Sculpter le bouddhisme

Publié le par Ysia

Image as insight, when eyesight becomes insight

(Image as Insight, Margaret R. Miles, Beacon Press, Boston, 1985)

Je me souviens être tombée maintes fois en extase devant le visage apaisé de statues bouddhiques dans des lieux divers de Chine. C’est cet apaisement qu’il me tient d’étudier. Mon intérêt pour les statues les plus anciennes s’explique par la quête d’un sourire magique, de paupières baissées et de visages figés dans une pose intemporelle.

Voir et observer dans un élan mystique dans le but de représenter un visage divin portant les symboles anthropomorphiques, de donner une image à l’ultime sagesse, de créer une tête de Maitreya en déchirant le vide, mais avec quels attributs ?

La divinité favorite de l’époque Wei (tartares) en Chine est le Bouddha Maitreya. Le nom miθra dans la langue avestique, langue indo-iranienne, signifiant « pacte,contrat, serment », dérive de *mitra, qui a pour racine mi- « unir, lier, attacher ». Rattaché au suffixe -tra- signifiant « créant, suscitant », le sens étymologique de miθra devient « qui cause l’attachement ». Le mot sanskrit maitreya est communément traduit par “amical” (Dictionnaire sanskrit-français) et semble se rattacher à la figure perse mithra (mitra). La représentation de Maitreya est souvent statuaire, de pierre ou de bronze plaqué or. Les plus beaux enchantements sont les statues du style Gandhara. Mais sa représentation rupestre est aussi un élément manifeste des muraux en Chine ou en Inde.(Maitreya, the future Buddha, Alan Sponberg and Helen Hardacre, Cambridge University Press, 1988)

Tel un dialogue entre mon âme et le Ciel, je poursuis ma recherche : une étude iconographique qui se concentre sur l’aspect immatériel. Vanité que de vouloir créer une image qui manifeste l’inexprimé, le non-manifesté, le mystère du non-dit, le génie dans sa simplicité originelle, d’une puissance ensevelie et engourdie, produit du passé et de l’ancien à la fois révolu et réapparu! Graal ou quête fondamentale de l’élément sacré, Maitreya que je poursuis aura la tête béante, sans front ni oval fermé, parce que s’abreuvant à la sapience céleste. La pluie savante et sage le nourrit, l’habite, véhiculant vers la terre des richesses inouïes. Mais seul son cou, non son corps, sera visible parce qu’il n’est pas. Il est ce prince de l’avenir, ce héros des temps futurs, ce noble voué à la prière, tourné vers l‘au-delà. Affublé d’oreilles incontestablement pour percevoir les chants magiques, les paroles divines et pour entendre les plaintes des hommes, signe de sa compassion. Ce sont là les prémices du Maitreya.

 

(The) capacity to invent a striking pattern, especially when applied to such familiar shapes as a head or a hand, is what is known as artistic imagination. Imagination is by no means first of all the invention of new subject matter, and not even the production of just any kind of new shape. Artistic imagination can be more nearly described as the finding of new form for old content, or - if the handy dichotomy of form and content is eschewed - as a fresh conception of an old subject. The invention of new things or situations is valuable only to the extent that they serve to interpret an old - that is, universal- topic of human experience

p.142, Art and Visual Perception by Rudolf Arnheim

La représentation visuelle a, depuis toujours et de par le monde, été privilégiée à la formulation des mots, a fortiori dans le domaine de la religion. Si pendant longtemps le Bouddha n’avait pas de statue à son image, elle fut créée pour faciliter la diffusion du bouddhisme et son culte par les masses populaires, comme si les yeux étaient mieux à même de comprendre. Le regard facilite la dévotion religieuse et se fixe sur l'objet de la prière. Au niveau supérieur, la fonction visuelle renforcée par la faculté du langage laisse une empreinte plus profonde . L'art permet la réification de l'objet mental. Comme s'il fallait extraire de nous-mêmes nos émotions pour mieux les contempler et les dénommer, ainsi en est-il du processus de vulgarisation des dogmes religieux. Mais comment codifier par l’image la preuve divine? Au-delà du jeu politique et de l'adaptation des images aux dogmes religieux, c'est l'importance des couleurs dans la transmission du message religieux qui m'intrigue. Ainsi l’ai-je compris lors de mon périple autour du monde, des grottes du Xinjiang et de l'Inde jusqu' à l'Abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe. Si j’avais à établir ma propre codification avant l’image, je la voudrais représentative d'humilité, simple et humaine. Les yeux du visage divin, s'ils sont ouverts, doivent être immenses, à moins que je me résigne à refermer ses paupières à la manière des statues bouddhiques. Comme représentation de l’humilité, je prendrai pour couleur de robe le noir.

La lecture de deux articles sur le site academia.edu, The spread of Buddhism to China par Tansen Sen et Indian influence and Chinese creation par D. Chang Qing m'a amenée à réviser les notes anciennes regroupées sous le titre Sculpter le bouddhisme que j'avais écrites il y a quelques années.

Isn't that the best way to learn? To carry one's mistakes to their logical conclusion.

The Agony and the Ecstasy, Irving Stone

Sculpture cannot be taught by books or the spoken word: it must be experienced by the artist. Art is a command. The hands must be trained by practice, the mind by constant acquisition of knowledge, and the heart by its undefeated faith and desire to overcome all obstacles. For sculpture is a thorny road beset by barriers, defeats, and disappointments. Art is , however, made of the stuff that dreams are made of, and they say the dreamer is a favorite of the gods. To him they whisper theirs secrets, to him the moon reveals her inmost beauty, and the night will enfold him to her heart and guard him with her strong dark wings. The poet and the artist must be ready to harness Pegasus to pull a heavy load. Labor and fatique are the inevitable price of accomplishment, for no great creation is easily conceived or expressed. Art has been called the Holy Land where the initiates seek to reveal the spirituality of matter...The training of the hands to respond deftly to the mind is a distinct and joyful experience...Even though we generally fall far short of our aim, we still are impelled by this ever-flowing stream of hopeand desire to try again to supass ourselves. Failures are many and often devastating to our morale, but one or two bull's-eye successes will carry us over months of hard labor.

Malvina Hoffman

L’idéogramme bouddha est composé des caractères de l’homme et de la négation.

Le sens profond est, à l’évidence, avoir dépassé la sphère de la vie humaine minée par ses limitations et pénétré l’absolu

Truth and tradition in Chinese Buddhism, Reichelt, 1930

Ce qui rend particulier le mariage du bouddhisme et du taoïsme est précisément la double pensée de l’homme qui, dépassant la sphère de la vie humaine marquée par ses limitations, pénètre l’absolu et de celui qui ayant aimé la retraite et l’obscurité par-dessus tout, efface délibérément la trace de sa vie. Effacement qui n’est motivé, ni par un sentiment d’humilité, ni par une dévotion pour des méditations plus hautes, qui est amour de soi, paresse et dédain (Histoire des croyances religieuses et des opinions philosophiques en Chine, Léon Wieger, 1917).

S'il faut atteindre un objectif dans la sculpture en pierre d'un visage d'inspiration bouddhique, c'est celui que mentionne John H. Dryfhout dans The Work of Augustus Saint-Gaudens au sujet du Mémorial d’Adams une expression mimant une profound psychological content and mysterious aura et une suggestive abstraction and haunting grandeur. Les sculptures bouddhiques ont pour objet de provoquer l’éveil en répondant aux besoins de l’âme. Comparativement à ce but utilitaire, les règles esthétiques viennent en second.

first “seeing” in a mystical sense and later reproducing that personal vision of what is known by all and what will serve to replenish understanding

Sculpture in stone, Cami Santamera, 2001

Sculpter le bouddhisme

Sagesse…ensevelie dans une idolâtrie…Par un travers d’esprit assez commun, on abandonne une vérité dont la recherche était difficile, pour les mensonges qui lui servaient de voile.

Relation des Royaumes bouddhiques 佛国记 de 法显, Abel Rémusat, 1836

It must be realized at once that the keynote to Buddhist sculpture in China, at any rate during the earlier part of that religion's supremacy, is not corporeal representation, but intense spiritual realization.

An introduction to the study of Chinese sculpture, p.3, Leigh Ashton, 1924

Avant le premier siècle avant notre ère, le Bouddha n’avait jamais été représenté sous une forme humaine mais seulement par le biais des premiers symboles (ombrelle, empreinte de pas, buffle). Par la suite d’autres symboles s’ajoutèrent : l’arbre de la bodhi, la roue et le stupa (The origin of the Buddha image, Ananda k. Coomaraswamy, 1927). Les sculpteurs de l’école de pensée Gandhara furent les premiers à représenter le bouddha historique sous une forme anthropomorphique aux caractéristiques gréco-romaines, révélatrice non pas d’une origine mais d’une influence étrangère (Early Buddhist art in India, G.C. Chauley). L'une des statues du Bouddha les plus anciennes date du deuxième siècle avant notre ère et fut retrouvé durant le règne de Démétrios Ier l'invincible qui fut le souverain de l'Inde de 189 à 167 avant notre ère.

La légende rapporte l’histoire d’une statue en or du bouddha, rapportée à l’empereur par ses généraux d’une région au-delà de Yarkand (Xinjiang). C’est le modèle d’après lequel les statues bouddhiques auraient été façonnées par la suite en Chine (Relation des Royaumes bouddhiques 佛国记 de 法显, Abel Rémusat, 1836).

 

C’est la deuxième année avant notre ère qu’un ambassadeur des Tokhariens se présenta devant l’Empereur de Chine, chargé d’un certain nombre de livres sacrés. Plus de cent ans auparavant, en l’an 121 avant notre ère, une statue d’or gigantesque du bouddha, faisant partie du butin des campagnes militaires, fut apportée à la cour chinoise.

Chinese Buddhism, Eitel, 1870

En 207 avant Jésus-Christ, des missionnaires bouddhistes venus de l’Inde entrèrent en Chine et s’établirent dans la capitale de la province de Chen-si pour y prêcher. Ensuite vers l’an 122 avant Jésus-Christ, une statue d’or de Bouddha fut envoyée du Yicouhou ( ?) à l’Empereur par ses généraux qui avaient pénétré jusqu’à cette province située au-delà de Yarkand. Ce fut là l’origine et le modèle des statues de Bouddha en Chine.

L’empire chinois, Lamairesse, 1893

Selon The Buddha in the dragon gate, 2001, Jan Van Alphen, c'est vers 195 avant notre ère qu'il est fait pour la première fois mention d'une sculpture bouddhique en Chine. D’après 佛国造像艺术 ( 徐华铛编著), du fait de l’analphabétisme et du caractère abstrus de l’enseignement bouddhique transmis à travers les textes sacrés, l’objet statuaire est la concrétisation physique à la fois visuelle et palpable, et donc compréhensible, pour les besoins de la profession de foi. S’agissant de la représentation statuaire, il faut noter qu’à l’exception de quelques exemples,…avant la dynastie Song, les sourcils des figures bouddhiques chinoises ne se rejoignaient pas au milieu et tombaient en courbe droite sur les lignes du nez. An introduction to the study of Chinese sculpture, p.44, Leigh Ashton, 1924. Mais comment penser la tête du bouddha, siège de la conscience cosmique ?

S’ ajoute l’autre légende de l’empereur Ming qui rêva d’un homme au halo d’or, l’une des premières références littéraires au bouddha, le conduisant à envoyer une délégation vers l’Ouest (后汉记 et 后书记). Elle en revint avec deux moines indiens et un grand nombre de classiques bouddhiques. Ils furent transportés sur le dos d'un cheval blanc. Ainsi le temple érigé à Luoyang par l'empereur pour les moines et ceux qui vinrent après eux fut baptisé le Monastère du Cheval Blanc (Buddhism and Buddhists in China, Hodous, 1924). Si , par tradition, l’introduction du bouddhisme en Chine remonte à l’an 67-68, c’est plus exactement dans la seconde moitié du premier siècle et durant le deuxième siècle, qu’elle eut lieu. La déité favorite de l’époque des Wei, jusque vers 500 après notre ère, est le bouddha Maitreya, le bouddha du futur.

L'histoire n'est pas figée. Elle ne s'étend pas en ligne droite. Il y a des cycles historiques et des vagues d'influence qui suivent un mouvement de fond. Le bouddhisme est parvenu en Chine en saccades par la route terrestre depuis l'ouest mais aussi par la route maritime depuis l'Asie du Sud-est. Son évolution est complexe, balottée entre les influences extérieures et les efforts religieux ou politiques de sinisation. L'art bouddhique a suivi une évolution parallèle, embrassant des influences multiples, notamment de Gandhara et de Mathura. D. Chang Qing parle même d'une nouvelle vague d'indianisation largement exprimée à Qingzhou 青州 dans le Shandong et dans l'art au Sichuan du VIème siècle durant les dynasties du Nord et du Sud.

The spread of Buddhism to China was a protracted process that involved people from different regions and ethnic groups. The credit should not all go to the ‘Indians’, nor should it be perceived as an outcome of the interactions between India and China. In fact, Buddhist missionaries from ‘India’ may not have played a significant role in the transmission of the doctrine before the fourth century (Zürcher 1999: 32). The famous story about the Han emperor Ming’s (r. 58–75 CE) dream about the Buddha, the subsequent arrival of the first two Buddhist monks from India and the building of the ‘first’ Chinese Buddhist monastery called the Baimasi (White Horse Monastery) are fabrications. The story of Emperor Ming’s dream was meant to link the introduction of Buddhism with the Chinese court in an attempt to give legitimacy to the foreign doctrine.

Tansen Sen

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Catalogue de la Bibliothèque du Congrès

Publié le par Ysia

Dans A descriptive Catalog of Rare Chinese books in the Library of Congress 美国国会图书馆藏中国善本书录 que Wang Zhongmin 王重民 a compilé et publié en 1957, il y est fait mention dans l'introduction en anglais de huit manuscrits de Dunhuang. Cependant seuls 6 manuscrits y sont répertoriés et confirmés dans son ouvrage ultérieur 中国善本书提要 (Shanghai,1983).

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Dans les pages présentées ci-dessus sont mentionnés les manuscrits suivants:

大般涅槃经卷第二

大般波罗蜜多经卷第二百六十六

大般波罗蜜多经卷第二百四十七

妙法莲华经卷第二

妙法莲华经卷第七

胜天王般若波罗蜜经卷第四

Les trois manuscrits du Sutra du Diamant 金刚般若波罗密经 cités dans les catalogues de 1957 et 1983 sont datés de l'époque Ming (美国国会图书馆藏中国善本书录, vol.2, p. 777,778,779):

Au terme d'un recensement récent effectué par la division de l'Asie, les manuscrits suivants sont répertoriés à ce jour, le 1er août 2016 :

勝天王般若波羅蜜多經 (第四)   (陳)月婆首那 譯   1卷    敦煌出初唐寫本

敦煌唐人寫經 (殘卷一頁) 抄寫者不詳   唐寫經殘卷

大般若波羅蜜多經 (第二百六十篇) (唐)玄奘 (三藏法師) 譯1函1册       1卷 敦煌出土唐寫本

大般若波羅蜜多經 (第二百四十七篇)   (唐)玄奘 (三藏法師) 譯  1函1册1卷 敦煌出土唐寫本

妙法蓮華經(卷七) (姚秦) 鳩摩羅什 譯    1卷       敦煌出土初唐寫本

妙法蓮華經(卷二) (姚秦) 鳩摩羅什 譯    1卷       敦煌出土中唐寫本

妙法蓮華經(序品一, 卷一) (姚秦) 鳩摩羅什 譯   1函     1册       1卷       敦煌寫本

妙法蓮華經(品十二, 卷五) (姚秦) 鳩摩羅什 譯   1函     1册       1卷       敦煌寫本

妙法蓮華經(品二十五, 卷八) (姚秦) 鳩摩羅什 譯1函     1册       1卷       敦煌寫本

大般涅磐經(卷二) (北涼)曇無懺 譯 1函1册1卷  敦煌初唐寫本

 

S'agissant du Sutra du diamant, deux manuscrits datant de la dynastie des Ming sont seulement mentionnés dans ce nouveau recensement:

金剛般若波羅蜜經         (姚秦)鳩摩羅什  譯         1函       2册       1卷       明萬曆年間刻本

金剛般若波羅蜜經         (姚秦)鳩摩羅什  譯         1函       1册       1卷       明抄本

Toutefois la politique de conservation en vigueur restreint leur accès par le public.

Publié dans Bouddhisme Zen

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Publié le par Ysia

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Que suis-je? un peu de poussière agrégée par un organisme.

V. Hugo, Les Misérables,t. 1, 1862, p. 42

S. Ainsi c’est ce que j’ai entendu. Le bouddha se trouvait alors dans le pays de Śrāvasti, le bois de Jeta, le parc de Anāthapindada, avec la foule des 1250 grands moines mendiants. Alors, au moment du repas, le vénéré du monde vêtu de sa robe et tenant sa sébile entra dans la grande cité de Śrāvasti pour y mendier son repas. Après avoir mendié dans l’ordre, il retourna à sa résidence d’origine. Le repas fini, il rangea sa sébile et son vêtement. Lui ayant lavé les pieds, on mit un siège à sa disposition et il s’assit. A ce moment, le vénérable Subhūti, au milieu de la foule, se leva de son siège, découvrit l’épaule droite et mit son genou droit à terre. Il joignit les mains révérencieusement et s’adressa au bouddha :

- Comme c’est rare, ô vénéré du monde ! Leur pensée ne le quittant pas, l'être Vérité guide bien les êtres qui aspirent à la voie. Vénéré du monde, les hommes et les femmes de bien qui aspirent à l’esprit d’éveil insurpassé et parfait, comment doivent-ils demeurer ? Comment doivent-ils discipliner leur esprit ?

Le bouddha déclara:

- Bien, bien Subhūti ! Comme tu le dis, leur pensée ne me quittant pas, moi, l'être Vérité, guide bien les êtres qui aspirent à la voie. A présent, écoute religieusement ce que je vais te dire. Les hommes et les femmes de bien qui aspirent à l’esprit d’éveil insurpassé et parfait doivent ainsi demeurer et ainsi discipliner leur esprit.

- Oh, oui , Vénéré du monde ! C’est avec joie que je souhaite vous entendre.

Le bouddha déclara à Subhūti :

- Tous les bodhisattvas, les grands êtres, doivent ainsi discipliner leur esprit. Quelle que soit l’espèce des créatures, qu’elles soient issues de l’œuf ou de l’utérus, d’un suintement ou d’une apparition, qu’elles aient une forme ou qu’elles n’en aient pas, qu’elles soient douées de cognition ou qu’elles ne le soient pas, ou ni l’un ni l’autre, je leur permets d’entrer dans le nirvāṇa où rien ne reste et les fais passer. C’est ainsi que s’éteignent et passent les immensurables, innombrables créatures à l’infini, mais réellement nulle créature ne s’éteint ni ne passe.

C. Ainsi c’est dans l’observance de ce qui est précédemment mentionné. Extinction et passage sont la grande libération. La grande libération, c’est quand passions et vices ainsi que l’entrave de tous nos actes passés sont complètement éteints et qu’il n’y a plus rien à assouvir, c’est ce que l’on appelle la grande libération. Les immensurables, innombrables créatures illimitées ont chacune en soi primitivement toutes les passions, convoitise et courroux et actes mauvais. Sans les éliminer, elles ne seront finalement pas libérées. C’est pourquoi il est dit c’est ainsi que s’éteignent et passent d’immensurables, innombrables créatures illimitées. Tous les êtres égarés peuvent s’éveiller à leur propre nature. Au commencement, nous savons que le bouddha était aveugle à son individualité et n’avait nulle conscience. Pourquoi ferait-il passer les créatures ? Ce n’est que parce que les êtres ordinaires ne voient pas leur propre esprit originel qu’ils n’entendent pas la volonté bouddhique. S’agrippant aux attributs de toutes les choses, ils ne pénètrent pas le principe du non-agir. Lorsque l’ego n’est pas éliminé, ils ont pour nom créatures. Si elles s’en détachent, aucune créature réellement ne s’éteindra ni ne passera. C’est pourquoi il est dit : quand l’esprit d’erreur ne réside nulle part, c’est l’éveil. La naissance et la mort sont fondamentalement égales au nirvāṇa. Où y-a-t-il extinction et passage ?

Mair also points out that many of the Chinese terms used by the early translators ‘cannot be characterized as “Daoist”’. These terms either did not occur in Daoist works (such as the word benwu 本無 [‘fundamental nothingness’], used for tathatha or ‘thusness’), or were not limited to Daoism (such as wuwei 無爲 [non-action] used to render nirvāṇa). Explaining the usage of the term wuwei, for example, Mair writes,
…[T]here is no indication that this was a part of a systematic, conscious policy to appropriate Daoist terminology that was allegedly known as geyi (格義). Furthermore, wuwei is used to render more than half a dozen different Sanskrit terms, and the negative wu is used at the beginning of more than two thousand words translated from Sanskrit. It would be ludicrous to insist that any Buddhist text which used the terms wu or wuwei be branded as Daoistic simply because they also occur in Daoist texts. (Mair, 2010: 248; see also p. 54 of this volume)
From Mair’s arguments it is clear that the early translators had a more difficult task of rendering Indian ideas into Chinese than simply borrowing from or allying with the Daoists. While it is true that Buddhism and Daoism infl uenced each other, the notion that there may have been collaboration between the two religions, or a dependence on Daoism when Buddhism fi rst entered China, is most likely erroneous. It may be more prudent to look at the similarities and contradictions between Buddhism and the Chinese popular beliefs and cults to understand the successful penetration of Buddhism into Chinese society.

Tansen Sen

S. Et pourquoi ? Subhūti, si les bodhisattvas possédaient les attributs du moi, de l' être humain, de toutes les créatures et de l’être vivant, ils ne seraient pas des bodhisattvas.

C. Toutes les créatures et la nature de bouddha ne sont radicalement pas différentes. Parce qu’elles possèdent les quatre attributs, elles ne pénètrent pas où rien ne reste. Ceux qui possèdent les quatre attributs sont toutes les créatures. Si elles ne les possédaient pas, elles seraient des bouddhas. Égarés, les bouddhas sont des êtres ordinaires. Éveillées, toutes les créatures sont des bouddhas. Lorsque les êtres égarés se prévalant de leurs biens, de leur savoir et de leur patronyme méprisent les autres, c’est l’attribut du moi. Bien qu’ils fassent preuve de charité, droiture, bienséance, sagesse et loyauté, ils sont si infatués d’eux-mêmes qu’ils ne cheminent pas dans le respect universel. Quand ils disent comprendre et appliquer charité, droiture, bienséance, sagesse et loyauté en manquant de respect, c’est l’attribut de l’être humain. Lorsque ce qui est bien revient à soi et que ce qui est mal est attribué aux autres, c’est l’attribut de toutes les créatures. Faire la distinction entre l’attachement et le renoncement à l’environnement de poussière, c’est l’attribut de l’être vivant. Voilà les quatre attributs des êtres ordinaires. Ceux qui cultivent le cheminement possèdent eux aussi les quatre attributs. Leur esprit saturé de facultés actives et passives, ils méprisent toutes les créatures ; c’est l’attribut du moi. Bien qu’ils aient la prétention de suivre les préceptes, ils les dédaignent et les enfreignent ; c’est l’attribut de l’être humain. Maudissant les trois peines expiatoires tout en faisant vœu de naître aux cieux, c’est l’attribut de toutes les créatures. En quête de longévité, s'ils cultivent avec zèle les actes méritoires sans rompre toutes les chaînes, c’est l’attribut de l'être vivant. Posséder les quatre attributs; ce sont toutes les créatures. Sans plus les posséder; ce sont des bouddhas.

S. En outre, Subhūti, les bodhisattvas, sous l’égide de la loi, ne doivent demeurer nulle part lorsqu’ils font l’aumône, c’est ce qui s'appelle faire l’aumône sans demeurer ni dans la forme, ni dans le son, ni dans l’odeur, ni dans la saveur, ni dans le toucher, ni dans les objets virtuels.

C. Quand les hommes ordinaires font l’aumône, ils implorent de recevoir un traitement digne et le plaisir des cinq sens. C’est pourquoi leur rétribution est la descente dans le bourbier des trois voies infernales. Le Vénéré du monde, dans sa grande compassion, enseigne la pratique de l’aumône sans attribut qui consiste à n’implorer de recevoir ni traitement digne ni plaisir des cinq sens. En les encourageant intérieurement de réduire à néant leur mesquinerie, il fait bénéficier extérieurement toutes les créatures. Ainsi s’ils s’y accordent, c’est ce qui s’appelle faire l’aumône sans se fixer sur la forme.

S. Subhūti, les bodhisattvas doivent ainsi faire l’aumône sans demeurer au sein des attributs.

C. C’est ainsi qu’il faut faire l’aumône, l’esprit exempt de tout attribut, car celui dont l'esprit ne peut concevoir le don ne voit pas ce qu’il donne ni ne reconnaît celui qui reçoit.

S. Et pourquoi ? Les vertus méritoires des bodhisattvas qui font l’aumône sans demeurer au sein des attributs sont inconcevables.

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Préface au Sutra

Publié le par Ysia

PREFACE AU SUTRA DE LA SAPIENCE ADAMANTINE QUI MÈNE SUR L’AUTRE RIVE du sixième patriarche, le grand maître Huineng de Caoxi  

 

 

Le Sūtra du diamant considère l’absence d’attribut comme la Doctrine, l’absence de demeure comme la Substance (1) et la subtile réalité comme son Usage. Dès lors que Bodhidharma est venu de l’Ouest, il a eu pour dessein de transmettre ce sūtra afin que les êtres voient leur nature et s’éveillent à sa quintessence. Ce n’est que parce que les êtres du monde ne voient pas leur nature que la loi a été établie pour la découvrir. Si les êtres du monde voyaient tout à fait la substance fondamentale de ce qui est, il n’y aurait pas établir de loi. Innombrables sont les lecteurs de ce sūtra ! Infini est le nombre de ses laudateurs ! Ses commentateurs  et glossateurs sont au total plus de huit cent. Les principes qu’ils prêchent obéissent à leurs vues respectives. Et bien qu’elles soient différentes, il n’y a pas de dualité (2) dans la loi. Ceux dotés de racines supérieures, plantées lors des vies antérieures, comprennent dès qu’ils l’écoutent. Sans la sagesse (3) des vies antérieures, ils ne s’éveilleraient pas au sens bouddhique en dépit de force récitations. C’est pourquoi j’explique le sens sacré afin de trancher et d’extirper le doute dans l’esprit des disciples. S’ils saisissaient indubitablement l’essence de ce sūtra, il n’y aurait pas lieu de l’expliquer. La bonne loi, prêchée autrefois par l'être Vérité (4) a pour dessein d’extirper ce qui n’est pas bien dans l’esprit de l’être commun. Le sūtra est la parole de l’être saint. Faites que les êtres l’écoutent de sorte qu’ils transcendent le profane, s’éveillent au sacré et apaisent à jamais leur esprit égaré. Ce sūtra, toutes les créatures le possèdent foncièrement au sein de leur nature. Ceux qui ne voient pas d’eux-mêmes ne font que réciter les écritures. S’ils s’éveillaient à leur esprit originel, ils sauraient que le sūtra n’y réside pas (5). S’ils peuvent être éclairés sur leur nature propre, ils croiront que de ce sūtra émanent tous les bouddhas. A présent, de crainte que tous les êtres du monde recherchent le bouddha hors de leur corps et qu’ils s’ en enquièrent au-dehors sans intérieurement ni manifester leur esprit ni observer le sūtra, j’ai composé ces aphorismes de sorte que tous les disciples observent intérieurement le sūtra de l’esprit et voient d’eux-mêmes entièrement l’esprit pur et immaculé du bouddha. Combien incalculables ils seront ! Si, après sa lecture, des disciples doutent, leurs doutes se dissiperont au vu de ces commentaires. Ils n’auront plus besoin de ces aphorismes. Ceux qui aspireront à l’étudier verront ensemble la nature d’or au cœur du minerai. Grâce au feu de sagesse, ils le fondront et l’affineront. Le minerai disparu, l’or subsistera. Sākyamuni, notre maître originel, a prêché le Sūtra du diamant dans le pays de Srāvasti. Du fait des questions soulevées par Subhūti, le bouddha l’a prêché dans sa grande compassion. Ayant obtenu l’éveil à l’écoute de la loi, Subhūti a prié le bouddha de conférer un titre à sa prédication afin que les générations futures s’y conforment et l’observent. C’est pourquoi, dans le sūtra, dit-on, le bouddha y révèle, dit-on, que le sūtra a pour nom La sapience adamantine qui mène sur l’autre rive, et c’est sous ce nom qu’il doit être honoré. La sapience adamantine qui mène sur l’autre rive, prêchée par l'être Vérité, désigne la loi. Qu’est-ce que cela signifie ? c’est parce que le joyau du domaine adamantin a une nature foudroyante qu’il peut détruire tout élément. Bien que l’or soit extrêmement solide, la corne de bélier (6) peut le détériorer. Le diamant (7) symbolise la nature de bouddha et la corne de bélier, les passions. Bien que l’or soit dur et solide, la corne de bélier peut le briser. Malgré la solidité de la nature bouddhique, les passions peuvent la troubler. Mais même si les passions sont tenaces, la connaissance de sapience peut les rompre. Et même si la corne de bélier est solide, le fer forgé peut la détériorer. Ceux qui s’éveillent à ce principe verront entièrement leur nature. Le Sūtra du nirvāna dit :

Ceux qui voient la nature de bouddha ne s’appellent pas des créatures mondaines. Ceux qui ne voient pas la nature de bouddha le sont nommés.

Le symbole du diamant que prêche l'être Vérité est à l’intention des natures mondaines qui ne sont ni fermes ni solides. Même quand leur bouche récite le sūtra, la lumière ne jaillit pas. S’ils récitaient extérieurement et cheminaient intérieurement, la clarté serait uniforme. S’ils ne sont ni fermes ni solides intérieurement, sagesse et concentration se perdent. Quand la bouche récite et que l’esprit chemine (8), la sagesse est égale à la concentration. C’est le point ultime (9). L’or est au cœur de la montagne, mais la montagne ne connaît pas ce joyau ni le joyau ne connaît cette montagne. Et pourquoi ? Du fait de l’absence de nature. Puisque l’être possède une nature, il entreprend d’utiliser ce joyau. S’il obtient de rencontrer un orfèvre (10), il creusera la montagne qui s’effondrera. S’emparant du minerai, il le fondra et l’affinera afin de le changer en or fin. S’en servant à son gré, il parviendra à échapper à la misère. Au sein des quatre corps (11), la nature de bouddha y est aussi. Le corps symbolise l’univers et l’ego, la montagne. Les passions représentent le minerai et la nature de bouddha, l’or. La connaissance de sagesse se compare à l’artisan et le zèle et la vaillance, à l’acte de creuser. Au cœur de l’univers corporel, il y a la montagne de l’ego. Dans la montagne de l’ego, il y a le minerai des passions. Dans le minerai des passions, il y a le joyau de la nature bouddhique. Dans le joyau de la nature bouddhique,  il y a l’artisan de sagesse. Usez de l’artisan de sagesse pour faire s’effondre en la creusant  la montagne de l’ego et voir le minerai des passions afin que le feu de l’illumination le fonde et l’affine et qu’apparaisse la nature propre de bouddha, adamantine, claire et limpide. C’est pourquoi le diamant est considéré comme son symbole puisqu’elle en porte le nom.  Saisir la vacuité sans cheminer intérieurement, cela n’est que le nom sans la substance. En expliquer le sens et poursuivre le cheminement, c’est disposer à la fois du nom et de la substance(12). En l’absence de cheminement, c’est là l’homme commun. Cheminant intérieurement, il est pareil aux saints . D’où le nom de diamant. Que nomme t-on prajñā ? Prajñā  (13) est un mot sanskrit. Dans la Chine des Tang, on parle de connaissance de sagesse. La connaissance ne surgit pas dans l’esprit du sot. La sagesse confère la capacité. La sagesse est la substance de la connaissance. La connaissance est l’usage de la sagesse (14). Si la substance est douée de sagesse, on usera de la connaissance sans égarement. Si la substance n’est pas douée de sagesse, on usera  bêtement de l’intelligence (15). Ce n’est qu’ignorance et inconscience sans éveil. C’est pourquoi  on cultive la connaissance de sagesse afin de les extirper. Que nomme t-on pāramitā  (16) ? Dans la Chine des Tang, on dit atteindre l’autre rive. Atteindre l’autre rive, cela signifie se détacher de la naissance et de mort. C’est seulement parce que les natures mondaines ne sont ni fermes ni solides qu’en toute chose, il y a l’attribut de naissance et de mort. Errer au fur et à mesure de destinées successives sans atteindre la terre d’ainsité, c’est cette rive-ci. Détenir la grande sagesse, plénitude en toute chose, et être détaché de l’attribut de naissance et de mort, c’est atteindre l’autre rive. Il est dit aussi : Lorsque l’esprit est égaré, c’est cette rive-ci. Lorsque l’esprit est éveillé, c’est l’autre rive. L’esprit hérétique, c’est cette rive-ci. L’esprit orthodoxe, c’est l’autre rive. Lorsque la bouche s’exprime et que l’esprit chemine, c’est le corps de loi ; le passage sur l’autre rive. Mais si la bouche s’exprime sans que ne chemine l’esprit, cela n’est pas le passage sur l’autre rive. Qu’appelle-t-on sūtra  (17) ? Sūtra est le sentier. C’est la voie par laquelle on devient bouddha. Si l’être ordinaire désire accéder à ce chemin, il devra cultiver intérieurement la pratique de la sapience jusqu’à l’ultime. S’il advient qu’il ne peut que prêcher et réciter sans que son esprit ne se conforme à la pratique, c’est qu’il n’y a aucun sūtra. S’il voit et chemine réellement, c’est que son propre esprit renferme le sūtra. C’est pourquoi ce sūtra, l'être Vérité l’a dénommé Le sūtra de la sapience adamantine qui mène sur l’autre rive.

(1) Cela rappelle, si l'on fait abstraction de la non-pensée, la section 17 du Manuscrit de Dunhuang:

...ma propre loi, porte de l'illumination, a toujours considéré, depuis les temps reculés, ... l'absence d'attribut comme la substance et l'absence de demeure comme le fondement… (Sūtra de la plate-forme, Catherine Toulsaly, You-Feng, 1992, p. 42)

(2) Aldoux Huxley a fait remarquer que, dans les langues indo-européennes, la racine du mot dualité signifiait deux connotations de choses mauvaises ( Revue Troisième Millénaire ).

(3) Edward Conze lui préfère le terme cognition ou gnose “The Diamond Sutra” Buddhist Wisdom Books, Londres: Unwin Hyman Limited, réédition 1988, p.73

(4) Celui qui ne va ni ne vient qui est la nature véritable, Vérité et que je traduirai par l'être Vérité .

Sans visage est la vérité. Lui ayant prêté le nôtre, nous l'avons rendu périssable. « De la divine Vérité, nous ne pouvions faire qu'une vérité humaine. Ainsi, du même coup, nous la livrions à la mort », avait-il écrit (E. Jabès, Le Livre du Dialogue, 1984, p. 100)

 

Mais le tathāgata est aussi celui qui s’en revient, car il s’en retourne à la vérité originelle, source commune à tous les bouddhas passés, présents et futurs. pourrait alors signifier 回来. Il est défini  dans Le traité de la grande vertu de sagesse de Nāgārjuna, Etienne Lamotte, Publications de l’Institut Orientaliste de Louvain, 1981, T.1, p.126 comme suit : De la façon dont les Buddha (antérieurs) s’en sont allés par le chemin de la sécurité, ainsi (tathā) le Buddha (actuel) s’en est allé (gata) et n’ira plus à de nouvelles existences. représente l’état d’intime et claire connaissance de la vérité originelle, auquel le bouddha a accédé.

Mais le bouddha ne va ni ne vient sinon son corps serait corps de métamorphose et puisqu'il ne va ni ne vient, son corps est corps de loi. D’après Daochuan, lorsqu'il y a allée et venue, position assise ou couchée, c'est là le corps de rétribution du tathāgata. S'il ne vient ni ne va, c'est là son corps de loi. Le corps de loi du tathāgata est tel quel, immobile. S'il y a mouvement, c'est le corps de rétribution.

Pour Huijing, tathāgata a le sens de zhenru 真如 (tathāta).

Selon Kuiji, tathāgata est pareil à la lune qui se reflète dans l'eau. Lorsque l'eau est claire, elle apparaît. Lorsque l'eau est trouble, fangeuse, elle disparaît. Mais à l'origine, la lune ne va ni ne vient. Ce n'est qu'à cause de l'eau qu'il y a naissance et extinction.

(5) …Laissez être en nous la nature ; alors elle se montre et se donne sans papier ni encre… Paracelse (XVe siècle), étude parue dans les Cahiers de l’hermétisme, Paris 1980, p.23.

(6) L’édition du Xuzangjing 续藏经 (38-4, p.330) se lit 羚 (antilope) tout comme les manuscrits n°et n°5 (1655) présentés dans l’étude comparative de Enô Kenkyû (Tokyo, 1978, p.419-420). En revanche, les manuscrits les plus anciens, présentés dans la même source, donnent le caractère (bélier).

(7) Que symbolise le diamant ? Le diamant sert dans sa forme d’expression au langage de la sapience. Le risque est néanmoins que l’on puisse, contre toute attente, être perdu – voire troublé – par cette construction métaphorique. Selon Jizang 吉藏(T.1699), le diamant est l’aspect phénoménal tandis que prajñā est le principe essentiel . D’après la plupart des commentateurs, dont Huineng, qui se réfèrent à la signification du mot diamant en chinois, c’est l’entité solide au cœur de l’or. Huineng dit qu’il faut dégager l’or de sa gangue. Dégager l’or pur de la gangue, autrement dit faire en sorte de voir sa propre nature. C’est par la découverte de la nature propre que toutes les passions sont tranchées. Il est mis en évidence le caractère à la fois brillant et coupant du diamant, symbole de la sapience. Sa brillance rappelle l’usage de la lumière sapientiale dans le 坛经. Toutefois, débarrasser le minerai de sa gangue pour en dégager l’or pur, cela ne signifie-t-il pas dépoussiérer le miroir de l’esprit adamantin afin de découvrir la nature bouddhique? Il est à noter que pour introduire sa définition, Huineng emploie l’expression joyau de l’univers adamantin, c’est-à-dire le domaine de la vertu de connaissance du Bouddha Vairocana 大日 par la lumière duquel tout s’éclaire. En conclusion, le terme diamant s’emploie pour qualifier ou symboliser divers concepts et objets dès l’instant où ils représentent ce qu’il y a de plus subtil, exquis, fin et solide à la fois dans la loi bouddhique. Il peut aussi bien décrire le sūtra ou encore la loi.

(8)  …En chaque chose il y a une bouche par laquelle son esprit révèle ce qui est en elle. Cette bouche parle de l’abondance du cœur…Paracelse, ibid., p.76

(9) Le terme ultime a le sens de finalité. Là où il n’est plus besoin de poursuivre sa quête.

(10) La rencontre avec l’orfèvre rappelle celle avec le bienveillant ami ainsi mentionné dans le Sûtra de la plate-forme, section 31, p.58 : Si vous ne pouvez vous éveiller par vous-mêmes, vous devez rechercher un grand ami bienveillant afin qu’il vous montre la voie vers la vision de votre nature.

(11) D’après Le traité de la grande vertu de sagesse de Nāgārjuna, T.1, p.27 : Il y a quatre points de vue (siddhānta) : 1. le point de vue mondain,2. le point de vue individuel,3.le point de vue thérapeutique,4.le point de vue absolu. On peut rapprocher ces quatre points de vue des quatre corps mentionnés dans le 坛经, section 20, à savoir le corps formel, le corps de métamorphose, le corps de rétribution et le corps de loi. J’ajouterai parallèlement que dans la Légende du Graal, il est fait état de la base quaternaire du Soi, correspondant aux quatre fonctions de la conscience identifiées au Démon, au Fils, à Dieu et au Saint-Esprit.

(12) Notons que si l’on ne peut dépendre des mots, l’on ne peut par ailleurs séparer le mot de la substance, le mot devant représenter la valeur intrinsèque de l’objet. Il m’importe d’inclure ici un article de la revue du Troisième Millénaire (n°28, p.10-13) intitulé La vision de beauté d’Ibn Arabi dans lequel son auteur Pir Vilayat Inayat Khan, chef ésotérique de l’Ordre Soufi International, écrit : Pour se hisser jusqu’à la sphère de la métaphore, on a besoin d’expériencer (sic) ; la beauté nous dévoile la plénitude enfouie en nous-mêmes. Si les formes dévoilent un sens, c’est parce qu’elles servent d’expression à un langage qui met en forme ce sens…Traditionnellement, ce langage est celui des sons (le verbe). Les Soufis parlent du « nom » de toutes choses… Pour pouvoir accéder à l’intention divine à travers Ses noms, il faut contempler ces noms, en découvrant en eux la même beauté que celle que l’on cherchait dans la forme. Pour cela on a besoin de participer de ce niveau métaphorique qui est facilement voilé par ses propres constructions mentales… le mystique acquiert l’intelligence que Dieu a de Lui-même dans ce qui est essence de Son être, tandis que, par l’intermédiaire des attributs, noms et qualités qui manifestent Son essence en la caractérisant, elle devient, en quelque sorte, connue d’une manière dérivée.

(13) Prajñā englobe le sens de la triple sapience : 1. La sapience de l' attribut réel qui est aussi l'esprit de l'ainsité, 2. La sapience de la contemplation éclairée, 3. La sapience des expédients (ou des écritures). C'est la sapience qui permet de contempler l’attribut de la réalité et dont le premier pas passe par les écritures ou expédients. Voici la définition qu’en donne Albert Low (Troisième Millénaire, n°29, p. 22) : Le mot Prajñā est composé de deux parties : pra et jñā. Pra signifie éveillé et jñā, connaissance primordiale ou connaissance sans contenu.

(14) Dans le Sûtra de la plate-forme, section 15, il est question de la concentration et de la sagesse, non pas de la connaissance et de la sagesse :La lampe est la substance de la lumière. La lumière est l’usage de la lampe.

(15) Ma traduction de 智慧 est fort hésitante. Disons que je traduirai indifféremment par connaissance ou intelligence. La raison qui m’amène notamment à employer le terme intelligence est que l’intelligence est à la fois l’action et la faculté de comprendre intuitivement, la vision intuitive étant l’acte de l’intelligence par lequel les bienheureux connaîtront Dieu en lui-même, clairement et immédiatement (Dictionnaire de la langue philosophique, p.383). Pir Vilayat Inayat Khan définit les termes conjugués connaissance et sagesse de la manière suivante : La connaissance est un voile sur le connu et la sagesse une porte devant laquelle on s’arrête…(op.cit., p.14) 

(16) A l'origine pāramitā avait pour traduction ancienne traverser l'infini, repris par Zhiyi, qu'il suffit de rapprocher de son emploi originel dans Laozi, section 28, (Lao-tzeu, La Voie et sa vertu, François Houang et Pierre Leyris, Editions du Seuil, 1979, p.75):

复归于无及 C'est retourner au Sans-limites

Prajñāpāramitā a deux significations : 1. Prajñā qui permet de passer sur l’autre rive, 2. L’ultime prajñā, la suprême sapience. 

(17)Sūtra, c’est la voie de la communion.  C'est dans la communion à l'attribut réel que devient possible le passage sur l'autre rive.  

Sūtra signifie à l'origine fil, ligne. Il s'agit de suivre la ligne directrice.

Lewis Lancaster has vividly outlined this dilemma of the Chinese Buddhists. He writes (1999: 519),
“The question for the Chinese was how to give recognition to this new body of literature. It was important for them to give ‘it’ a name, to catalogue ‘it’ and to formalize the arrangement of the many titles. This was all part of the process of creating a canon, in the sense of a list of recognized works.”
To accomplish this goal, especially in the absence of any direction from Indian monks who often adhered to distinct traditions, the Chinese clergy created their own model. Borrowing the term used for the prescribed texts for the Chinese examination system, they called the translations ‘jing’ 經, which were evaluated for authenticity, arranged according to chronological order (based on the date of translation), copied (later printed), circulated and stored in libraries.

Tansen Sen, The Spread of Buddhism to China,China Report 48, 1&2 (2012): 11–27

Publié dans Bouddhisme Zen

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Faut-il que l'univers recèle le mystère ?

Publié le par Ysia

Mystère de la vie: pourquoi la vie a évolué de la façon que nous connaissons et pourquoi les cellules sont alimentées par une force proton-motrice? La vie complexe est née à partir d'une endosymbiose unique entre des cellules hôtes de type archéen et des bactéries devenues mitochondries. L'origine de la vie est-elle accidentelle? Sommes-nous seuls dans l'espace vide universel?

Faut-il que l'univers recèle le mystère ?

I think we can reasonably conclude that complex life will be rare in the universe - there is no innate tendency in natural selection to give rise to humans or any other form of complex life. It is far more likely to get stuck at the bacterial level of complexity.

Nick Lane, The vital Question, p.289

Non. La vie est le fruit inéluctable de la chimie cosmique omniprésente et parfois même invisible dans l'espace, dans l'air, sous nos pieds, à des millions d'années lumière, dans des univers parallèles. La vie s'exprime dans une variété infinie d'organismes évoluant à l'infini sans que cela n'exclue une discontinuité profonde, intrinsèque et tragique au cœur même de la biologie organique. C'est une terre animée qui a donné naissance à la vie. Les eucaryotes monophylétiques ont constitué un foisonnement riche et varié d'endosymbioses. Une population de cellules eucaryotiques, morphologiquement complexes, est apparue à un moment donné et tous les animaux, plantes, algues et mycètes ont évolué à partir de cette population fondatrice.

Mais ce trou noir au cœur de la biologie, ce vide phylogénétique, peut-il être expliqué grâce à l’exploration de l’espace ? Planètes et étoiles sont nées à partir de nébuleuses. La mission spatiale Dawn actuellement en orbite autour de la planète naine Cérès a déjà révélé d’intéressantes données sur Vesta.

La prochaine mission Osirix-Rex dont le lancement est prévu pour septembre prochain sera la première sonde spatiale américaine à rapporter des échantillons inestimables s’ils nous parviennent sans contamination. Alors ces témoins de la formation du système solaire nous divulgueront leurs secrets.

Mais c’est au fond des mers que se trouve la clef du mystère, ce chaînon manquant, sous la forme du parakaryon myojinensis, le paracaryote à la morphologie intermédiaire.

A la rencontre de Luca...

Publié dans Les deux infinis

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La Sogdanie

Publié le par Ysia

Il était une fois, dans la ville de Boukhara, un calife vieux et sage et son jeune vizir… Un jour le vizir arriva devant le calife, pâle et tremblant : « Pardonne mon épouvante, mais devant le palais, une femme m’a heurté dans la foule. Je me suis retourné et cette femme au teint pâle, aux cheveux sombres, et à la gorge voilée par une écharpe rouge était la Mort. Et en me voyant, elle a fait un geste vers moi. Puisque la Mort me cherche ici, Seigneur, permets-moi de fuir me cacher loin d’ici, à Samarcande. En me hâtant, j’y serai avant ce soir ». Sur quoi il s’éloigna au grand galop de son cheval, et disparut dans un nuage de poussière vers Samarcande. Le calife sortit alors de son palais, pour rencontrer la Mort : « Pourquoi avoir effrayé mon vizir qui est jeune et si bien portant ? » demanda-t-il. Et la Mort lui répondit : « Je n’ai pas voulu l’effrayer, mis en le voyant dans Boukhara, j’ai eu un geste de surprise, car je l’attends ce soir, à Samarcande… »

Choisir une thérapie efficace, Jean Cottraux

Publié dans Cheminement

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Le Sutra du diamant

Publié le par Ysia

C'est au deuxième siècle de notre ère que les missionnaires bouddhistes ont commencé à traduire les sûtras bouddhiques en chinois. Parmi ceux-là, se trouvait An Shigao 安世高 qui fonda le premier bureau de traduction dans la capitale de Luoyang.

Kumarajiva at Kizil Caves, Kuqa

C'est en 402, sous le règne de l’empereur Yao Xing 姚兴, héritier du souverain fondateur Yao Chang 姚苌 de la dynastie Yao Qin 姚秦 (Qin postérieurs) (384-417), durant les seize royaumes que Kumārajīva 鸠摩罗什vint à la capitale Chang’an pour y traduire, assisté par une large équipe, jusqu’à la date de sa mort, en 409, de nombreux textes bouddhiques dont le Vajracchedikāprajñāpāramitā Sūtra (T. 235), suivant La biographie des moines éminents de la dynastie Liang (1). C'est  Liang Shaoming 梁绍明 (501-531), fils aîné de l'empereur Wudi 武帝, dénommé 萧统, qui traditionnellement serait l'auteur de la division en 32 sections qui facilite la récitation du sūtra. D'après T.F. Carter, auteur de The Invention of Printing and its Spread Wesward, l'exemplaire le plus ancien du Sūtra du diamant est le Manuscrit de Dunhuang conservé au British Museum datant de 868, ce que confirme Pal Pratapaditya dans Buddhist Book Illuminations.

Par la suite, cinq autres traductions furent composées successivement au cours des siècles suivants. Même si la traduction de Kumārajīva n’est pas la plus fidèle – il semble qu’il faille en imputer partiellement la faute à la différence entre les sources sanskrites – elle a le mérite d’être la plus concise et la plus facile à réciter.

Le traducteur ou, plus exactement, l’équipe plus ou moins large de traducteurs dirigée par Kumarajiva, Bodhiruci, Dharmagupta… donne la priorité dès le début de la dynastie Sui (581-618) à l’interprétation doctrinale des textes, inaugurant ainsi le règne des exégèses et cédant le pas à la simple approche linguistique du texte. La traduction de Dharmagupta du Sûtra du Diamant (T.238) est la plus littérale des six traductions chinoises, en fait c’est quasiment une traduction interlinéaire du texte sanskrit qui semble ne pas avoir été éditée et reste donc inachevée.

(1) D'après Price, le texte fut écrit au IVème siècle et traduit en chinois à la même époque.

 

 

On parle d’une structure triple, de trois niveaux de traduction qui demeure la même durant les trois siècles qui ont suivi la dynastie Han : 1. Le principal transmetteur qui récite le texte original ; 2. L’interprète qui le traduit oralement ; 3. Les scribes qui écrivent la traduction. A moins que le transmetteur maîtrise la langue et ait la compétence nécessaire pour traduire, ce qui aurait été le cas de Dharmarakṣa, Saṅghadeva, Kumārajīva, Buddhabhadra, Dharmakṣema et Paramārtha. C’est moins la maîtrise de la langue qui prime que la capacité à offrir sa propre vision doctrinale du texte. Ainsi dès le tout début de la dynastie des Sui, les exégèses ont joué un rôle essentiel dans la transmission des textes. Dès le début du Vème siècle, en particulier avec Kumārajīva, les équipes de traduction se sont élargies et transformées en assemblées auxquelles participaient moines et fidèles et lors desquelles les textes étaient amplement analysés et débattus avant d’être traduits. Au début du VIème siècle, les équipes furent réduites et placées sous le contrôle de la cour impériale. L’organisation des équipes devint de plus en plus complexe. Sous les Tang, notamment, on parle de douze moines en charge de vérifier le sens du texte traduit, neuf qui composent le texte de la traduction, un expert dans l’étude des caractères chinois, un autre qui vérifie l’exactitude du texte original sanskrit.

Stefano Zacchetti

The early translation process also underscored the multi-ethnic venture between foreign and Chinese monks. Often more than four people were involved in the transla-tion of a single Buddhist sutra. The first person recited the text, either from memory or from a manuscript, the second translated it orally into Chinese, the third wrote down the Chinese translation and the fourth edited the written version of the Chinese translation. This method of translation of Buddhist texts, due to the limited availability of bilingual specialists, continued through to the tenth century (Sen 2002).

Tansen Sen

Publié dans Bouddhisme Zen

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Les bornes du chemin de la vie

Publié le par Ysia

Les bornes du chemin de la vie
Les bornes du chemin de la vie

Retour à l'ADN

Retour à la biologie du commencement...

Les bornes du chemin de la vie
Les bornes du chemin de la vie

Using cairns to mark trails occurs around the world, from far north in the Artic south into Argentina; from the Himalayas to the shores of the seven seas; from the deserts of Arabia to the forest of the Amazon. There are tugong bula of Borneo, the alamat of Egypt, the milladoiro of Galicia, the ahu of Hawaii, the mana'shunpi of the Hopi, the varda of Iceland, the isivivane of the Zulu, to name a few.

Cairns : messengers in stone / David B. Williams, The mountaineers Books,p.11

« Serpopards »

Manifestations chthoniennes,

Formes simiennes aux cous enlacés

Éléments de chaos que l’ordre unificateur tente de dompter,

Animaux hybrides qui rappellent ceux de la Chine ancienne,

Équilibre fantastique entre Ordre et Chaos

Fuxi et Nüwa

Yin et Yang

Cosmos.

Pour déterminer l'origine de Fuxi et Nüwa, il faut examiner leur personnalité. On s'aperçoit alors très vite qu'ils présentent des points communs avec les jumeaux germaniques. Fuxi passe pour être le fils de l'esprit du Tonnerre, Fenglong, qui vit dans le marais du Tonnerre. Nous savons qu'il est identique à Huangdi, la fonne chinoise d'Ylaifiükte. Fuxi est aussi appelé Taihao, le Suprême Eclat, or Baldr, fils d'Odin, habite une résidence appelée le Vaste Eclat. Les Chinois ont attribué un «empereur» à chaque direction (les quatre points cardinaux et le centre). Huangdi est le souverain du centre et Taihao est le souverain de l'est, la direction où le soleil se lève. Ce choix ne paraît pas avoir été arbitraire.
Fuxi et Nüwa sont frère et soeur. A une époque tardive, ils ont été considérés comme époux. Nüwa préside aux mariages et elle donne des enfants. Elle est donc une déesse de la fécondité, comme Freyia Cette dernière est identique à Frigg, l'épouse d'Odin, qui est la protectrice du mariage et de la maternité. Les femmes en travail devaient l'invoquer. Le nom de Frigg est de même origine que celui de l'allemande Frija, et il signifie« Bien-aimée », où le verbe « aimer» est pris avec son sens charnel...Une tradition qui s'est imposée vers le deuxième ou le troisième siècle de notre ère voulait que Fuxi ait été le premier souverain de la Chine. Son successeur fut Nüwa, puis ce fut au tour de Shennong. ensemble, ils formaient les Trois Augustes.
Selon les textes chinois, Shennong avait une fille. Un jour, en se promenant près de la mer Orientale, elle se noya. Elle devint un oiseau appeléjingwei d'après le cri qu'il poussait. Il ressemblait à un corbeau, avec un bec blanc et des pattes rouges, et il amenait constamment des cailloux et des rameaux des monts Occidentaux pour les jeter dans la mer Orientale afin de la combler. Les commentateurs chinois pensent généralement que c'était son âme seule qui
s'était transformée en un oiseau. Cette fille s'appelait Nüwa La syllabe wa ne s'écrit pas ici avec le même caractère que dans le nom de la soeur de Fuxi, mais il n'est pas impossible que les ChiIiois aient utilisé deux caractères différents pour transcrire une syllabe étrangère. La déesse Freyia pouvait prendre la
fonne d'un faucon. Cette faculté, que possédait également Odin, était de nature chamanique : l'âme du chaman était capable de quitter son corps, qui restait comme mort, sous la forme d'un animal. Deux corbeaux, perchés sur les épaules d'Odin et qui s'appelaient Pensée et Mémoire, s'envolaient pour lui rapporter ce qui se passait dans le monde... Rien, dans la mythologie chinoise, ne permet d'expliquer la présence de portraits de Fuxi et Nüwa dans les tombes. On la comprend si l'on se tourne vers la Scandinavie: Freyr et
Freyia étaient des dieux des morts. L'association des morts avec la fertilité-fécondité est une caractéristique importante de la religion scandinave. Yama, équivalent indien de Freyr, est surtout connu pour être le roi des morts. Les textes chinois nous apprennent que Fuxi avait une longue barbe. Puisqu'il avait
une queue (ou un corps) de serpent, il était un serpent barbu, or de tels animaux existent dans la mythologie des Hittites et ils représentent le monde souterrain, les Enfers. Les serpents barbus sont également fréquents dans la mythologie grecque. Il n'existe pas de relation connue entre Freyr et les serpents, mais peut-être est-ce dû au fait que les témoignages dont nous disposons sur ce dieu sont trop tardifs. Dans les pétroglyphes scandinaves de l'âge du bronze, qui va de -1500 à -400, les serpents sont très fréquemment représentés, et ils sont souvent associés aux bateaux. Comme Niord, Freyr était en relation avec les bateaux: il possédait un bateau merveilleux, Skidbladnir «Celui qui est formé de fines planches de bois», d'une grande taille
mais que l'on pouvait plier comme un linge pour le ranger dans une bourse...
Le serpent vit dans la terre, or les morts l'habitent également, et c'est la terre qui nourrit les plantes. Ainsi s'explique la relation entre cet animal, les morts et la fertilité-fécondité. On pourrait penser qu'une telle conception a existé en Chine, indépendamment de toute influence étrangère, mais ·ce n'est pas certain. Dans la Chine ancienne, le serpent était un symbole de féminité. L'empereur mythique Shun avait pour nom personnel Zhonghua, or zhong et hua se réfèrent respectivement aux clans du serpent et de l'oiseau, ceux de sa mère et de son père. Nous trouvons ici un thème commun à de nombreux peuples de l'Extrême-Orient, qui n'a absolument rien d'indo-européen: celui de l'oiseau mâle et du serpent femelle. Les deux soleils représentés sur les peintures tourfanaises correspondent très probablement au Soleil du Ciel et au Soleil de la Terre des textes hittites. Les Indo-Européens avaient la conception d'un ciel carré et d'une terre ronde. On la trouve par exemple en Inde.
Selon la cosmologie scandinave, quatre nains supportent le ciel carré. Par conséquent, l'équerre, tenue par un homme, symbolise le ciel masculin et le compas, tenu par une femme, symbolise la terre féminine. Dans ces peintures, l'association des queues de serpent et des deux soleils est tout à
fait remarquable. Elle illustre la dualité des jumeaux, qui ont un aspect chthonien (en rapport avec la fertilité-fécondité) et solaire. Selon le Mu tianzi zhuan, au 244ème jour de son voyage, le roi Mu des Zhou arriva chez
un peuple qui s'appelait les Caonu (nom comprenant la même syllabe nu que celui des Xiongnu). Ces gens vivaient près de la rivière Yang, qui se trouvait probablement au Gansu. Ils offrirent au roi Mu 900 excellents chevaux, 7000 boeufs et moutons et 100 charretées de grains de millet. Leur chef s'appelait Xi. C'était le nom du clan des descendants de Fuxi.Ce dieu avait donc des étrangers pour descendants, ce qui peut indiquer qu'il était lui-même étranger. Ces arguments sont suffisants pour conclure que Fuxi et Nüwa sont d'origine
tokharienne. Les Caonu devaient être des Tokhariens qui se donnaient Fuxi pour ancêtre. Une origine étrangère de ces deux divinités a déjà été supposée par Chantal Zheng. Elle a remarqué que: «Il est assez clair que Fuxi et Nügua n'apparaissent pas systématiquement dans les chroniques chinoises pré-Han »102. Elle les faisait cependant venir de la Chine du Sud. Il existe une autre raison de penser qu'ils ne sont pas chinois: c'est un couple incestueux de
frère et soeur~ or un dieu chinois, Zhuanxu, qui a enseigné les rites aux hommes, a condamné à mourir de faim et de froid un frère et une soeur qui s'étaient unis. C'est non seulement l'inceste qui est condamné en Chine, mais aussi l'endogamie. Un homme et une femme ne se marient pas s'ils portent le même nom de famille, même s'il n'y a aucun lien de parenté entre eux.
Fuxi et Nüwa, sous leur aspect solaire, sont identiques aux chiens blancs, mâle et femelle, qui sont les ancêtres des Rong-Chiens. Puisqu'ils ont des queues de serpent, ils sont susceptibles d'appartenir à la race des dragons, or les Chinois représentent généralement Fuxi avec un corps de dragon et une tête d'homme, comme Fenglong, son père. Si l'on remplace la tête d'homme par une tête de chien, on obtient un dragon-chien qui est probablement illustré par le cabochon de Djoumboulak Koum. Puisque Huangdi, Fuxi et Nüwa sont d'origine tokharienne et qu'ils ont des liens de parenté avec Shennong, celui-ci doit également être tokharien. Son existence n'est pas attestée chez les Tokhariens, mais on peut quand même faire une observation. Dans la Chine antique, il y avait une très importante fête de la moisson, les Bazha «Huit Sacrifices ». Elle clôturait les travaux agricoles et comprenait des sacrifices aux ancêtres et aux dieux protecteurs de la maison...Les Koutchéens
n'ont pas pu emprunter le mot rap aux Chinois, car à l'époque où les Chinois étaient susceptibles de le prononcer avec un r roulé, il n'y avait sûrement pas d'influence chinoise dans le bassin du Tarim. Ce sont donc les Chinois qui l'ont emprunté aux Tokhariens, or les Bazha passent pour avoir été institués par Shennong. On peut envisager deux possibilités : soit les Bazha proviennent du monde tokharien, soit ils constituent une fête purement chinoise, mais en s'installant chez les Chinois, Shennong s'est attribué indûment la création de cette fête. Shennong et le tokharien *rap sont peut-être arrivés simultanément en Chine. Shennong est un dieu du Feu. De là, vient son deuxième nom de Yandi. Les Chinois lui ont adjoint Zhurong, qui passe pour avoir été le directeur du Feu sous le règne de Ku. Quand Zhurong mourut, il devint l'esprit du Feu. Les Chinois ont fait de Yandi le souverain du sud et ils l'ont associé à la couleur rouge et à l'été. Le dieu scandinave Niord, qui correspond à Shennong, a également un rapport avec le feu, car selon Snorri, « n a pouvoir sur la marche du vent, et il calme la mer et le feu »...Comme Shennong était un dieu du Feu, il se pourrait qu'il ait été un sacrificateur comme Vivasvat, or les Chinois appliquent le terme là au sacrifice de :fin d'année. Il y aurait donc bien un rapport entre Shennong et le tokharien *rap.
Les Chinois y sont arrivés à la fin du deuxième siècle avant· notre ère. Il n'y avait plus de r roulé dans leur langue, et c'est pourquoi ils ont transformé le nom du Kroraina en ·glu-glâ~ ce qui est devenu Loulan en chinois
moderne. Comment se fait-il que dans la mythologie chinoise, Shennong puisse être le père de Nüwa alors que Huangdi est le père de Fuxi, qui est le frère de Nüwa ? Serait-il possible que Nfiwa, fille de Shennong, et Fuxi, fils de Huangdi, n'aient pas été empruntés aux mêmes peuples tokhariens? Une autre explication est envisageable: les femmes tokhariennes pouvaient être polyandres. Nous avons vu que plusieurs siècles avant notre ère, les
Tourfanaises portaient des chapeaux à très hautes pointes. On a trouvé une femme portant un chapeau à deux pointes, ce qui signifie, pour certains archéologues, qu'elle avait deux maris. Ce sont sans doute les coutumes des Hephthalites qui les ont conduits à cette hypothèse. Si l'on croit les textes chinois qui nous disent que les Hephthalites étaient de la race des Grands Yuezhi et si l'on admet que les Yuezhi étaient des Tokhariens, on trouve que
les Hephthalites étaient tokhariens, or leurs femmes pouvaient épouser plusieurs frères. Elles mettaient à leurs chapeaux autant de «cornes» qu'elles avaient de maris et leurs enfants étaient considérés comme ceux du frère aîné. Bien sûr, quand une femme a plusieurs maris, on ne peut pas savoir qui est le père véritable de ses enfants. n importe de signaler que la polyandrie a existé ailleurs dans le monde indo-européen... Les Tibétains sont également polyandres. Puisqu'ils ont longtemps été les voisins des Tokhariens, il est peu probable que cette coutume ait été sans rapport avec la polyandrie
tokharienne. Un groupe de frères épouse une femme unique et leurs enfants sont considérés comme ceux de l'aîné. C'est d'ailleurs lui seul qui choisit la femme et un rituel unique consacre le mariage. L'habitat définit le groupe de frères: si Un frère cadet s'établit dans une autre maison, il n'est plus membre du groupe. Une coutume similaire existait chez les Tokhariens... Le fait que Huangdi soit le père de Fuxi n'empêche pas Shennong d'être le père de Nüwa, si Huangdi et Shennong sont frères. Etre frères implique d'avoir la même mère,
mais pas d'avoir le même père. C'est peut-être la signification profonde de ce renseignement donné par. le Yishi: «Yandi partageait la même mère que Huangdi, mais il n'avait pas le même père». En d'autres termes, leur mère était polyandre. Pour la même raison, sans doute, les Koutchéens ne se disaient jamais «fils d'Untel », contrairement à d'autres Indo-Européens... Fuxi et Nüwa possèdent des caractéristiques étrangères aux jumeaux germaniques ou
indiens, mais qu'il est possible d'expliquer. La création des hommes a été attribuée à Nüwa. Elle commença par prendre de la boue au bord d'un étang pour la façonner. Comme c'était trop long, elle trempa une liane dans la boue et la secoua. Les particules qui en tombèrent devinrent des hommes, mais ils ne ressemblaient pas aux premiers : c'étaient des plébéiens, tandis que ceux qui étaient façonnés étaient des nobles. Il existe un mythe grec selon lequel
Prométhée a façonné les hommes avec de l'argile. Ce dieu a un fils, Deucalion, qui s'est uni avec sa cousine Pyrrha pour engendrer les différents rameaux du peuple grec. Peut-être les Tokhariens avaient-ils un mythe semblable, rattaché à celui des jumeaux ancêtres. Shennong, Fuxi et Nüwa étaient tous les trois des musiciens. Le premier d'entre eux aurait inventé le luth ou la cithare. L'invention de la cithare est également attribuée à Fuxi, et il aurait composé des chants dont on trouve les noms dans le commentaire de Wang Yi du
Chuci : Jiabian ou Laoshang. Quant à Nüwa, on lui doit l'orgue à bouche, qui aurait en fait été créé par des peuples de la Chine méridionale. On peut se demander si le talent musical de ces dieux a un rapport avec celui des Koutchéens. Ces derniers, étant de remarquables musiciens, avaient probablement des dieux musiciens. Toutes les caractéristiques de Fuxi et Nüwa ne sont pas passées en Chine. Selon les textes chinois, ils ne sont pas des dieux des morts et ils ne sont jamais assimilés à des chiens. On ne trouve jamais, en Chine, de représentation de Fuxi et Nüwa avec deux soleils, sans doute parce que le Soleil du Ciel et le Soleil de la .Terre étaient trop étrangers à la cosmologie chinoise. Enfin, Fuxi était probablement, chez les Tokhariens, le dieu du Nouvel An. En Chine, ce n'est pas le cas, mais Fuxi est connu pour être le dieu du printemps.

Serge Papillon

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A la recherche de nos racines humaines

Publié le par Ysia

Dans l’article paru en mars 2015 sous le titre Unravelling the hidden ancestry of American admixed populations, les auteurs Francesco Montinaro, George B.J. Busby, Vincenzo L. Pascali, Simon Myers, Garrett Hellenthal et Cristian Capelli affirment :

Le patrimoine génétique de l’Amérique a été considérablement marqué par la période coloniale et la traite transatlantique des esclaves. Étant donné les implications sur les plans historique et épidémiologique, les estimations concernant le mélange génétique de la population américaine ont fait l’objet de beaucoup d’attention. Toutefois, en dépit des preuves historiques indiquant une grande hétérogénéité dans la composition génétique des populations d’ascendance européenne et africaine, les points d’origine ont souvent été identifiés au mieux en termes de macro-régions... Afin d’obtenir une image plus précise du mélange génétique de la population américaine, nous avons utilisé une nouvelle méthode d’inférence qui permet la reconstruction du patrimoine génétique local par l’analyse d’haplotypes… Nous avons appliqué cette méthodologie dans nos analyses pangénomiques portant sur un marqueur unique (SNP) de 2,500 personnes issues des populations de l’Amérique et des Caraïbes. Nous avons comparé l’ADN des receveurs à des échantillons représentatifs des populations donatrices dans le monde comme substituts des groupes ancestraux véritables, permettant ainsi d’établir un tableau détaillé de la contribution génomique de ces groupes au mélange génétique de la population américaine… Nous avons divisé les 1414 personnes de ces 42 populations donatrices en 78 groupes génétiquement homogènes, caractérisés par la grande corrélation entre les groupes et les origines géographiques et eux-mêmes regroupés en 13 groupes dans le monde.

Les Africains sont divisés en 33 groupes. Les populations ouest-africaines présentent un haut degré d’homogénéité, les Yorubas du Nigéria formant un groupe unique et les Mandingues du Sénégal en formant deux. Les Africains dans l’Est et le Sud sont divisés en 20 groupes de trois régions distinctes (Afrique de l’Est, Afrique du Sud et Afrique du Sud-Ouest), probablement du fait de l’histoire démographique complexe de ces régions. Dans notre sélection de donateurs, le centre-sud de l’Afrique est représenté uniquement par des Bantous d’Afrique du Sud alors que les groupes de la région du sud-ouest et de l’est de l’Afrique sont exclusivement représentés par un Héréro, un Bantou d’Afrique du Sud ainsi que des Bantous originaires du Kenya. Il faut noter qu’un Héréro a été placé dans le même groupe que des Sandawe au lieu d’être mis ensemble avec les autres Héréros. Les Pygmées, Sandawe et San ont été répartis en groupes distincts…

Unravelling the hidden ancestry of American admixed populations

Les Européens sont divisés en 37 groupes regroupés en six régions géographiques. Les Sardes et les Basques forment des catégories spécifiques de population. Grâce à la méthode d’analyse par haplotypes, nous avons été en mesure non seulement d’identifier huit personnes plus étroitement liées à la population basque qu’aux Espagnols dans les données espagnoles incluses dans le Projet 1000 génomes, reflétant probablement une ascendance basque, mais aussi à les différencier de la population basque française dans le cadre des données du Projet sur la diversité du génome humain.

Nous avons identifié cinq groupes d’Espagnols (sud-ouest de l’Europe dont deux incluent un Français) qui témoignent d’une hétérogénéité non négligeable dans le pays. Le sud-est de l’Europe comprend 10 groupes composés de Roumains, de Chypriotes, d’Italiens sauf Sardaigne, de Bulgares, de Grecs et d’un seul Français. Les Italiens sont répartis en quatre groupes distincts selon leur origine géographique.

Le nord-ouest de l’Europe consiste en huit groupes de personnes originaires des Îles britanniques, des Orcades, de la Norvège, de la France, de l’Allemagne et de l’Autriche. De la même manière que pour la population basque, 23 personnes ont été regroupées avec les membres de l’échantillon orcadien issu des données du Projet sur la diversité du génome humain. Le nord-est de l’Europe est composé de huit groupes incluant des Lituaniens, des Polonais, des Biélorusses, des Hongrois, des Russes, des Allemands, des Autrichiens, des Finlandais et des Norvégiens.

Enfin, les Amérindiens et les Asiatiques du Sud (Chine) sont divisés en huit groupes...Nous avions craint que la complexité démographique et évolutive du peuplement des Amériques, à laquelle s’ajoute la forte dérive génétique au sein des populations amérindiennes, ne permette que difficilement d’identifier la contribution des Amérindiens. En particulier, les populations mélangées de cette région pourraient s’avérer très éloignées des groupes donateurs, étant donné l’échantillon géographiquement restreint des groupes donateurs. Pour en atténuer les effets, un groupe d’Asiatiques de l’Est (Chine) bien sélectionné a été considéré comme le candidat potentiel dans nos analyses en tant que porteur d’haplotypes…
L’ascendance africaine se mesure de zéro (Maya) à 0.87 (Barbade) dans les populations qui ont fait l’objet de nos analyses. La population des Caraïbes offre une composante africaine supérieure à celle des populations sud-américaines, résultats qui confirment les archives historiques citant le débarquement d’un nombre plus élevé d’esclaves dans les Îles des Caraïbes… Parmi tous les groupes donateurs africains, les Yorubas contribuent majoritairement, confirmant là encore que cette région est le premier berceau des esclaves africains. Toutefois, notre analyse approfondie suggère des contributions génétiques supplémentaires provenant d’autres régions de l’Afrique, notamment de groupes particuliers inclus dans nos échantillons de la Sénégambie (Mandingues), du sud (locuteurs de la langue bantoue d’Afrique du Sud) et de l’est de l’Afrique (locuteurs de la langue bantoue du Kenya). Les archives historiques montrent que la Sénégambie et l’Afrique du Sud-Est contribuent respectivement 6% et 4% de tous les esclaves débarqués aux Amériques (totalisant quelques centaines de milliers de personnes), incluant des groupes ethniques du Sénégal et du Mozambique qui comptent parmi les dix groupes principaux selon les archives relatives à l’esclavage. En outre, plus de 30% du nombre total d’esclaves arrivés sur le continent américain sous la domination espagnole jusqu’en 1630 venait de la Sénégambie. Nous avons en conséquence constaté que la contribution des Mandingues est relativement plus importante dans toutes les régions sous la domination historique de l’Espagne.

Notre approche dans l’identification des origines permet aussi de donner une description précise de la composante européenne qui varie de 0.078 (Barbade) à 0.79 (Puerto Rico). Nous avons identifié en particulier les Espagnols comme étant, parmi les populations de l’Europe du Sud, la population source européenne la plus représentée parmi les neuf populations hispaniques/latines. Par contraste, le pays source européen le plus représenté parmi les Noirs américains et les Barbadiens sont les groupes issus de la Grande-Bretagne, en pleine conformité avec les archives historiques; une ascendance espagnole moindre a également été déterminée dans ces groupes. Il faut noter que deux groups espagnols n’ont contribué à aucune des populations analysées, reflétant vraisemblablement un écart dans la contribution des régions ibériques au patrimoine génétique de la population américaine. Parmi les contributions génétiques plus réduites, nous avons identifié pour la première fois une signature génétique basque dans cinq des six populations de l’Amérique du Sud continentale, variant de 0.015 dans la population Maya à 0.07 en Colombie. Il a été établi que les Basques représentaient une part importante des immigrants espagnols aux XVIème et XVIIème siècles, en particulier au Mexique, à Cuba, au Chili, au Pérou et en Colombie. Ces résultats pourraient expliquer, au moins en partie, ce qui vient d’être mentionné au sujet de la structure de la composante espagnole sur le continent mais pas dans les populations des Caraïbes. Les autres groupes européens les plus représentés, qui contribuent à cinq des populations analysées sont composés d’Italiens du Sud et de Siciliens. Ceci indiquerait une contribution de moindre importance de la péninsule italienne, telle qu’elle a été établie dans les archives historiques. Il faut noter que nous avons aussi identifié une forte ascendance française dans un échantillon de Noirs-américains, conformément à l’immigration française dans le sud des États-Unis durant la période coloniale.
Au niveau individuel, l’analyse souligne une grande hétérogénéité au sein de plusieurs populations qui en ont fait l’objet. C’est particulièrement manifeste dans le cas de la population noire américaine pour laquelle la contribution estimée des Mandingues et de l’Afrique de l’Ouest dans l’ascendance africaine varie de 0 à 35% et de 0 à 100% respectivement. S’agissant de la contribution européenne, quelques-unes des personnes présentent un fort degré d’ascendance espagnole ou italienne, tandis que l’ascendance amérindienne globale varie de 0 à 65%.
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Publié dans Génétique

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Juno

Publié le par Ysia

Juno entrera en orbite le 4 juillet. Pour la première fois, la trajectoire d'une mission spatiale se fera d'un pôle à l'autre et non pas à l'équateur, lui donnant ainsi l'occasion d'étudier les aurores boréales de Jupiter. Sa mission durera un an et demi après avoir effectué 37 survols d'abord plus lointains puis plus proches. Étant donné l'incroyable champ magnétique de Jupiter, il a fallu imaginer une trajectoire d'ellipse en ellipse pour parvenir en orbite.

La mission fut conçue pour répondre aux questions relatives à la genèse de l'univers il y a cinq milliards d'années. Après la formation du soleil, Jupiter devint la première planète du système solaire à se former. On pense qu'elle se compose d'éléments premiers ailleurs indétectables qui permettront de mieux comprendre les premiers instants de l'univers. On se rappelle que, lorsque la sonde spatiale Galileo fut lancée, la détection de traces d'oxygène fut malheureusement peu concluante. Juno a donc pour objectif de mieux identifier la présence d'oxygène dans l'atmosphère jovienne.

La sonde devrait finalement sortir de l'orbite à moins que NASA ne soit en mesure sur les plans financier et technique de continuer son orbite, la mission Juno n’étant qu’un des multiples projets rivaux de la NASA. Étant donné l'incroyable radioactivité de l'environnement jovien, une mission doit considérer en premier sa faisabilité dans le temps et obéir aux lois régissant la protection de l’espace habitable, c'est-à-dire le principe de non-contamination, notamment pour la lune Europa faite de glace et donc potentiellement habitable.

Publié dans Les deux infinis

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