Classique des monts et des mers 山海經

Publié le par Ysia

Le Classique des monts et des mers, compilation mythique de fables illustrées,  regorge de personnages et divinités aux caractéristiques animales. Il décrit la géographie, la végétation et la faune de lieux peuplés d’êtres fantastiques aux quatre coins de cet univers enchanté. Monstres humains, fruit de notre imaginaire collectif, à l’image de la mythologie grecque, si ce n’est que celle-ci vient de l’Orient.

 

Oiseaux multicolores et magnifiques. Pie. Serpent noir. Singes. Bête à la forme de chien, aux taches de léopard et aux cornes de bœuf. Rat aux oreilles blanches et au bec noir. Porc jaune à la tête et la queue blanches. Chèvre à la queue de cheval. Renard à neuf queues.  Tigre ailé. Porc à deux têtes, noir. Renard aux cornes. Hérisson de couleur feu. Bœuf blanc aux quatre cornes. Chien à six pieds. Chien blanc à tête noire qui prend son envol dès qu’il aperçoit un humain. Léopard à longue queue et à visage humain et oreilles de bœuf. Faisan à plumage blanc et pattes jaunes. Vache rouge à tête humaine et pattes de cheval. Chèvre au corps d’homme. Antilope à quatre cornes et pattes de cheval. Lapin ailé à tête de souris. Hibou à tête humaine et à une seule patte. Coq à visage humain. Singe à tête blanche et pattes noires.

 

Esprit au corps de bête. Esprit au visage humain et au corps de dragon. Esprit-tigre à neuf queues, à tête d’homme et griffes de tigre. Esprit au visage humain ou bestial. Esprit à la tête d’oiseau et au corps de dragon.  Esprit à corps de tigre, huit têtes et dix queues. Esprit à corps d’oiseau. Esprit à oreilles de chien. Esprit du tonnerre au corps de dragon. Esprit au visage d'homme et au corps de cheval. Homme dragon. Etre à deux visages. Etre à trois corps...

 

Les poissons sont eux aussi à l’image de cette faune multicolore et bigarrée, mélange de diverses caractéristiques animales et humaines, multipliant les têtes et diversifiant leurs attributs dans ce bestiaire magique où le règne animal ne s’accommode de la présence des hommes que pour mieux imposer son empreinte. Poisson-poulet aux plumes noires à trois queues, six pattes et quatre têtes. Poisson-blaireau. Homme-poisson à quatre jambes. Poisson à tête de chien.

 

 Il convient de constater que l‘art ancien reprend effectivement les mythes des classiques par lesquels la faune superbe et magique reprend vie. Aux quatre points cardinaux, on tente de localiser géographiquement ces multiples lieux et de rapporter un récit féérique sur ces divinités, souvenir des empereurs Yao et Shun,  de la Reine mère de l’Ouest à la  queue de léopard et aux crocs de tigre, parée de ses plus beaux atours, et des souverains célestes de la tradition taoïste. Est-ce cette littérature qui influença l’art ancien ou l’art ancien qui influença la littérature à moins qu’ils ne soient tous deux les produits d’une fantasmagorie, legs d’une origine lointaine bien réelle ? Un zoologiste serait le mieux à même de traduire cette collection de fables mythiques. Puisque les illustrations de l'oeuvre originale n’ont pu être préservées, c’est vers ces bronzes et ces jades millénaires qu’il faut se tourner pour apprécier la réalité de ce monde devenu invisible car disparu.

 

Et que l’on rappelle en conclusion la description fabuleuse de l’Inde par Ctésias quelque 400 ans avant notre ère.  Il rapporta de la Perse une vision fantasmagorique de la végétation et de la faune ainsi que des habitants de l’Inde, proche du Classique des monts et des mers :

 

La martichore est un animal de l'Inde, qui a la face de l'homme, la grandeur du lion et la peau rouge comme le cinabre. Elle a trois rangées de demis, les oreilles semblables à celles de l'homme, et les yeux d'un bleu tirant sur le vert comme l'homme; sa queue ressemble à celle du scorpion de terre. Cette queue renferme un aiguillon qui a plus d'une coudée de longueur ; il est à l'extrémité de la queue, tel que celui du scorpion…

 

Ces montagnes sont habitées par des Gryphons. Ce sont des oiseaux à quatre pieds, de la grandeur du loup, dont les jambes et les griffes ressemblent à celles du lion. Leurs plumes sont rouges sur la poitrine, et noires sur le reste du corps. ..

 

Dans ces montagnes il y a des hommes qui ont une tête de chien, dont les vêtements sont de peaux de bêtes sauvages. Ils n'ont point de langage ; ils aboient comme les chiens et s'entendent entre eux. Leurs dents sont plus longues que celles des chiens. Leurs ongles ressemblent à ceux de ces animaux ; mais ils les ont plus longs et plus ronds. Ils sont noirs et très justes, de même que le reste des Indiens avec qui ils sont en commerce; ils entendent la langue indienne, mais ils ne peuvent répondre que par leurs aboiements, ou par des signes qu'ils font avec les mains et les doigts, comme les sourds et muets. Les Indiens les appellent dans leur langue Calystriens, ce qui signifie Cynocéphales.  (Ctésias, oeuvre numérisée par Marc Szwajcer)

 

Dans les fragments qu’il nous laisse de sa relation sur l’Inde, l’Ambassadeur Mégasthène rapporte également trois cents ans avant notre ère l’existence de scorpions et de serpents ailés, de chevaux à tête de cerf surmontée d’une corne, d’hommes sans bouche, ainsi que des okypodes, des énotocœtes, des monommates, des amyctères et des hyperboréens (Géographie de Strabon, Amédée Tardieu, Librairie Hachette, 1880)

Le dragon, « assemblage mécanique de quelques animaux », élément fédérateur entre les tribus. S’agit-il d’un syngnathinae ? Serpents à oreilles ou serpents à cornes ? Non, il ne s’agit pas d’une « émergence simultanée, en plusieurs points du monde » :

les images rupestres accompagnées de leur glose permettent d’attester la présence du motif du dragon en Amérique, en Afrique, en Eurasie et en Océanie à l’époque précolombienne, et laissent donc supposer une diffusion du motif depuis l’Asie lorsque cela était encore possible par le détroit de Béring, au Paléolithique supérieur ... une mythologie primordiale diffusée en même temps que les premières migrations humaines... La clef de l’interprétation de tant de motifs encore hermétiques […] se trouve, à notre disposition et immédiatement accessible, dans des mythes et des contes toujours vivants (Levi-Strauss 1948 : 636).

Julien d'Huy

Publié dans Art ancien chinois

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De l'art de méditer

Publié le par Ysia

One practicing the Way who wishes to stop his mind should come to know three things. First, he should contemplate and remember from whence the body comes. It exists only from the activity of the five dark elements [skandha]. When the five dark elements are cut off, it lives no more. It is as if one were but a temporary guest [in this world]. If you do not understand this, then bring to mind the nine stages [of the decaying body] and see that it is so for yourself. Second, he should gaze within his heart and follow the breath in and out. Third, while breathing in and out, he should concentrate on the moment of the cessation [of the breath], when the air moving out is faint. Why does one concentrate on the moment of the cessation [of the breath]? In order to understand that there is nothing. When the mind is fixed, consciousness becomes empty. When consciousness is empty, one knows that there is nothing. Why [is there nothing]? When the breath does not return again, there is death. Know that the body is comprised only of breath. When breath is extinguished, [the body] becomes empty. Realizing this emptiness, one reaches the Way. Thus the practice of the Way involves three things: contemplating the body, unity of mind, and contemplation of the inhalation and exhalation.
行道欲得止意, 當知三事. 一者, 先觀念身本何從來, 但從五陰行有. 斷五陰, 不復生. 譬如寄託須臾耳. 意不解, 念九道以自證. 二者, 自當內視心中, 隨 息出入. 三者, 出息入息, 念滅時息出小輕. 念滅時何等? 為知無所有. 意定, 便知空, 知空便知無所有. 何以故? 息不報便死. 知身但氣所作, 氣滅為空, 覺空墮道也. 故行道有三事. 一者, 觀身. 二者, 念一心. 三者, 念出入息.

Eric Greene

S. Ainsi c’est ce que j’ai entendu.

C. Ainsi indique le sens. C’est fixe les termes. La loi que Ananda désigne par ainsi c’est, ce moi l’a entendu du bouddha. Il est clair que ce n’est pas lui-même qui la prêche. C’est pourquoi il est dit : Ainsi c’est ce que j’ai entendu. En outre, je est la nature et la nature est je. L’activité intérieure et extérieure émane de la nature qui entend tout. C’est pourquoi il proclame : J’ai entendu.

S. Le bouddha se trouvait alors dans le pays de Śrāvasti, le bois de Jeta, le parc de Anāthapindada.

C. Lorsque l’on dit alors, c’est lorsque l’assemblée des maîtres et apprentis se réunissait au complet. Le bouddha est le prédicateur de la loi. Se trouvait veut éclairer sur le lieu. Śrāvasti est le pays du roi Pāsenādi (Prasenajit). Jeta est le nom d’un prince. Comme le bois est un don du prince Jeta, l’on dit par conséquent le bois de Jeta. Anāthapindada est l’autre nom du vénérable Sudatta. Comme le parc appartenait à l’origine à Sudatta, l’on dit par conséquent le parc de Anāthapindada. Bouddha est un vocable sanskrit. Dans la Chine des Tang, l’on dit l’éveillé. L’éveil possède deux sens. Le premier est l’éveil extérieur. C’est contempler la vacuité de toute chose. Le second est l’éveil intérieur. C’est savoir que l’esprit vide et tranquille n’est pas souillé par les six poussières. Comme il ne voit pas extérieurement les fautes d’autrui et qu’il n’est pas troublé intérieurement par ce qui est faux et illusoire, il est donc nommé l’éveillé. L’éveillé, c’est le bouddha.

S. Il était ensemble avec la foule des 1250 grands moines mendiants.

C. Lorsque l’on dit avec, c’est que le bouddha était avec les moines mendiants dans l’aire sans attribut de la sapience adamantine. C’est pourquoi l’on dit avec. Les grands moines mendiants, ce sont les grands arhats. Bhiksu est un mot sanskrit. Dans le pays des Tang, l’on dit ceux qui peuvent briser les six ravisseurs. C’est pourquoi ils sont dénommés bhiksu. La foule, c’est la multitude. Mille deux cent cinquante est leur nombre. Ensemble, c’est qu’ils sont simultanément présents dans l’assemblée aux membres égaux devant la loi.

S. Alors, au moment du repas, le vénéré du monde vêtu de sa robe et tenant sa sébile entra dans la grande cité de Śrāvasti pour y mendier son repas.

C. Alors, c’est à ce moment en cette matinée. C’est lorsqu’il va être le moment de déjeuner. Vêtu de la robe et tenant la sébile, ce sont les marques de l’enseignement exotérique. La grande cité de Śrāvasti, c’est la cité de l’abondance et de la vertu dans le pays de Śrāvasti où s’est établi le roi Prasenajit. C’est pourquoi il est dit la cité de Śrāvasti. Lorsque l’on dit mendier de la nourriture, c’est pour signifier que l'être Vérité s’abaisse au niveau de tous les êtres.

S. Ayant mendié dans l’ordre, il s’en retourna à sa résidence d’origine. Le repas fini, il rangea sa sébile et son vêtement. Après s’être lavé les pieds, on disposa un siège et il s’assit.

C. dans l’ordre, c’est sans distinction entre le pauvre et le riche qui sont indifféremment convertis. Ayant mendié, c’est-à-dire que l’on mendie auprès de sept maisons au plus. Une fois les sept maisons dénombrées, il n’y a plus à se rendre autre part. s’en retourna à sa résidence d’origine, c’est la volonté bouddhique qui commande tout moine mendiant. A moins d’y être invité, il ne faut jamais se rendre chez les êtres aux habits blancs. C’est pourquoi on le dit. lavé les pieds, c’est que l'être Vérité, lors de ses apparitions, suit le modèle des êtres ordinaires. L’on dit par conséquent lavé les pieds. En outre, selon la loi du Grand Véhicule, cela n’est pas simplement se laver les mains et les pieds que l’on tient pour la pureté. Dès que par une pensée, l’esprit est pur, la fange des péchés est entièrement extirpée. Lorsque l'être Vérité entreprend de prêcher la loi, c’est la tradition de disposer un siège en bois de santal. C’est pourquoi on dit on disposa un siège et il s’assit.

S. A ce moment, le vénérable Subhūti,

C. Que nomme t-on vénérable ? Comme sa vertu est vénérée et que son âge est avancé, il est nommé vénérable. Subhūti est un nom sanskrit. Dans la Chine des Tang, on dit celui qui comprend la vacuité.

S. au milieu de la foule, se leva de son siège, découvrit l’épaule droite et mit son genou droit à terre. Il joignit les mains révérencieusement et s’adressa au bouddha :

C. Comme la foule, il s’était assis, c’est pourquoi il est dit qu’il se leva de son siège. Lorsque les disciples invitent le bouddha à prêcher, ils exécutent d’abord cinq gestes rituels : premièrement ils se lèvent. Deuxièmement, ils arrangent leurs vêtements. Troisièmement, ils se découvrent l’épaule droite et mettent leur genou droit à terre. Quatrièmement, ils joignent les mains et lèvent les yeux la mine respectueuse sans le quitter du regard. Cinquièmement, plein de révérence, ils posent des questions.

S. Comme c’est rare, ô vénéré du monde !

C. En gros, rare possède un sens triple. Le premier élément rare, c’est de pouvoir renoncer au rang de souverain de la roue d’or. Le deuxième élément rare, c’est d’être sans comparaison avec les trente-deux marques distinctives et les quatre-vingt marques physiques secondaires et les trois sphères du désir, de la forme et de l’absence de forme. Le troisième élément rare est la nature (du bouddha) pouvant receler les quatre-vingt quatre mille lois bouddhiques et le triple corps parfait. Comme cela englobe ces trois sens, c’est pourquoi il est dit Comme c’est rare ! Le vénéré du monde est celui dont l’intelligence surpasse les trois domaines, que rien ne peut égaler, dont la vertu est si grande que rien ne lui est supérieur et qui est unanimement respectée. C’est pourquoi il est dit vénéré du monde.

S. Leur pensée ne le quittant pas, l'être Vérité guide bien les êtres qui aspirent à la voie.

C. Leur pensée ne le quittant pas, c’est que l'être Vérité, grâce à la loi de sapience qui mène sur l’autre rive, songe aux bodhisattvas. Guide, c’est que l'être Vérité, grâce à la loi de sapience qui mène sur l’autre rive, dirige Subhūti et tous les bodhisattvas. Dire que leur pensée ne le quitte pas, c’est qu’il fait en sorte que tous les disciples, grâce à la connaissance de sapience, maintiennent leur corps et leurs pensées sans que ne surgissent confusément ni affection ni aversion, de sorte qu’ils ne sont pas souillés extérieurement par les six poussières ni ne sombrent dans l’océan douloureux de naissance et de mort. En leur esprit, quand chaque pensée est constamment juste sans que surgisse l’erreur, c’est l'être Vérité en leur nature propre qui maintient leurs pensées. Dire qu’il les guide bien, c’est que les pensées passées, pures et immaculées commandent aux pensées futures qui elles-mêmes étant pures et immaculées, il n’y a entre elles nulle séparation. Parvenu à sa libération ultime, l'être Vérité instruit scrupuleusement les êtres et, au cœur de la foule assemblée, s’y appliquera constamment. C’est pourquoi il est dit qu’il les guide bien. Bodhisattva est un mot sanskrit. Dans la Chine des Tang, on dit : l’être qui aspire à la voie, également l’être sensible illuminé. Celui qui aspire à la voie montre constamment de la révérence. Même les âmes rampantes, c’est tous les aimer respectueusement et sans dédain. C’est pourquoi il se nomme bodhisattva.

S. Vénéré du monde, les hommes et les femmes de bien

C. Les hommes de bien ont un esprit empreint d’équanimité et une attitude correcte de recueillement. Pouvant donner réalité à toutes les vertus méritoires, ils ne rencontrent aucun obstacle. Les femmes de bien ont une sagesse authentique grâce à laquelle elles peuvent manifester, sans agir ou en agissant, toutes les vertus méritoires.

S. qui aspirent à l’esprit d’éveil insurpassé et parfait, comment doivent-ils demeurer ? Comment doivent-ils discipliner leur esprit ?

C. Subhūti demande comment tous les êtres humains qui aspirent à l’esprit d’éveil doivent demeurer et discipliner leur esprit. Voyant que tous les êtres s’agitent sans arrêt telle la poussière dans les recoins et que leur esprit ballotté s’élève semblable au vent tourbillonnant, chaque pensée succédant l’une à l’autre sans répit, il demande comment ceux qui désirent cultiver le chemin doivent soumettre leur esprit .

S. Le bouddha déclara: Bien, bien Subhūti ! Comme tu le dis, leur pensée ne me quittant pas, moi, l'être Vérité, guide bien les êtres qui aspirent à la voie.

C. C’est le bouddha qui loue Subhūti pour avoir saisi sa pensée et en avoir compris le sens.

S. A présent, écoute religieusement ce que je vais te dire.

C. Lorsque le bouddha souhaite prêcher la loi, ordinairement il prévient d’abord de sorte que tous les auditeurs fassent silence pour qu’il puisse parler.

S. Les hommes et les femmes de bien qui aspirent à l’esprit d’éveil insurpassé et parfait doivent ainsi demeurer et ainsi discipliner leur esprit.

C. A se dit absence. Uttara se dit supérieur. Sam se dit authentique. Yañc (yak) se dit total. Bodhi se dit savoir. Absence, c’est qu’il n’y a aucune fange de l’abîme. Supérieur, c’est que les trois sphères du désir, de la forme et de l’absence de forme lui sont incomparables. Authentique, c’est la vue authentique. Total, c’est l’omniscience. Savoir, c’est savoir qu’en tout être sensible réside la nature de bouddha. Ce n’est que s’ils cultivent le cheminement qu’ils réussiront totalement à devenir bouddhas. Bouddha, c’est la sapience insurpassée, pure et immaculée qui mène sur l’autre rive. En conséquence, s’ils désirent cultiver le cheminement, les hommes et les femmes de bien doivent tous savoir quelle est la voie de l’éveil insurpassé et quelle est la loi de la sapience insurpassée, pure et immaculée, qui mène sur l’autre rive pour, de cette façon, soumettre leur esprit.

S. Oh, oui , Vénéré du monde ! C’est avec joie que je souhaite vous entendre.

C. Oh oui exprime l’acquiescement. Je souhaite, c’est souhaiter que le bouddha s’exprime plus amplement pour ouvrir à la compréhension les êtres dotés de racines moyennes et inférieures. Avec joie, c’est écouter avec joie l’enseignement profond de la loi. Souhaiter entendre, c’est avoir soif d’entendre la bienveillante instruction.

S. Le bouddha déclara à Subhūti : Tous les bodhisattvas, les grands êtres, doivent ainsi discipliner leur esprit.

C. Qu’elle soit passée ou future, si chaque pensée est pure et immaculée, ils s’appellent bodhisattvas. Si, sans régresser d’une pensée à l’autre, l’esprit, même tourmenté, est constamment pur et immaculé, ils se nomment les grands êtres. Et, si, usant de toutes sortes d’artifices, ils convertissent et guident les êtres avec miséricorde et charité, leur nom est bodhisattvas. Sachant convertir ceux qui peuvent l’être, ils se nomment les grands êtres. Respecter tous les êtres, c’est ce à quoi se soumet leur esprit. C’est quand rien ne change ni ne varie . Affronter toute circonstance avec équanimité, c’est ce qui définit leur véritable nature. On dit aussi : sans forme extérieure d’imposture ni forme intérieure de confusion c’est là la véritable nature. Toutes pensées égales, c’est discipliner l’esprit .

S. Quelle que soit l’espèce des créatures, qu’elles soient issues de l’œuf ou de l’utérus, d’un suintement ou d’une apparition, qu’elles aient une forme ou qu’elles n’en aient pas, qu’elles soient douées de cognition ou qu’elles ne le soient pas, ou ni l’un ni l’autre, je leur permets d’entrer dans le nirvāṇa où rien ne reste.

Human beings are born from an egg and the vital spirit [sperm]. The egg is the earth, mind is the seed, and vital spirit is the moisture. [These things] come together and a human being is born. Thus [a practitioner restrains his desires] and seeks only a single robe and single meal [per day] so as to nourish the vital energy and ‘‘guard the ruler.’’ The human body is fundamentally void, and therefore it passes away and is impermanent. Upon attaining the Way one knows that this body is not oneself. Bring to mind the fact that this body is bound to soon die and rot away.
人生從穀{read: 殼?}、精氣. 穀{殼} 為地, 意為種, 精氣為水雨, 便合生身. 故求一衣一食, 是為養氣護主, 人身為本無, 故滅盡無常. 得道便知身非身. 念身不久要當死敗.

法觀經

C. Celles nées de l’œuf sont des natures en proie aux illusions. Celles nées de l’utérus sont des natures en proie aux imprégnations. Celles nées d’un suintement sont des natures faussées. Celles nées d’une apparition sont des natures en proie aux convictions. Illusionnées, elles commettent toutes sortes d’actions. Imprégnées, elles transmigrent sempiternellement. Faussées, elles ne méditent pas. Convaincues, elles succombent. Révélez votre esprit et cultivez-le ! Prendre le faux pour le vrai sans adopter le principe du sans-attribut, c’est ce qui qualifie les créatures douées d’une forme. Que l’esprit se maintienne droit intérieurement ! Sans marque de piété ni offrande en se bornant à dire que l’esprit droit est le bouddha sans cultiver la sagesse ni les bénédictions, c’est ce qui qualifie les créatures sans forme. Ignorant la voie du milieu, les yeux voient, les oreilles entendent et l’esprit pense s’agrippant aux attributs des choses. Si la bouche prêche le cheminement bouddhique sans que l’esprit l’applique, c’est ce qui qualifie les créatures douées de cognition. Les êtres égarés qui s’assoient en méditation et, cherchant constamment à éviter l’erreur, n’apprennent ni la compassion, ni la charité, ni la sagesse, ni les modalités sont pareils aux arbres et aux pierres ; on les dit dépourvus de cognition. On dit ni l'un ni l'autre quand ils ne sont plus attachés à la double notion des choses, l’esprit aspirant au principe. Les dix milles degrés de passions forment l’esprit fangeux. Les formes physiques innombrables ont pour nom générique créatures. L'être Vérité par sa grande compassion les convertit universellement et permet à tous de pénétrer le nirvāa où rien ne reste.

S. et les fais passer.

C. L’être Vérité montre que les êtres des neuf terres ont tous l’esprit subtil du nirvāa qui les porte à s’éveiller et à pénétrer où rien ne reste. Où rien ne reste, c'est sans le superflu des vices et des passions. Le nirvāa a le sens de plénitude et de pureté. C’est éliminer tous les vices et ne jamais les laisser naître. S’étant accordé à le faire, le passager qui effectue le voyage traverse l’océan de naissance et de mort. L’esprit de bouddha, dans son équanimité, souhaite que toutes les créatures dans leur universalité pénètrent ensemble le nirvāa de plénitude et de pureté, où rien ne reste, traversent ensemble l’océan de naissance et de mort et témoignent ensemble de l’expérience bouddhique. Il y en a qui, face à l’éveil ou à la pratique bouddhique, s’imaginent y être parvenus mais ne font naître que l’attribut de l’ego ; c’est ce que l’on appelle la fausse conception du soi. Extirper entièrement cette fausse conception, c’est ce qui est nommé faire passer.

S. C’est ainsi que s’éteignent et passent les immensurables, innombrables créatures à l’infini, mais réellement nulle créature ne s’éteint ni ne passe.

C. Ainsi c’est dans l’observance de ce qui est précédemment mentionné. Extinction et passage sont la grande libération. La grande libération, c’est quand passions et vices ainsi que l’entrave de tous nos actes passés sont complètement éteints et qu’il n’y a plus rien à assouvir, c’est ce que l’on appelle la grande libération. Les immensurables, innombrables créatures illimitées ont chacune en soi primitivement toutes les passions, convoitise et courroux et actes mauvais. Sans les éliminer, elles ne seront finalement pas libérées. C’est pourquoi il est dit c’est ainsi que s’éteignent et passent d’immensurables, innombrables créatures illimitées. Tous les êtres égarés peuvent s’éveiller à leur propre nature. Au commencement, nous savons que le bouddha était aveugle à son individualité et n’avait nulle conscience. Pourquoi ferait-il fait passer les créatures ? Ce n’est que parce que les êtres ordinaires ne voient pas leur propre esprit originel qu’ils n’entendent pas la volonté bouddhique. S’agrippant aux attributs de toutes les choses, ils ne pénètrent pas le principe du non-agir. Lorsque l’ego n’est pas éliminé, ils ont pour nom créatures. Si elles s’en détachent, aucune créature réellement ne s’éteindra ni ne passera. C’est pourquoi il est dit : quand l’esprit d’erreur ne réside nulle part, c’est l’éveil. La naissance et la mort sont fondamentalement égales au nirvāa. Où y-a-t-il extinction et passage ?

S. Et pourquoi ? Subhūti, si les bodhisattvas possédaient les attributs du moi, de l' être humain, de toutes les créatures et de l’être vivant, ils ne seraient pas des bodhisattvas.

C. Toutes les créatures et la nature de bouddha ne sont radicalement pas différentes. Parce qu’elles possèdent les quatre attributs, elles ne pénètrent pas où rien ne reste. Ceux qui possèdent les quatre attributs sont toutes les créatures. Si elles ne les possédaient pas, elles seraient des bouddhas. Égarés, les bouddhas sont des êtres ordinaires. Éveillées, toutes les créatures sont des bouddhas. Lorsque les êtres égarés se prévalant de leurs biens, de leur savoir et de leur patronyme méprisent les autres, c’est l’attribut du moi. Bien qu’ils fassent preuve de charité, droiture, bienséance, sagesse et loyauté, ils sont si infatués d’eux-mêmes qu’ils ne cheminent pas dans le respect universel. Quand ils disent comprendre et appliquer charité, droiture, bienséance, sagesse et loyauté en manquant de respect, c’est l’attribut de l’être humain. Lorsque ce qui est bien revient à soi et que ce qui est mal est attribué aux autres, c’est l’attribut de toutes les créatures. Faire la distinction entre l’attachement et le renoncement à l’environnement de poussière, c’est l’attribut de l’être vivant. Voilà les quatre attributs des êtres ordinaires. Ceux qui cultivent le cheminement possèdent eux aussi les quatre attributs. Leur esprit saturé de facultés actives et passives, ils méprisent toutes les créatures ; c’est l’attribut du moi. Bien qu’ils aient la prétention de suivre les préceptes, ils les dédaignent et les enfreignent ; c’est l’attribut de l’être humain. Maudissant les trois peines expiatoires tout en faisant vœu de naître aux cieux, c’est l’attribut de toutes les créatures. En quête de longévité, s'ils cultivent avec zèle les actes méritoires sans rompre toutes les chaînes, c’est l’attribut de l'être vivant. Posséder les quatre attributs; ce sont toutes les créatures. Sans plus les posséder; ce sont des bouddhas.

S. En outre, Subhūti, les bodhisattvas, sous l’égide de la loi, ne doivent demeurer nulle part lorsqu’ils font l’aumône, c’est ce qui s'appelle faire l’aumône sans demeurer ni dans la forme, ni dans le son, ni dans l’odeur, ni dans la saveur, ni dans le toucher, ni dans les objets virtuels.

C. Quand les hommes ordinaires font l’aumône, ils implorent de recevoir un traitement digne et le plaisir des cinq sens. C’est pourquoi leur rétribution est la descente dans le bourbier des trois voies infernales. Le Vénéré du monde, dans sa grande compassion, enseigne la pratique de l’aumône sans attribut qui consiste à n’implorer de recevoir ni traitement digne ni plaisir des cinq sens. En les encourageant intérieurement de réduire à néant leur mesquinerie, il fait bénéficier extérieurement toutes les créatures. Ainsi s’ils s’y accordent, c’est ce qui s’appelle faire l’aumône sans se fixer sur la forme.

S. Subhūti, les bodhisattvas doivent ainsi faire l’aumône sans demeurer au sein des attributs.

C. C’est ainsi qu’il faut faire l’aumône, l’esprit exempt de tout attribut, car celui dont l'esprit ne peut concevoir le don ne voit pas ce qu’il donne ni ne reconnaît celui qui reçoit.

S. Et pourquoi ? Les vertus méritoires des bodhisattvas qui font l’aumône sans demeurer au sein des attributs sont inconcevables.

Publié dans Bouddhisme Zen

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Des cellules aux civilisations

Publié le par Ysia

La vie est dotée de pouvoirs de transformation remarquables. Au cours de milliards d’années d’évolution, des formes élémentaires se sont transformées en créatures complexes modernes.

Cells to civilizations, Enrico Coen, Princeton University Press, 2012

L’évolution au travers du succès reproducteur différentiel – c’est-à-dire la capacité relative d’un organisme à propager les variations génétiques dont il est porteur, le développement par la prolifération et la spécification des cellules,  l’apprentissage grâce aux mutations affectant les connexions neuronales et, enfin,  les changements culturels par le biais des échanges humains ont formé notre monde, notre corps et notre esprit.

Nous avons la faiblesse de penser que la créativité humaine et la culture sont si complexes et si propres à l’homme que la science ne saurait rien à voir avec elles. Mais lorsqu’il s’agit d’examiner dans leur ensemble les transformations dont la vie est le théâtre, nous constatons que la science joue un rôle double. D’une part, elle livre une source de savoir sur le monde et la place que nous occupons en son sein. Elle constitue de fait la charpente de notre culture. D’autre part, la science est un produit de la culture et résulte du travail collectif des hommes au fil du temps visant à appréhender le monde qui les entoure. Ce n’est que si nous prenons la mesure des diverses transformations dont la vie est le théâtre que nous pourrons jeter un double regard sur la science, sur la façon dont elle modèle la culture et est modelée par elle. Ainsi non seulement nous comprendrons mieux comment les mutations culturelles sont engendrées mais aussi comment elles sont liées au processus biologique passé. Pourquoi nous a-t-il fallu aussi longtemps pour parvenir à cette vision collective de la vie?

Cells to civilizations, Enrico Coen, Princeton University Press, 2012,

De nouvelles questions me viennent à l’esprit. Parlerons-nous un jour d’un cinquième paramètre ? Quel changement aura sur l’homme le réseau informatique, la communication électronique ?

Mais restons dans le présent, s’agissant des changements culturels, cette vision collective de la vie n’est-elle pas limitée à la situation géographique ou socioéconomique d’un groupe de population donné,  leur impact n’est-il pas plus ou moins ressenti selon que l’on a ou pas accès à l’éducation, que l’on bénéficie ou pas de ces apports scientifiques ? William Julius Wilson, Professeur à l’Université de Harvard, parle aujourd’hui de ségrégation par le revenu et affirme qu’il faut des générations pour combler l’écart socioculturel et rattraper le retard accumulé par certaines tranches de la société, voire, dirai-je, de l’humanité.

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L'esprit des formes

Publié le par Ysia

L’art est l’appel à la communion des hommes. Nous nous reconnaissons les uns les autres aux échos qu’il éveille en nous, que nous transmettons à d’autres que nous par l’enthousiasme et qui retentissent en action vivante dans toute la durée des générations sans parfois qu’elles le soupçonnent. Si quelques-uns d’entre nous entendent seuls cet appel aux heures d’incompréhension et d’affaissement général, c’est qu’ils représentent à ces heures l’effort idéaliste qui ranimera l’héroïsme endormi dans les multitudes. On a dit que l’artiste se suffit à lui-même. Ce n’est pas vrai. L’artiste qui le dit est atteint d’un orgueil mauvais. L’artiste qui le croit n’est pas un artiste. S’il n’avait pas eu besoin du plus universel de nos langages, l’artiste ne l’aurait
pas créé. Dans une île déserte, il bêcherait la terre pour faire pousser son pain. Nul n’a plus besoin que lui de la présence et de l’approbation des hommes. Il parle parce qu’il les sent autour de lui, et dans l’espoir souvent déçu et jamais découragé qu’ils finiront par l’entendre. C’est sa fonction de répandre son être, de donner le plus possible de sa vie à toutes les vies, de demander à toutes les vies de lui donner le plus possible d’elles, de réaliser avec elles, dans une collaboration obscure et magnifique, une harmonie d’autant plus émouvante qu’un plus grand nombre d’autres vies viennent y participer. L’artiste, à qui les hommes livrent tout, leur rend tout ce qu’il leur a pris.

Elie Faure

Publié dans Art et mysticisme

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Sur les traces des Polynésiens

Publié le par Ysia

Hawaï est l’un des derniers lieux au monde à avoir été conquis par l’homme. Des milliers d’années après s’être installé à la pointe de l’Amérique du Sud, sur les hauteurs du plateau tibétain et même à la lisière glacée du Groenland, l’homme n’avait toujours pas posé le pied dans l’archipel volcanique. Quand il a, pour la première fois, tiré son canot à double coque jusqu’au rivage hawaïen, son voyage d’exploration a été l’un des plus grands triomphes de l’espèce humain. Pourtant, encore tout récemment, les archéologues n’avaient aucune certitude quant à la façon dont cet exploit a été réalisé. Les ancêtres des polynésiens actuels qui avaient établi des foyers de population dans quasiment tout le Pacifique, y compris Hawaï, faisaient partie de la dite civilisation Lapita du nom d'un site archéologique de Nouvelle-Calédonie. De l’Asie de l’Est, ils se sont dispersés il y a 3 000 ans, mais des questions demeurent quant à leur origine et les voies empruntées. Les archéologues ont découvert des centaines de sites archéologiques à travers le Pacifique ouest, parsemés d’objets tels que des haches en pierre et des résidus organiques qui permettent de suggérer que ces marins itinérants ont parcouru de longues distances, munis de vivres, de plantes et d’animaux depuis les grandes îles le long des côtes chinoises et de l’Asie du Sud-est. Vers 1 000 ans avant notre ère, ils avaient voyagé aussi loin que Samoa et peuvent être considérés comme les premiers Polynésiens. Les longues distances à parcourir pour atteindre les îles au-delà de Samoa, telles que les îles de la Société – plus de 2 400 kilomètres en haute mer – ont empêché la poursuite de leur périple migratoire pendant près de 2 000 ans. Les Polynésiens reprirent soudain la route bien que l’on ne sache pas pourquoi, vers le Pacifique est et central, une région aussi vaste que l’Amérique du Nord. Ils débarquèrent finalement dans l’archipel d’Hawaï, probablement dans un premier temps à Kauai non loin de la grotte de Makauwahi. La datation de ces périples a fait l’objet de vifs débats en grande partie du fait que les preuves archéologiques sont difficiles à recouvrer étant donné l’impact destructeur du climat chaud et humide qui prédomine dans les îles éparses du Pacifique et de l’acidité du sol volcanique. Ces deux facteurs détruisent les matières organiques telles que le bois, les fossiles végétaux et les ossements d’animaux qui permettent la datation précise par le radiocarbone. En outre, ces anciens marins n’ont laissé derrière eux aucun texte écrit ni aucune inscription. Néanmoins, contrairement à la plupart des autres sites archéologiques, les conditions qui prévalent à l’intérieur de la grotte de Makauwahi ont favorisé la conservation d’un grand nombre d’indices. Certaines des découvertes les plus précieuses on été faites sous la couche déposée par le tsunami il y a 400 ans. Ce sont les restes minuscules et fragiles d’une espèce ancienne de volaille… Quand les Polynésiens s’embarquaient vers de nouveaux horizons, la volaille faisait partie intégrante de leur nécessaire de voyage, leur fournissant non seulement la viande, les œufs et le divertissement – le combat de coqs reste très populaire dans la région – mais aussi les os pouvant être transformés en aiguilles à coudre, matériel de tatouage ou instruments de musique. S’ils laissaient parfois derrière eux les chiens et les cochons, ils emportaient toujours des poules vers de nouvelles destinations. Dans la mesure où les poules domestiques ne sont pas originaires des îles du Pacifique, la présence d’os de poule est un signe clair de l’activité humaine. Suivre ainsi la propagation des poules constitue un moyen pratique d’étudier le mouvement de population à travers la Polynésie... Les échantillons d’ADN comparés à d’autres échantillons prélevés en Polynésie ont révélé qu’un ensemble distinct de gènes caractérise l’espèce de poule ancienne. La répartition géographique de l’ADN montre clairement deux vagues d’expéditions, l’une se déplaçant dans un axe nord-est vers la Micronésie et l’autre, est vers Samoa et Hawaï. Les rats accompagnaient régulièrement les Polynésiens dans leurs voyages, se glissant à bord et sautant par-dessus bord à leur guise alors que ni les cochons ni les chiens ne faisaient pas, semble-t-il, partie du voyage vers les avant-postes tels que l’île de Pâques.

La boue dans la grotte de Makauwahi a également permis la préservation des résidus de charbon dispersés par le vent et incrustés dans la tourbe. La datation au radiocarbone des échantillons semble suggérer que l’emploi du charbon est rare jusqu’en 1200 de notre ère. Sa soudaine apparition est un autre indice de la présence de l’homme et de l’activité humaine quand il commença à brûler les feuillages pour planter des taros et autres denrées agricoles. Des nucléus ramassés dans d’anciens étangs bordés de pierre qui ont servi à produire le charbon ont donné lieu à une datation comparable, ce qui indique clairement et confirme sans doute que l’homme est arrivé beaucoup plus tardivement – presque 800 ans plus tard – que l’avaient pensé de nombreux historiens. Dans un aussi grand nombre que les os de volaille, de larges quantités d’hameçons en os et en nacre et des coquilles de 16 espèces de mollusques différentes ont été recueillis. Ces objets témoignent du début de la culture ancienne hawaïenne. Le feu n’est qu’un des moyens par lesquels ces nouveaux colons ont transformé le paysage de Kauai. En même temps que les rats, les insectes, notamment les fourmis, se sont glissés à bord des canoës. L’activité humaine ajoutée aux changements engendrés par les animaux et les plantes qu’ils avaient apportés permettent difficilement d’imaginer le milieu hawaïen avant l’arrivée des hommes, mais la grotte donne la preuve que cet environnement était autrefois radicalement différent… Les archéologues ont depuis longtemps soupçonné que l’arrivée des hommes à Hawaï a sonné le glas pour d’innombrables plantes et espèces animales. Près d’une cinquantaine d’espèces d’oiseaux, dont beaucoup sont aujourd’hui disparues, ont été découvertes dans la grotte de Makauwahi et les fouilles archéologiques, en particulier le long du littoral, ont confirmé la transformation rapide du milieu environnant à la suite de l’arrivée de l’homme. Bien que l’on estime que les premiers colons n’étaient qu’un groupe de 100 personnes environ, on déduit sur la base des données génétiques que les rats se sont rapidement propagés dans les îles, causant la mort des larges oiseaux inaptes au vol et vulnérables face à ces mammifères prédateurs. Les rats mangèrent aussi vite les graines des palmes indigènes tandis que les hommes ont vraisemblablement surexploité le bois pour construire leurs huttes, causant la quasi-disparition des arbres sur l’île Kauai. D’anciennes gravures réalisées par des Européens qui commencèrent à arriver vers la fin du XVIIIe siècle montrent que les abords de la grotte Makauwahi étaient presque entièrement déboisés alors – les plaines côtières transformées par l’irrigation et les étangs et les multiples feux de bois ont fait reculé la forêt vers des zones trop escarpées pour être cultivées.

Lorsque les Européens arrivèrent, quelque 600 ans après les premiers colons, les Hawaïens étaient probablement 200 000 environ. C’est un paysage de champs et de forêts avec quelques oiseaux étranges qui s’est offert à leurs yeux.

Traduit par Ysia.

Publié dans Génétique

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Astrobiologie

Publié le par Ysia

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La beauté est un concept difficile

Publié le par Ysia

Publié dans Cheminement

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Authenticité

Publié le par Ysia

L’art est une forme de vérité.
La réalité est ce qui se voit.
La vérité est ce qui est.

Truman Howe Bartlett, Paul Bartlett Papers, Library of congress

Authenticité

Dans le prolongement de la pensée de Sonam Kachru (What is it like to become a likeness of oneself? academia.edu), une bougie dont la flamme est peinte, une lumière dans un tableau de Rembrandt n’ont pas de réalité intrinsèque ni de vertus inhérentes. Aussi réalistes qu’elles paraissent, elles n’éclairent pas. L’absence d’authenticité chez un être est comme une lampe dans un tableau de George de La Tour. Chaque tentative de reproduire par la parole, l’image ou l’acte court le risque de perdre l’essence originelle. A moins que la représentation de la flamme dans le tableau et la flamme réelle expriment toutes deux une seule et même idée que le tableau véhicule, n’est-ce pas ce qu’entend Dogen avec l’image d’un gâteau de riz ? Le langage se traduit à l’infini... La pensée, elle, vit.

And that is a difference that makes a difference. The difference has to do with the exact way in which we wish to realize the relationship between thought, stillness and the nature of representation. That we shall be concerned with thought, the dimension of interiority and its likenesses in representation, comes rather nicely into view when we consider the two different textual authorities for the image of persons being like paintings of themselves, as we have done.

Sonam Kachru, ibid., p.13

La triade de la pensée, de l’immobilité et de la nature de la représentation  évoque en moi le silence dans lequel l’inspiration naît.

... comment écrire le silence, sans le trahir, sans provoquer ce qu’Emmanuel Lévinas appelle une « indiscrétion à l’égard de l’indicible ? »

http://lemotetlachose.blog.lemonde.fr/2015/01/20/silence-giovanni-pozzi-editions-payot/

Qu’est-ce qui se cache derrière ce qui est manifeste? Le souffle suspendu. Sommes-nous véritablement ou ne sommes-nous qu'une parodie de nous-mêmes reproduite à chaque instant de notre vie ?

Authenticité

A man who takes up in hand the begging bowl,
Lets fall his hair, setting down pride
to one side, dressing himself up
in a change of clothes, and yet is
fickle, not constant, and one
in whom there is no peace—
he is like
a lamp
in a painting—
that is,
he is
and is not
really
there.

Sonam Kachru

La représentation artistique et l’écriture sont des supports sur lesquels s’appuie le réceptacle de l’imagination collective dans une tentative d’exprimer la pensée sublimable. La paix de l’âme protège le génie.

 

For a coincidence is a similarity to something else. As with persons, it may be like one’s mirror image, or like one’s portrait, or like the body [of a person] which resembles one’s own. Of these the poet should avoid the first, which has no soul of its own, and the next, which has a poor soul, but not the third, which has a soul indeed, although it is like something else (4.12-4.13).

Ānandavardhana, Light on the Doctrine of Suggestion

Publié dans Bouddhisme Zen

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Eveil

Publié le par Ysia

So what is phenomenology of awareness? And how do you do it? First, most of the time people are located in their mind… located in thinking function, or feeling function, or memory function, or sensation function or imagination function… so if one is to enter awareness itself, one must temporarily suspend the mind free awareness so awareness itself can be felt and entered into.

https://www.academia.edu/4663511/Existential_Phenomenological_Psychotherapy_The_Experiential_Field

Lewis Lancaster se penche dans l’article Pattern Recognition and Analysis in the Chinese Buddhist Canon: A Study of “Original Enlightenment” (Academia.edu) sur les premières mentions du terme 本觉 dans l’édition coréenne du canon bouddhique. L’origine du terme serait apocryphe selon l’auteur dans la mesure où il n’existe aucune équivalence en sanskrit. Le terme a été ainsi traduit dans les sutras à partir du IVe siècle. Deux textes, l’un peut-être datant du IV/V siècle et l’autre datant du 7e siècle notamment montrent le plus grand nombre de fois que le terme a été employé (K.1397, 231 fois et K.1501, 133 fois). Les emplois les plus anciens sont dans K. 186, K.385, K.521, K.951, K.1397 (IV/V siècle) ; K.616 (VIe siècle) ; K.1406, K.1501, K.1502 (VIIe siècle) et 11 textes au VIIIe siècle, la période de Huineng 慧能 et du 坛经 et 4 textes au Xe siècle.

C’est posséder soi-même … la nature de l’éveil originel. 自有本觉性

Sûtra de la Plate-forme, article 21, You-Feng, 1992

L’auteur note l’emploi du terme au IVe siècle qui s’interrompt entièrement à une exception près pour reprendre 200 ans plus tard en 635. Cependant la datation des textes K.1397 et K.521 est à mettre en doute. Mais dans les références les plus anciennes, l’auteur note qu’il ne s’agit pas du terme composé 本觉 mais des deux caractères 本 et 觉 juxtaposés. Les textes K. 521 et K. 616 constituent les références les plus anciennes avérées ainsi que K. 426 et K.623 du VIIIe siècle. L’auteur traduit le terme probablement d’origine chinoise par « basis for enlightenment » considérant qu’il s’agit d’un processus et non pas d’une entité résiduelle au fond de l’être. Une étude semblable de l’emploi du terme 佛性 serait bien indiquée.

Publié dans Bouddhisme Zen

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Paul Bartlett Papers

Publié le par Ysia

 La sculpture n’est-elle que l’expression matérielle de formes matérielles ou a-t-elle une âme en soi ?

Henry Kirke Brown, Quincy Adams Ward et Augustus Saint-Gaudens sont les pères de la sculpture américaine et Jean-Antoine Houdon est son ancêtre. Trois grandes influences s’exercent sur la sculpture : l’école française, l’école allemande et l’art commercial... Cet art commercial qui fait que l’artiste véritable voit ses chances de travailler réduites au minimum et que certains des meilleurs artistes se voient obligés d’enseigner pour assurer leur survie …Comment faire comprendre que dans chaque belle œuvre gît l’inspiration, que cette inspiration est fugitive et capricieuse et que pour la saisir et la retenir captive, il faut l’aide du temps...

Paul Bartlett Papers, Manuscript Division, Library of Congress

Publié dans Cheminement

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