Varilaku

Publié le par Ysia

Les populations insulaires présentent la fragilité des plantes natives et se cachent derrière un mur de réserve, une vulnérabilité qui n’a d’autre refuge qu’une île repliée sur elle-même.

  Polynesian figure

Les cheveux blonds sont un trait caractéristique de la population indigène à peau noire des Îles Salomon, conséquence d’une variante génétique localisée, distincte du gène à l’origine des cheveux blonds en Europe, d’après une nouvelle étude de l’École de médecine de  l’Université de Stanford.

L’étude identifie le gène responsable des cheveux blonds aux Îles Salomon, une nation du Pacifique Sud. C’est en prélevant des échantillons de salive et de cheveu sur 1209 résidents des Îles Salomon et en comparant la composition génétique de 43 individus blonds et 42 individus bruns des Îles que des différences sont clairement apparues dans un gène crucial, le gène TYRP1 (tyrosinase-related protein 1) localisé sur le chromosome 9 qui produit l’enzyme participant de la production de la pigmentation. Ce gène des cheveux blonds est récessif, c’est-à-dire qu’il est hérité des deux parents. Cette mutation génétique est spécifique aux Îles Salomon et est inexistante sur un échantillon de 941 personnes originaires de 52 populations ailleurs dans le monde. Si elle semble apparaître au hasard, cela n’en est pas moins particulièrement fréquent aux Îles Salomon. Les Îles Salomon sont également l’une des nations les plus diverses sur le plan linguistique, avec des dizaines de langues parlées. Il serait donc intéressant d’étudier à l'avenir si ces variations linguistiques sont en corrélation avec les variations génétiques.

 

traduit, résumé et commenté par Ysia

Publié dans Génétique

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Géométrie de l’Espace et du Temps

Publié le par Ysia

Dans la réalité physique palpable et tangible, déterminée par la géométrie de l’espace et du temps, se définit le passé de la Polynésie.Easter pole

L’article paru sur le site PNAS intitulé  Polynesian origins: Insights from the Y chromosome coécrit par un certain nombre de scientifiques chinois, anglais, américains et australiens confirme combien controversée est la question entourant la colonisation de la Polynésie. Deux hypothèses s’affrontent : l’une postulant que l’île de Taiwan serait la patrie présumée de ces colons, l’autre suggère une origine mélanésienne. Pourtant, sur un échantillon de 551 individus mâles de 36 populations vivant en Asie du Sud-Est, à Taiwan, en Micronésie, en Mélanésie et en Polynésie, pratiquement aucun haplotype du chromosome Y taïwanais ne se trouve ni en Micronésie  ni en Polynésie. En même temps, un haplotype spécifique aux Mélanésiens ne se rencontre pas non plus chez les Polynésiens. Toutefois, tous les haplotypes polynésiens, micronésiens, et taïwanais sont présents parmi les populations existantes d’Asie du Sud-Est. A l’évidence, les données fondées sur le chromosome Y ne corroborent aucune des deux hypothèses. Nous partons donc du postulat selon lequel l’Asie du Sud-Est est une source génétique de deux mouvements migratoires indépendants, l’un se dirigeant en direction de Taiwan et l’autre en direction de la Polynésie à travers les îles d’Asie du Sud-Est.

Les événements préhistoriques majeurs qui ont conduit à la colonisation de la Polynésie ont été examinés sous divers angles, et deux modèles suggérant le déplacement des populations ont été proposés. Le premier, surnommé le modèle du train express, fondé principalement sur  des preuves archéologiques et linguistiques, soutient que vers 4 000 à 5 000 ans avant le présent (BP),  un mouvement migratoire rapide en direction de l’Est a commencé dans le Sud de la Chine diffusant une langue austronésienne et une culture Lapita à travers les îles du Pacifique, culminant par la colonisation de la Polynésie. Suivant ce modèle, Taiwan, île limitrophe de l’Asie continentale, fut d’abord colonisé. Cette hypothèse s’appuie sur les données récentes relatives au génome mitochondrial (ADNmt), qui établissent un lien entre les aborigènes taïwanais et les  Polynésiens. La deuxième hypothèse propose une terre d’origine voisine des Polynésiens en Mélanésie, dans laquelle les Polynésiens entretenaient une toile complexe de relations avec les insulaires qui peuplaient alors le Pacifique.

Bien que la plupart des preuves génétiques favorisent la première hypothèse, le débat continue et d’autres scénarios plausibles sont également examinés. Notamment des études récentes suggèrent que de nouvelles données relatives au génome mitochondrial (ADNmt)  montrent en fait une origine en Indonésie orientale. A partir de l’analyse de 19 marqueurs bialléliques sur un échantillon de 551 chromosomes Y d’hommes originaires de 36 populations de l’Asie du Sud-Est, de la Micronésie, de la Mélanésie et de la Polynésie ont été identifiés 15 haplotypes. Si H1 est considéré comme étant l’haplotype ancestral du fait de sa présence chez les chimpanzés, parmi les autres haplotypes se trouvent H2 qui est également relativement ancien étant donné qu’il apparaît chez les populations africaines et non-africaines, et H5 qui est l’ancêtre commun de tous les autres haplotypes non-africains et présent au niveau régional. Les Asiatiques du Sud-Est, avec 14 haplotypes et une diversité haplotypique de 0,88, sont de loin la plus diverse des populations étudiées. Le seul haplotype manquant est H17, spécifique aux Mélanésiens. Les 58 aborigènes mâles taïwanais qui font partie de l’étude partagent 7 de ces haplotypes (H6–H12), avec une diversité haplotypique de 0,70. Deux de ces haplotypes (H6 et H7) ont seulement été observés au sein de la population de langue atayal. Sur les 113 Micronésiens et Polynésiens participant à l'étude ont été identifiés 10 haplotypes, avec une diversité haplotypique de 0,72, dont neuf (H1, H2, H4, H5, H6, H8, H10, H12, and H14) sont communs aux Asiatiques du Sud-Est. Le dixième haplotype est H17, qui se retrouve seulement chez deux individus de langue troukaise. Stone sinker

Une comparaison de la distribution des haplotypes chez les Micronésiens et les Polynésiens avec celle observée dans la population taïwanaise présente un certain intérêt. A l’exception de H6, les deux groupes de population partagent deux séries indépendantes d’haplotypes. H1, H2, H4 et H5 sont uniquement présents en Micronésie et en Polynésie. En même temps, les  haplotypes taïwanais H7, H8, H9, H10, H11 et H12 sont absents en Polynésie et relativement rares en Micronésie. En fait, Micronésiens et Polynésiens ne partagent que quatre haplotypes avec les Taïwanais, dont trois se retrouvent en Micronésie mais pas en Polynésie, ce qui suggère un flux génique plus récent de l’Asie du Sud-Est à la Micronésie. H1 (haplotype ancestral) et H5 (ancêtre commun de tous les autres haplotypes non-africains) brillent par leur absence au sein des populations aborigènes taïwanaises, alors qu’ils sont largement présents dans presque toutes les populations micronésiennes et polynésiennes. A l’évidence, les populations aborigènes taïwanaises d’une part et, d’autre part, Micronésiens et Polynésiens, possèdent deux sous-ensembles distincts d’haplotypes présents parmi les populations existantes de l’Asie du Sud-Est. Le calcul des distances génétiques montrent que l’écart entre Taïwanais et populations micronésiennes et polynésiennes est deux fois plus important que celui qui sépare les deux groupes de population de l’ensemble des Asiatiques du Sud-est. 

Suivant le modèle du train express, le peuplement de Taïwan s’est produit il y a 5 000 à 6 000 ans suite à un flux migratoire proto-austronésien depuis les côtes du Sud de la Chine. Bien que les langues austronésiennes ne soient plus parlées dans cette région, les données recueillies n’excluent pas la possibilité que des Chinois originaires de la côte méridionale aient été les membres fondateurs des aborigènes de Taïwan puisque les haplotypes du chromosome Y spécifique aux Taïwanais constitue un sous-groupe présent dans l’ensemble de l’Asie du Sud-est, y compris en Chine méridionale. Notons que certaines populations vivant sur le littoral chinois ( Tujia, Yao, Dong, She, Li, et Zhuang) et mentionnées dans cette étude, qui, avec l’expansion des Hans au cours des 2 000 dernières années, s’étaient déplacées vers le Sud-Ouest de la Chine (Yunnan, Guizhou, and Sichuan), présentent un profil marqué par l’haplotype du chromosome Y, similaire aux autres populations de l’Asie du Sud-Est. A l’évidence, cela suggère un continuum génétique à travers toute l’Asie du Sud-est, y compris la Chine méridionale, continentale et les îles du Sud-est, indépendamment de la famille linguistique auxquelles elles appartiennent (sino-tibétaine, hmong-mien, austroasiatique et austronésiennne). En dépit de ces observations, les données fondées sur le chromosome Y ne privilégient pas l’hypothèse d’une terre d’origine des Polynésiens à Taïwan. Toutefois, ces constatations ne réfutent pas entièrement le modèle du train express, qui suppose la diffusion de la langue austronésienne et de la culture Lapita depuis l’Asie du Sud-est. En outre, le fait que la diversité haplotypique soit au niveau le plus élevé en Asie du Sud-est comparativement aux autres populations renforce la thèse d’une terre d’origine en Asie du Sud-est. L’explication la plus plausible tend à confirmer qu’aussi bien les Taïwanais que les Polynésiens sont issus d’un ancêtre originaire de l’Asie du Sud-est. Quoi qu’il en soit, la colonisation de la Polynésie s’est effectuée par une route migratoire depuis l’Asie du Sud-est  et indépendante de celle  allant vers Taïwan. A l’heure actuelle, il n’est pas possible de localiser avec certitude le point d’origine de ces ancêtres polynésiens. statuette

Il faut relever une fois de plus la présence quasi exclusive de H17 dans la population mélanésienne si ce n’est dans un groupe micronésien (12% au sein de la population de langue troukaise). L’absence de H17 dans la population polynésienne suggère une contribution négligeable à l’expansion  polynésienne des haplotypes du chromosome Y spécifique aux Mélanésiens, par contraste avec la proportion plus élevée des allèles mélanésiens à partir  de l’ADN nucléaire et de l’ADN mitochondrial, ce qui pourrait s’expliquer par le fait que c’est le processus de reproduction qui a surtout contribué à la colonisation du Pacifique, à l’exemple d’autres expansions géographiques dans le monde, en vue de pallier au goulot d’étranglement démographique. Dans le contexte de l’histoire récente de la Polynésie, l’apport européen reste encore à démontrer et ne saurait masquer la trace génétique du premier flux migratoire de la Préhistoire en Polynésie.

 

traduit et commenté par Ysia.

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Le mystère des Origines

Publié le par Ysia

  ...the diversity of thought and knowledge in genetic studies is partly shaped by the different approaches taken by researchers and by the different sources of data and methodologies used, in addition to the varying genetic records of different regions. Reconstructing human phylogenies from genetic data entails inferring points of divergence and estimating rates of change along branches. These can vary considerably depending on the models and mathematics used to build the phylogenetic trees, sampling biases, and the methods used to calibrate the molecular clocks.Probing deeper into first American studies

 

 

Dans l'article Probing deeper into first American studies par Tom D. Dillehay , Départment d'anthropologie, Université de Vanderbilt, édité par Jeremy A. Sabloff, Université de Pennsylvanie, Musée d'archéologie et d'anthropologie, Philadelphie, et publié sur le site PNAS, son auteur concède que la question du peuplement initial de l’Amérique s’avère l’une des plus énigmatiques de la préhistoire du monde. Malgré les nombreuses avancées qui ont permis d’approfondir notre compréhension dans le domaine de la génétique et les découvertes archéologiques récentes, le débat se poursuit quant à la datation et aux routes empruntées par le mouvement migratoire.

Des diverses routes de peuplement possibles, la Béringie, un pont terrestre entre la Sibérie et l’Alaska, est la plus probable. Une population asiatique a pour la première fois colonisée l’Amérique du Nord au sud de la calotte glaciaire, depuis la Béringie, probablement il y a entre 20 000 et 15 000 ans avant le présent (BP). A mesure que les données archéologiques seront rendues disponibles, les chercheurs connaîtront mieux les diverses routes de migration prises par différentes populations à différentes périodes historiques. Si le lien entre les traditions culturelles de la Sibérie et de la Béringie a clairement été mis en évidence avec les sites archéologiques d’Uskhi en Sibérie et de Nenana en Alaska, les découvertes archéologiques sont plus éparses en Amérique du Sud. C’est la culture Clovis - ainsi nommée après le site du Nouveau-Mexique datant de 12 000 ans BP environ - et ses pierres taillées qui sont jusqu’à présent les mieux documentées. Ces dernières décennies, diverses pointes lithiques et technologies, dont certaines d’avant la culture Clovis et d’autres contemporaines, ont été découvertes. Il existe un nombre suffisant de sites archéologiques dans tout le continent américain qui confirment l’existence d’une présence humaine avant la culture Clovis. En Alaska et dans le nord-ouest du Canada, quelques sites pré-Clovis (Bluefish Cave, Old Crow)  nécessitent des études supplémentaires pour confirmer leur datation. Plus au Sud, il y a Schaefer et Hebior (entre 14 800 et 14 200  ans BP) dans le Wisconsin, La Sena (entre 22 000 et 20 000 ans BP) dans le Nebraska, Lovewell (vers 19 000 ans BP) au Kansas, et Page-Ladson (vers 14 000 ans BP) en Floride. D’autres sites offrent des preuves solides d’une datation pré-Clovis, notamment l’abri de Meadowcroft (entre 22 000 et 13 400 ans BP) en Pennsylvanie, Cactus Hill (entre 20 000 et 18 000 ans BP) en Virginie, et probablement Topper en Caroline du Sud. La question des premiers peuplements en Amérique est rendue plus complexe par la découverte de traditions différentes des cultures lithiques sibériennes, notamment Cactus Hill et Page Ladson qui n’ont aucun antécédents convaincants dans la steppe russe, en Sibérie ou en Béringie. Certains outils découverts dans ces sites présentent toutefois des étapes similaires du processus de fabrication lithique de la culture solutréenne franco-cantabrienne datant de 21 000  à 18 000 ans BP. Les informations recueillies en Amérique centrale, pont terrestre entre le Nord et le Sud, sont trop rares et fondées principalement sur les pointes du type Clovis et autres pointes ramassées en surface. Des fouilles entreprises dans un petit nombre de sites  (notamment Tlapacoya au Mexique) ont produit des données stratigraphiques dont l’importance reste à démontrer. Bien que des études soient menées actuellement au Mexique, au Panama et dans d’autres pays,  il reste nécessaire d’approfondir les recherches archéologiques dans l’ensemble de l’Amérique centrale. L’archéologie de la fin du pléistocène en Amérique du Sud  présente des caractéristiques différentes car aucune culture n’a dominé cette région comme l’a fait la culture Clovis durant une brève période en Amérique du Nord. Les premières technologies consistent en différents types d’outils de pierre taillée, notamment une large variété de bifaces (Monte Verde, Fishtail, Paiján, El Jobo) et d’unifaces. Des datations plus précises ont montré une succession d’industries souvent diamétralement différentes, surtout dans les Andes, dans l’Est du Brésil et en Patagonie. Certains facteurs expliquent probablement cette diversité dans l’hémisphère Sud, notamment des barrières géographiques (Andes et Amazone) qui ont empêché les mouvements de population, des changements climatiques, la transformation des zones de ressources et l’évolution des conditions sociales.  Le seul lien possible entre l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud serait, pour certains experts, la présence de cannelures sur les pointes de Clovis et peut-être les pointes en forme de queue de poisson, qui proviendraient selon d’autres experts de la Patagonie. Plusieurs sites en Amérique du Sud sont antérieurs à la culture de Clovis, notamment Monte Verde vers 14 500 ans BP au Chili, probablement Taima–Taima vers 13 000 ans BP au Venezuela, Santana do Riacho et Lapa do Boquete vers 14 000 ans BP au Brésil.

La reconstruction du lien biologique et des mouvements de population, sur la base du génome mitochondrial (ADNmt)  et du chromosome Y, a considérablement bouleversé l’étude de la colonisation de l’Amérique. La génétique est non seulement devenue un outil puissant dans la recherche des origines des premiers Américains mais, tout comme l’archéologie et l’anthropologie biologique, elle a donné la preuve de la diversité des peuples anciens. Les analyses génétiques indiquent que la plupart des Amérindiens ont une origine asiatique unique et possèdent les cinq haplogroupes qui forment le lignage fondateur. La dissémination de ces haplogroupes suggère soit un seul mouvement migratoire majeur de l’Asie au Nouveau Monde soit de multiples vagues migratoires originaires d’une  population génétiquement homogène quelque part au nord-est de l’Asie orientale. D’anciens marqueurs d’ADN prélevés sur des squelettes humains suggèrent des haplotypes nord-américains d’origine asiatique et un seul haplotype non amérindien. Des analyses récentes ont confirmé la présence de plusieurs sous-haplogroupes et de leurs dérivés, suggérant des mutations de populations autochtones géographiquement isolées en Béringie ou dans une région voisine avant leur dispersion sur l’ensemble du continent américain. Les échantillons prélevés d’ADNmt à partir de 14 coprolithes humains datant de 14 100 ans BP dans la caverne de Paisley dans l’Oregon appartiennent aux deux haplogroupes les plus répandus dans la population amérindienne moderne et suggèrent un lien biologique avec les peuples anciens de l’Asie de l’Est. Egalement présent dans l’ADN des populations actuelles sont les deux haplogroupes du chromosone Y (C,Q) considérés comme le lignage paternel. Q et ses dérivés quasiment présents chez tous les Amérindiens révèlent une origine en Sibérie. Des conclusions récentes suggèrent également que tous les groupes indigènes dérivent d’une population ancestrale commune, ce qui explique la dissémination de l’allèle ((9AR) sur tout le continent américain à la fin du pléistocène. Dans leur ensemble, les données génétiques suggèrent que tous les lignages majeurs de la population amérindienne actuelle sont représentés parmi les populations modernes du nord-est de l’Asie et qu’une à quatre vagues migratoires se sont succédées depuis cette région de l’Asie aux Amériques. La thèse la plus largement acceptée est une seule vague de migration entre 20 000 et 12 000 ans BP le long de la côte pacifique ou le long d’une route intérieure par les terres septentrionales entre les calottes Laurentide et de la Cordillère vers 14 500 ans BP. D’autres études suggèrent de multiples migrations  le long de la côte et à travers les terres. A l’heure actuelle, l’horloge moléculaire date l’entrée de l’homme en Amérique entre 30 000 et 15 000 ans BP, suivant les mutations génétiques et la vitesse à laquelle elles sont intervenues. En Amérique du Sud, la signature génétique est moins évidente qu’en Amérique du Nord, ce qui rend plus délicate la question de dater et de déterminer le nombre de vagues migratoires. Les indices actuels suggèrent que le lien qui lie l’Amérique du Sud à l’Amérique du Nord est moins évident que celui qui lie l’Amérique du Nord à la Sibérie. Du fait de la grande distance qui sépare le Nord du Sud, il n’est pas surprenant que les différents processus démographiques, biologiques et environnementaux aient affecté les données à travers le temps et l’espace, d’autant que des échanges entre Béringiens et Américains du Nord ont plus aisément pu avoir lieu même après la première vague d’expansion en Amérique. Des études suggèrent en outre que les populations des Andes diffèrent génétiquement de celles habitant les basses terres tropicales  de l’Est, ce qui pourrait être le résultat de deux vagues migratoires séparées, de différents niveaux de peuplement, et/ou du flux génique entre et au sein des populations régionales, conséquence principale de la densité de population et des conditions géographiques. Les généticiens ont également suggéré qu’une plus grande diversité génétique et une structure démographique moins favorable à l’Ouest par rapport à l’Est de l’Amérique du Sud expliquent cet écart, même si les deux populations dérivent probablement de la même population fondatrice. D’autres recherches et collectes de données sont nécessaires pour corroborer ces thèses, d’autant que la datation de la colonisation par l’homme de l’Amérique du Sud reste à déterminer et à concilier avec la datation archéologique. Les études génétiques ont leurs limites car les chercheurs doivent s’entendre sur les unités de mesure utilisées (unité démographique, groupes génétiques tels que les haplogroupes) et tourner de plus en plus leur attention des populations locales actuelles aux populations anciennes. Le cas des squelettes humains datant de l’holocène notamment l’Homme de Kennewick dans l’Etat de Washington, l’Homme de la Grotte de l’Esprit au Nevada et la Femme de Buhl dans l’Idaho, peut-il être représentatif des populations de la fin du pléistocène, en dépit des quelques milliers d’années les séparant ou encore des tout premiers Américains desquels 350 générations au moins les séparent ?  S'il faut admettre que des échanges démographiques sont intervenus entre les différents groupes dans le temps et l’espace et tenir compte des facteurs de la dérive génétique,  du flux génique et de l’isolement géographique, encore faut-il pouvoir prouver avec certitude que le tableau génétique des squelettes du pléistocène a été altéré par les vagues de populations successives !  La découverte de nouveaux squelettes et la collecte des données génétiques seront cruciales.

Le nombre restreint de sites funéraires datant de la fin du pléistocène en Amérique contraste avec leur présence plus visible en Australie et dans d’autres régions du monde. Les raisons restent indéterminées. L'analyse morphométrique crânienne porte certains chercheurs à conclure que deux populations se sont introduites à des périodes différentes en Amérique et dont les origines biologiques et génétiques rassemblent non seulement les populations du Nord-est de l’Asie, mais aussi du Sud-Est et probablement de l’Europe, de l’Afrique et les Mélanésiens d’Australie. La forme crânienne la plus ancienne du Paléoaméricain offre des ressemblances avec les premiers hommes modernes qui s'observent aujourd’hui chez les Africains et les  Mélanésiens d’Australie. La forme crânienne plus récente est mongoloïde. Bien qu’il soit toujours possible que ces deux types crâniens constituent des formes extrêmes d’un processus continu de variations morphologiques, certains chercheurs sont convaincus que ces ressemblances crâniennes des populations anciennes d’Amérique du Sud, et à une moindre mesure d’Amérique du Nord, avec les Africains et Mélanésiens d’Australie suggèrent que des populations différentes de celles du type mongoloïde ont colonisé l’hémisphère Sud. En conclusion, ces variations crâniennes, compliquées par une discontinuité entre le début de l’holocène et l’holocène moyen, peuvent être le résultat d’une adaptation climatique, d’une dérive génétique, ou le fait que les premiers colons eux-mêmes formaient un groupe hétérogène.

Théories, méthodologies et approches empiriques dans les divers domaines scientifiques ont du mal à se réconcilier entre elles et à faciliter une meilleure compréhension de la première vague de colonisation de l’Amérique. Si la diversité des indices archéologiques, génétiques et morphologiques est plus largement reconnue,  il reste qu’un effort interdisciplinaire simultané est nécessaire aujourd’hui pour mieux recouper géographiquement et historiquement l’ensemble des données interdisciplinaires rigoureusement et uniformément prélevées.

Un élément encore ignoré est la place de l’art rupestre dans l’histoire de la colonisation de l’Amérique et son interprétation. Comment définir le cadre ontologique de ces recherches interdisciplinaires ? Faut-il parler d’un  processus de migration systémique ou de phénomènes culturels évolutifs localisés dans le temps et l’espace ? De manière plus générale, une étude comparative de la colonisation de l’Amérique avec celle d’autres continents par l’homme suivant des paradigmes biologiques, écologiques et anthropologiques doit également être menée.

 

Traduit et commenté par Ysia.

Publié dans Génétique

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De l’expression humaine primitive

Publié le par Ysia

Chinese-Mask.JPG

..un masque n'est pas d'abord ce qu'il représente, mais ce qu'il transforme, c'est-à-dire ce qu'il choisit de ne pas représenter. La Voie des masques, Claude Lévi-Strauss.

 

Red-mask--1--copie-1.JPG   Le masque dans les arts primitifs intervient comme un pont entre le visible et l’invisible, un acte de réflexion, un miroir de l’intérieur, une perspective cryptique sur l’au-delà. Le masque ne donne-t-il pas à voir le passé, l’ancêtre totémique sous une forme codifiée ? Une relation mnémonique, où de la mémoire surgissent des émotions souterraines, s’établit entre l’image primitive et le regard individuel. L’expression humaine primitive est le fruit de l’expérience mentale du regard, le produit d’un processus par lequel l’entendement agit dans un réflexe cérébral. 

L’expression primitive est une chimère intense, une pensée visuelle guidée par les perceptions sensorielles teintées par l’imaginaire et la mémoire collective ou individuelle. L’invariant culturel, témoin des archétypes de l’Orient en Occident, de l’Asie aux Amériques, fait l’objet d’une représentation binaire, d’une figure géométrique, d’un règne originel du son et du regard avant la civilisation des mots. 

L’empreinte mnémonique laissée par l’image primitive constitue un code du langage, un moyen de transmission du savoir.  Quelle est l'origine de toute iconographie ? Faut-il voir à la source un totem clanique, élément de l’arbre généalogique ? A l’origine est le signe devenu image, l’image devenue hiéroglyphe. L’expression primitive crée une présence et  confirme un lien historique que son traitement scientifique permet d’analyser. C’est par la reconstruction de chaque signe qui forme l’image qu’il est possible de remonter dans le temps jusqu’à la préhistoire de l’homme et de l’art. Le peuple Tainò des Caraïbes qui croyait que les hommes étaient nés des entrailles hypogées conserva la fonction de lieu rituel pour les cavernes et grava des pétroglyphes à l’instar de ceux de la préhistoire.

 

Carlo Severi « Pièges à voir, Pièges à penser », Gradhiva 1/2011 (n° 13), p. 4-7.
URL :
www.cairn.info/revue-gradhiva-2011-1-page-4.htm.

Black and White Mask (2)-copie-1

 

Le soleil, la lune et la nuit étoilée sont des ȃmes solitaires. De l’ère du bricoleur à celui de l’ingénieur, percepts et concepts se succèdent dans l’imaginaire de l’être humain au cœur de son espace vital où  le souffle ne va ni ne vient. Les cinq sens et les quatre éléments se combinent dans cet univers physique. Le problème essentiel est effectivement « de savoir pourquoi la pensée mythique manifeste une si grande et constante prédilection pour les animaux, les corps célestes et autres phénomènes naturels personnifiés » (Lévi-Strauss, La pensée sauvage, p.178). De l’ordre au chaos,  l’univers par le biais de la taxinomie zoologique, bactériologique ou botanique fait l’objet d’une classification par l’être humain systématicien. Les totems d’antan, pareils à des émanations d’une espèce, ont-ils été remplacés par les pommes et les sirènes? Ces nouvelles appellations totémiques représentent les nouveaux outils conceptuels, blasons de la société, acquis sociaux d’un symbolisme d’inspiration technologique, objets manufacturés. Faut-il être un monstre pour rester vivant? Modus operanti des héros modernes.

 

L’humanité, quant à elle, respire d’un seul souffle.

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In search of a head

Publié le par Ysia

Cycladic head Getty Villa 96.AA.27

 

Publié dans Art et Préhistoire

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Conscience collective

Publié le par Ysia

Ontologie des images

Langage numérique

Salpes flottantes en spirale magique

Cornes recourbées en veloutes

Amonnites abîmées au fond de l’océan

Images symboliques

 

Oracle d’Ammon (Ysia)

 

 

 

Algorithme de colonies de fourmis, intelligence en essaim. Comportement collectif révélateur d’une intelligence de groupe. Synergie de la conscience. Sociologie animale.

L’intelligence collective s’observe chez les insectes sociaux, comme les abeilles, les termites et les fourmis. L’instinct grégaire inné chez l’homme est un trait commun à d’autres espèces animales. Par le moyen de signaux s’opère la communication en groupe.

« Les abeilles sont à la ruche ce que les neurones sont au cerveau » déclare le spécialiste des neurosciences Jeffrey Schall de l’Université Vanderbilt.

Les neurones se servent de quelques-unes des astuces que les abeilles mellifères utilisent pour parvenir à prendre une décision. Un neurone du cortex visuel est pareil à une abeille éclaireuse.

L’intelligence en essaim signifie la mise en commun des capacités individuelles de raisonnement, une sorte de conscience collective d’un groupe, d’une population, de l’univers tout simplement dont témoignent manifestement un nuage de criquets, un banc de poissons, une volée d’oiseaux, une colonie de termites, une chaîne de salpes ou encore un troupeau de moutons.

Le professeur de biologie Tom Seeley de l’Université de Cornell affirme effectivement combien un essaim d’abeilles est comparable au cerveau humain : «  Un essaim me fait penser à un cerveau à nu perché sur une branche » déclare-t-il. Essaims et cerveaux prennent une décision de façon démocratique. Aucun neurone ne peut prendre seul une décision sur la base des informations transmises par nos sens. Ce sont des millions de neurones qui parviennent ensemble à prendre une décision collective ( The secret life of bees by Carl Zimmer), comme le fruit d'une collecte de données informatiques ou le résultat d’un moteur de recherche.

C'est dans un essaim d’idées et de pensées qu’il faut rechercher le destin universel. Stratégie collective dans un mouvement universel.  

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Tour de Babel

Publié le par Ysia

Valkenborch babel-tower

Marten van Valckenborch (1535-1612)

 

Brueghel-tower-of-babel

  Pieter Brueghel l'Ancien (1525/1530–1569)

Les langues ne sont pas du tout réparties uniformément dans le monde. Tout comme certaines régions abritent une flore et une faune plus diversifiées, il en est de même pour la répartition des langues.  Le site Ethnologue répertorie à ce jour plus de 7 000 langues dont 230 seulement sont parlées en Europe alors que plus de 2 000 le sont en Asie. Une région caractérisée par une très grande diversité linguistique est la Papouasie-Nouvelle-Guinée qui compte plus de 800 langues parlées par 3,9 millions d’habitants, soit 4, 500 personnes pour chaque langue en moyenne, la plus faible dans le monde. Ces langues sont classées par famille, en 40 à 50 catégories distinctes.    (traduit par Ysia, Linguistic Society of America)

 

Valckenborch tower-babel

Lucas van Valckenborch (1535-1597)

 

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Hendrick van Cleve (1525–1589)  

 

 

Marten van Valckenborch Tower of babel-large

Marten van Valckenborch (1535 – 1612)

 

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Cérémonie des Cendres

Publié le par Ysia

« …un sens profond se dégage de cette cérémonie des Cendres, qui rappelle à l'homme que la mort le menace sans cesse et qu'il doit souvent s'examiner et se juger, humblement, sévèrement, avec un esprit de pénitence et de réparation. L'humilité est une grande, une très grande vertu. Seule, elle est capable de rapprocher les distances que la nature et les lois mettent entre  les hommes : car elle inspire aux supérieurs la douceur et la charité, et aux inférieurs le respect et l'obéissance. Seule, elle peut atténuer et rendre plus légères les inévitables injustices de la vie et de la société, détruire, chez les forts, l'instinct de tyrannie et, chez les faibles, l'instinct de révolte. Mais combien ils deviennent rares, les humbles de cœur! Et qu'il est triste d'assister, comme aujourd'hui, au stérile et misérable triomphe de l'orgueil et de l'envie qui réclament l'absurde égalité de tous devant les jouissances. » (La bonne souffrance, François Coppée, 1898)

 

 

Publié dans Art et mysticisme

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Hildegarde de Bingen (1098-1179)

Publié le par Ysia

Qu’est-ce qui fait tourner la roue ornée des sept figures animales que sont le léopard, le loup, le lion, l’ours, le cerf, le crabe (ou homard), le serpent et l’agneau ? Relation entre macrocosme et microcosme…

 

Roue-cosmique.jpg

 

Man and Universe, De Operatione Dei, Vision, p.44-45, Mathew Fox, Penguin Group, 1995

... le visage barbu du Père, qui mord sur la bordure supérieure de l’image et domine le visage glabre et écarlate du Fils, lequel tient dans ses bras, rouges eux aussi, le disque parfaitement circulaire du cosmos. La main gauche du Fils (au Sud) tient un phylactère qui traverse la bordure de l’image. Tout en bas de celle-ci, en dessous du cosmos, dépassent les pieds rouges et la frange de la robe blanche du Père. Le cosmos n’a donc pas la forme ovoïde ..., mais plus classiquement celle d’un cercle. Pour le reste, on retrouve les mêmes zones concentriques, mais au nombre de « six » (et non de cinq), de l’extérieur vers l’intérieur ; dans chacune se retrouvent aussi des groupes de vents, qui sont représentés ici sous la forme de têtes d’animaux (léopard, loup, lion, ours) et non d’humains,...

http://imagesrevues.revues.org/874

Dans la rotondité de la tête humaine, c’est la rotondité du firmament que l’on retrouve. Les dimensions justes et rigoureuses du firmament correspondent aux mêmes dimensions de la tête de l’homme.

Le Livre des œuvres divines, présenté et traduit par Bernard Gorceix, Paris, Albin Michel, 1982, p. 77.

Publié dans Art et mysticisme

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Qui suis-je?

Publié le par Ysia

 

"There are many levels of consciousness and perhaps many varieties of consciousness. Perhaps there are as many or more sorts of consciousness as there are species and cultures." (précédemment tirée du site de l'Université de Waterloo, Canada)

 

Qui suis-je? Un dauphin dans le miroir. Les éléphants tout comme les dauphins se reconnaissent dans le miroir, signe qu’ils ont conscience d’eux-mêmes. Les dauphins sont des êtres hautement sensoriels. Ils communiquent à un autre niveau, celui du cœur et de l'esprit. Et le « je pense donc je suis » devient « je pense » donc il y a une conscience intérieure, trait commun de l’homme, du dauphin, de l’éléphant et du singe,  marque d’une intelligence complexe et du degré de cérébralisation :

 

…tout n’est donc qu’une immense ramification de psychisme se cherchant à travers des formes. Voilà où nous conduit, suivi jusqu’au bout, le fil d’Ariane. (Le Phénomène humain, p. 98)

 

L’âme humaine est animée du souffle vital, principe de  vie, appelé pneuma. Ce principe vital existe en toute chose: les pierres, les montagnes et les fleuves... L’être au fil des crises de son existence renaît, se réinvente et se transforme, se renouvelant impavidement dans sa connaissance de lui-même. Alors que le corps charnel s’altère, se détériore et putréfie, l’âme subtile grandit et se transcende. Si l’âme existe, elle est éternelle et indivisible du collectif dans le corps individuel mortel.

Lance Morrow, dans son article  The timeless wisdom of Kenko évoque l’importance symbolique de l’oreille interne pour notre sens de l’équilibre et ajoute que des écrivains comme Montaigne, Kenko mais aussi Dante ou encore Wodehouse à la fois réconfortent et consolident cette oreille dite interne.

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