Vénus

Publié le par Ysia

Vénus semble être le parent pauvre des missions spatiales. Des 26 propositions d’étude soumises à l'agence spatiale NASA au cours des trente dernières années, aucune n'a été retenue. Notamment dans le cadre du programme Discovery,  le projet DAVINCI, (Deep Atmosphere Venus Investigation of Noble gases, Chemistry, and Imaging) d'un demi-milliard vient d’être rejeté. Cette année, la NASA a préféré deux missions d’étude d’astéroïdes Lucy et Psyché. On attend pour savoir si, parmi les projets de plus grande envergure dans le cadre du programme New Frontiers, dont trois ont pour objectif Vénus, un sera retenu cette année.

Il y a 4 milliards d’années, Vénus avait un océan, ce qui pourrait indiquer l’habitabilité de la planète à l’origine. Approximativement de la même taille que la terre, elle a une période de rotation (243 jours) supérieure à sa période de révolution (225 jours). La similarité des deux planètes  au commencement pousse à vouloir comprendre pourquoi leur évolution a été si différente afin de déduire quelles exoplanètes seraient éventuellement habitables sur le long terme.

Il n’y a pas de plaques tectoniques et il y a moins de 1 000 cratères sur la surface de Vénus. D’après les missions d’exploration qui ont précédé,  la formation des plaines semble remonter à 500 millions d’années à l’époque de l’ancêtre humain-pieuvre sur terre...  Le basalte dans le sol montre le  resurfaçage de la planète par les coulées de lave. Il reste impossible à déterminer avec certitude si Vénus est aujourd’hui volcaniquement  active.  Les  formations plus élevées qui forment des quadrillages ou tessarae paraissent plus anciennes.  Le rapport Deutérium/Hydrogène est un  paramètre qui a donné la preuve de la présence d’eau il y a un milliard d’années.

Bien que nous connaissions la composition des gaz qui forment son atmosphère  - néon, argon, krypton et xénon  - les précédentes missions n’ont pas permis d’enregistrer des données en-dessous d’une altitude de 30 km. 75% de l’atmosphère demeure donc inexploré. Toute mission projetée devrait permettre l’exploration de  Venus en dessous de 12 km.

Publié dans Les deux infinis

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Am I not a man and a brother ?

Publié le par Ysia

Am I not a man and a brother ?

Michael Signer, maire de la très belle ville historique de Charlottesville qui tient sa célébrité à la fois pour le site de Monticello - la demeure de Thomas Jefferson - et pour l’Université de Virginie  est l’auteur d’un ouvrage qui avait fait couler beaucoup d’encre lors de la campagne électorale américaine l’an dernier. L’ouvrage paru en 2009 s’intitule : Demagogue: The Fight to Save Democracy from Its Worst Enemies (St. Martin’s Press, 2009). Du fait de son domaine de compétence, il avait été maintes  fois appelé à donner son avis sur la situation politique actuelle du pays. Le 6 décembre 2016, il a présenté à la Bibliothèque du Congrès son nouvel ouvrage ; Becoming Madison: The Extraordinary Origins of the Least Likely Founding Father (Public Affairs, 2015). Posé, articulé, remarquable intellectuel, sa présentation ce jour-là a forcé l’admiration dans la droite ligne des fondateurs de l’Amérique et de la philosophie des Lumières.

If you can convince the lowest white man he's better than the best colored man, he won't notice you're picking his pocket. Hell, give him somebody to look down on, and he'll empty his pockets for you.

https://www.nytimes.com/2017/08/12/opinion/charlottesville-and-the-bigotocracy.html?action=click&pgtype=Homepage&clickSource=story-heading&module=opinion-c-col-left-region®ion=opinion-c-col-left-region&WT.nav=opinion-c-col-left-region

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Repurposing

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Exposition jusqu’au 2 septembre à Torpedo Factory, Alexandria (Virginie)
Exposition jusqu’au 2 septembre à Torpedo Factory, Alexandria (Virginie)
Exposition jusqu’au 2 septembre à Torpedo Factory, Alexandria (Virginie)

Exposition jusqu’au 2 septembre à Torpedo Factory, Alexandria (Virginie)

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Voyage au centre des herbes

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Japanese Brome, Beaked Panic Grass, Bermuda Grass, Global Flatsedge
Japanese Brome, Beaked Panic Grass, Bermuda Grass, Global Flatsedge
Japanese Brome, Beaked Panic Grass, Bermuda Grass, Global Flatsedge
Japanese Brome, Beaked Panic Grass, Bermuda Grass, Global Flatsedge

Japanese Brome, Beaked Panic Grass, Bermuda Grass, Global Flatsedge

Indian Grass, Northern Crabgrass, Path Rush, Squarrose Sedge, White Grass, White-tinged Sedge
Indian Grass, Northern Crabgrass, Path Rush, Squarrose Sedge, White Grass, White-tinged Sedge
Indian Grass, Northern Crabgrass, Path Rush, Squarrose Sedge, White Grass, White-tinged Sedge
Indian Grass, Northern Crabgrass, Path Rush, Squarrose Sedge, White Grass, White-tinged Sedge
Indian Grass, Northern Crabgrass, Path Rush, Squarrose Sedge, White Grass, White-tinged Sedge
Indian Grass, Northern Crabgrass, Path Rush, Squarrose Sedge, White Grass, White-tinged Sedge

Indian Grass, Northern Crabgrass, Path Rush, Squarrose Sedge, White Grass, White-tinged Sedge

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Les deux ombres

Publié le par Ysia

David Smith, Aggressive Character

David Smith, Aggressive Character

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Réceptacle des consciences

Publié le par Ysia

Interdisciplinary communication is epistemically perilous. Not only is there a risk of being misunderstood, there is also the greater risk of not being aware of being misunderstood – and thus being unable to correct consequent mistakes.

https://www.academia.edu/33452466/Ontologies_of_Living_Beings_Introduction

Peut-on élaborer un système de spiritualité qui réponde à la demande de la période actuelle ? Un modèle qui tirerait sa source de  l’abreuvoir de sapience universelle. Peut-on embrasser l’avenir dans une approche participative spirituelle ?

Il n’y a d’existence que dans le temps. Cela implique un processus à la fois sur les plans physiologique, mental et spirituel. De ce que nous étions enfants ou même de ce que nous étions il y a dix ans, que reste-t-il ? Ce moi passé ou présent aura-t-il encore une existence demain ou faut-il parler de brèves étapes ontologiques successives dans un processus dont le produit que je suis évolue à chaque instant ?

Early Buddhism distinguishes a visible body and an invisible body as the constituents of every personality. The visible body is constantly changing and is never the same even for two consecutive seconds. It is like a mass of form which gradually forms and then vanishes.

Parce que le cycle de vie des organismes se déroule sous des formes multiples temporelles, y a-t-il une entité aux niveaux microscopique ou macroscopique qui subsiste ?  Et quel est le but de ce processus s’il y en a un ? Philosophie du processus ou ontologie du devenir : ainsi se comprend la nature de la vie et des êtres.

Si l’âge de bronze rappelle une période glorieuse de notre histoire limitée géographiquement à l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient,  la triste appellation d’« âge de la dépression » revient à notre époque actuelle. Selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), la dépression est désormais la première cause d'incapacité dans le monde.  

It is in coming to grips with the fact that suffering is essentially woven into human condition that we can begin to interpret the experience of depression in new ways.

It is only when we respond to negative emotions with dread or aversion, regarding them as enemies to be defeated or overcome, that we get stuck in cycles of persistent despair.

https://www.academia.edu/33754075/Rethinking_the_Psychopathology_of_Depression_Existentialism_Buddhism_and_the_Aims_of_Philosophical_Counseling

Les statistiques à cet égard sont alarmantes. Aujourd’hui la dépression est plus répandue et nettement plus précoce. Des chercheurs de l’Université du Queensland en Australie ont tenté de délimiter son étendue géographique.

On entend par « approche participative spirituelle » la participation cocréatrice de tous les êtres de bonne volonté dans un mystère dynamique et indéterminé ou une puissance génératrice de vie que sont le cosmos ou/et la conscience universelle. La cocréation spirituelle est tridimensionnelle :

Intrapersonnelle, elle caractérise la collaboration à parts égales des cinq attributs d'un être  – son corps, son énergie vitale, son cœur, son esprit et sa conscience.

Interpersonnelle, elle consiste à établir une communication entre les êtres, humains ou non-humains, dans un esprit de solidarité, de respect mutuel et d’échange constructif.

Transpersonnelle,  elle définit un effort de dépassement de soi et de transcendance dans le cadre, notamment, d’états modifiés de conscience.

 

Au-dessus du  royaume du désir se trouvent les cieux du royaume de la forme et encore au-dessus, ce sont les quatre mondes infinis du royaume de l’absence de forme. Burnouf dans le Lotus de la bonne loi  parle de « dix-huit Dhâtus ou éléments, qui ne sont autres que les six organes des sens, les six qualités sensibles, et les six perceptions ou connaissances qui en résultent ». Que sont les dix-huit domaines (dhātus) ? Ce sont les six poussières, les six portes et les six consciences. Que sont les six poussières ? Ce sont les formes, sons, odeurs, saveurs, contacts et choses. Et les six portes ? Ce sont les yeux, oreilles, nez, langue, corps et mental. Les six poussières, les six portes et les six consciences, que sont celles de nos yeux, oreilles, nez, langue, corps et mental, surgissent de la nature de loi. La nature propre embrasse les dix mille choses et se nomme « réceptacle des consciences » 含藏識 ālayavijñāna. Réfléchir consiste à transmuer la conscience pour en produire six qui s’échapperaient des six portes à la découverte des six poussières. Trois fois six font bien dix-huit !  (Sûtra de la plate-forme, section 45)

何名十八界六塵、六門、六識。何名十二入?外六塵、中六門。何名六塵?色聲香味觸法是。何名六門?眼耳鼻舌身意是。法性起六識:眼識、耳識、鼻識、舌識、身識、意識。六門、六塵,自性含萬法,名為含藏識。思量即轉識。生六識,出六門、六塵,是三六十八。

La nature propre, réceptacle des consciences, est la huitième conscience d’après l’école bouddhiste Yogācāra. Elle s’ajoute aux six consciences mentionnées plus haut (la septième étant la conscience aveuglée par les six premières).

(ālayavijñāna) literally meaning « adhering consciousness: (since it adheres to bodies) but understood as a storehouse consciousness that collects experiences and projects their consequences back out when instigated.

https://www.academia.edu/33306476/Vasubandhu_Xuanzang_and_the_problem_of_consciousness

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Sarah Bernhardt , sculptrice (1844-1923)

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Après la tempête (Musée national des femmes artistes, Washington, D.C.)

Après la tempête (Musée national des femmes artistes, Washington, D.C.)

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Theaster Gates

Publié le par Ysia

National Gallery of Art jusqu'au 4 septembre 2017
National Gallery of Art jusqu'au 4 septembre 2017
National Gallery of Art jusqu'au 4 septembre 2017

National Gallery of Art jusqu'au 4 septembre 2017

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La sphère des cieux

Publié le par Ysia

Aucun sens ne perçoit l’infini. Aucun sens ne permet de conclure qu’il existe. L’infini, en effet, ne peut être l’objet des sens. (…) C’est à l’intelligence qu’il appartient de juger et de rendre compte des choses absentes, que le temps et l’espace éloignent de nous.

Giordano BRUNO, L’infini, l’univers et les mondes, op. cit., p. 58.

De la vision ancienne du monde ...

HILDEGARD’S FIRST SCHEME OF THE UNIVERSE Slightly simplified from the Wiesbaden Codex B, folio 14 r.

HILDEGARD’S FIRST SCHEME OF THE UNIVERSE Slightly simplified from the Wiesbaden Codex B, folio 14 r.

ThomasDiggesmap
Michelangelo Caetani, Overview of the Divine Comedy, 1855 Cornell CUL PJM 1071 01

Les lois de la physique n’expliquent pas pourquoi le temps avance mais jamais ne recule…

Humboldt écrivait que cosmos signifie « l’ordre dans l’univers et la magnificence dans l’ordre ». D’aucuns pensent que le bouddhisme et la science ne se contredisent pas fondamentalement et que le bouddhisme peut être pour la science une source intarissable de réflexion. Le cosmos est-il fait d’une infinité d’univers ? Ces milliers d’univers mentionnés dans le Lotus de la Bonne loi,  la très belle traduction d’Eugène Burnouf du Saddharmapuṇḍarīka Sūtra, que l’on dit contenir la vision la plus complète de la vie et de l’univers, semblent étrangement faire écho à la théorie du multivers, évoquée dans l’article précédent sur les univers-bulles. La vision mahayanique du monde décrit l’univers comme une infinité de mondes qui s’étendent à travers les six directions et se dispersent dans les dix régions de l’espace.

Cosmological scroll (Rubin Museum)

Cosmological scroll (Rubin Museum)

Chaque système mondain est présidé par un bouddha et nommé champ ou terre bouddhique, théâtre de la lutte eschatologique des êtres. Ces royaumes innombrables se juxtaposent dans de plus hautes sphères dimensionnelles que les sens de l’homme commun ne perçoivent pas directement. Chaque univers parallèle offre sa version propre de la réalité, comme si l’espace-temps était coupé en tranches et que chaque tranche représentait un univers. 

Plus de sept milliards de personnes vivent sur terre, mais d’ici une centaine d‘années, il est probable que pas une, moi y compris, ne survivra, comme le disait Jōsei Toda. Cela suscite le besoin urgent de poser des questions essentielles quant à l’existence humaine et au cosmos. Le précepte fondamental de la secte bouddhiste Tientai 天台selon lequel l’univers peut être analysé en terme de trois vérités  - la non-substantialité, la temporalité et la voie du Milieu -  ne semble pas manquer de pertinence encore aujourd’hui. Lorsque l’on dit que chaque parcelle de l’univers contient le cosmos dans son ensemble, c’est pour mieux reconnaître que les molécules qui forment notre corps, les atomes qui structurent ces molécules proviennent de ce même creuset qui fut le noyau de l’univers.

Le cosmos est un réseau de systèmes en mouvement perpétuel, qui peut sembler chaotique aux yeux de celui qui l’observe. Seulement ni le temps ni l’espace ne sont des paramètres tangibles. « Le temps n’est-il qu’une propriété fondamentale de la réalité ou l’apparence macroscopique des choses ? ». Pour W. Randolph Kloetzli, le cosmos «  ne doit surtout pas être interprété comme un univers physique mais plutôt comme une réalité structurée à tous les niveaux, physique ou spirituel ».

La cosmologie bouddhiste présente un panorama simple, mathématique et  schématisé : «  Des unités fondamentales desquelles tous les phénomènes ne sont que des composés ou combinaisons » (A manual of Buddhist philosophy, William Mc Govern, 1923). Tracé sur le papier ou peint sur les murs des grottes, à Kizil ou ailleurs le long de la Route de la Soie, le tableau cosmologique semble représenter le schéma de quelque réalité géographique. D’un point de vue cartographique, la représentation visuelle de l’univers multidimensionnel, quoique verticale, est à deux dimensions. 

La cosmologie bouddhiste la plus ancienne connue sous le nom de système des trois mondes se divise en trois royaumes du bas vers le haut : le royaume du désir (kāma, 欲界), celui de la forme (rūpa, 色界) et celui de l’absence de forme (arūpa, 無色界).  Un autre schéma sotériologique présente un axe vertical entrecoupé de couches stratifiées dans lesquelles un être parcourt les étapes d’une longue ascension dans l’espace et le temps. Les représentations de la création ou du cosmos en forme de cercles concentriques sont communes aux civilisations du monde. La conception même d’un univers au-delà du temps et de l’espace implique qu’une transmigration graduelle des êtres dans un cycle de naissance et de mort peut se faire en même temps que des envolées instantanées vers les plus hautes sphères de l’existence par la réalisation d’un éveil subit. Le destin eschatologique n’est pas écrit.  

Space and time in some sense melt in this picture. There is no space anymore. There are just quanta kind of living on top of one another without being immersed in a space.

L'univers porte chez les bouddhistes le nom des trois mondes (Trilôka). Ces mondes se trouvent superposés l'un à l'autre... Le troisième monde est l'inférieur; il contient mille millions de systèmes terrestres avec six cieux du désir. Ces systèmes terrestres n'ont pas une forme sphérique : chaque terre est une grande plaine immobile, au milieu de laquelle est placé le mont Sumeru, entouré horizontalement par les quatre grandes et par huit petites parties du monde… Les six cieux superposés aux mille millions de terres s'étendent comme celles-ci horizontalement, et forment six couches l'une au-dessus de l'autre. Tous ces systèmes terrestres, qu'on appelle le grand mille des trois mille mondes, composent ce qu'on nomme le troisième monde… Les trois mille mondes se composent du petit mille, du moyen mille et du grand mille. Le petit mille ou le petit chiliocosme, contient mille systèmes terrestres parfaitement semblables au nôtre. De même que ce système forme une plaine, de même tous les systèmes qui l'avoisinent s'étendent horizontalement dans toutes les directions. Le petit chiliocosme est entouré par une haute chaîne de montagnes. Au-dessus et dans toute son étendue règne la région inférieure… En dehors du petit chiliocosme et autour de lui s'étend horizontalement le chiliocosme moyen, qui se compose d'un million de systèmes terrestres... Le moyen chiliocosme est à son tour entouré par le grand, qui contient mille chiliocosmes de la grandeur du moyen. Ces trois chiliocosmes forment l'univers, au-dessus duquel règne la région supérieure… Aucun système terrestre de l'univers n'est visible à l'autre. Tout l'univers est placé sur une masse éthérée dont la rotation perpétuelle y entretient l'équilibre, sans le faire trembler ou le mettre en mouvement. La rotation de cette masse éthérée, dans laquelle les différents systèmes terrestres s'élèvent comme des îles dans la mer, est entretenue par le destin, fruit des actions de l'homme. Comme tous les systèmes terrestres se ressemblent parfaitement, la description de l'un est aussi celle des autres. Selon les bouddhistes la terre habitable est partagée en quatre grandes îles (dvipa) ou continents placés aux quatre points cardinaux, par rapport à la montagne céleste (Sumeru)… Le continent du Sud, qui est celui qui comprend l'Inde, est nommé Jambūdvīpa南贍部洲, d'après un arbre qui se voit dans sa partie occidentale…

Encyclopédie des gens du monde, Librairie de Treuttel et Würtz, 1834

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Liu Xiaobo 刘晓波 (1955-2017)

Publié le par Ysia

L’année 1989 a constitué un important tournant dans ma vie. J’ai été un professeur respecté et un intellectuel public, souvent invité à m’exprimer un peu partout, y compris en Europe et aux Etats-Unis. Je me suis toujours fixé pour exigence de m’exprimer avec franchise, en assumant mes propos dans la dignité – que ce soit dans ma vie personnelle ou dans mes écrits. Cette année-là, je suis rentré des Etats-Unis pour participer au mouvement [prodémocratique étudiant, finalement réprimé dans le sang le 4 juin]. J’ai été emprisonné pour “propagande et incitation à des activités contre-révolutionnaires”. J’ai perdu par la même occasion ma chaire, à laquelle je tenais tant, et toute possibilité de publier et de m’exprimer publiquement en Chine. Juste pour avoir émis des opinions politiques différentes et pour avoir participé à ce mouvement démocratique pacifique, le professeur que j’étais a donc perdu sa chaire, l’auteur a perdu tout droit de s’exprimer et l’intellectuel public toute possibilité de discourir ouvertement… que ce soit à titre personnel ou en tant que citoyen d’une Chine ouverte au monde et aux réformes depuis trente ans, quelle tristesse !

Vingt ans après, les âmes des victimes du 4 juin ne peuvent toujours pas reposer en paix. Amené par le 4 juin à prendre le chemin de l’opinion ­politique divergente, à ma sortie de la prison de ­Qincheng, en 1991, j’avais perdu tout droit à m’exprimer publiquement dans ma propre patrie ; je ne pouvais le faire que dans les médias étrangers et encore cela m’a-t-il valu d’être placé sous surveillance durant de longues années, assigné à résidence (de mai 1995 à janvier 1996), puis envoyé en camp de rééducation par le travail (d’octobre 1996 à octobre 1999).

La haine peut corrompre la sagesse

Aujourd’hui, à plus de 50 ans, je suis une nouvelle fois mis au banc des accusés par un pouvoir obnubilé par l’idée de “l’ennemi”. Cependant, je veux malgré tout dire à ce régime qui m’a privé de ma liberté que je reste fidèle à mon credo, exprimé il y a vingt ans dans ma déclaration lors de la grève de la faim du 2 juin : je n’ai pas d’ennemis, ni de haine. Les policiers qui m’ont surveillé, arrêté, interrogé, les procureurs qui m’ont inculpé, les juges qui m’ont condamné ne sont pas mes ennemis. Je n’accepte ni surveillance, ni arrestation, ni inculpation, ni condamnation, mais je respecte la profession et la personne de tous ces fonctionnaires, y compris les magistrats de l’accusation, qui, le 3 décembre dernier, ont fait preuve de respect et d’honnêteté à mon endroit.

Car la haine peut corrompre la sagesse et le discernement ; l’idéologie de l’ennemi peut empoisonner la mentalité d’un peuple, attiser des rivalités sans merci, détruire toute tolérance et toute raison dans une société, empêcher une nation de cheminer vers la liberté et la démocratie. C’est pourquoi je souhaite parvenir à dépasser mon propre sort pour me préoccuper surtout du développement du pays et de l’évolution de la société, en opposant à l’hostilité du pouvoir une grande bienveillance, pour dissoudre la haine dans l’amour.
Il est communément admis que c’est la politique de réforme et d’ouverture qui a entraîné le développement du pays et l’évolution de notre société. Pour moi, l’ouverture du pays date du moment où a été abandonnée la “primauté de la lutte des classes” de l’ère Mao. Dès lors, on a concentré les efforts sur le développement économique et l’harmonie sociale. Cet abandon a permis une certaine tolérance et la coexistence pacifique d’intérêts et de valeurs différents. L’économie s’est tournée vers le marché, la culture a tendu vers plus de diversité, le maintien de l’ordre public a peu à peu été régi par les lois. Tout cela est dû à l’affaiblissement de la notion d’ennemi. Même dans le domaine politique, où les progrès sont le plus lents, le pouvoir a fait preuve d’une tolérance croissante vis-à-vis de la diversité de la société, il a atténué les persécutions à l’encontre des voix divergentes et a tempéré sa qualification des événements de 1989 de “rébellion” en “tourmente politique”.

Une fois relativisée cette notion d’“ennemi à combattre” le pouvoir a pu accepter peu à peu le caractère universel des droits de l’homme. En 1998, le gouvernement chinois a promis au reste du monde de ratifier deux grandes conventions internationales des Nations unies relatives aux droits de l’homme [dont la Convention internationale sur les droits civils et politiques], manière symbolique de reconnaître ces valeurs. En 2004, ­l’Assemblée nationale du peuple a révisé la Constitution en y introduisant pour la première fois la phrase : “L’Etat respecte et protège les droits de l’homme”, ce qui indique que les droits de l’homme sont devenus un principe de base du droit chinois. Dans le même temps, le pouvoir a reconnu la nécessité de “mettre l’homme au centre” de sa politique, de “créer une société harmonieuse”, autant d’avancées dans la conception du gouvernement qu’a le Parti communiste.

J’ai pu ressentir l’effet de ces changements depuis mon arrestation. J’ai persisté à me dire innocent et à déclarer que l’accusation portée contre moi était inconstitutionnelle, mais, au cours de cette année de privation de liberté où j’ai été successivement incarcéré dans deux lieux différents et interrogé par quatre policiers, trois procureurs et deux magistrats, leurs méthodes sont restées empreintes de respect, ils n’ont pas excédé les temps d’interrogatoire et ne m’ont pas extorqué d’aveux. Leur attitude a été pacifique, raisonnable et même parfois bienveillante. Le 23 juin, j’ai été transféré d’un lieu de résidence surveillée au Centre de détention numéro un de Pékin, où j’avais déjà été détenu en 1996, et j’ai pu y observer de grandes améliorations tant dans les installations que dans les méthodes d’administration.

Je suis vraiment optimiste

J’ai tiré de ces expériences personnelles la certitude que les progrès politiques en Chine ne vont pas s’arrêter. Je suis vraiment optimiste quant à l’arrivée d’une Chine libre dans l’avenir, car aucune force n’est capable de stopper l’aspiration humaine à la liberté. La Chine finira par devenir un Etat de droit plaçant les droits de l’homme au premier plan. J’espère que de tels progrès pourront se manifester dans le traitement de mon dossier ; je souhaite que les jurés prononcent un jugement équitable – un jugement capable d’affronter le verdict de l’Histoire.

Quant à l’expérience la plus heureuse de mes vingt dernières années, c’est d’avoir reçu l’amour désintéressé de ma femme, Liu Xia. C’est pourquoi je m’adresse à elle.
Aujourd’hui, tu ne pourras pas assister à mon procès, mais je veux encore te dire, ma chérie, que je suis certain que ton amour reste inchangé. Ma chérie, grâce à ton amour, j’affronterai calmement le procès qui vient, sans regret pour mes propres choix, et j’attendrai demain avec optimisme. J’espère que mon pays pourra être un jour une terre de libre expression, que tout citoyen pourra prendre la parole sur un pied d’égalité, que toutes les valeurs, pensées, croyances, idées politiques pourront coexister et faire l’objet d’un débat équitable. Je souhaite que les opinions minoritaires, même dissidentes, soient protégées comme les autres. Que tout point de vue politique puisse être exposé au grand jour et soumis à l’appréciation du peuple, que tout citoyen puisse s’exprimer sans la moindre crainte, sans le moindre risque de subir des persécutions pour avoir émis une opinion politique différente. Je voudrais également être le dernier nom sur la longue liste des victimes emprisonnées pour leurs écrits, et que plus personne ne soit condamné pour ses propos.

La liberté d’expression est la base des droits de l’homme, le fondement de tout sentiment humain, la mère de la vérité. Tuer la liberté d’expression, c’est bafouer les droits de l’homme, étouffer tout sentiment humain, faire taire la vérité.

Même si j’ai été condamné (alors que je suis innocent) pour avoir honoré la liberté d’expression mentionnée dans la Constitution et pour avoir assumé jusqu’au bout mes responsabilités sociales de citoyen chinois, je ne me plains pas…

Merci à tous !
Liu Xiaobo

http://www.courrierinternational.com/article/2010/01/27/liu-xiaobo-je-n-ai-pas-d-ennemis

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