Rapa Nui

Publié le par Ysia

There is a higher purpose behind your abilities, behind all gifts from Heaven. And there is a desire to respond to that higher purpose. Talents derive their value from the target they are used for. If you use every talent you have as best you can, then you will attract the blessings from Heaven. Don’t expect Heaven to carry you though, its gifts come with the condition to use them and also use them free from egoism. The talents for living and loving are the really big ones. But small ones can also achieve a lot. (hexagramme 14)


Si les îles éparses du vaste Océan du Pacifique furent colonisées par des marins partis depuis les côtes orientales et les îles d’Asie après la traversée de milliers de kilomètres en mer et si l’Amérique du Sud précolombienne fut peuplée par une population franchissant un pont terrestre à présent disparu depuis le nord, ces deux populations se sont-elles à un moment donné croisées au Nouveau-Monde ? C’est fort probable, d’après une nouvelle étude qui donne la preuve que des habitants originaires de l’Île de Pâques ont atteint l’Amérique du Sud et se sont mêlés aux Amérindiens déjà présents.

L’immunologiste de l’Université d’Oslo Erik Thorsby qui commença ses recherches en 1971 sur la population de l’Île de Pâques estime, d’après les résultats d’une étude récente, que des Amérindiens auraient accompagné des Polynésiens depuis la côte d’Amérique du Sud sur l’Île de Pâques avant l’arrivée des Européens.

L’île nommée Rapa Nui est un lieu rocheux et éloigné par 3 700 kilomètres à l’ouest de l’Amérique du Sud.  Si sa population fut effectivement déportée au Pérou vers 1860 et réduite à l’esclavage, la présence d'antigènes des leucocytes humains (en abrégé, HLA, de l'anglais human leucocyte antigen) dans les échantillons sanguins prélevés  —un groupe de gènes qui encodent des protéines essentielles du système immunitaire humain—montre qu’un certain nombre d’individus possèdent un allèle qui n’apparaît que chez les Amérindiens. Cet allèle se retrouve dans deux haplotypes (groupe d'allèles hérités d’un parent) de personnes sans parenté. Il résulte de l'étude que ces allèles sont plus anciens que l’époque de la dite déportation et ont été introduits des siècles auparavant, suggèrant que des Polynésiens visitant l’Amérique du Sud vers le 15ème ou 16ème siècle auraient été accompagnés à leur retour par des Amérindiens. D’autres études d’ADN sont nécessaires pour confirmer ces résultats.

Des plantes, telles que la patate douce et des similarités linguistiques et artistiques avaient déjà suggéré une interaction culturelle entre la Polynésie et l’Amérique du Sud. D’après l'archéologue Helene Martinsson-Wallin, c’est vers 1100 et 1300 que la culture de la patate douce connut la plus importante expansion, c’est-à-dire au même moment que la construction des statues moai connaissait une explosion. Easter-Island-Mind_1.jpg

Mais comment le peuple de Rapa Nui a-t-il eu l’idée de construire ces immenses statues et comment les a-t-il transportées, puisque la plus grande pèse 85 tonnes? Mais surtout qui était ce peuple? Etaient-ils des Polynésiens qui pagayèrent depuis l’Asie en passant par les Îles Marquises ou étaient-ils sud-américains d’avant les Incas voguant à travers l’océan sur des radeaux de balsa ? Anakena est la plage sur laquelle, selon la légende,  Hotu Matua, le père fondateur de la civilisation originelle de l’Île de Pâques, accosta avec son clan vers 800. L’anthropologiste norvégian Thor Heyerdahl confirma avec le succès de son expédition Kon Tiki l’hypothèse de la venue d’ancêtres péruviens avant les Incas, expliquant par là même l’histoire du peuplement par deux groupes d’individus, ceux à peau foncée et ceux à peau claire et mettant en lumière les similarités entre l’art rupestre  du Pérou et de l’Île de Pâques  telles que le Dieu du soleil grondant et les figures mi-homme mi-oiseau, créatures mythologiques qui ne se retrouvent sur aucune autre île polynésienne mais qui sont représentées dans l’art religieux d’avant les Incas de la côte équatoriale au haut plateau bolivien Tiahuanaco. Mana est le terme désignant le pouvoir spirituel que possèdent les statues moai.  Aucune sculpture ne leur ressemble en Polynésie mais des statues similaires se retrouvent en Amérique du Sud, cela n’est-il qu’une coïncidence ?

C'est dans le cadre de cette question qu'il semble opportun de mentionner le débat sur l’origine et l’introduction de la volaille en Amérique. En dépit des affirmations selon lesquelles elle serait native de la région, aucune preuve archéologique, paléontologique,  paléo-américaine  ou préhistorique n’a jusqu’ici été retrouvée et rapportée.  Bien qu’une introduction portugaise ou espagnole sur la côte est de l’Amérique du Sud vers 1 500 ait été suggérée, lorsque Pizarro atteignit le Pérou en 1532, il observa qu'elle était une partie intégrante de l’économie et de la culture des Incas, suggérant ainsi une histoire plus ancienne de la volaille dans la région. En conséquence, plusieurs théories proposent son introduction sur la côte ouest de l’Amérique du Sud avant l’arrivée des Européens, incluant la possibilité d’une interaction tant avec des Asiatiques que des Polynésiens. Cette présente étude fournit le premier témoignage clair de l’introduction de la volaille avant les Européens en Amérique du Sud et montre grâce à des preuves d’ADN que l’origine probable est la Polynésie, ce qui  jette une lumière nouvelle sur le débat concernant l'aptitude des Polynésiens à naviguer et sur la question des échanges et interactions entre les populations préhistoriques ou protohistoriques.

L’origine indo-pacifique des Polynésiens en Asie du Sud-Est précède l’expansion austronésienne et en particulier de la culture Lapita qui émergea pour la première fois dans le Pacifique 3 300 ans avant le présent (BP).  Les colons Lapita se déplacèrent rapidement à travers la Mélanésie orientale vers les îles Samoa et Tonga avant 2 900 BP. Dès 1 500- 1 000 BP commença le peuplement de la Polynésie orientale, probablement depuis Samoa, avec la colonisation d’Hawaï avant 1 000 BP, de l’Île de Pâques avant 800 BP et de la Nouvelle-Zélande avant 700 BP.  Ce sont les Polynésiens qui ont introduit le chien, le cochon, le rat et la volaille dans les îles nombreuses qu’ils ont colonisées. Des restes de volaille apparurent pour la première fois sur les sites archéologiques Lapita à Vanuatu et Tonga datant de 3 000 à 2 800 BP, à Niue à partir de 2 000 BP et dans des couches d’occupation anciennes de la quasi-totalité de la Polynésie orientale. Sphinx-de-Napa-Rui-copie-1.JPG

Il s’avère que des contacts anciens eurent lieu entre l’Amérique et la Polynésie, comme le prouve la présence de la patate douce sud-américaine sur les sites archéologiques pré-européens en Polynésie, notamment à Mangaia dans les îles Cook, datant de l’an 1000 de notre ère. D’autres preuves linguistiques et archéologiques le suggèrent également, notamment le fait que des embarcations de type polynésien, à savoir les canots en planches cousues, et des formes de hameçon aient été découverts dans le Sud de la Californie. Ces mêmes canots ont été documentés par des ethnographes au Chili. Une influence polynésienne a également été suggérée sur la base d’artéfacts et de preuves linguistiques dans la région de la communauté mapuche dans la zone centre-sud du Chili. Des simulations informatiques montrent cependant que la navigation dans l’hémisphère sud en direction de l’est aurait été plus facile à manœuvrer qu’une route maritime septentrionale vers les Amériques, les conduisant ainsi à toucher terre dans les régions centrale et méridionale du Chili et introduisant par là même la volaille polynésienne en Amérique du Sud.

Cette présente étude confirme par des recherches génétiques que la volaille dont les squelettes ont été retrouvés sur le site archéologique pré-colombien El Arenal-1 dans le sud de la péninsule d’Araucana au Chili descend d’une souche polynésienne. Les modèles informatiques recréant la dispersion des animaux commensaux sont à présent largement employés pour mieux comprendre la migration et les interactions des populations préhistoriques ou protohistoriques dans le Pacifique. Grâce à l’examen de la faune et de la flore transportées intentionnellement dans le Pacifique, les archéologues peuvent mieux évaluer la direction et l'expansion des peuples Lapita et polynésien. On peut par ailleurs déduire que certains animaux domestiques furent introduits dans le Pacifique plus d’une fois, comme ce fut le cas pour le rat,  le chien mais aussi vraisemblablement la volaille.

 

traduit et résumé par Ysia, Radiocarbon and DNA evidence for a pre-Columbian introduction of Polynesian chickens to Chile PNAS 2007 104 (25) 10335-10339; published ahead of print June 7, 2007, doi:10.1073/pnas.0703993104

Publié dans Génétique

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Ypykuéra

Publié le par Ysia

Un groupe d’êtres humains mystérieux a traversé l’isthme de Béring, de la Sibérie à l’Amérique il y a mille ans. C’est du moins ce qu’ont révélé des analyses génétiques. Le code génétique de ce peuple fantôme a survécu parmi les indigènes vivant au fin fond de l’Amazonie brésilienne, mais les deux équipes de recherche qui en ont fait la découverte ont différents points de vue quant à la date et à la façon dont ces migrants sont arrivés en Amérique.

Des études génétiques précédentes effectuées sur des Amérindiens modernes et anciens suggèrent que le périple s’est déroulé il y a au moins 15 000 ans par un groupe unique, baptisé les « Premiers Américains », qui a traversé l’isthme de Béring de l’Asie à l’Amérique du Nord. Pourtant, des membres de deux groupes amazoniens, les Surui et les Karitiana, sont plus proches des habitants de la Papouasie-Nouvelle-Guinée et des aborigènes australiens que les autres Amérindiens le sont de ces groupes d’Asie australe.

Cela peut s’expliquer par le fait que des ancêtres lointains de ces hommes originaires d’Asie australe ont également traversé l’isthme de Béring pour être par la suite supplantés par les « Premiers Américains » dans quasiment toute l’Amérique du Nord et du Sud. D’autres preuves génétiques suggèrent que les populations modernes d’Asie australe sont les descendants de peuples aujourd’hui disparus mais autrefois largement répartis en Asie, appelés « population Y » pour Ypykuéra (ancêtre) dans la langue des Surui et des Karitiana. La population Y serait parvenue en Amérique avant ou quasiment au même moment que les « Premiers Américains », il y a plus de 15 000 ans.

Faut-il alors conclure que des descendants d’Asie australe ont migré depuis le Nord jusqu’en Amazonie ? Ou ces nouvelles données génétiques résultent-elles de l’accouplement entre populations notamment venant des îles aléoutiennes au large de l’Alaska où ce même code génétique d’Asie australe a été récemment confirmé ?

Publié dans Génétique

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Méditation

Publié le par Ysia

Exposition de Méditation jusqu’au 7 septembre à Torpedo Factory, Alexandria (Virginie)

Exposition de Méditation jusqu’au 7 septembre à Torpedo Factory, Alexandria (Virginie)

La tradition veut que Bodhidharma accosta en 527 sur la rivière de perles dans la ville de Guangzhou. Il fut invité par l'Empereur Wu de la dynastie Liang à se rendre à la capitale Nanjing.

« Il a été rapporté à votre disciple que, lorsque le grand maître Bodhidharma convertit l’empereur Wu, ce dernier lui demanda : « Y a-t-il des vertus méritoires pour avoir, toute notre vie, érigé des temples et accordé des dons et des offrandes ? » « Aucunement. » lui affirma Bodhidharma. Désappointé, l’empereur Wu le chassa hors de son territoire. Je ne saisis pas ces paroles et vous prie, maître, de les expliquer. »
Le sixième patriarche déclara :
« Il n’y a réellement aucune vertu méritoire. Préfet, ne doutez pas des paroles du grand maître Bodhidharma ! Attaché à la voie hérétique, l’empereur Wu n’avait pas conscience de la loi orthodoxe. »
« Pourquoi n’y a-t-il aucune vertu méritoire ? » s’enquit le préfet.
Le maître répondit :
« Bâtir des temples, répandre des dons et offrandes, ce n’est que cultiver des bénédictions qui ne peuvent être considérées comme des vertus méritoires. Les vertus méritoires sont immanentes au corps de loi et ne se cultivent pas dans le champ de bénédictions. La nature propre de loi embrasse les vertus méritoires. Voir sa nature constitue le mérite ; la droiture forme la vertu. Au-dedans, voyez la nature de Bouddha ; au-dehors, témoignez votre vénération. Si, méprisant tous les hommes, vous ne tranchez pas votre ego, vous serez naturellement privés de vertus méritoires. Et si notre nature propre est vaine et fausse, votre corps de loi en sera dépourvu. A chaque pensée, que votre vertu s’exerce, l’esprit indifférent et droit, ainsi elle ne sera pas médiocre. Témoignez constamment votre vénération ! Le mérite, c’est cultiver son corps ; la vertu, c’est cultiver son esprit. Les vertus méritoires sont créées par l’esprit. Elles sont différentes des bénédictions. L’empereur Wu n’avait pas conscience de ce principe authentique. Ce n’est pas notre patriarche, le grand maître, qui se trompait. »

Sûtra de la plate-forme, section 34, p.62, You-Feng, 1992

Puis il traversa le Yangzi Jiang pour se rendre au temple Shaolin. C'est là dans une caverne derrière le temple qu'il demeura neuf ans avant de mourir en 536. Le Supplément aux biographies des moines éminents de Daoxuan offre toutefois des détails plus crédibles sans mentionner l'hypothétique rencontre avec l'empereur. D'après cette source, Bodhidharma serait arrivé vers 479 et donc cinquante ans plus tôt. L'image de Bodhidharma traversant les eaux est symbole de rejet du mondain et de défiance.

Selon Tracing Bodhidharma par Andy Ferguson, l'aspect fantaisiste de l'histoire entourant Bodhidharma a amené certains experts du bouddhisme comme Bernard Faure à rejeter entièrement le personnage de Bodhidharma. Bodhidharma ne mériterait pas d'être considéré comme un personnage historique. Andy Ferguson s'y oppose complètement.

Scholars tell us, for instance, that Bodhidharma was an actual person, but that he had no direct connection to the Chan tradition as we now know it; that the Confucian and Hasidic traditions had already come into existence before Confucius and the Baal Shem Tovś and that figures such as Abraham, Moses, and Laozi (Lao-tzu) simply never lived. Much as Wilson suggested was the case for Buddhism, the traditions associated with each of these figures were founded by multiple people whose roles were later either obscured or effaced. Most religious traditions with premodern origins do not preserve an actual memory of their initial formation.

https://www.academia.edu/24039898/The_Idea_of_the_Historical_Buddha_Updated_2017_

Comment la sinisation du bouddhisme indien s'est-elle déroulée ? C'est la terminologie chinoise qui a servi à l'expliquer, Les termes employés étaient déjà empreints d'une signification prédéterminée venant notamment de la philosophie taoïste, respectueuse de la nature et imprégnée de magie. Le bouddhisme parvint en Chine 500 ans avant l'arrivée de Bodhidharma. Il faut rappeler que des moines zen l'ont précédé, alors pourquoi est-il considéré comme le précurseur du bouddhisme Zen? Probablement du fait de ses descendants directs qui ont contribué à sa légende.

Exposition de Méditation jusqu’au 7 septembre à Torpedo Factory, Alexandria (Virginie)

Exposition de Méditation jusqu’au 7 septembre à Torpedo Factory, Alexandria (Virginie)

Publié dans Stone by stone

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Artéfacts

Publié le par Ysia

Des chercheurs travaillant dans le désert de Badlands, dans le nord-ouest du Kenya, ont découvert des outils de pierre datant de 3,3 millions d’années bien avant l’avènement de l’homme moderne, et de loin les artéfacts les plus anciens jamais découverts. Ces outils, dont les créateurs sont peut-être des ancêtres de l’être humain, repoussent la date jusqu’ici connue pour de tels objets de 700 000 ans. Ils remettent, par ailleurs, en cause la notion selon laquelle nos propres ancêtres les plus directs auraient été les premiers à cogner deux pierres l’une contre l’autre pour produire une nouvelle technologie. Cette découverte prouve pour la première fois qu’un groupe de proto-humains encore plus ancien semble avoir été doté des facultés cognitives nécessaires leur permettant de créer des outils tranchants. Les outils de pierre marquent une nouvelle aube pour l’archéologie. Ils font la lumière sur une période inattendue et jusqu’ici méconnue du comportement hominien et peuvent nous apprendre beaucoup sur le développement cognitif de nos ancêtres que nous n'aurions pucomprendre simplement par l’étude des fossiles. Les Hominidés sont un groupe d’espèces qui inclut l’homme moderne, l’homo sapiens, et notre ancêtre, dans le processus d’évolution, le plus proche. Les anthropologistes ont longtemps pensé que nos parents dans le genre Homo – la lignée directe des Homo Sapiens – étaient les premiers à avoir créé ces outils de pierre. Mais les chercheurs ont découvert des indices convaincants qui montrent que des cousins lointains en quelque sorte, une espèce plus ancienne d’hominidés, en avaient la faculté. Les chercheurs ne savent pas qui sont ceux qui ont fabriqué ces outils les plus anciens. Mais des découvertes récentes suggèrent une réponse possible. Le crâne d’un hominien de 3, 3 millions d’années, Kenyanthropus platytops, a été découvert en 1999, environ un kilomètre du site archéologique où les outils ont été trouvés. L’arbre généalogique de l’homme moderne est sujet à débat et personne jusque là ne sait comment ce Kenyanthropus platyops est lié aux autres espèces hominiennes. Kenyanthropus précède l’espèce Homo la plus ancienne d’un demi-million d’années. Cette espèce a pu créer ces outils ou son créateur a pu faire partie de l’une des autres espèces, notamment l’Australopithecus afarensis, ou un autre type Homo qui reste encore à découvrir…D’anciens artéfacts de pierre avaient pour la première fois été découverts dans la gorge d’Olduvai en Tanzanie et furent associés par la suite aux fossiles découverts dans les années soixante de l’Homo habilis qui datent entre 2.1 million et 1.5 million d’années… La découverte d’un morceau d'une mâchoire inférieure dans la région d’Afar en Éthiopie le 4 mars avait déjà repoussé la datation du genre Homo à 2.8 million d’années. …Cette découverte a des répercussions sur notre compréhension de l’évolution du cerveau humain. La fabrication d’outils requiert en effet un niveau de commande des mains qui suggère des modifications du cerveau et de la colonne vertébrale nécessaires pour qu’une telle activité ait eu lieu il y a 3,3 millions d’années.

Traduit par Ysia.

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La page blanche

Publié le par Ysia

La page blanche

Le concept de l’espace blanc est une expression directe du Taoïsme et du Bouddhisme Zen.

Naomi Okamoto,Japanese Ink Painting: The Art of Sumi-e, p.9

Trente rayons convergent au moyeu三十辐共一毂,
mais c'est le vide médian 当其无,
qui fait marcher le char.有车之用。

On façonne l'argile pour en faire des vases,埏埴以为器,
mais c'est du vide interne当其无,
que dépend leur usage.有器之用。

Une maison est percée de portes et de fenêtres,凿户牖以为室,
c'est encore le vide 当其无,
qui permet l'habitat.有室之用。

L'Etre donne des possibilités,故有之以为利,
c'est par le non-être qu'on les utilise.无之以为用

Lao-tseu, tao tö king, traduit du chinois par Liou Kia-Hway aux Editions Gallimard, 1967

Affirmer l’importance de l’espace blanc dans mes peintures.

Cultiver ma différence...

L’esprit attiré par l’espace blanc qu’il soit artiste ou poète.

M’inspirer de la mise en espace sur fond blanc des poètes,

du trait de pinceau des peintres moines

et de l’art pariétal.

This mind is called white appearance because all that is perceived is an appearance of white, empty space. It is also called empty because the mind of the white appearance perceives this white space as empty. At this stage the appearance of white and the appearance of empty are of equal strength.

Kelsang Gyatso, Modern Buddhism: The Path of Compassion and Wisdom, p.183

Publié dans Encre de Chine

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Classique des monts et des mers 山海經

Publié le par Ysia

Le Classique des monts et des mers, compilation mythique de fables illustrées,  regorge de personnages et divinités aux caractéristiques animales. Il décrit la géographie, la végétation et la faune de lieux peuplés d’êtres fantastiques aux quatre coins de cet univers enchanté. Monstres humains, fruit de notre imaginaire collectif, à l’image de la mythologie grecque, si ce n’est que celle-ci vient de l’Orient.

 

Oiseaux multicolores et magnifiques. Pie. Serpent noir. Singes. Bête à la forme de chien, aux taches de léopard et aux cornes de bœuf. Rat aux oreilles blanches et au bec noir. Porc jaune à la tête et la queue blanches. Chèvre à la queue de cheval. Renard à neuf queues.  Tigre ailé. Porc à deux têtes, noir. Renard aux cornes. Hérisson de couleur feu. Bœuf blanc aux quatre cornes. Chien à six pieds. Chien blanc à tête noire qui prend son envol dès qu’il aperçoit un humain. Léopard à longue queue et à visage humain et oreilles de bœuf. Faisan à plumage blanc et pattes jaunes. Vache rouge à tête humaine et pattes de cheval. Chèvre au corps d’homme. Antilope à quatre cornes et pattes de cheval. Lapin ailé à tête de souris. Hibou à tête humaine et à une seule patte. Coq à visage humain. Singe à tête blanche et pattes noires.

 

Esprit au corps de bête. Esprit au visage humain et au corps de dragon. Esprit-tigre à neuf queues, à tête d’homme et griffes de tigre. Esprit au visage humain ou bestial. Esprit à la tête d’oiseau et au corps de dragon.  Esprit à corps de tigre, huit têtes et dix queues. Esprit à corps d’oiseau. Esprit à oreilles de chien. Esprit du tonnerre au corps de dragon. Esprit au visage d'homme et au corps de cheval. Homme dragon. Etre à deux visages. Etre à trois corps...

 

Les poissons sont eux aussi à l’image de cette faune multicolore et bigarrée, mélange de diverses caractéristiques animales et humaines, multipliant les têtes et diversifiant leurs attributs dans ce bestiaire magique où le règne animal ne s’accommode de la présence des hommes que pour mieux imposer son empreinte. Poisson-poulet aux plumes noires à trois queues, six pattes et quatre têtes. Poisson-blaireau. Homme-poisson à quatre jambes. Poisson à tête de chien.

 

 Il convient de constater que l‘art ancien reprend effectivement les mythes des classiques par lesquels la faune superbe et magique reprend vie. Aux quatre points cardinaux, on tente de localiser géographiquement ces multiples lieux et de rapporter un récit féérique sur ces divinités, souvenir des empereurs Yao et Shun,  de la Reine mère de l’Ouest à la  queue de léopard et aux crocs de tigre, parée de ses plus beaux atours, et des souverains célestes de la tradition taoïste. Est-ce cette littérature qui influença l’art ancien ou l’art ancien qui influença la littérature à moins qu’ils ne soient tous deux les produits d’une fantasmagorie, legs d’une origine lointaine bien réelle ? Un zoologiste serait le mieux à même de traduire cette collection de fables mythiques. Puisque les illustrations de l'oeuvre originale n’ont pu être préservées, c’est vers ces bronzes et ces jades millénaires qu’il faut se tourner pour apprécier la réalité de ce monde devenu invisible car disparu.

 

Et que l’on rappelle en conclusion la description fabuleuse de l’Inde par Ctésias quelque 400 ans avant notre ère.  Il rapporta de la Perse une vision fantasmagorique de la végétation et de la faune ainsi que des habitants de l’Inde, proche du Classique des monts et des mers :

 

La martichore est un animal de l'Inde, qui a la face de l'homme, la grandeur du lion et la peau rouge comme le cinabre. Elle a trois rangées de demis, les oreilles semblables à celles de l'homme, et les yeux d'un bleu tirant sur le vert comme l'homme; sa queue ressemble à celle du scorpion de terre. Cette queue renferme un aiguillon qui a plus d'une coudée de longueur ; il est à l'extrémité de la queue, tel que celui du scorpion…

 

Ces montagnes sont habitées par des Gryphons. Ce sont des oiseaux à quatre pieds, de la grandeur du loup, dont les jambes et les griffes ressemblent à celles du lion. Leurs plumes sont rouges sur la poitrine, et noires sur le reste du corps. ..

 

Dans ces montagnes il y a des hommes qui ont une tête de chien, dont les vêtements sont de peaux de bêtes sauvages. Ils n'ont point de langage ; ils aboient comme les chiens et s'entendent entre eux. Leurs dents sont plus longues que celles des chiens. Leurs ongles ressemblent à ceux de ces animaux ; mais ils les ont plus longs et plus ronds. Ils sont noirs et très justes, de même que le reste des Indiens avec qui ils sont en commerce; ils entendent la langue indienne, mais ils ne peuvent répondre que par leurs aboiements, ou par des signes qu'ils font avec les mains et les doigts, comme les sourds et muets. Les Indiens les appellent dans leur langue Calystriens, ce qui signifie Cynocéphales.  (Ctésias, oeuvre numérisée par Marc Szwajcer)

 

Dans les fragments qu’il nous laisse de sa relation sur l’Inde, l’Ambassadeur Mégasthène rapporte également trois cents ans avant notre ère l’existence de scorpions et de serpents ailés, de chevaux à tête de cerf surmontée d’une corne, d’hommes sans bouche, ainsi que des okypodes, des énotocœtes, des monommates, des amyctères et des hyperboréens (Géographie de Strabon, Amédée Tardieu, Librairie Hachette, 1880)

Le dragon, « assemblage mécanique de quelques animaux », élément fédérateur entre les tribus. S’agit-il d’un syngnathinae ? Serpents à oreilles ou serpents à cornes ? Non, il ne s’agit pas d’une « émergence simultanée, en plusieurs points du monde » :

les images rupestres accompagnées de leur glose permettent d’attester la présence du motif du dragon en Amérique, en Afrique, en Eurasie et en Océanie à l’époque précolombienne, et laissent donc supposer une diffusion du motif depuis l’Asie lorsque cela était encore possible par le détroit de Béring, au Paléolithique supérieur ... une mythologie primordiale diffusée en même temps que les premières migrations humaines... La clef de l’interprétation de tant de motifs encore hermétiques […] se trouve, à notre disposition et immédiatement accessible, dans des mythes et des contes toujours vivants (Levi-Strauss 1948 : 636).

Julien d'Huy

Publié dans Art ancien chinois

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De l'art de méditer

Publié le par Ysia

One practicing the Way who wishes to stop his mind should come to know three things. First, he should contemplate and remember from whence the body comes. It exists only from the activity of the five dark elements [skandha]. When the five dark elements are cut off, it lives no more. It is as if one were but a temporary guest [in this world]. If you do not understand this, then bring to mind the nine stages [of the decaying body] and see that it is so for yourself. Second, he should gaze within his heart and follow the breath in and out. Third, while breathing in and out, he should concentrate on the moment of the cessation [of the breath], when the air moving out is faint. Why does one concentrate on the moment of the cessation [of the breath]? In order to understand that there is nothing. When the mind is fixed, consciousness becomes empty. When consciousness is empty, one knows that there is nothing. Why [is there nothing]? When the breath does not return again, there is death. Know that the body is comprised only of breath. When breath is extinguished, [the body] becomes empty. Realizing this emptiness, one reaches the Way. Thus the practice of the Way involves three things: contemplating the body, unity of mind, and contemplation of the inhalation and exhalation.
行道欲得止意, 當知三事. 一者, 先觀念身本何從來, 但從五陰行有. 斷五陰, 不復生. 譬如寄託須臾耳. 意不解, 念九道以自證. 二者, 自當內視心中, 隨 息出入. 三者, 出息入息, 念滅時息出小輕. 念滅時何等? 為知無所有. 意定, 便知空, 知空便知無所有. 何以故? 息不報便死. 知身但氣所作, 氣滅為空, 覺空墮道也. 故行道有三事. 一者, 觀身. 二者, 念一心. 三者, 念出入息.

Eric Greene

S. Ainsi c’est ce que j’ai entendu.

C. Ainsi indique le sens. C’est fixe les termes. La loi que Ananda désigne par ainsi c’est, ce moi l’a entendu du bouddha. Il est clair que ce n’est pas lui-même qui la prêche. C’est pourquoi il est dit : Ainsi c’est ce que j’ai entendu. En outre, je est la nature et la nature est je. L’activité intérieure et extérieure émane de la nature qui entend tout. C’est pourquoi il proclame : J’ai entendu.

S. Le bouddha se trouvait alors dans le pays de Śrāvasti, le bois de Jeta, le parc de Anāthapindada.

C. Lorsque l’on dit alors, c’est lorsque l’assemblée des maîtres et apprentis se réunissait au complet. Le bouddha est le prédicateur de la loi. Se trouvait veut éclairer sur le lieu. Śrāvasti est le pays du roi Pāsenādi (Prasenajit). Jeta est le nom d’un prince. Comme le bois est un don du prince Jeta, l’on dit par conséquent le bois de Jeta. Anāthapindada est l’autre nom du vénérable Sudatta. Comme le parc appartenait à l’origine à Sudatta, l’on dit par conséquent le parc de Anāthapindada. Bouddha est un vocable sanskrit. Dans la Chine des Tang, l’on dit l’éveillé. L’éveil possède deux sens. Le premier est l’éveil extérieur. C’est contempler la vacuité de toute chose. Le second est l’éveil intérieur. C’est savoir que l’esprit vide et tranquille n’est pas souillé par les six poussières. Comme il ne voit pas extérieurement les fautes d’autrui et qu’il n’est pas troublé intérieurement par ce qui est faux et illusoire, il est donc nommé l’éveillé. L’éveillé, c’est le bouddha.

S. Il était ensemble avec la foule des 1250 grands moines mendiants.

C. Lorsque l’on dit avec, c’est que le bouddha était avec les moines mendiants dans l’aire sans attribut de la sapience adamantine. C’est pourquoi l’on dit avec. Les grands moines mendiants, ce sont les grands arhats. Bhiksu est un mot sanskrit. Dans le pays des Tang, l’on dit ceux qui peuvent briser les six ravisseurs. C’est pourquoi ils sont dénommés bhiksu. La foule, c’est la multitude. Mille deux cent cinquante est leur nombre. Ensemble, c’est qu’ils sont simultanément présents dans l’assemblée aux membres égaux devant la loi.

S. Alors, au moment du repas, le vénéré du monde vêtu de sa robe et tenant sa sébile entra dans la grande cité de Śrāvasti pour y mendier son repas.

C. Alors, c’est à ce moment en cette matinée. C’est lorsqu’il va être le moment de déjeuner. Vêtu de la robe et tenant la sébile, ce sont les marques de l’enseignement exotérique. La grande cité de Śrāvasti, c’est la cité de l’abondance et de la vertu dans le pays de Śrāvasti où s’est établi le roi Prasenajit. C’est pourquoi il est dit la cité de Śrāvasti. Lorsque l’on dit mendier de la nourriture, c’est pour signifier que l'être Vérité s’abaisse au niveau de tous les êtres.

S. Ayant mendié dans l’ordre, il s’en retourna à sa résidence d’origine. Le repas fini, il rangea sa sébile et son vêtement. Après s’être lavé les pieds, on disposa un siège et il s’assit.

C. dans l’ordre, c’est sans distinction entre le pauvre et le riche qui sont indifféremment convertis. Ayant mendié, c’est-à-dire que l’on mendie auprès de sept maisons au plus. Une fois les sept maisons dénombrées, il n’y a plus à se rendre autre part. s’en retourna à sa résidence d’origine, c’est la volonté bouddhique qui commande tout moine mendiant. A moins d’y être invité, il ne faut jamais se rendre chez les êtres aux habits blancs. C’est pourquoi on le dit. lavé les pieds, c’est que l'être Vérité, lors de ses apparitions, suit le modèle des êtres ordinaires. L’on dit par conséquent lavé les pieds. En outre, selon la loi du Grand Véhicule, cela n’est pas simplement se laver les mains et les pieds que l’on tient pour la pureté. Dès que par une pensée, l’esprit est pur, la fange des péchés est entièrement extirpée. Lorsque l'être Vérité entreprend de prêcher la loi, c’est la tradition de disposer un siège en bois de santal. C’est pourquoi on dit on disposa un siège et il s’assit.

S. A ce moment, le vénérable Subhūti,

C. Que nomme t-on vénérable ? Comme sa vertu est vénérée et que son âge est avancé, il est nommé vénérable. Subhūti est un nom sanskrit. Dans la Chine des Tang, on dit celui qui comprend la vacuité.

S. au milieu de la foule, se leva de son siège, découvrit l’épaule droite et mit son genou droit à terre. Il joignit les mains révérencieusement et s’adressa au bouddha :

C. Comme la foule, il s’était assis, c’est pourquoi il est dit qu’il se leva de son siège. Lorsque les disciples invitent le bouddha à prêcher, ils exécutent d’abord cinq gestes rituels : premièrement ils se lèvent. Deuxièmement, ils arrangent leurs vêtements. Troisièmement, ils se découvrent l’épaule droite et mettent leur genou droit à terre. Quatrièmement, ils joignent les mains et lèvent les yeux la mine respectueuse sans le quitter du regard. Cinquièmement, plein de révérence, ils posent des questions.

S. Comme c’est rare, ô vénéré du monde !

C. En gros, rare possède un sens triple. Le premier élément rare, c’est de pouvoir renoncer au rang de souverain de la roue d’or. Le deuxième élément rare, c’est d’être sans comparaison avec les trente-deux marques distinctives et les quatre-vingt marques physiques secondaires et les trois sphères du désir, de la forme et de l’absence de forme. Le troisième élément rare est la nature (du bouddha) pouvant receler les quatre-vingt quatre mille lois bouddhiques et le triple corps parfait. Comme cela englobe ces trois sens, c’est pourquoi il est dit Comme c’est rare ! Le vénéré du monde est celui dont l’intelligence surpasse les trois domaines, que rien ne peut égaler, dont la vertu est si grande que rien ne lui est supérieur et qui est unanimement respectée. C’est pourquoi il est dit vénéré du monde.

S. Leur pensée ne le quittant pas, l'être Vérité guide bien les êtres qui aspirent à la voie.

C. Leur pensée ne le quittant pas, c’est que l'être Vérité, grâce à la loi de sapience qui mène sur l’autre rive, songe aux bodhisattvas. Guide, c’est que l'être Vérité, grâce à la loi de sapience qui mène sur l’autre rive, dirige Subhūti et tous les bodhisattvas. Dire que leur pensée ne le quitte pas, c’est qu’il fait en sorte que tous les disciples, grâce à la connaissance de sapience, maintiennent leur corps et leurs pensées sans que ne surgissent confusément ni affection ni aversion, de sorte qu’ils ne sont pas souillés extérieurement par les six poussières ni ne sombrent dans l’océan douloureux de naissance et de mort. En leur esprit, quand chaque pensée est constamment juste sans que surgisse l’erreur, c’est l'être Vérité en leur nature propre qui maintient leurs pensées. Dire qu’il les guide bien, c’est que les pensées passées, pures et immaculées commandent aux pensées futures qui elles-mêmes étant pures et immaculées, il n’y a entre elles nulle séparation. Parvenu à sa libération ultime, l'être Vérité instruit scrupuleusement les êtres et, au cœur de la foule assemblée, s’y appliquera constamment. C’est pourquoi il est dit qu’il les guide bien. Bodhisattva est un mot sanskrit. Dans la Chine des Tang, on dit : l’être qui aspire à la voie, également l’être sensible illuminé. Celui qui aspire à la voie montre constamment de la révérence. Même les âmes rampantes, c’est tous les aimer respectueusement et sans dédain. C’est pourquoi il se nomme bodhisattva.

S. Vénéré du monde, les hommes et les femmes de bien

C. Les hommes de bien ont un esprit empreint d’équanimité et une attitude correcte de recueillement. Pouvant donner réalité à toutes les vertus méritoires, ils ne rencontrent aucun obstacle. Les femmes de bien ont une sagesse authentique grâce à laquelle elles peuvent manifester, sans agir ou en agissant, toutes les vertus méritoires.

S. qui aspirent à l’esprit d’éveil insurpassé et parfait, comment doivent-ils demeurer ? Comment doivent-ils discipliner leur esprit ?

C. Subhūti demande comment tous les êtres humains qui aspirent à l’esprit d’éveil doivent demeurer et discipliner leur esprit. Voyant que tous les êtres s’agitent sans arrêt telle la poussière dans les recoins et que leur esprit ballotté s’élève semblable au vent tourbillonnant, chaque pensée succédant l’une à l’autre sans répit, il demande comment ceux qui désirent cultiver le chemin doivent soumettre leur esprit .

S. Le bouddha déclara: Bien, bien Subhūti ! Comme tu le dis, leur pensée ne me quittant pas, moi, l'être Vérité, guide bien les êtres qui aspirent à la voie.

C. C’est le bouddha qui loue Subhūti pour avoir saisi sa pensée et en avoir compris le sens.

S. A présent, écoute religieusement ce que je vais te dire.

C. Lorsque le bouddha souhaite prêcher la loi, ordinairement il prévient d’abord de sorte que tous les auditeurs fassent silence pour qu’il puisse parler.

S. Les hommes et les femmes de bien qui aspirent à l’esprit d’éveil insurpassé et parfait doivent ainsi demeurer et ainsi discipliner leur esprit.

C. A se dit absence. Uttara se dit supérieur. Sam se dit authentique. Yañc (yak) se dit total. Bodhi se dit savoir. Absence, c’est qu’il n’y a aucune fange de l’abîme. Supérieur, c’est que les trois sphères du désir, de la forme et de l’absence de forme lui sont incomparables. Authentique, c’est la vue authentique. Total, c’est l’omniscience. Savoir, c’est savoir qu’en tout être sensible réside la nature de bouddha. Ce n’est que s’ils cultivent le cheminement qu’ils réussiront totalement à devenir bouddhas. Bouddha, c’est la sapience insurpassée, pure et immaculée qui mène sur l’autre rive. En conséquence, s’ils désirent cultiver le cheminement, les hommes et les femmes de bien doivent tous savoir quelle est la voie de l’éveil insurpassé et quelle est la loi de la sapience insurpassée, pure et immaculée, qui mène sur l’autre rive pour, de cette façon, soumettre leur esprit.

S. Oh, oui , Vénéré du monde ! C’est avec joie que je souhaite vous entendre.

C. Oh oui exprime l’acquiescement. Je souhaite, c’est souhaiter que le bouddha s’exprime plus amplement pour ouvrir à la compréhension les êtres dotés de racines moyennes et inférieures. Avec joie, c’est écouter avec joie l’enseignement profond de la loi. Souhaiter entendre, c’est avoir soif d’entendre la bienveillante instruction.

S. Le bouddha déclara à Subhūti : Tous les bodhisattvas, les grands êtres, doivent ainsi discipliner leur esprit.

C. Qu’elle soit passée ou future, si chaque pensée est pure et immaculée, ils s’appellent bodhisattvas. Si, sans régresser d’une pensée à l’autre, l’esprit, même tourmenté, est constamment pur et immaculé, ils se nomment les grands êtres. Et, si, usant de toutes sortes d’artifices, ils convertissent et guident les êtres avec miséricorde et charité, leur nom est bodhisattvas. Sachant convertir ceux qui peuvent l’être, ils se nomment les grands êtres. Respecter tous les êtres, c’est ce à quoi se soumet leur esprit. C’est quand rien ne change ni ne varie . Affronter toute circonstance avec équanimité, c’est ce qui définit leur véritable nature. On dit aussi : sans forme extérieure d’imposture ni forme intérieure de confusion c’est là la véritable nature. Toutes pensées égales, c’est discipliner l’esprit .

S. Quelle que soit l’espèce des créatures, qu’elles soient issues de l’œuf ou de l’utérus, d’un suintement ou d’une apparition, qu’elles aient une forme ou qu’elles n’en aient pas, qu’elles soient douées de cognition ou qu’elles ne le soient pas, ou ni l’un ni l’autre, je leur permets d’entrer dans le nirvāṇa où rien ne reste.

Human beings are born from an egg and the vital spirit [sperm]. The egg is the earth, mind is the seed, and vital spirit is the moisture. [These things] come together and a human being is born. Thus [a practitioner restrains his desires] and seeks only a single robe and single meal [per day] so as to nourish the vital energy and ‘‘guard the ruler.’’ The human body is fundamentally void, and therefore it passes away and is impermanent. Upon attaining the Way one knows that this body is not oneself. Bring to mind the fact that this body is bound to soon die and rot away.
人生從穀{read: 殼?}、精氣. 穀{殼} 為地, 意為種, 精氣為水雨, 便合生身. 故求一衣一食, 是為養氣護主, 人身為本無, 故滅盡無常. 得道便知身非身. 念身不久要當死敗.

法觀經

C. Celles nées de l’œuf sont des natures en proie aux illusions. Celles nées de l’utérus sont des natures en proie aux imprégnations. Celles nées d’un suintement sont des natures faussées. Celles nées d’une apparition sont des natures en proie aux convictions. Illusionnées, elles commettent toutes sortes d’actions. Imprégnées, elles transmigrent sempiternellement. Faussées, elles ne méditent pas. Convaincues, elles succombent. Révélez votre esprit et cultivez-le ! Prendre le faux pour le vrai sans adopter le principe du sans-attribut, c’est ce qui qualifie les créatures douées d’une forme. Que l’esprit se maintienne droit intérieurement ! Sans marque de piété ni offrande en se bornant à dire que l’esprit droit est le bouddha sans cultiver la sagesse ni les bénédictions, c’est ce qui qualifie les créatures sans forme. Ignorant la voie du milieu, les yeux voient, les oreilles entendent et l’esprit pense s’agrippant aux attributs des choses. Si la bouche prêche le cheminement bouddhique sans que l’esprit l’applique, c’est ce qui qualifie les créatures douées de cognition. Les êtres égarés qui s’assoient en méditation et, cherchant constamment à éviter l’erreur, n’apprennent ni la compassion, ni la charité, ni la sagesse, ni les modalités sont pareils aux arbres et aux pierres ; on les dit dépourvus de cognition. On dit ni l'un ni l'autre quand ils ne sont plus attachés à la double notion des choses, l’esprit aspirant au principe. Les dix milles degrés de passions forment l’esprit fangeux. Les formes physiques innombrables ont pour nom générique créatures. L'être Vérité par sa grande compassion les convertit universellement et permet à tous de pénétrer le nirvāa où rien ne reste.

S. et les fais passer.

C. L’être Vérité montre que les êtres des neuf terres ont tous l’esprit subtil du nirvāa qui les porte à s’éveiller et à pénétrer où rien ne reste. Où rien ne reste, c'est sans le superflu des vices et des passions. Le nirvāa a le sens de plénitude et de pureté. C’est éliminer tous les vices et ne jamais les laisser naître. S’étant accordé à le faire, le passager qui effectue le voyage traverse l’océan de naissance et de mort. L’esprit de bouddha, dans son équanimité, souhaite que toutes les créatures dans leur universalité pénètrent ensemble le nirvāa de plénitude et de pureté, où rien ne reste, traversent ensemble l’océan de naissance et de mort et témoignent ensemble de l’expérience bouddhique. Il y en a qui, face à l’éveil ou à la pratique bouddhique, s’imaginent y être parvenus mais ne font naître que l’attribut de l’ego ; c’est ce que l’on appelle la fausse conception du soi. Extirper entièrement cette fausse conception, c’est ce qui est nommé faire passer.

S. C’est ainsi que s’éteignent et passent les immensurables, innombrables créatures à l’infini, mais réellement nulle créature ne s’éteint ni ne passe.

C. Ainsi c’est dans l’observance de ce qui est précédemment mentionné. Extinction et passage sont la grande libération. La grande libération, c’est quand passions et vices ainsi que l’entrave de tous nos actes passés sont complètement éteints et qu’il n’y a plus rien à assouvir, c’est ce que l’on appelle la grande libération. Les immensurables, innombrables créatures illimitées ont chacune en soi primitivement toutes les passions, convoitise et courroux et actes mauvais. Sans les éliminer, elles ne seront finalement pas libérées. C’est pourquoi il est dit c’est ainsi que s’éteignent et passent d’immensurables, innombrables créatures illimitées. Tous les êtres égarés peuvent s’éveiller à leur propre nature. Au commencement, nous savons que le bouddha était aveugle à son individualité et n’avait nulle conscience. Pourquoi ferait-il fait passer les créatures ? Ce n’est que parce que les êtres ordinaires ne voient pas leur propre esprit originel qu’ils n’entendent pas la volonté bouddhique. S’agrippant aux attributs de toutes les choses, ils ne pénètrent pas le principe du non-agir. Lorsque l’ego n’est pas éliminé, ils ont pour nom créatures. Si elles s’en détachent, aucune créature réellement ne s’éteindra ni ne passera. C’est pourquoi il est dit : quand l’esprit d’erreur ne réside nulle part, c’est l’éveil. La naissance et la mort sont fondamentalement égales au nirvāa. Où y-a-t-il extinction et passage ?

S. Et pourquoi ? Subhūti, si les bodhisattvas possédaient les attributs du moi, de l' être humain, de toutes les créatures et de l’être vivant, ils ne seraient pas des bodhisattvas.

C. Toutes les créatures et la nature de bouddha ne sont radicalement pas différentes. Parce qu’elles possèdent les quatre attributs, elles ne pénètrent pas où rien ne reste. Ceux qui possèdent les quatre attributs sont toutes les créatures. Si elles ne les possédaient pas, elles seraient des bouddhas. Égarés, les bouddhas sont des êtres ordinaires. Éveillées, toutes les créatures sont des bouddhas. Lorsque les êtres égarés se prévalant de leurs biens, de leur savoir et de leur patronyme méprisent les autres, c’est l’attribut du moi. Bien qu’ils fassent preuve de charité, droiture, bienséance, sagesse et loyauté, ils sont si infatués d’eux-mêmes qu’ils ne cheminent pas dans le respect universel. Quand ils disent comprendre et appliquer charité, droiture, bienséance, sagesse et loyauté en manquant de respect, c’est l’attribut de l’être humain. Lorsque ce qui est bien revient à soi et que ce qui est mal est attribué aux autres, c’est l’attribut de toutes les créatures. Faire la distinction entre l’attachement et le renoncement à l’environnement de poussière, c’est l’attribut de l’être vivant. Voilà les quatre attributs des êtres ordinaires. Ceux qui cultivent le cheminement possèdent eux aussi les quatre attributs. Leur esprit saturé de facultés actives et passives, ils méprisent toutes les créatures ; c’est l’attribut du moi. Bien qu’ils aient la prétention de suivre les préceptes, ils les dédaignent et les enfreignent ; c’est l’attribut de l’être humain. Maudissant les trois peines expiatoires tout en faisant vœu de naître aux cieux, c’est l’attribut de toutes les créatures. En quête de longévité, s'ils cultivent avec zèle les actes méritoires sans rompre toutes les chaînes, c’est l’attribut de l'être vivant. Posséder les quatre attributs; ce sont toutes les créatures. Sans plus les posséder; ce sont des bouddhas.

S. En outre, Subhūti, les bodhisattvas, sous l’égide de la loi, ne doivent demeurer nulle part lorsqu’ils font l’aumône, c’est ce qui s'appelle faire l’aumône sans demeurer ni dans la forme, ni dans le son, ni dans l’odeur, ni dans la saveur, ni dans le toucher, ni dans les objets virtuels.

C. Quand les hommes ordinaires font l’aumône, ils implorent de recevoir un traitement digne et le plaisir des cinq sens. C’est pourquoi leur rétribution est la descente dans le bourbier des trois voies infernales. Le Vénéré du monde, dans sa grande compassion, enseigne la pratique de l’aumône sans attribut qui consiste à n’implorer de recevoir ni traitement digne ni plaisir des cinq sens. En les encourageant intérieurement de réduire à néant leur mesquinerie, il fait bénéficier extérieurement toutes les créatures. Ainsi s’ils s’y accordent, c’est ce qui s’appelle faire l’aumône sans se fixer sur la forme.

S. Subhūti, les bodhisattvas doivent ainsi faire l’aumône sans demeurer au sein des attributs.

C. C’est ainsi qu’il faut faire l’aumône, l’esprit exempt de tout attribut, car celui dont l'esprit ne peut concevoir le don ne voit pas ce qu’il donne ni ne reconnaît celui qui reçoit.

S. Et pourquoi ? Les vertus méritoires des bodhisattvas qui font l’aumône sans demeurer au sein des attributs sont inconcevables.

Publié dans Bouddhisme Zen

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Des cellules aux civilisations

Publié le par Ysia

La vie est dotée de pouvoirs de transformation remarquables. Au cours de milliards d’années d’évolution, des formes élémentaires se sont transformées en créatures complexes modernes.

Cells to civilizations, Enrico Coen, Princeton University Press, 2012

L’évolution au travers du succès reproducteur différentiel – c’est-à-dire la capacité relative d’un organisme à propager les variations génétiques dont il est porteur, le développement par la prolifération et la spécification des cellules,  l’apprentissage grâce aux mutations affectant les connexions neuronales et, enfin,  les changements culturels par le biais des échanges humains ont formé notre monde, notre corps et notre esprit.

Nous avons la faiblesse de penser que la créativité humaine et la culture sont si complexes et si propres à l’homme que la science ne saurait rien à voir avec elles. Mais lorsqu’il s’agit d’examiner dans leur ensemble les transformations dont la vie est le théâtre, nous constatons que la science joue un rôle double. D’une part, elle livre une source de savoir sur le monde et la place que nous occupons en son sein. Elle constitue de fait la charpente de notre culture. D’autre part, la science est un produit de la culture et résulte du travail collectif des hommes au fil du temps visant à appréhender le monde qui les entoure. Ce n’est que si nous prenons la mesure des diverses transformations dont la vie est le théâtre que nous pourrons jeter un double regard sur la science, sur la façon dont elle modèle la culture et est modelée par elle. Ainsi non seulement nous comprendrons mieux comment les mutations culturelles sont engendrées mais aussi comment elles sont liées au processus biologique passé. Pourquoi nous a-t-il fallu aussi longtemps pour parvenir à cette vision collective de la vie?

Cells to civilizations, Enrico Coen, Princeton University Press, 2012,

De nouvelles questions me viennent à l’esprit. Parlerons-nous un jour d’un cinquième paramètre ? Quel changement aura sur l’homme le réseau informatique, la communication électronique ?

Mais restons dans le présent, s’agissant des changements culturels, cette vision collective de la vie n’est-elle pas limitée à la situation géographique ou socioéconomique d’un groupe de population donné,  leur impact n’est-il pas plus ou moins ressenti selon que l’on a ou pas accès à l’éducation, que l’on bénéficie ou pas de ces apports scientifiques ? William Julius Wilson, Professeur à l’Université de Harvard, parle aujourd’hui de ségrégation par le revenu et affirme qu’il faut des générations pour combler l’écart socioculturel et rattraper le retard accumulé par certaines tranches de la société, voire, dirai-je, de l’humanité.

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L'esprit des formes

Publié le par Ysia

L’art est l’appel à la communion des hommes. Nous nous reconnaissons les uns les autres aux échos qu’il éveille en nous, que nous transmettons à d’autres que nous par l’enthousiasme et qui retentissent en action vivante dans toute la durée des générations sans parfois qu’elles le soupçonnent. Si quelques-uns d’entre nous entendent seuls cet appel aux heures d’incompréhension et d’affaissement général, c’est qu’ils représentent à ces heures l’effort idéaliste qui ranimera l’héroïsme endormi dans les multitudes. On a dit que l’artiste se suffit à lui-même. Ce n’est pas vrai. L’artiste qui le dit est atteint d’un orgueil mauvais. L’artiste qui le croit n’est pas un artiste. S’il n’avait pas eu besoin du plus universel de nos langages, l’artiste ne l’aurait
pas créé. Dans une île déserte, il bêcherait la terre pour faire pousser son pain. Nul n’a plus besoin que lui de la présence et de l’approbation des hommes. Il parle parce qu’il les sent autour de lui, et dans l’espoir souvent déçu et jamais découragé qu’ils finiront par l’entendre. C’est sa fonction de répandre son être, de donner le plus possible de sa vie à toutes les vies, de demander à toutes les vies de lui donner le plus possible d’elles, de réaliser avec elles, dans une collaboration obscure et magnifique, une harmonie d’autant plus émouvante qu’un plus grand nombre d’autres vies viennent y participer. L’artiste, à qui les hommes livrent tout, leur rend tout ce qu’il leur a pris.

Elie Faure

Publié dans Art et mysticisme

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Sur les traces des Polynésiens

Publié le par Ysia

Hawaï est l’un des derniers lieux au monde à avoir été conquis par l’homme. Des milliers d’années après s’être installé à la pointe de l’Amérique du Sud, sur les hauteurs du plateau tibétain et même à la lisière glacée du Groenland, l’homme n’avait toujours pas posé le pied dans l’archipel volcanique. Quand il a, pour la première fois, tiré son canot à double coque jusqu’au rivage hawaïen, son voyage d’exploration a été l’un des plus grands triomphes de l’espèce humain. Pourtant, encore tout récemment, les archéologues n’avaient aucune certitude quant à la façon dont cet exploit a été réalisé. Les ancêtres des polynésiens actuels qui avaient établi des foyers de population dans quasiment tout le Pacifique, y compris Hawaï, faisaient partie de la dite civilisation Lapita du nom d'un site archéologique de Nouvelle-Calédonie. De l’Asie de l’Est, ils se sont dispersés il y a 3 000 ans, mais des questions demeurent quant à leur origine et les voies empruntées. Les archéologues ont découvert des centaines de sites archéologiques à travers le Pacifique ouest, parsemés d’objets tels que des haches en pierre et des résidus organiques qui permettent de suggérer que ces marins itinérants ont parcouru de longues distances, munis de vivres, de plantes et d’animaux depuis les grandes îles le long des côtes chinoises et de l’Asie du Sud-est. Vers 1 000 ans avant notre ère, ils avaient voyagé aussi loin que Samoa et peuvent être considérés comme les premiers Polynésiens. Les longues distances à parcourir pour atteindre les îles au-delà de Samoa, telles que les îles de la Société – plus de 2 400 kilomètres en haute mer – ont empêché la poursuite de leur périple migratoire pendant près de 2 000 ans. Les Polynésiens reprirent soudain la route bien que l’on ne sache pas pourquoi, vers le Pacifique est et central, une région aussi vaste que l’Amérique du Nord. Ils débarquèrent finalement dans l’archipel d’Hawaï, probablement dans un premier temps à Kauai non loin de la grotte de Makauwahi. La datation de ces périples a fait l’objet de vifs débats en grande partie du fait que les preuves archéologiques sont difficiles à recouvrer étant donné l’impact destructeur du climat chaud et humide qui prédomine dans les îles éparses du Pacifique et de l’acidité du sol volcanique. Ces deux facteurs détruisent les matières organiques telles que le bois, les fossiles végétaux et les ossements d’animaux qui permettent la datation précise par le radiocarbone. En outre, ces anciens marins n’ont laissé derrière eux aucun texte écrit ni aucune inscription. Néanmoins, contrairement à la plupart des autres sites archéologiques, les conditions qui prévalent à l’intérieur de la grotte de Makauwahi ont favorisé la conservation d’un grand nombre d’indices. Certaines des découvertes les plus précieuses on été faites sous la couche déposée par le tsunami il y a 400 ans. Ce sont les restes minuscules et fragiles d’une espèce ancienne de volaille… Quand les Polynésiens s’embarquaient vers de nouveaux horizons, la volaille faisait partie intégrante de leur nécessaire de voyage, leur fournissant non seulement la viande, les œufs et le divertissement – le combat de coqs reste très populaire dans la région – mais aussi les os pouvant être transformés en aiguilles à coudre, matériel de tatouage ou instruments de musique. S’ils laissaient parfois derrière eux les chiens et les cochons, ils emportaient toujours des poules vers de nouvelles destinations. Dans la mesure où les poules domestiques ne sont pas originaires des îles du Pacifique, la présence d’os de poule est un signe clair de l’activité humaine. Suivre ainsi la propagation des poules constitue un moyen pratique d’étudier le mouvement de population à travers la Polynésie... Les échantillons d’ADN comparés à d’autres échantillons prélevés en Polynésie ont révélé qu’un ensemble distinct de gènes caractérise l’espèce de poule ancienne. La répartition géographique de l’ADN montre clairement deux vagues d’expéditions, l’une se déplaçant dans un axe nord-est vers la Micronésie et l’autre, est vers Samoa et Hawaï. Les rats accompagnaient régulièrement les Polynésiens dans leurs voyages, se glissant à bord et sautant par-dessus bord à leur guise alors que ni les cochons ni les chiens ne faisaient pas, semble-t-il, partie du voyage vers les avant-postes tels que l’île de Pâques.

La boue dans la grotte de Makauwahi a également permis la préservation des résidus de charbon dispersés par le vent et incrustés dans la tourbe. La datation au radiocarbone des échantillons semble suggérer que l’emploi du charbon est rare jusqu’en 1200 de notre ère. Sa soudaine apparition est un autre indice de la présence de l’homme et de l’activité humaine quand il commença à brûler les feuillages pour planter des taros et autres denrées agricoles. Des nucléus ramassés dans d’anciens étangs bordés de pierre qui ont servi à produire le charbon ont donné lieu à une datation comparable, ce qui indique clairement et confirme sans doute que l’homme est arrivé beaucoup plus tardivement – presque 800 ans plus tard – que l’avaient pensé de nombreux historiens. Dans un aussi grand nombre que les os de volaille, de larges quantités d’hameçons en os et en nacre et des coquilles de 16 espèces de mollusques différentes ont été recueillis. Ces objets témoignent du début de la culture ancienne hawaïenne. Le feu n’est qu’un des moyens par lesquels ces nouveaux colons ont transformé le paysage de Kauai. En même temps que les rats, les insectes, notamment les fourmis, se sont glissés à bord des canoës. L’activité humaine ajoutée aux changements engendrés par les animaux et les plantes qu’ils avaient apportés permettent difficilement d’imaginer le milieu hawaïen avant l’arrivée des hommes, mais la grotte donne la preuve que cet environnement était autrefois radicalement différent… Les archéologues ont depuis longtemps soupçonné que l’arrivée des hommes à Hawaï a sonné le glas pour d’innombrables plantes et espèces animales. Près d’une cinquantaine d’espèces d’oiseaux, dont beaucoup sont aujourd’hui disparues, ont été découvertes dans la grotte de Makauwahi et les fouilles archéologiques, en particulier le long du littoral, ont confirmé la transformation rapide du milieu environnant à la suite de l’arrivée de l’homme. Bien que l’on estime que les premiers colons n’étaient qu’un groupe de 100 personnes environ, on déduit sur la base des données génétiques que les rats se sont rapidement propagés dans les îles, causant la mort des larges oiseaux inaptes au vol et vulnérables face à ces mammifères prédateurs. Les rats mangèrent aussi vite les graines des palmes indigènes tandis que les hommes ont vraisemblablement surexploité le bois pour construire leurs huttes, causant la quasi-disparition des arbres sur l’île Kauai. D’anciennes gravures réalisées par des Européens qui commencèrent à arriver vers la fin du XVIIIe siècle montrent que les abords de la grotte Makauwahi étaient presque entièrement déboisés alors – les plaines côtières transformées par l’irrigation et les étangs et les multiples feux de bois ont fait reculé la forêt vers des zones trop escarpées pour être cultivées.

Lorsque les Européens arrivèrent, quelque 600 ans après les premiers colons, les Hawaïens étaient probablement 200 000 environ. C’est un paysage de champs et de forêts avec quelques oiseaux étranges qui s’est offert à leurs yeux.

Traduit par Ysia.

Publié dans Génétique

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