Les pérégrinations de Huineng

Publié le par Ysia

Positioning and Awareness

(about the Hakomi logo)

Heron stands in the blue estuary,
Solitary, white, unmoving for hours.
A fish! Quick avian darting;
The prey captured.

People always ask how to follow Tao. It is as easy and natural as the heron standing in the water. The bird moves when it must; it does not move when stillness is appropriate.

The secret of its serenity is a type of vigilance, a contemplative state. The heron is not in mere dumbness or sleep. It knows a lucid stillness. It stands unmoving in the flow of the water. It gazes unperturbed and is aware. When Tao brings it something that it needs, it seizes the opportunity without hesitation or deliberation. Then it goes back to its quiescence without disturbing itself or its surroundings. Unless it found the right position in the water’s flow and remained patient, it would not have succeeded.

Actions in life can be reduced to two factors: positioning and timing. If we are not in the right place at the right time, we cannot possibly take advantage of what life has to offer us. Almost anything is appropriate if an action is in accord with the time and the place. But we must be vigilant and prepared. Even if the time and the place are right, we can still miss our chance if we do not notice the moment, if we act inadequately, or if we hamper ourselves with doubts and second thoughts. When life presents an opportunity, we must be ready to seize it without hesitation or inhibition. Position is useless without awareness. If we have both, we make no mistakes.

—Deng Ming-Dao

http://hakomiinstitute.com/wp-content/uploads/2017/03/2014_Hakomi_Forum_E.pdf

Les pérégrinations de Huineng

Publié dans Bouddhisme Zen

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Perspective naïve

Publié le par Ysia

The Naive Perspective makes us feel sensitive and vulnerable. Looking inward as to how the words and actions of others implicate us in some way, we continually misread their intentions. We project our own feelings onto them. We have no real sense of what they are thinking or what motivates them.

Robert Greene

Naive Perspective jusqu’au 3 juillet à Torpedo Factory, Alexandria (Virginie)

Naive Perspective jusqu’au 3 juillet à Torpedo Factory, Alexandria (Virginie)

Il s'agit de mon premier essai à la sculpture il y a 10 ans, intitulé First, que j'ai revisité tout spécialement pour cette exposition sur le thème de la perspective, terme employé en peinture, en architecture mais que j'ai choisi d'utiliser au sens figuré comme une manière particulière de voir les choses.

La création de First avait été pour moi une joie sans pareille. Quelque chose de magique, d’extatique s’est produit et pourtant bien réel. La création n’est-elle pas un effort hiératique par lequel l’esprit rejoint une sphère inconnue ? Démarche inconsciente de créer un visage aux diverses influences, qui me hante et me poursuit depuis. C’est l’art ancien que je prime et l’art religieux qu’il s’agisse des statues bouddhiques ou des vierges noires d’Auvergne. Asie, Afrique, Amérique et Europe - tout se conjugue en moi dans un mystère chaotique, un tohu-bohu exaltant.

Plutôt que d'identifier la source du problème dans notre enfance, comme l'écrit Robert Greene, il me semble que la naïveté qui nous amène à imaginer ce que l’autre pense ou à tirer des déductions de ce que l’autre fait est un trait du comportement humain chez l’Homo Sapiens qui, dans sa réponse à des signaux visuels, le pousse à interpréter à la va-vite un stimuli conformément à ses propres attentes, suivant un modèle donné.

The cost of seeing a false pattern as real is significantly less than the cost of not detecting a real pattern, hence natural selection will favor patternicity. Thus natural selection can prefer strategies that make incorrect causal associations in order to establish those that are essential for survival and reproduction

Academia.edu

Publié dans Stone by stone

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Qu'est-ce que la conscience ?

Publié le par Ysia

Je vais d’abord vous répondre comme Saint Augustin répondait à propos du temps : « Si personne ne me le demande, je le sais ; si je cherche à l'expliquer je ne le sais plus ». La conscience, comme le temps, n’est pas un objet que l’on puisse montrer ni même caractériser. Elle constitue, avec le temps, le tissu même de nos vies, la plus silencieuse de nos évidences. Car elle n’est pas quelque chose qui apparaît, mais ce par quoi toutes les choses nous apparaissent.

https://www.academia.edu/16769815/QUEST-CE_QUE_LA_CONSCIENCE_Entretien_

Mon corps fonctionne mécaniquement selon les lois de la nature. Je suis directement responsable des mouvements et actes de mon corps. Par conséquent, je contrôle les mouvements des atomes qui m'habitent. Où s'arrête la mécanique de nos gestes et actions, miroir des rouages de notre cerveau, et où commence la conscience?

Sommes-nous de simples automates reproduisant les mêmes comportements et pensées face aux situations présentant de vagues similitudes avec le passé par le fait de réactions gravées dans notre ADN ou dans les premières années de notre enfance?

La conscience n'est plus alors qu'un simple tuteur supervisant l'éducation de la substance vivante que nous sommes (Erwin Schrödinger, What is Life?, Mind and Matter, p.97). Entre Ontogénèse et phylogénèse, la conscience serait essentiellement "présente" lors de situations nouvelles ou de prises de conscience nouvelles et elle serait absente quand des niveaux de maîtrise ou de maturité sont atteints.

Chaque jour dans la vie d'un homme marque un pas dans l'évolution de notre espèce...Chaque trait héréditaire devient la possession inconsciente de notre espèce.

Erwin Schrödinger, What is Life?, Mind and Matter, p.100

La conscience n'est-elle qu'un dialogue à deux voix voire à voix multiples ? Y-a-t-il unité de la conscience à savoir du phénomène sensoriel et et non sensoriel à l'intérieur de l'être? S'il s'agit d'un dialogue ou d'une discussion interne, il est à douter qu'une seule voix existe parce que temporelle et limitée aux circonstances physiques ou environnementales. Le dépositaire de la conscience est matériel et trouve sa source dans la biologie quantique.

Assigner une double nature, ondulatoire et corpusculaire, à des objets appelés « quantons » est une manière biaisée, surdéterminée, et préconceptualisée d’exprimer un phénomène qui n’impose a priori ni une ontologie d’ondes ni une ontologie de corpuscules.

https://www.academia.edu/30942022/LA_TH%C3%89ORIE_QUANTIQUE_ET_LA_SURFACE_DES_CHOSES_Zen_et_physique_contemporaine

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A la recherche de sa propre authenticité

Publié le par Ysia

I may have used the veil so successfully that I have made my performance believable to myself.

Finite and infinite games, James P. Carse, p.14

C’est quoi l’authenticité? Suis-je aussi sincère que je veux bien l’admettre? Faire tomber le masque et chercher au fond de soi la sincérité.

 

Être authentique vis-à-vis de soi et des autres, c’est être à nu sans angoisse ni peur ni doute dans ses relations, dans ses conversations,  sa présentation aux autres. Le manque de confiance en soi et le besoin de sécurité sont aux antipodes de l’authenticité.

L’authenticité, c’est de reconnaître le cocon dans lequel on s’est soi-même installé. Cocon ou entrailles telluriques si confortables à l’âme sensible qui rôde dans le dédale de galeries souterraines l’emmenant inexorablement vers d’autres accomplissements, vers d’autres lumières. Cocon humble et ordinaire mais si nécessaire à la transformation de l’être. La vanité, elle, reste en soi, tapie dans le for intérieur.

Quand l’être saint ou pieux, moine ou ermite, effectue une retraite solitaire dans une grotte, c’est son âme qui l’appelle et l’incite à passer à l’étape ultime pour répondre à la question :

« Qui suis-je ? »

http://www.resonanceouvanite.com/article-matiere-et-rayonnement-117683464.html

La vanité sommeille et s’éveille tour à tour, dans un soubresaut, à la faveur d’une rencontre inattendue, face à un échec ou à un refus. Il faut alors reprendre obscurément la voie de l’authenticité.

Si la vie était un art, l’authenticité serait l’œuvre ultime de l’artiste. Résonance ou vanité marque un cheminement, un processus dont le but est l’authenticité. Chaque instant, j’oscille entre les deux dans un équilibre imparfait. L’authenticité est la finalité, l’humilité est la boussole, le compas d’une odyssée  à travers le temps et l’espace. Résonance ou vanité n’est pas une sentence mais un questionnement. Combien de vanités, au cours d’une vie, sont piétinées sur la voie de l’authenticité ?

L’authenticité, c’est d’accepter ses propres limites, ses propres  lacunes et  les étaler sur la place publique.

Mais l’authenticité, c’est aussi d’avouer ce qui nous fait vibrer aussi insensé soit le rêve, contre tous les établis. Les passions sont de celles-là parce qu’elles transcendent une existence ordinaire. Ce ne sont pas des vanités. 

…whenever we are awake, something is present to the mind, and what is present, without reference to any compulsion or reason, is feeling.

Charles Sanders Peirce

Que dire de l’authenticité chez l’autre ? J’avoue rechercher avec un œil trop inquisiteur l’authenticité chez l’autre. Le regard est une fenêtre sur l’âme.

Grâce à l’ingéniosité de cinq cliniciens, Steven Bindeman, Ph.D.,Belinda Siew Luan Khong, LLB, Ph.D., Scott. D. Churchill, Ph.D., Edwin L. Hersch, M.D., Doris McIlwain, Ph.D., Louise K.W. Sundararajan, Ph.D., Ed.D., un dialogue surréel s’engage entre Ménard Boss, Sartre,  le Bouddha, Heidegger et Carl Jung sur l’authenticité. Le manque d’authenticité dans notre vie quotidienne peut-il se concilier avec notre aptitude innée à être authentique ? En quoi nous oblige l’exigence d’authenticité ?

Sartre : Une vie marquée par un engagement actif dans le monde et envers les autres qui reflète continuellement nos choix contingents et par lequel nous agissons dans la pleine reconnaissance de ces choix tout en prenant la mesure de notre facticité dans la réalité et de notre liberté latente. C’est sans aucun doute le point de départ de notre quête d’authenticité.


Bouddha : Je conçois l’authenticité comme un état dans lequel les êtres sont à même de cultiver une attitude plus ouverte face à ce à quoi ils sont confrontés pour leur permettre d’en faire l’expérience et de répondre aux événements qui se déroulent naturellement sans qu’ils aient besoin de les transformer ni de les justifier. Cela implique un engagement actif avec le monde environnant, non pas du point de vue de l’ego mais par le biais de la compassion et de la sagesse qui accompagnent notre compréhension de l’interconnectivité des choses. Je pense qu’elle est semblable à l’éveil. Je dis souvent avant l’éveil, coupe du bois, puise l’eau. Après l’éveil, coupe du bois, puise l’eau. La différence ne réside pas dans notre activité mais dans l’attitude que nous adoptons par rapport à ce que nous faisons. Je pense que c’est en apprenant à se départir de nos idées préconçues et de nos préjugés par la méditation et l’attention consciente que nous nous engagerons dans le monde avec détermination et dans une approche dépouillée de l’ego.

https://www.academia.edu/9194095/Bosss_Dialogue_with_Heidegger_Freud_Sartre_Buddha_and_Jung_On_Being_Authentic

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L’éthique de l’amitié

Publié le par Ysia

Si vous ne pouvez vous éveiller par vous-mêmes, vous devez rechercher un grand ami bienveillant afin qu’il vous montre la voie vers la vision de votre nature.

Sûtra de la plate-forme, section 31, p.58

Une ligne invisible sépare l’amitié de l’amour entre les êtres. Il m’a été trop facile de confondre les deux. L’incapacité à faire la distinction entre eux est un trait répandu dans notre société moderne car l’amitié se définit dans un cadre affectif délimité par la pudeur et les inhibitions de chacun suivant le degré d’intimité partagée entre les êtres.

 

Un lien fort unit les êtres du fait des vicissitudes ensemble rencontrées, d’un parcours identique, d’un côtoiement prolongé, d’une vision commune de la vie, d’une passion partagée. Le temps, la vie et l’espace nous obligent parfois de les quitter. C’est là qu’intervient notre capacité à accepter notre destin individuel.

Absence from those we love is self from self - a deadly banishment.

William Shakespeare

La solitude n’est pas à bannir dans la vie des êtres. Elle est parfois à rechercher pour retrouver une stabilité perdue, un équilibre spirituel ou émotionnel. Elle implique parfois une descente aux enfers desquels il faut pouvoir remonter.

 

Mais vivre, c’est toujours vivre avec autrui. A quoi justement reconnaît-on un ami ? C’est l’être qui reste à l’écoute quoi qu’il advienne, qui énonce sans détour les défauts et lacunes de l’autre et qui aide par sa présence et ses encouragements cette traversée du désert, cette remontée des enfers. A un ami, on peut se livrer librement sans inhibition, sans se réfréner. Celui-là est l’ami véritable qui agit comme le témoin et l’interlocuteur de l’ego de l’autre, celui qui peut le dénoncer.

Je ne pourrais pas vivre sans l’amitié des autres et plus largement sans cet amour universel qui amorce l’ébauche d’un sourire sur le visage de deux inconnus qui se croisent. L’amitié, c’est le triomphe de l’altruisme sur notre égoïsme inhérent. Elle implique un engagement entre des êtres liés par une confiance mutuelle dans le cadre d’une relation affective délimitée.

A quoi reconnaît-on un ami ? Il importe qu’on le juge tel qu’il est et non pas tel qu’on se l’imagine.

…the ideal values associated with modern friendship presuppose relations between persons, each of whom has ‘verifiable self’; but this makes for vulnerability too, either through the friend’s intent to deceive or because of the friend’s self-deception.

https://www.academia.edu/11810053/Friendship_anthropology_of

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Le Chaman

Publié le par Ysia

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  The Cave and the Cathedral, explore les rapprochements que l'on peut être amené à faire entre le passé et les coutumes qui ont survécu chez les peuples aborigènes aujourd'hui. Contre l'avis de son auteur, une définition du chaman par les Esquimaux se rapproche au contraire de ma propre  "image intérieure" de l'artiste de la préhistoire :

 

In the coded words of the Eskimos of Greenland, a shaman is "he who is half hidden." This name captures various qualities of the shaman. He lives in the shadows, and he initiates young tribe members into his art in hiding. The shaman is a man of the hidden world: he brings up spirits of the dead, consults with deceased elders, and understands the world beneath our world. Shamans do not belong to groups or clubs--they are solitary... The shaman is also a crafstman or an artist because he makes statuettes and masks, which he uses... (p.149)

 

Et que l'on parle des prémices d'une nouvelle théorie explicative de l'art rupestre et du mythe de l’émergence selon lequel à l’origine les animaux et les humains – encore imparfaits – vivaient sous terre et qu’ils ont un jour émergé à l’air libre en passant par une grotte.


 

On peut comparer les grottes ornées à de véritables sanctuaires. Contrairement à une idée courante, les grottes ne sont pas des lieux de vie pour les hommes de la préhistoire. Lorsqu'ils s'aventurent au fond des cavernes, dans des lieux obscurs, difficiles d'accès, inhospitaliers, ce n'est pas pour y vivre, mais pour y pratiquer des cérémonies sacrées, souvent secrètes. Beaucoup de peintures ont été retrouvées dans des galeries et cavités profondes, que l'on atteint après avoir traversé des couloirs très étroits, où même les spéléologues ont du mal à pénétrer.

Cette prise de possession du monde souterrain implique une grande charge émotionnelle. Il faut avoir soi-même parcouru ces galeries sombres, avoir rampé sur plusieurs dizaines de mètres, avec une petite lampe à huile en main, pour comprendre la forte impression que peut ressentir un homme dans cet univers souterrain. En pénétrant dans les profondeurs des grottes, les premiers hommes ont le sentiment d'accéder à un autre monde. Il y a manifestement une dimension symbolique. Et c'est là qu'ils ont décidé de peindre des animaux, des figures humaines stylisées, des signes abstraits. Tous ces motifs ont manifestement une signification magicoreligieuse.

...La signification complète de ces images nous restera toujours en grande partie inaccessible, car nous n'avons pas de témoignage direct sur les rituels, les mythologies, les cérémonies associées à des peintures. Mais en explorant à fond une caverne, en essayant de s'appuyer sur les témoignages ethnologiques, là où l'art rupestre a survécu jusqu'à récemment, comme en Australie, on peut tenter quelques hypothèses.

Si l'art préhistorique est associé sans aucun doute à des croyances et pratiques sacrées (comme le fut l'essentiel de l'activité artistique jusqu'à récemment dans l'histoire de l'humanité), pour ma part je ne pense pas que l'on puisse tout réduire à une seule grille de lecture, chamanique, par exemple. Prenons un exemple. Dans la grotte de Pech-Merle, le panneau des chevaux fait quatre mètres de long et comporte 250 motifs ; il se trouve dans une vaste salle qui peut contenir 50 personnes. La disposition des peintures sur les parois nous montre que cet art est destiné à être vu en groupe. C'est un art qui s'affiche, un peu comme les grandes fresques peintes sur les parois des églises. Dans ces grandes salles avaient peut-être lieu des cérémonies collectives : cérémonies totémiques où l'on célèbre l'animal sacré, cérémonies destinées à favoriser la chasse ou cérémonies d'initiation des jeunes, etc. ? Toutes ces hypothèses sont possibles. Mais, dans la même grotte de Pech-Merle, on trouve aussi des oeuvres situées dans des recoins presque inaccessibles, dans des zones que l'on ne peut voir qu'en solitaire après avoir franchi de longs boyaux étroits. Dans une alcôve, de 30 centimètres de hauteur, on distingue alors 10 grosses ponctuations rouges sur la voûte. Cet art-là s'adresse aux esprits et est lié à une pratique solitaire, mais nous ne savons pas si l'auteur des ponctuations était un chamane ou un prêtre ou tout autre personnage. Il pénétrait dans le « Saint des Saints » réservé aux initiés ou, du moins, dans un lieu qui n'a pas été fréquenté de façon répétitive : nos connaissances et supputations se résument à cela.

...Je crois effectivement que l'étude des cathédrales est de nature à nous aider à nous forger quelques rudiments d'hypothèses sur l'art des grottes ornées et ses fonctions. J'ai retrouvé dans les grottes ornées paléolithiques des traces de rites d'aspersion, d'attouchements des parois et des oeuvres, de repeints, d'utilisation des caractéristiques acoustiques du lieu pour la création de sons rythmiques, toutes choses que l'on note encore aujourd'hui dans l'ensemble des sanctuaires de l'humanité.

L'art des premiers hommes. Entretien avec Michel Lorblanchet. Hors-Série N° 37 Juin/Juillet/Août 2002

La caverne en tant que cathédrale, temple dont la disposition respecte les règles d'une religion primitive, aire d'initiation que ne sauraient démentir les marques laissées sur les parois par des mains d'enfants notamment dans les grottes de Gargas et de Cosquer et les traces avérées de leurs pas. (A consulter  à cet égard sur le site de l'Archive Ouverte Multidisciplinaire l'aperçu de Romain Pigeaud du Département de Préhistoire du Muséum national d'Histoire naturelle : Les rituels des grottes ornées. Rêves de préhistoriens, réalités archéeologiques) . Ces impressions de mains sur les parois sont en fait la preuve d'un langage et d'une sensiblité tactiles que l'on retrouve chez les aborigènes australiens et leur prédilection au toucher:

 

The temperament of the Aboriginals of the Western Desert had a predilection for a sensibility of touch, a hapticity or physical quality different from the visual sensation of eyesight. I had observed this haptic quality in connection with the art work and in much of the way of life, for when telling of a ceremonial object a man would feel the incised scoring in the stone or wood and move his hand along the lines and across the object;... (Geoffrey Bardon and James Bardon, Papunya,The Miegunyah Press, reprinted 2009, p.42)

 

 

 

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Publié dans Art et Préhistoire

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En quête du Ciel et de vérité

Publié le par Ysia

Dans une revue d’un catalogue paru en 1987 sur les bronzes anciens chinois de la collection Sackler, Elizabeth Childs-Johnson rappelle l’opinion que soutenait à l’époque Robert W.Bagley sur la façon dont la technique des moules à sections a déterminé la conception et le développement de l’imagerie des récipients de bronze chinois et de certaines de leurs formes. Bagley conçoit la décoration des bronzes comme suivant une évolution linéaire des reliefs simples aux gravures plus sophistiquées,  d’une image floue à une plus grande cohérence zoomorphe. Ce qui sous-tend l’analyse de Bagley est la conviction que l’imagerie de l’Âge de bronze est  purement ornementale. Il déclare que le Taotie 饕餮 est apparu conne un ornement linéaire dessiné autour des yeux et qu’il continua d’être purement  ornemental  pendant la période d’Erligang. Ce n’est que plus tard que des images se seraient développées  à partir des formes linéaires. C'est avec le perfectionnement de la technique du moulage durant la dynastie Shang que le dessin des yeux nébuleux s'est précisé.  Bagley ajoute de manière inattendue que le développement du Taotie – à savoir les yeux décoratifs  autour desquels  dansent des fioritures abstraites qui émergent  par la suite tels des oiseaux ou des dragons -  est tributaire de l’imagination de l’artiste. Ainsi dragons, oiseaux et faces animales dans l’imagerie Shang n’auraient aucune signification particulière – aucun rapport avec la religion, le mythe ou des expériences vécues – et auraient tout simplement été créés au gré d’une impulsion artistique. Pour Bagley, les motifs de l’Âge de bronze dérivent de la technologie de la coulée et émanent du simple désir de remplir un espace ou de compléter une création.

Aujourd’hui le chamanisme et le totémisme sont l’explication la plus régulièrement avancée pour définir la fonction et l'ornementation des récipients de bronze. En outre, il s'avère que ce sont les jades des cultures néolithiques de Liangzhu  et de Dawenkou qui ont joué un rôle déterminant dans la formation de l’imagerie des bronzes de la période Shang. Des comparaisons peuvent également être établies avec la culture néolithique tardive de Longshan.

 

Jades ou bronzes IMG_8950.JPGprésentent des figures humaines ou bestiales parfois insolites mais toujours subjuguantes dont voici ici quelques photographies prises au Freer/Sackler Museum.IMG_8946.JPGIMG_8932.JPG   IMG_8936.JPGIMG_8934.JPGIMG_8943.JPG

Publié dans Art ancien chinois

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Réalité et observation de l'art préhistorique

Publié le par Ysia

Man has developed consciousness slowly and laboriously, in a process that took untold ages to reach the civilized state (which is arbitrarily dated from the invention of script in about 4 000 B.C). And this evolution is far from complete, for large areas of the human mind are still shrouded in darkness. What we call the 'psyche' is by no means identical with our consciousness and its contents.

Who ever denies the existence of the unconscious is in fact assuming that our present knowledge of the psyche is total. And this belief is clearly just as false as the assumption that we know all there is to be known about the natural universe.

Man and his symbols, conçu et édité par C.G. Jung, Aldus Books Limited, London, 1964, p.23

Lentement et avec peine, l'homme a renforcé sa conscience depuis l'apparition des premières espèces humaines il y a 6 millions d'années au fur et à mesure que la taille du cerveau humain grossissait et ses mécanismes devenaient plus complexes. L'Homo Sapiens, l'homme qui sait, est né il y a 200 000 ans.

Un processus rétroactif caractérise l'évolution de l'homme: une fois libéré des nécessités biologiques élémentaires, la pensée a poussé l'évolution humaine dans la direction qui lui convenait, particulièrement dans la relation entretenue entre la main et le cerveau.

Marcel Otte, Les origines de la pensée - Archéologie de la conscience, Mardaga, 2001)

L’art abstrait et figuratif constitue un medium largement reconnu permettant de prendre la mesure de l’évolution cognitive de l’Homme moderne.  Les représentations figuratives expliquent le subconscient profond de l’artiste tout en communiquant visuellement une culture commune. Les premiers indices d'une pensée abstraite, d'un art primitif comme les pierres gravées de Blombos (Afrique du Sud) sont apparus il y a plus de 70 000 ans, empreintes controversées, et les grottes ornées du Sud de l'Europe.

Il est raisonnable de penser que dans un passé plus ou moins proche il existait des sociétés humaines organisées selon des traditions culturelles dépourvues des innombrables symboles qui animent et parfois hantent les civilisations de notre ère. Depuis quand l’homme est-il « moderne » ? Depuis quand a-t-il acquis les caractères que l’on associe habituellement au propre de l’homme : langage, usage de symboles, art, pensée religieuse ? Bon nombre de ces comportements ne se fossilisent pas et il revient aux archéologues d’identifier et de dater les indices de leur émergence dans la culture matérielle de nos ancêtres.

https://www.cairn.info/revue-diogene-2006-2-page-147.htm

Blombos Cave engrave ochre 1

Durant des décennies, le premier exemple d’art pariétal était les peintures figuratives de la grotte de Chauvet il y a plus de 35 000 ans. Jean Clottes, célèbre spécialiste de la Préhistoire, l'a évoqué dans le fabuleux documentaire The Cave of forgotten dreams de Werner Herzog : c'est grâce à la perméabilité du cerveau et à la fluidité de la pensée que l'homme s’est adapté aux circonstances et qu’il a appris la vie. Cela place l’art pariétal au Protoaurignacien, première phase du Paléolithique supérieur de l'Italie et première culture de l'homme moderne de Provence, une période associée aux néanderthaliens qui précède l’arrivée des Homo sapiens en Europe de l’Ouest.

La datation de l’art pariétal est complexe. Mais une équipe de chercheurs a bénéficié de conditions favorables dans une grotte de l’île indonésienne de Sulawesi, qui ont permis d’établir que les peintures n'ont rien à envier à celles des grottes d’Europe de l’Ouest. Au moyen des séries de l’uranium, la datation des concrétions recouvrant une main soufflée au pochoir à Leang Timpuseng est d’au moins 40 700 et d’un cochon-cerf de Leang Barugayya de 36 900 ans. Les chercheurs ont réussi à calculer l’âge minimum de la peinture en datant le dépôt qui s’est accumulé sur le pigment. Ils ont observé que le calcite s’accumule graduellement sur la surface du fait de l’eau riche en minéraux qui s’est infiltrée à travers les murs de calcaire des grottes. Ce dépôt contient de l’uranium qui se désintègre en thorium à un rythme connu. Les peintures peuvent être datées à partir du rapport de concentration entre les deux éléments. Cette découverte soulève une autre question : Est-ce que les populations en Asie du Sud-est et en Europe de l’Ouest ont développé un sens artistisque indépendamment l’une de l’autre ou faut-il y voir une pratique initiée par les premiers humains avant qu’ils ne quittent l’Afrique ?

Depuis des années, les archéologues savaient que l’Afrique méridionale était le berceau d’un art pariétal riche et bien connu produit par des chasseurs-cueilleurs au paléolithique supérieur, mais ils n’étaient pas à même jusqu’ici de dater avec précisions ces créations. L’art pariétal le plus ancien en Afrique du Sud sont des figures humaines sur des dalles exfoliées de la grotte de Steenbokfontein, datées par la spectrométrie de masse par accélérateur (SMA) sur le charbon de bois à 3640-3635 avant le présent. La même méthode sur le pigment au charbon des écailles d’un panneau peint dans le Drakensberg donne une datation approximative de 2100 avant le présent. Certains des premiers exemples de formes d’art portable sont des figurines de Tan Tan au Maroc, associées à l’industrie lithique du milieu de l’Acheuléen provenant d’un dépôt fluvial et datant de 300 000 à 500 000 ans et de Berekhat Ram en Israël datées de 250 à 280 avant le présent grâce à la radiodatation par la méthode Argon-Argon. Grâce à une méthode innovatrice, la spectrométrie de masse par accélérateur (SMA) et en utilisant des protocoles améliorés, de nouvelles datations confirment que l’art pariétal dans le Sud-est du Botswana a été créé dès 5723-4420 avant le présent. Ces mêmes techniques pourraient éventuellement s’appliquer ailleurs dans le monde.

La datation de l’art mobilier abstrait en Afrique méridionale est entre 500 000 et 187 000 ans et aussi récemment que les années 1800. Étant donné les preuves découvertes que le comportement de l'homme moderne a commencé en Afrique subsaharienne, il n’y a rien d’étonnant à ce que l’art mobilier date du pléistocène moyen et supérieur. Sept plaques de pierre de la grotte Apollo 11 en Namibie sont l’exemple le plus ancien d’art figuratif africain datant au radiocarbone et par la luminosité optiquement stimulée (OSL) de 30 000 ans. La grotte Apollo 11 est située dans une falaise de calcaire le long du cours supérieur du fleuve Nuob dans les montagnes Huns de la région de Karas dans le sud de la Namibie. Les fouilles commencèrent en 1969. Les 11 plaques aux traces de pigment noir, blanc, orange ou rouge représentant des animaux - une antilope oryx, un rhinocéros ou un zèbre notamment - recouvrées dans la grotte, ont environ 30 000 ans. Elles constituent le premier exemple d’art figuratif en Afrique et sont contemporaines des exemples découverts en Europe et en Australie. Leur apparition concomitante en Afrique, en Australie et en Europe incite à la réflexion, peut-être signifie-t-elle que la production d’art mobilier figuratif n’a pas d’origine géographique et culturelle unique. Les preuves actuelles montrent que l’art figuratif est apparu pour la première fois dans diverses régions et à différentes dates mais pas avant 35 000 ans environ.

L'art pour l'art! Le déclic produit dans le cerveau de l'homme préhistorique quand il prend enfin conscicence de sa puissance cognitive qui l'habite est-il à l'origine de ce qui l'a poussé à démontrer encore et encore et à répéter l'expérience de sa propre liberté créative, tel un enfant qui apprend à marcher et ne cesse de vouloir maîtriser son nouveau talent? Interpréter l'art pariétal ou rupestre dans le contexte anthropologique de l'évolution de l'intelligence humaine dont la pensée symbolique est une étape dans la longue marche qui mène à l'homme moderne. Le fossile découvert en 2008 de l'Australopithecus sediba en Afrique du Sud datant de près de deux millions d'années, donne la preuve de son habilité manuelle bien avant l'apparition de l'Homo habilis et de l'Homo Sapiens. Ses mains ont été l'instrument de sa conquête de l'univers et de son lent apprentissage quotidien. C'est de cet acquis qu'a germé son savoir. Les représentations de l'être humain sont à l’ origine rares dans l’art préhistorique. L'homme préhistorique, comme les peuplades indigènes des temps modernes, voit dans la reproduction de son image physique le risque d’y perdre son âme voire sa vie. Les femmes sont plus souvent représentées que les hommes. Les sculptures et gravures dites Vénus préhistoriques, tant paléolithiques que néolithiques, plus répandues que l’art pariétal notamment en Europe sont de fait « transculturelles ». Nonobstant les motifs géométriques du site préhistorique de Blombos en Afrique du Sud remontant à 70 000 ans, dès l’Aurignacien (35 000 ans avant notre ère), l’homme préhistorique a laissé en France les traces de signes géométriques. Les représentations des espèces animales de la préhistoire, dont certaines sont disparues, étaient-elles répandues jusqu’en Orient, notamment celles des caprinés, des chevaux (de Prjevalski, de Riwonché ou de Nangchen) et des ours ? Notons la présence du hibou dans la Grotte de Chauvet vieille de plus de 30 000 ans, thème souvent repris dans l'art ancien chinois. Ce sont les êtres hybrides, les monstres formés par les parties d’animaux différents et les figures mi-animales mi-humaines qui captivent mon imagination.

Publié dans Art et Préhistoire

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Univers matériel

Publié le par Ysia

L'observatoire spatial Fermi de la NASA lancé le 11 juin 2008 scrute le cosmos grâce à la plus forte forme d’énergie, les rayonnements gamma que sont les particules les plus énergétiques du spectre des radiations électromagnétiques. Il orbite la Terre à une latitude de 565 km, ce qui correspond à une période de 96,5 min. Son instrument principal, le télescope à grand champ à rayons gamma (ou LAT) (Large Area Telescope) détecte les rayons gamma. Il aide à étudier la stabilité et l’évolution des amas globulaires faits de centaines de milliers d’étoiles et fait découvrir, dans ce ballet d’étoiles,  les objets qui émettent les rayons gamma comme les pulsars millisecondes, les magnétoiles, les trous noirs et leurs disques d’accrétion ou encore les éruptions solaires sur l’autre face du soleil. Plus fascinant encore la possibilité qu’il puisse détecter ce « truc » mystérieux que l’on nomme  la matière noire. Le LAT a capté un même signal au centre de la galaxie voisine Andromède que celui constaté précédemment au centre de la Voie Lactée.  S’agit-il de la preuve de l’existence de la matière noire ou une forte concentration de pulsars ? Matière noire, cette substance mystérieuse qui constitue la plus grande partie de l’univers matériel. Et c’est bien son caractère insaisissable qui la rend fascinante. Insaisissable, et pourtant les astronomes en voient ses effets à travers le cosmos, notamment dans la rotation des galaxies.

La vision de l’univers diffère selon que l’observateur le voit à l’œil nu ou au moyen d’un télescope. Depuis 25 ans que la NASA emploie la science des rayonnements gamma, elle n’a pas fini de nous étonner. Au nord et au sud du centre galactique se trouvent deux bulles de rayonnement gamma qui s’étendent sur 25 000 années lumières !!!! Quelle est leur nature et quelle est leur origine ? Elles semblent avoir été le résultat d’une période active, d’un-demi million d’années au plus, du noyau galactique que constituent un trou noir supermassif et un disque d’accrétion produisant des jets de particules. Le fait que ces bulles soient apparues il y a 1 à 3 millions d’années signifie que la Voie Lactée était bien différente au temps de l’Homo Erectus et autres espèces du genre Homo.    

 

Sa contrepartie sur terre, le grand collisionneur de hadrons (Large hadron collider), sonde les constituants élémentaires de la matière et leurs interactions à des échelles incroyablement petites et à des énergies colossales comme le fait le LAT qui étudie les particules cosmiques qui se déplacent à la vitesse de la lumière et produisent des rayonnements gamma lors de leur interaction avec les nuages de gaz interstellaires et lumières stellaires. Physiciens, Astronomes, Astrophysiciens, leurs investigations se complètent.  

Publié dans Les deux infinis

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Démocraties

Publié le par Ysia

La démocratie n’est pas un fait ponctuel qui n’arrive qu’une fois. Elle vient et va et est très difficile à maintenir.

Richard Blanton, Université Purdue

 Grâce aux travaux menés par Richard Blanton, un anthropologue à l’Université Purdue de West Lafayette dans l’Indiana, Tlaxcallan fait partie d’un certain nombre de sociétés prémodernes dans le monde que les archéologues considèrent organisées collectivement et dans lesquelles les dirigeants partageaient le pouvoir et les citoyens avaient leur mot à dire dans le fonctionnement du gouvernement. Ces sociétés étaient radicalement différentes des régimes autocratiques héréditaires constatés ou présumés de la plupart des sociétés dites primitives. S’appuyant sur la théorie originale de Blanton, les archéologues disent à présent que ces sociétés collectives ont laissé des traces physiques de culture matérielle, telles qu’une architecture répétitive, une plus grande importance accordée aux espaces publics plutôt qu’aux palais, une production locale privilégiée sur des marchandises exotiques et des écarts de richesse réduits entre les élites et les citoyens ordinaires. Par exemple, à Tlaxcallan toutes les classes sociales semblent avoir possédé et utilisé des poteries ornées de dessins multicolores. Les ratios isotopiques de carbone entre les squelettes indiquent que le maïs produit et stocké localement dominait l’alimentation de la population, ce qui suggère que Tlaxcallan devait dépendre de ses propres citoyens, plutôt que du commerce et des ressources naturelles pour financer ses activités. Seulement 3 ou 4 pièces sur 10 tonnes de céramiques étaient de style Mexica et donc importées.

« Blanton et ses collègues nous ont montré une autre façon d’examiner les données à notre disposition » a declaré Rita Wright, une archéologue à l’Université de New York qui étudie la civilisation de l’Indus vieille de 5 000 ans qui couvre l’Inde et le Pakistan d’aujourd’hui et qui présente également les signes indicateurs d’un régime de gouvernement collectif. Notamment dans la capitale de la civilisation de l’Indus, Mohenjo-daro, située au Pakistan actuel, les œuvres d’art représentent rarement des individus, les maisons sont en briques de même taille et les quartiers sont régulièrement espacés et équipés des premiers réseaux d’égouts.

« Je pense que c’est une avancée » s’accorde à dire Michael E. Smith, un archéologue de l’Université de l’Etat de l’Arizona à Tempe. « Je considère qu’il s’agit de la plus grande contribution de ces 20 dernières années dans l’étude archéologique des structures politiques ». Avec d’autres, il travaille à développer l’idée de Blanton en une méthode vérifiable dans l’espoir d’identifier, à partir des objets recueillis, les États de type collectif. « Sans un modèle rigoureux et acceptable par tous, cela restera hypothétique et subjectif ». David Carballo, archéologue à l’Université de Boston estime que le mode de gouvernement  pourrait ne pas être la mesure la plus importante pour définir ce que Blanton appelle une structure collective. Il mentionne un énorme atelier en obsidienne qu’il a découvert lors de ses fouilles dans un quartier périphérique de Teotihuacan comme étant le signe que les hommes du commun s’organisaient à partir de la base quel que soit le gouvernement en place, ce qui fait de Teotihuacan une société collective, même si elle avait un roi.

Dans les années soixante, les enseignants et confrères de Blanton ne pensaient pas que des sociétés collectives existaient en Méso-Amérique précolombienne. Les républiques prémodernes telles que l’Athènes classique et la ville de Venise médiévale étaient considérées comme un phénomène strictement européen. Il était généralement admis que dans les sociétés non-occidentales prémodernes, les despotes exploitaient leurs sujets et soutiraient leurs richesses. Certaines cultures mésoaméricaines semblent effectivement correspondre au modèle de régime despotique. Il y a plus de 2 000 ans, dans les capitales olmèques de San Lorenzo et La Venta le long du Golfe du Mexique notamment, les rois avaient leurs portraits gravés dans des pierres gigantesques et vivaient dans des palais garnis de produits de luxe exotiques comme des miroirs en pyrite de fer et des roches vertes. Des siècles plus tard, les souverains de la période classique Maya dans le Sud du Mexique et au Guatemala enregistraient leurs conquêtes, mariages et dynasties en glyphes gravés dans la pierre. Les hommes du peuple vivaient toutefois humblement dans des hameaux dispersés autour des centres urbains où se dressaient pyramides et monuments.

Mais au fur et à mesure des fouilles archéologiques et des données recueillies au fil des ans au Mexique, Richard Blanton a constaté qu’un nombre croissant de sites ne se conforment pas au cadre établi. Par exemple, Monte Albán, la capitale des Zapotèques en Oaxaca entre 500 AEC et 800 EC est exempte des représentations ostentatoires des gouvernants si répandues chez les Olmèques et dans l’art classique Maya. Elle semble également être dépourvue des palais et des tombes royales qui regorgent de biens précieux. Par contre, les signes d’autorité restent plus anonymes, liés aux symboles cosmologiques et aux habituelles divinités plutôt qu' à des individus en particulier.

A Tlaxcallan, les espaces publics s'éparpillaient à travers tous les quartiers sans aucune marque de hiérarchie. Plutôt que de gouverner du cœur de la cité, comme le faisaient les rois, le sénat de Tlaxcallan se réunissait probablement dans un grand bâtiment découvert à un kilomètre dans la périphérie de la cité. Cette disposition est également le signe d’un partage du pouvoir politique. Les archéologues ont découvert cet aménagement inhabituel dans un certain nombre d’autres cités mésoaméricaines. L’une est Tres Zapotes sur le littoral du Golfe, qui a prospéré entre 400 AEC et 300 EC après la chute de La Venta, la dernière capitale olmèque. « Bien que les habitants de Tres Zapotes aient conservé un grand nombre de pratiques culturelles olmèques, leur cité ne ressemble en rien aux capitales qui l’ont précédée », déclare Christopher Pool, un archéologue à l’université du Kentucky à Lexington qui a entrepris des fouilles ces 20 dernières années. Tres Zapotes possède quatre esplanades avec la même disposition de pyramides en terre et d’espaces publics. La datation au radiocarbone révèle qu’elles ont servi au même moment. Pool en déduit que quatre factions coopéraient pour gouverner Tres Zapotes.

Ces cités confirment la théorie de l'archéologue Lane Fargher et de son mentor Blanton selon laquelle le meilleur indice d’une structure collective d’État est une solide source de revenu fiscal – c’est-à-dire, des impôts. Après avoir examiné les données ethnographiques et historiques d’une trentaine de sociétés prémodernes, les chercheurs ont constaté que les États dotés de sources de revenu fiscal étaient caractérisés par un haut niveau de biens et services publics, une importante administration gouvernementale et des citoyens habilités à juger les actions de leur dirigeant. Une autre caractéristique qui a pu être mise à jour grâce aux fouilles est le fait que ces structures collectives d’États attiraient des gens par-delà les frontières qui ont apporté avec eux des artéfacts pouvant être liés à d’autres cultures. Tlaxcallan accueillait plusieurs groupes ethniques, dont beaucoup étaient des réfugiés fuyant la domination des Mexica.

Selon Blanton, l’avènement et la chute des structures collectives de gouvernement tendent à se produire par cycles. A Oaxaca, le pendule politique oscille tous les 200 à 300 ans. (trad. par Ysia)

Publié dans Cheminement

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