Lever de Terre

Publié le par Ysia

Penser dans les deux langues, c’est deux cerveaux qui se complètent. Mon incapacité à me traduire dans les deux sens s’explique du fait de mon état d’esprit du moment suivant les circonstances spatiales et temporelles dans lesquelles je me mets à écrire comme si j'estimais inopinément qu’il était important de mettre en lumière certains points plutôt que d’autres dans un souci d’authenticité 

 

Je me suis souvent demandée ce que les rêves signifient, s’ils sont le reflet d’une dualité intérieure ou d’une réalité extérieure que l’inconscient pressent instinctivement. La conscience règne sur deux royaumes : celui de tous les possibles, infini, et celui du réel. Le domaine du possible représente un nombre infini de mondes parallèles. Le domaine du réel évoque la réalité dans laquelle nous évoluons. Pour reprendre la comparaison avec l'activité neuronale, le domaine du possible est notre imagination débordante quant à ce que l'avenir pourrait nous réserver jusqu'à ce que nous affrontions la réalité unique de notre existence quotidienne. Le passé lui aussi se disloque sous l’examen microscopique de la mémoire.  

 

 Le mois de décembre 2018 marque le cinquantième anniversaire de la photographie de la Terre prise à son lever par l’astronaute Bill Anders à bord d’Apollo 8. Elle symbolise l’élargissement dramatique de la conscience de l’humanité comme si elle poussait les portes de sa prison gravitationnelle pour aspirer des bouffées d’air cosmique.  

NASA-Apollo8-Dec24-Earthrise

On a beaucoup insisté sur le regard de l’observateur et sur la nature objective ou subjective de son observation qu’elle soit faite à titre individuel ou collectif dans la compréhension de l’univers quantique. Si la conscience est fondamentalement ce qui révèle ou ce qui rend manifeste parce qu’elle est le préalable essentiel à l’apparition de tout phénomène et que strictement rien n’apparaît à moins de se manifester à un niveau de conscience, est-ce que l'importance que nous attachons à notre rôle dans l’univers reflète une vérité ou une illusion fondée sur une vision anthropocentrique des choses ? L’être humain est un bref épisode dans un processus universel. La conscience, quant à elle, danse dans l’espace-temps imaginaire, délivrée du joug de la raison à la conquête des territoires adjacents des innombrables possibles.   

Parmi les sciences de l’espace, l’héliophysique est l’étude de l’héliosphère et des objets avec lesquels elle interagit. Le soleil offre à l’humanité une chance unique d’observer le comportement d’une étoile parmi les innombrables étoiles de l’univers. Il y a soixante ans, Eugène Parker publiait un article déterminant sur la dynamique des gaz dans l’espace interplanétaire et des champs magnétiques. Pour la première fois, à 93 ans il a assisté en août dernier au lancement d’une sonde qui atteindra son orbite finale en 2024, la plus proche jamais encore atteinte du Soleil à moins de 4 millions de miles, à une vitesse jamais encore égalée de plus de 430 000 miles à l’heure dans le but d’observer les champs magnétiques qui émanent du Soleil et les éjections de masse coronale gigantesques qui créent des ondes de choc. Résoudra-t-elle l’énigme qui se pose aux scientifiques à savoir que la température grimpe au fur et à mesure que l’on s’éloigne de la surface du Soleil comme si les vents solaires créaient des parois brûlantes infranchissables à l’abri des regards ?  

Coronal Mass Ejection

La conscience, comme un grondement qui roule à travers l'univers, possède le libre arbitre à l’image du libre arbitre des variables quantiques (Humanity in a creative universe, Stuart Kauffman, p.100). Et lorsque la sonde solaire Parker sera la plus proche du Soleil, serons-nous en mesure d’observer sa conscience stellaire, telle que l’a décrite Gregory Matloff ? Le soleil exprime-t-il sa volonté stellaire lorsqu’il émet à des millions de miles à l’heure des bobines électromagnétiques qui se déroulent dans l’espace, emportées par les vents solaires ? 

Lever de Terre

Dans le champ ultra-profond de Hubble, on observe 10 000 galaxies et environ 100 milliards d'étoiles. Des milliards et des milliards de planètes se cachent dans l’obscurité du paysage. L'univers est-il le produit de la conscience ou la conscience se leurre-t-elle à croire que l'univers est réel ? Et s’il existe un multivers, est-ce que chaque univers est doté d’un espace-temps ? Ou l’espace-temps a-t-il donné forme à un multivers dans lequel chaque univers est doté d'une conscience universelle ?  

Hubble Ultra Deep Field part

Stuart Kauffman présente les deux concepts de res potentia et res extensa. Res potentia fait référence à une sorte de réalité physique étrange, située entre la possibilité et la réalité. Res extensa fait référence à ce que Descartes appelle la substance corporelle que j’entends comme la manifestation en tant que telle. Il considère que si le domaine du possible se situe hors de l’espace-temps, res potentia pourrait avoir existé avant le Big Bang, ouvrant ainsi la porte à une nouvelle façon de concevoir l’origine de l’univers (Humanity in a creative universe,p. 125).  

 

Il  propose également l’idée d’une conscience libre jusque dans l’interaction des variables quantiques  (ibid., p.127), similaire à celle d’Alva Noë qui estime que la conscience ne se limite pas au cerveau de l’être humain mais se manifeste en quelque sorte dans ce no man’s land entre l’esprit et son environnement. Et si, comme le dit Carlo Rovelli,  le temps est la forme sous laquelle chaque objet physique - y compris l’être humain - interagit avec l’univers et qu’il constitue la source de son identité, n’est-ce pas aussi la définition de la conscience ? Temps et conscience ne font qu’un. Et si le temps est une illusion - tout au moins au niveau quantique -  la conscience se berce-t-elle, elle aussi, d'illusions ? 

Publié dans Les deux infinis

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