Liu Xiaobo 刘晓波 (1955-2017)

Publié le par Ysia

L’année 1989 a constitué un important tournant dans ma vie. J’ai été un professeur respecté et un intellectuel public, souvent invité à m’exprimer un peu partout, y compris en Europe et aux Etats-Unis. Je me suis toujours fixé pour exigence de m’exprimer avec franchise, en assumant mes propos dans la dignité – que ce soit dans ma vie personnelle ou dans mes écrits. Cette année-là, je suis rentré des Etats-Unis pour participer au mouvement [prodémocratique étudiant, finalement réprimé dans le sang le 4 juin]. J’ai été emprisonné pour “propagande et incitation à des activités contre-révolutionnaires”. J’ai perdu par la même occasion ma chaire, à laquelle je tenais tant, et toute possibilité de publier et de m’exprimer publiquement en Chine. Juste pour avoir émis des opinions politiques différentes et pour avoir participé à ce mouvement démocratique pacifique, le professeur que j’étais a donc perdu sa chaire, l’auteur a perdu tout droit de s’exprimer et l’intellectuel public toute possibilité de discourir ouvertement… que ce soit à titre personnel ou en tant que citoyen d’une Chine ouverte au monde et aux réformes depuis trente ans, quelle tristesse !

Vingt ans après, les âmes des victimes du 4 juin ne peuvent toujours pas reposer en paix. Amené par le 4 juin à prendre le chemin de l’opinion ­politique divergente, à ma sortie de la prison de ­Qincheng, en 1991, j’avais perdu tout droit à m’exprimer publiquement dans ma propre patrie ; je ne pouvais le faire que dans les médias étrangers et encore cela m’a-t-il valu d’être placé sous surveillance durant de longues années, assigné à résidence (de mai 1995 à janvier 1996), puis envoyé en camp de rééducation par le travail (d’octobre 1996 à octobre 1999).

La haine peut corrompre la sagesse

Aujourd’hui, à plus de 50 ans, je suis une nouvelle fois mis au banc des accusés par un pouvoir obnubilé par l’idée de “l’ennemi”. Cependant, je veux malgré tout dire à ce régime qui m’a privé de ma liberté que je reste fidèle à mon credo, exprimé il y a vingt ans dans ma déclaration lors de la grève de la faim du 2 juin : je n’ai pas d’ennemis, ni de haine. Les policiers qui m’ont surveillé, arrêté, interrogé, les procureurs qui m’ont inculpé, les juges qui m’ont condamné ne sont pas mes ennemis. Je n’accepte ni surveillance, ni arrestation, ni inculpation, ni condamnation, mais je respecte la profession et la personne de tous ces fonctionnaires, y compris les magistrats de l’accusation, qui, le 3 décembre dernier, ont fait preuve de respect et d’honnêteté à mon endroit.

Car la haine peut corrompre la sagesse et le discernement ; l’idéologie de l’ennemi peut empoisonner la mentalité d’un peuple, attiser des rivalités sans merci, détruire toute tolérance et toute raison dans une société, empêcher une nation de cheminer vers la liberté et la démocratie. C’est pourquoi je souhaite parvenir à dépasser mon propre sort pour me préoccuper surtout du développement du pays et de l’évolution de la société, en opposant à l’hostilité du pouvoir une grande bienveillance, pour dissoudre la haine dans l’amour.
Il est communément admis que c’est la politique de réforme et d’ouverture qui a entraîné le développement du pays et l’évolution de notre société. Pour moi, l’ouverture du pays date du moment où a été abandonnée la “primauté de la lutte des classes” de l’ère Mao. Dès lors, on a concentré les efforts sur le développement économique et l’harmonie sociale. Cet abandon a permis une certaine tolérance et la coexistence pacifique d’intérêts et de valeurs différents. L’économie s’est tournée vers le marché, la culture a tendu vers plus de diversité, le maintien de l’ordre public a peu à peu été régi par les lois. Tout cela est dû à l’affaiblissement de la notion d’ennemi. Même dans le domaine politique, où les progrès sont le plus lents, le pouvoir a fait preuve d’une tolérance croissante vis-à-vis de la diversité de la société, il a atténué les persécutions à l’encontre des voix divergentes et a tempéré sa qualification des événements de 1989 de “rébellion” en “tourmente politique”.

Une fois relativisée cette notion d’“ennemi à combattre” le pouvoir a pu accepter peu à peu le caractère universel des droits de l’homme. En 1998, le gouvernement chinois a promis au reste du monde de ratifier deux grandes conventions internationales des Nations unies relatives aux droits de l’homme [dont la Convention internationale sur les droits civils et politiques], manière symbolique de reconnaître ces valeurs. En 2004, ­l’Assemblée nationale du peuple a révisé la Constitution en y introduisant pour la première fois la phrase : “L’Etat respecte et protège les droits de l’homme”, ce qui indique que les droits de l’homme sont devenus un principe de base du droit chinois. Dans le même temps, le pouvoir a reconnu la nécessité de “mettre l’homme au centre” de sa politique, de “créer une société harmonieuse”, autant d’avancées dans la conception du gouvernement qu’a le Parti communiste.

J’ai pu ressentir l’effet de ces changements depuis mon arrestation. J’ai persisté à me dire innocent et à déclarer que l’accusation portée contre moi était inconstitutionnelle, mais, au cours de cette année de privation de liberté où j’ai été successivement incarcéré dans deux lieux différents et interrogé par quatre policiers, trois procureurs et deux magistrats, leurs méthodes sont restées empreintes de respect, ils n’ont pas excédé les temps d’interrogatoire et ne m’ont pas extorqué d’aveux. Leur attitude a été pacifique, raisonnable et même parfois bienveillante. Le 23 juin, j’ai été transféré d’un lieu de résidence surveillée au Centre de détention numéro un de Pékin, où j’avais déjà été détenu en 1996, et j’ai pu y observer de grandes améliorations tant dans les installations que dans les méthodes d’administration.

Je suis vraiment optimiste

J’ai tiré de ces expériences personnelles la certitude que les progrès politiques en Chine ne vont pas s’arrêter. Je suis vraiment optimiste quant à l’arrivée d’une Chine libre dans l’avenir, car aucune force n’est capable de stopper l’aspiration humaine à la liberté. La Chine finira par devenir un Etat de droit plaçant les droits de l’homme au premier plan. J’espère que de tels progrès pourront se manifester dans le traitement de mon dossier ; je souhaite que les jurés prononcent un jugement équitable – un jugement capable d’affronter le verdict de l’Histoire.

Quant à l’expérience la plus heureuse de mes vingt dernières années, c’est d’avoir reçu l’amour désintéressé de ma femme, Liu Xia. C’est pourquoi je m’adresse à elle.
Aujourd’hui, tu ne pourras pas assister à mon procès, mais je veux encore te dire, ma chérie, que je suis certain que ton amour reste inchangé. Ma chérie, grâce à ton amour, j’affronterai calmement le procès qui vient, sans regret pour mes propres choix, et j’attendrai demain avec optimisme. J’espère que mon pays pourra être un jour une terre de libre expression, que tout citoyen pourra prendre la parole sur un pied d’égalité, que toutes les valeurs, pensées, croyances, idées politiques pourront coexister et faire l’objet d’un débat équitable. Je souhaite que les opinions minoritaires, même dissidentes, soient protégées comme les autres. Que tout point de vue politique puisse être exposé au grand jour et soumis à l’appréciation du peuple, que tout citoyen puisse s’exprimer sans la moindre crainte, sans le moindre risque de subir des persécutions pour avoir émis une opinion politique différente. Je voudrais également être le dernier nom sur la longue liste des victimes emprisonnées pour leurs écrits, et que plus personne ne soit condamné pour ses propos.

La liberté d’expression est la base des droits de l’homme, le fondement de tout sentiment humain, la mère de la vérité. Tuer la liberté d’expression, c’est bafouer les droits de l’homme, étouffer tout sentiment humain, faire taire la vérité.

Même si j’ai été condamné (alors que je suis innocent) pour avoir honoré la liberté d’expression mentionnée dans la Constitution et pour avoir assumé jusqu’au bout mes responsabilités sociales de citoyen chinois, je ne me plains pas…

Merci à tous !
Liu Xiaobo

http://www.courrierinternational.com/article/2010/01/27/liu-xiaobo-je-n-ai-pas-d-ennemis

Publié dans Cheminement

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Univers-bulles

Publié le par Ysia

Une zone située entre 6 et 10 milliards d'années-lumière de la Terre et large d'un milliard d'années-lumière est anormalement froide sur la carte des fluctuations de températures de la voûte céleste. La découverte de ce point froid par le satellite Planck relance le débat sur la question des univers-bulles. Une hypothèse est que ce point froid aurait été causé par une collision entre notre univers et un autre univers-bulle. Si de futures analyses, plus détaillées, du rayonnement fossile le prouvent, il pourrait s'agir de la première preuve de l'existence d'un multivers. Des milliards d'univers comme le nôtre pourraient exister.

Si ce point froid est bien une manifestation du multivers, ce serait sans doute une conséquence de la théorie de l’inflation. Un peu à la façon dont se forment des bulles dans un liquide, la croissance de l'une d'entre elles aurait conduit à entrer en collision avec la nôtre, laissant la trace de cette anomalie.

Ce schéma en deux dimensions représente une portion de l'espace-temps d'un multivers infini que l'on peut considérer localement comme plat. À un instant T0, un univers bulle naît et gonfle presque à la vitesse de la lumière dans ce multivers. Il correspond aux cercles rouges que l'on voit représentés aux dates T1 et T2. Mais dans cette bulle, du fait de la géométrie particulière de l'espace-temps plat, un univers à courbure négative apparaît comme infini, mais en expansion pour des observateurs y existant. Différentes dates de son histoire sont représentées par les temps cosmiques t1 et t2 de cet univers : ils correspondent à une sorte d'instantané de la structure spatiale de cet univers infini, mais néanmoins contenu dans une bulle de taille finie. Il se pourrait que les anomalies dans le rayonnement fossile signalent que nous sommes dans un univers ressemblant beaucoup à cette bulle. On voit sur ce diagramme d'espace-temps les trajectoires de galaxies (en jaune).

Univers-bulles

Selon cette idée, non seulement la Terre n’est qu’une planète parmi tant d’autres, mais l’Univers est lui-même insignifiant à l’échelle cosmique, un parmi un nombre incalculable d’autres univers régis par leurs propres lois.

http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/article-le-multivers-existe-t-il-28762.php

Publié dans Les deux infinis

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Interprétation

Publié le par Ysia

Je sais bien qu'il ne faut pas confondre réalité et observation, mais c’est le privilège de l’artiste que d’offrir une approche plus personnelle et subjective de l’art… Les aimants sont des souvenirs que l’on rapporte régulièrement de ses voyages. Souvent on les colle sur les frigos. Réarrangés, repositionnés, ils apparaissent sous un angle nouveau et rappellent à la mémoire des lieux et événements qui appartiennent aujourd’hui au passé. L’aimant du musée national de l’histoire et de la culture afro-américaines et celui  du  Pavillon chinois de l’Expo de 2010 à Shanghai offrent un point de comparaison. Les deux bâtiments semblent représenter des structures de  forme trapézoïde renversées.  Dans la prolongation des  pyramides inversées d’I.M.Pei , les structures trapézoïdes renversées paraissent s’ouvrir  vers le haut.

Le musée américain a été inspiré par  la partie supérieure d’un  poteau de véranda, œuvre de l’artiste nigérian Olowe d’Ise (v.1873– v.1938), comme une couronne à trois niveaux. La couronne de l’Est est précisément le nom donné au Pavillon chinois de l’architecte 何鏡堂  dont la structure rappelle la forme d’un ancien objet rituel ding 鼎.

 

 

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Gustave Doré sculpteur

Publié le par Ysia

Publié dans Art et mysticisme

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Baume d'abeille

Publié le par Ysia

Asanga présente quatre approches de la réalité. La première est le réalisme naïf de l’homme ordinaire. La deuxième est celle des philosophes et des écrivains-penseurs. La troisième est celle de celles et de ceux qui voient le monde sans être aveuglés par leurs émotions. Enfin il y a l’approche de celles et de ceux qui voient le monde sans être aveuglés par leur intellect.

Baume d'abeille
Baume d'abeille
Baume d'abeille
Baume d'abeille
Baume d'abeille

Publié dans Bouddhisme Zen

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La vanité des mots

Publié le par Ysia

La vanité des mots

This old barbarian sat face to the wall,
Everyone in the Zen tradition is left confused.
One thousand years, ten thousand years -
Will anyone ever understand

Fūgai Ekun dans Stephen Addiss, The Art of Zen, p.54

La tradition veut que Bodhidharma se soit assis au pied d’un mur pendant neuf ans, son esprit vidé de toute agitation, muré dans un silence absolu à l’intérieur de lui-même sans proférer un mot à l’extérieur de lui-même parce que les mots sont devenus obsolètes et parce qu’il cherche intuitivement de sa main la poignée de la porte de l’éveil.

The Indian monk couldn't even speak Chinese !
He faced the wall in silence for nine years.
Doing nothing, totally inactive, he sat quietly,
Causing the world to mistakenly call this Daruma (Bodhidharma) Zen

Gesshū Sōko, ibid., p.68

La vanité des mots

Après avoir obtenu les manuscrits bouddhiques qu’ils étaient venus chercher  au terme d’un périple de quatorze années, le moine Xuanzang et ses trois compagnons ont découvert à leur insu que les livres sacrés ne contiennent que des pages blanches parce que le mot est illusoire, parce que l’enseignement bouddhique est indicible.

The blankness of the scrolls is thus a material manifestation of the Buddhist doctrine of emptiness, a sign pointing to the signless, apophatic, ineffable nature of ultimate reality.

Academia.edu

Le concept du bouddha historique est l’un des plus familiers et fondamentaux dans le domaine des études bouddhiques, mais c’est aussi l’un des plus problématiques car il porte le plus à confusion. D’un côté, il est universellement admis que le Bouddha a existé,  de l’autre, plus de deux cents ans de recherches académiques n’ont pas réussi à établir son existence. Bien que l’on répète que le Boudha était Siddhārtha Gautama du clan des Śākya, le nom de Siddhārtha (et ses variantes Sarvārthasiddha, etc.) n’est attesté dans aucune des sources les plus anciennes, notamment dans le canon pali ou dans des sources non bouddhiques. De plus, d’après la tradition ancienne, les Śākyas avaient été anéantis avant le décès du Bouddha, ce qui laisse supposer que même les auteurs du canon bouddhique ignoraient probablement leur existence. Le clan entier pourrait bien n’être qu’un mythe. Il reste le nom de Gautama qui est moins un nom qu’un épithète identifiant le Bouddha comme étant associé au clan Gautama, l’une des huit lignées brahmaniques anciennes dont l’origine remonte aux sept patriarches védiques.

Mais faut-il croire les légendes ? Si ni le bouddha historique ni même Laozi n’ont existé et que d’après certains experts, Bodhidharma n’avait aucun lien direct avec le bouddhisme chan , alors les mots sortis de la bouche de personnages imaginés de toutes pièces effectivement sont vains.

Tout attribut, quel qu’il soit, est vain et faux.
凡所有相,皆是虚妄

Vajracchedika Sutra (Sûtra du diamant)

Laisser faire le temps...  craqueler et mûrir sous le jeu des ombres et des lumières. La parole et l'image sont trompeuses car ni l'une ni l'autre ne prennent en compte le temps. Les mots altèrent la vérité des images et des sons et la parole corrompt l’intuition auditive et visuelle. Au temps d’avant les mots, quelle est la constante universelle ?  L’énergie autrement nommée le souffle.

Vedder, Elihu - The Questioner of the Sphinx - 1836

Les vents chauds apportent la vie au gré des mouvements tectoniques qui embrasent la croûte terrestre sous l’impulsion du magma souverain. L'Esprit transcende toutes les formes de vie animales, végétales, humaines. Dans tout phénomène il y a une part de manifeste et une part de caché, une idée de sacralité…

Publié dans Bouddhisme Zen

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Dissémination

Publié le par Ysia

Sur les routes historiques liant l’Asie à l’Europe se dressent des cités à travers l’histoire, regroupements permanents plus ou moins denses de populations socialement hétérogènes dont les sites archéologiques dès la période néolithique nous laissent des vestiges de commodités de toutes sortes, d’ossements humains ou animaux  - objets d’étude de l’archéozoologie -, de bijoux de cuivre bleu et vert et de techniques de traitement du cuivre dont les plus anciennes en Turquie,  de l’or dans les Balkans  vers 5 000 ans avant notre ère,  de l’argent en Turquie 6 000 ans avant notre ère. Des sites tels que Shanidar et Zawi Chemi au nord-est de l’Iraq, Hallan Cemi dans l’Est de la Turquie, Rosh Horesha en Israël et Mehrgahr au Pakistan. L’une de ces voies de communication est la légendaire Route de la Soie ainsi nommée par le géologue Ferdinand von Richthofen (Seidenstrasse).   

C’est en suivant ces itinéraires que se sont disséminés des trésors de civilisation, des vaisseaux de connaissance, des réceptacles de savoir dont la riche production littéraire bouddhique y compris le répertoire de commentaires et de traductions du Vajracchedika Sutra qui plonge le chercheur du sens profond dans la difficulté de pouvoir entièrement les étudier.

L’or prit mille ans pour parvenir en Israël depuis les Balkans. Le temps peut se compter en brèves secondes, s’allonger en années et prendre des décennies voire des siècles pour transporter le savoir d’un point à l’autre du globe. Pourtant les phénomènes peuvent aussi se produire simultanément, ainsi il en est de l’utilisation dans un but décoratif ou ornemental de l’or en Amérique du Sud 2 000 ans avant notre ère et du cuivre en Amérique du Nord 5 000 ans avant notre ère.

Le bronze aussi. Alliage d’étain et de cuivre dont raffolait l’aristocratie du temps de l’Âge du bronze. La métallurgie du bronze qui commença à se diffuser dans toute l’Eurasie au cours du troisième millénaire avant notre ère est apparue au Xinjiang au début du deuxième millénaire puis au Gansu et au Qinhai. Une route de transmission possible vers la Chine passe par la Sibérie, le Xinjiang et la culture Qijia du Gansu jusqu’en Thaïlande. L’un des sites les plus symboliques de cette métallurgie du bronze en Chine est 二裏頭Erlitou avec ses vases rituels. Bien qu’une légende antique tirée des Annales historiques attribue l’invention du bronze au souverain mythique Yu le Grand et une autre tirée des Annales des Printemps et Automnes qui l’attribue à son fils, il n’a pas été jusqu’à ce jour possible d’établir un lien entre la dynastie Xia et le site archéologique d’Erlitou.

禹收九牧之金,铸九鼎。皆尝亨鬺上帝鬼神。遭圣则兴,鼎迁于夏商。周德衰,宋之社亡,鼎乃沦没,伏而不见
Yu fondit neuf trépieds avec le métal que lui fournirent les neuf pasteurs (de peuple) et se servit d’eux tous pour cuire les victimes qu’il offrait aux Empereurs d’en haut, aux mânes et aux dieux. (Ainsi), toutes les fois qu’un sage se présenta, (les trépieds) apparurent. Ils furent transmis aux Hia, puis aux Chang ; mais la vertu des Tcheou s’étant pervertie et le dieu du sol à Song ayant disparu, les trépieds tombèrent dans l’eau où ils s’enfoncèrent et devinrent invisibles.

Mémoires Historiques, Edouard Chavannes

Aujourd’hui, sur la base des recherches en archéométallurgie qui est l’étude de l’histoire et de la préhistoire des métaux et de leur utilisation par l’être humain, on estime que si la tradition des poteries peintes s'est propagée du Gansu vers le Xinjiang, la technologie du bronze a été transmise dans le sens inverse. En fait la « route du bronze » part depuis l’Anatolie, le Caucase et le plateau iranien du complexe bactro-margien en passant par les populations nomades de Seima-Turbino vers la Chine. Une autre civilisation utilisait aussi la métallurgie du bronze, comme nous le révèle le très célèbre site de 三星堆Sanxingdui au Sichuan, dont nous savons peu de choses si ce n’est qu’elle était clairement distincte de la culture de la grande plaine septentrionale.

Sur la base des annales historiques de la dynastie Shang, un portrait de la société chinoise vers 1 200 avant notre ère se dessine et ressemble étrangement à celle des États d’Eurasie dont l’économie était basée sur l’agriculture, tels que la civilisation mycénienne en Grèce, avec une aristocratie dotée d’armes et de chariots de bronze et qui a légué ses écrits à la postérité.  (Academia.edu)

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Éclipse 2017

Publié le par Ysia

I love science twice as much in times like these. It takes one away from all the confusions, and stupidities and horrors and the emotional consequences.

Einstein and Eddington, 2008

Dans deux ans, nous célébrerons le centenaire de la théorie de la relativité dont Arthur Stanley Eddington donna la preuve à l’occasion de l’éclipse solaire de 1919.

Le 21 août, une autre éclipse solaire totale sera cette fois visible d’une côte à l’autre des États-Unis dès 10 heures 30 dans l’Oregon à 15 heures en Caroline du Sud. Bien qu’une éclipse totale se produise tous les 18 mois dans le monde, il est rare qu’elle soit visible aux États-Unis et pour une période de temps aussi longue. Un phénomène de cette ampleur n’a pas eu lieu depuis 1918.

Qu’est-ce qu’une éclipse ? Qu’est-ce qui rend celle-ci si remarquable ? Si vous vous trouvez sur sa trajectoire, le soleil disparaîtra lentement au fur et à mesure que se déplacera devant lui la lune.

Time is at different speed in the universe
The faster you move the more time slows down
Time is not the same everywhere
Time isn’t shared
It is not an absolute

Einstein and Eddington, 2008

La nouvelle lune du 21 août apparaîtra de la même taille du fait de sa position et s’alignera devant le soleil. L’éclipse totale durera d’une demi-minute à deux minutes. En prenant les précautions nécessaires pour se protéger les yeux, l’événement permettra l’observation de la couronne de l’astre dynamique du soleil depuis la Terre. Ce sera l’occasion pour les physiciens solaires et autres savants d’étudier le champ électromagnétique du soleil, la lune car le soleil éclairera ses vallées mais aussi la terre notamment la réaction des animaux comme les oiseaux. Lors d’une éclipse solaire précédente, même les baleines étaient remontées à la surface de l’eau, surprises elles aussi par la tombée subite de la nuit.

Everything in the universe is ordered
Everything is bound by one force: gravity
Everything happens for a reason, isn’t that wonderful?
But you can’t touch gravity
You can’t see it
What fills the unexplained?

Einstein and Eddington, 2008

Forte d'un partenariat sans précédent avec les universités, les entreprises privées, 1 500 bibliothèques et 57 ballons lancés à 80 000 pieds, la NASA tiendra une conférence de presse le 21 juin au Newseum à Washington. De Washington, c’est une éclipse partielle que nous pourrons observer, mais nous en serons tous plus ou moins témoins sur le continent américain.

Éclipse 2017

Publié dans Cheminement

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Dialogue entre mon âme et le Ciel

Publié le par Ysia

What is my calling? Calling to greatness!

Lorsque j’ai commencé ce blog, l’un de mes tout premiers articles s’intitulait Dialogue entre mon âme et le Ciel , dont je republie une version abrégée ci-dessous. Ainsi je commençais « What is my calling : Calling to Greatness ! », parole motivante de quelque orateur entendu auparavant. Mais Calling to Greatness, ça veut dire quoi ? Ou plus judicieusement, qui ou quoi inspire cet appel ? Est-ce un appel venu de l’extérieur, influencé par les multiples conformismes sociaux, ou de l’ego qui ne possède qu’une vision étriquée du monde ? Ou est-ce de sa nature véritable, caisson de résonance de l’ultime  et sourde vérité? Il importe de se poser la question à chaque pas, chaque mouvement, chaque pensée. 

On peut imaginer le réel, le créé, le tangible, mais peut-on imaginer l’incréé ? Face à l’incréé, peut-on faire preuve d’imagination et d’acceptation ? Soif d’inconnaissable, de ce qui échappe à la connaissance humaine. Image, intention, flexibilité. Un, deux, trois !   L’art est un acte thérapeutique. C’est par une approche verbale puis artistique que je conçois cette étude sur la résonance et la vanité.  Combiner mon initiation de l’art et son énonciation verbale est mon propos pour parvenir sans état d’âme ni ambition à l'abandon de soi.  

Adage fou et sage à la fois signifiant meuler un pilon de fer jusqu’à en faire une aiguille. Absurdité ou sagesse? Rêve ou réalité? Faisant écho à la parabole de Zhuangzi et du papillon qui me réconcilie avec moi-même dans mon combat entre le cœur, siège des sensations et de la conscience intuitive, et la raison car c’est bien dans le cœur, au plus profond du moi, que réside la révélation que je vis de ma capacité de créer, de laisser mon esprit concevoir une œuvre encore incertaine. Les deux bases sur lesquelles s’appuie l’art sont le concret et l’abstrait, parcours entre fiction et réalité. Les lignes qui guident la main de l’artiste sont concrètes mais le sujet créé ne l’est pas forcément dans sa dimension existentielle.

 

Not seldom I get into trance while painting, my state of consciousness fades giving way to a feeling of being afloat (like a medium) and being led and moved by a safe hand, doing things I do not know much about consciously. This condition lasts for hours. Afterwards, everything I did in this time seems to me, as someone else would have done it.

https://www.ernstfuchs-zentrum.com/starteng5.html

C’est avant tout pour son symbolisme que j’apprécie une œuvre d’art, mais c’est aussi pour ce qu'elle évoque de primitif ou de mystique que je  fonds devant elle. Peut-on parler de son souffle de vie ?  

Adams Memorial (3)Adams Memorial, l’œuvre majestueuse d’Augustus Saint-Gaudens au cimetière de Rock Creek à Washington D.C., ne peut être mieux qualifiée que par ces mots : « profondeur » et « mystère » (The work of Augustus Saint-Gaudens, John H. Dryfhout, University Press of New England, 1982). Que dire de l’artiste ? Est-il conscient de la dimension philosophique de son œuvre ou est-elle d’essence divine ? D’après William Stillman, l’artiste est un être

of feeling and sensitivity, who can go beyond the cold mechanics of the accurate rendering of nature to an appreciation of the beauty (The Nature and Use of Beauty, 1856) 

Adams Memorial

Il faut une inspiration, un rêve, une fantaisie à la fois fragile, démente et suicidaire. Le mystère de la création, c’est de pénétrer la masse opaque, l’incréé. Telle une incursion dans une autre dimension entre ce qui est, ce qui n’est pas et ce qui sera, il y a cette quatrième dimension : le devenir qui se modifie à chaque instant. C’est cela la création. 

Consciousness, according to Vasubandhu and Xuanzang, is constantly changing, undergoing parinama, a word that Vasubandhu defines as “becoming otherwise” (anyathatva). All eight consciousnesses are perpetually becoming otherwise.

https://www.academia.edu/33306476/Vasubandhu_Xuanzang_and_the_problem_of_consciousness

L’espace négatif est une notion fondamentale. Il faut le visualiser pour donner vie à sa création. L’espace positif est l’espace qu’occupe physiquement l’œuvre créée. L'art est bien davantage qu’une expérience visuelle. C'est le reflet d’une pensée, d’une philosophie indéniable. C'est de l’espace négatif que jaillissent le trait, la forme, la lumière, les nuances des couleurs. La création part d’une pensée dite insubstantielle. Vacuité et réalité font un. De la fiction à la réalité. Le processus menant à la création, c’est quand on a la pré-conscience de ce qui sera. Produire une pensée qui ne repose sur rien, mais cela se peut-il ? Baignés par son passé, voyageant entre la sphère de l’inconscient et de la conscience, c’est l’inexprimé, l’incréé, voire l’éthéré, qui s’anime ! Produire une pensée qui ne repose sur rien...Résonnent en moi les paroles de Laozi 老子 qui soulignent l'importance du vide ( Lao-tseu, tao tö king, traduit du chinois par Liou Kia-Hway aux Editions Gallimard, 1967) :

Trente rayons convergent au moyeu三十辐共一毂,
mais c'est le vide médian 当其无,
qui fait marcher le char.有车之用。

On façonne l'argile pour en faire des vases,埏埴以为器,
mais c'est du vide interne当其无,
que dépend leur usage.有器之用。

Une maison est percée de portes et de fenêtres,凿户牖以为室,
c'est encore le vide 当其无,
qui permet l'habitat.有室之用。

L'Etre donne des possibilités,故有之以为利,
c'est par le non-être qu'on les utilise.无之以为用

Chaque pas me coûte et commence ma réflexion qui embûche mon élan et initie ma pause ponctuée d’interrogations sur ma raison d’être et sur le monde environnant. L’effacement n’est-il rien d’autre que l’amour de soi, la vanité affirmée, la paresse préconisée ? Ce non-agir est-il en fait égoïsme et dédain, retour sur soi arrogant ? Par leur écriture et leur art, les artistes de l’Art brut se définissent.  Mais je n’ose apposer d’étiquette à ma propre forme d'expression. Par mon élan artistique guérisseur, j’entreprends  une démarche d'ouverture et révèle mon expression intuitive, libérée, miroir de mes chimères.

Nous entendons par là des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique, dans lesquels donc le mimétisme, contrairement à ce qui se passe chez les intellectuels, ait peu ou pas de part, de sorte que leurs auteurs y tirent tout (sujets, choix des matériaux mis en œuvre, moyens de transposition, rythmes, façons d’écriture, etc.) de leur propre fond et non pas des poncifs de l’art classique ou de l’art à la mode. Nous y assistons à l’opération artistique toute pure, brute, réinventée dans l’entier de toutes ses phases par son auteur, à partir seulement de ses propres impulsions. De l’art donc où se manifeste la seule fonction de l’invention, et non, celles, constantes dans l’art culturel, du caméléon et du singe.

Jean Dubuffet, L’art brut préféré aux arts culturels, 1949 (Manifeste accompagnant la première exposition collective de l’Art brut à la Galerie Drouin, reproduit dans Prospectus et tous écrits suivants, Gallimard, 1967)

S'agissant des formes d'expression abstraites, Rudolf Arnheim  relève qu'elles sont:

prominent in early stages of art, i.e., in the work of children and “primitives”, but also in certain aspects of Byzantine style of Christian art, modern Western art, and the artwork of schizophrenics. (Art and Visual Perception, p.145)  Banksia

 

People often create elementary images, not because they have so far to go, but because they have so far withdrawn. An example may be found in Byzantine art, which was a withdrawal from the most realistic style of representation the world had then seen. Art became the servant of a state of mind ..., instead of proclaiming the beauty and importance of physical existence, (it) used the body as a visual symbol of the spirit ; by eliminating volume and depth, by symplifying color, posture, gesture, and expression, it succeeded in dematerializing man and world...straight, simple shape expressed the strict discipline of an ascetic faith

(ibid., p.146-147)

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Quantifier les effets du changement climatique

Publié le par Ysia

L’année dernière a été la plus chaude enregistrée. La calotte glaciaire dans l’Artique est en déclin et la montée du niveau des mers se poursuit. Dans ce contexte, les satellites nous offrent une vue objective de la manière dont notre climat change et les effets que cela a sur notre planète. Au niveau mondial, les données montrent que les eaux montent d’environ 3 mm par an.  Il s’agit de l’une des principales menaces liées au réchauffement climatique, particulièrement pour les zones côtières de faible élévation. Identifier les facteurs qui contribuent à la hausse du niveau des mers constitue un défi complexe dans le domaine de la science du climat. Les satellites d’observation de la Terre  tracent la cartographie des changements du niveau de la mer, qui varie à travers le monde, mais ces données recueillies peuvent aussi servir pour quantifier le volume des eaux venant de sources diverses notamment de la fonte des glaciers et des nappes glaciaires, ainsi que de la dilatation thermique des océans du fait de la hausse des températures.

Le rôle des activités de surveillance de notre planète dans l’espace ne s’arrête pas là : des émissions de gaz à effet de serre à la couche d’ozone, des zones de glace à l’humidité du sol et bien davantage, les instruments installés à bord des satellites nous communiquent des données indépendantes et scientifiques qui nous donnent la preuve du changement climatique.

Publié dans Cheminement

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