L'échelle des êtres

Publié le par Ysia

Y-a-t-il une échelle des êtres,  une échelle que l’on est condamné à redescendre si l’on ne s’applique pas à la monter ?

Jusqu’à quand oublieras-tu la mission sublime que t’impose le génie ? N’entends-tu pas les voix qui t’appellent ? Ne sais-tu pas que, pour monter l’échelle des êtres, il faut souffrir, et que souffrir c’est mériter ? L’ignorance, le sophisme s’élèvent en vain contre toi ! Marche, marche, Frantz Mathéus, sème sur ton passage les germes bienfaisants de l’anthropo-zoologie, et ta gloire, immortelle comme la vérité, grandira de siècle en siècle, abritant de son feuillage toujours vert, les générations futures !

L'illustre docteur Mathéus

Un formulaire d’embauche du Collège de Reed (Portland, Oregon) datant de 1973 a récemment été vendu aux enchères au prix de 18 750 dollars. Ce qui est fascinant, ce n’est pas le montant de l’offre finale mais à quel point ce candidat – Steve Jobs - paraissait ordinaire et guère prometteur sur papier.

Aujourd’hui Steve Jobs est considéré comme un innovateur visionnaire, l’un des personnages les plus influents de l’histoire de la technologie. Mais sur son formulaire d’embauche, il était complètement inconnu.

Il n’y avait inscrit aucun numéro de téléphone et n’avait donné qu’une adresse vague « reed college » (sans majuscule). Sa spécialisation était la langue anglaise, pourtant il n’avait aucune idée quand il obtiendrait son diplôme. Position souhaitée ? Néant. Expérience professionnelle ? Rien. Accès aux moyens de transport ? « Possible, mais improbable ». Sous la rubrique des centres d’intérêt, il énumèra l’électronique, le design en ajoutant piètrement  qu’il venait de la région de la baie, près de Hewlett-Packard – avec une faute d'orthographe.

« J’ai eu l’occasion de lire des formulaires d’embauche médiocres (et j’en ai moi-même écrit), mais ce ramassis de niaiseries aurait sûrement dû être jeté à la poubelle. Ce formulaire est plus que décevant – c’est un papier torché, un énorme fiasco.  Mais c’est précisément ce que j’aime dans ce document. » écrit Chris Lydgate.

Il ne fait aucun doute qu’il aurait pu demander de l’aide et produire un CV cent fois plus solide en précisant ses coordonnées et en étoffant son expérience professionnelle.  Les étudiants sont encouragés à définir un objectif et à raconter une histoire par le biais du CV afin d’impressionner les employeurs potentiels avec leurs aptitudes et leurs compétences.

Mais en 1973, Steve avait à peine 18 ans. Il ne savait pas ce qu’il voulait faire. Ce futur titan du monde industriel était un vagabond qui aimait la calligraphie, Bob Dylan, Shakespeare, l’électronique et la danse. Il lisait des livres sur le bouddhisme à la bibliothèque, grappillait à la cantine et fabriquait des petites boîtes bleues pour abuser de la compagnie de téléphone. C’était des expériences importantes, voire déterminantes, mais insuffisantes pour postuler à un emploi.  Aussi poli fût son CV, cela n’y aurait rien changé. Steve Jobs devenait adulte et explorait  avec un grain de folie.

Plus tard, cette année-là, il trouva un boulot à mi-temps avec le département de psychologie pour lequel il réparait les équipements permettant de procéder à des expériences sur les rats et les pigeons. Finalement il obtint un emploi à Atari, partit pour l’Inde et prit possession du garage de ses parents avec, dans la tête, une idée farfelue qui tire son nom d’un verger près de McMinnville.

« Je souhaite que tous, nous puissions éprouver la joie d’une éducation véritable, que ce soit en lisant la République de Platon sur la pelouse ou aux prises avec des koans à bord d’un bus. Je souhaite que tous, nous puissions avoir l’occasion d’embraser l’étincelle de l’inspiration. S’agissant de lire et d’écrire notamment des CV, je souhaite que nous nous souvenions tous que nous sommes, nous aussi,  des œuvres inachevées, des ébauches, des pièces grossières, des chantiers. La différence principale est que certains d’entre nous continuent de l’être plus longtemps que d’autres. » poursuit Chris Lydgate.

Publié dans Cheminement

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