadrillés  par des rangées de bouleaux au bois blanc. Alors reprend le paysage de désert où mines et fabriques de briques se pointent éparses dans l’univers de canyons qui se poursuit à l’ infini. Paysage découpé dans le sable et la roche que le vent a dessiné et l’homme a démarqué. Impressionnantes sculptures de sable auxquelles succèdent platitude et vide éblouissant sous le soleil feutré par les traînées nuageuses alors que se multiplient à l’horizon les machines de forage et leur mouvement sans cesse du haut vers le bas.

La vie est un désert qui se perd à l'horizon. Aride de vérité, elle offre des mirages d'hypocrisie aux regards des hommes et des femmes qui errent inexorablement. Ses oasis de paix ne sont atteints que grâce aux qualités de foi et de raison, une fois qu'arrogance et mensonge ne glissent plus à leurs oreilles les rumeurs enivrantes des plaisirs illusoires.

 

Narcisse et Echo

Les mémoires nous taraudent, quand la mémoire collective a été raturée  Édouard Glissant.

Le corps porte la trace de la mémoire collective. Mémoire orale, auditive, visuelle. L'âme est bâtie des cendres ancestrales, de la poussière originelle qui flotte et s'envole en spasmes et ellipses dans le vent  ! L’énergie se meut pareille à une spirale !  La mémoire des gènes (autrement nommée l’empreinte parentale) est un message légué par l’ancêtre. D’où vient l’inspiration de l’artiste  des grottes?

Primitif signifie un premier pas, un commencement.

D’où vient l’élan artistique ? Parle-t-on d’un saut collectif ou individuel ? Parle-t-on d’un effort inconscient ou conscient, lié à la vie psychique de l’être ?

Pour qu’une description du cerveau puisse être donnée et qu’une théorie pérenne des Arts soit établie dans le cadre de cet effort,  il faut procéder par étapes à la lumière convergente des sciences du cerveau, de la neuropsychologie et de la biologie du développement cérébral. (Consilience, the Unity of knowledge, Edward O. Wilson, First Vintage books Edition, April 1989, p. 236, New York : Knopf : Distributed by Random House, 1998)

Par la puissante dynamique des forces pures, l’énergie créatrice danse sous le regard, pareille à une ronde magique sous les mains de l’artiste. C’est du visible que surgit l’inconnu, une énergie multiforme qui se déforme et se reforme inlassablement. A la racine de l'énergie se trouve l’inconscient. Du visible à l’invisible. Du connu à l’inconnu. De l’archétype au prototype. Et de l’inconscient de l’activité humaine jaillit la beauté archaïque. Par une schématisation, une simplification extrême,  l’expression primitive se perpétue… De l’œil de la pirogue à l’entrée de la grotte des Origines…

Figures anthropomorphes

 

It takes a lot of time to be a genius, you have to sit around so much doing nothing, really doing nothing (Gertrude Stein, Everybody's Autobiography)  

C’est dans l'imaginaire que l'on puise la sagesse de vivre et de créer. Le sculpteur Ousmane Sow a dit porter en lui les ethnies qu’il cherche à sculpter et peut laisser mûrir une idée pendant des mois voire des années. Le masque ancien figé dans l'instant, objet inamovible de pierre, symbolise le tâtonnement dans la nuit , la perception fragile de l'essence des êtres et du monde. Il y a une force inimaginable dans la pétrification sur pierre ou sur bois d’une figure anthropomorphe ou d’un visage affublé de cornes rappellant l’expression bucolique. Cornes, comme le dit Claudel, « qui s'élèvent au-dessus de la tête et se recourbent sur elles-mêmes » comme pour se piquer au sang, acte suicidaire symbolique. Visages pensifs fixant leur regard vide sur l’homme moderne comme l’ombre de lui-même.

Les sens

 

rien ne peut mieux guérir l'âme que les sens, comme rien ne saurait mieux que l'âme guérir les sens.

Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray

 

De l’unique au multiple, la diaspora de mes sens se disperse dans le silence, l’oubli et l’incompréhension. C’est le déracinement qui crée la blessure de mon âme. Même si je vois un sourire, c’est la souffrance que je ressens. Un jour, je laisserai se déverser mon cœur qui jettera des flots de désespoir. Mais pour l’instant, c’est mon esprit qui s’exprime et mon âme qui s’instruit. Un jour, j’en appellerai à mes ancêtres qui crieront : Liberté !  La vie, pareille à la frêle existence des fleurs printanières qui bourgeonnent et flétrissent dans un cycle ininterrompu de reproduction, me confiera son secret.

Aux cinq sens que sont l’odorat, l’ouïe, le son, le toucher et le goût, il faut ajouter le sens de perception de la chaleur (ou sensibilité thermique), le sens de perception de la douleur, le sens de proprioception ou la sensibilité telle que définie par la perception qu'a l'homme de l’activité et du mouvement de son propre corps et le sens de l’équilibre établi par le système vestibulaire. A ceux-ci s’ajoutent dans le règne animal l’écholocation,  la magnétoception et l’électroception. Stimulus que mettent en branle des perceptions ressenties à tous niveaux par des récepteurs. Voies sensorielles captées vers le cerveau qui les traduit sur le clavier de son cortex sensoriel.

Couleurs primaires

Il me vint l’envie de peindre en couleur, le désir  de remplir ce vide de couleurs bigarrées, lumineuses et mondaines. Je découvris les couleurs et les utilisai dans mes dessins à l’encre noire. Des couleurs  primaires, mélancolie du lien avec la terre, souvenir des grottes de Lascaux ou des chambres mortuaires du Gansu ou d’ailleurs, souvenir d’une épopée murale sur la Route de la soie qui s’étend d’Est en Ouest dont les grottes de Dunhuang sont témoins. Couleurs basiques, primaires, fondement de vie !  Mon horizon s’illumine d'un irrésistible désir de jouer avec elles.

Encre de Chine

Formes primaires. Cercles ou lignes,  allongées et vivantes dans leur apparition poétique à la fois réelles et expressives. bstractions chimériques de l’ultime connaissance. Telles des apparitions immédiates de ce que je perçois. Connaissance des secrets de l’univers, d’un mystère commun, d’un non vu, non créé. Poésie de ces instants premiers. Énigme sans solution ni raison qui ne se prête pas à l’analyse. Grâce divine qui pare les élus d’atouts de prédilection.

Traits : Éléments primordiaux par lesquels jaillit la lumière de l’esprit et se révèle la puissance créatrice. L’au-delà, le bond vers l’absolu, le néant, le vide avant la création, l’incréé, le non-agir.

L’encre de Chine est belle et sensuelle, d’une beauté nue et pure. Je l’ai découverte et ne semble plus vouloir m’en passer.

Dessins à l’encre, ébauches sur le modèle d’une poterie tripode à tête d’aigle, d’une bouteille de céramique à tête humaine, d’une coupe à vin de bronze en forme de hibou. Vierges Noires d’Auvergne et Peintures Murales de l’Abbaye de Saint-Savin sont venues s’ajouter à la longue liste des pièces anciennes, chinoises ou d’ailleurs !!!

Contours et préhistoire : Quelque chose s’illumine, se métamorphose quand l’encre joue avec les lignes, le pinceau avec l’image abstraite. Des contours primaux. Juste les traits, les arrondis et les arcs à l’ infini. Lascaux résonne et je lui réponds !

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