Expression abstraite

Publié le par Ysia

L’art est un langage codifié. Le monde réel ne nous est pas directement accessible. C’est par nos sens, surtout visuel, et à travers le prisme des signes et des symboles que s’articule notre compréhension.

Les premiers signes d’une expression abstraite remontent à plus de 75 000 ans avec les sites préhistoriques en Afrique du Sud. La Vénus de Hohle Fels qui date d’environ  35 000 ans est l’exemple le plus ancien d’art figuratif dans le monde à peu près à la même période de l’Aurignacien que la grotte de Fumane dans le Nord de l’Italie, la Vénus de Galgenberg près de Stratzing (Autriche) et la célèbre grotte de Chauvet.

  African Chair

La fabrication de gravures géométriques est généralement interprétée comme le signe de la cognition et du comportement de l’homme moderne. La question clef dans ce débat sur l’origine de ce comportement est de savoir si cette innovation se limite aux Homo sapiens et si son origine est exclusivement africaine. Pour ce faire, une étude a examiné le fossile d’une coquille d’eau douce découvert à Trinil sur l’île de Java en 1891 par Eugene Dubois. Les gravures géométriques sur la coquille ont été réalisées par l’Homo erectus il y a environ un demi million d’années. Bien qu’il soit pour le moment impossible de déterminer la signification de ces traits géométriques sur la coquille et leur fonction, cette découverte suggère que ces formes dessinées abstraites participent du développement neuromoteur et cognitif de l’Homo erectus d’Asie. L’un des coquillages, pseudodons, présente une série de rayures qui ressemble à une ligne en zigzag produisant un « M », des lignes parallèles plus superficielles et une autre ligne en zigzag produisant un « N ». Ces rayures sont similaires à celles laissées par une dent de requin. Il n’y a aucune interruption entre les lignes gravées aux angles saillants et rentrants du zigzag. En outre, la similitude morphologique des rainures indique qu’une seule personne a réalisé tout le motif d’un seul trait, je veux dire, en une seule fois. La datation des coquillages permet de les situer vers le milieu du Pléistocène moyen. Cela indique incontestablement qu’il s’agit de l’œuvre d’un Homo erectus et non pas d’un Homo Sapiens.

 

La plus importante manifestation d’art figuratif au-delà de l’Europe se trouve en Namibie avec la grotte Apollo 11 il y a environ 25 000 ans. Est-ce la capacité de l’être humain à identifier et collectionner au gré de sa découverte de l’univers qui a précédé celle de créer ? L’acte tout à la fois conscient et anodin de ramasser un galet à la forme faciale naturellement engravée marque la prédilection de sa nature créatrice future dont le rôle est d’imiter et de reproduire une expérience profondément personnelle, sensorielle et mentale.

Figures tanzaniennes

Figures tanzaniennes

C'est la définition du trait en tant qu'élément fondamental, une ombre sur la roche, une représentation de formes géométriques aux traits parallèles et longilignes multiples manifestant une conscience esthétique. Faut-il y voir des symboles mathématiques qui conceptualisent le nombre et l’espace, des manifestations symboliques d’idées mathématiques ?

Trois périodes de l’art pariétal sont à distinguer aux États-Unis : l’art pariétal archaïque (6000 avant JC- 400), l’art pariétal défini d’après le style ou le groupe culturel et l’art pariétal historique (à partir de l’arrivée des colons). (Mathematical Ideas in North American Rock Art by James Rauff, Academia.edu). La plus ancienne œuvre pariétale ayant survécu le passage du temps se trouve en Asie : onze pétroglyphes dans une grotte dans le centre de l’Inde datant du paléolithique inférieur. Robert Bednarik confirme que des symboles identiques sont apparus aux quatre coins du monde et qu’ils semblent avoir suivi une évolution comparable dans le temps, les plus anciens étant notamment des ronds, traits, cercles, arcs, zigzags,…. (The oldest surviving rock art: a taphonomic review by Robert Bednarik, Academia.edu)

La région d’Odisha compte plus d’une centaine de sites rupestres. Formes géométriques, points, lignes horizontales , verticales ou en zigzag,  cupules, animaux et quelques formes humaines longilignes ou triangulaires brandissant parfois des objets pointus ou même à plusieurs têtes couvrant une période allant jusqu’au pléistocène tardif. Énigmatiques...

Décalage entre le traitement visuel et la reconnaissance intellectuelle.  Travail de décodage et de réflexion sur l’ordonnancement de notre monde. Sémiotique de l'art... Figures doubles de l’art ancien chinois et des Amériques. 

Expression abstraite

C'est là qu' intervient l'artiste qui, par sa traduction de l’objet dans son intégralité ou en partie, gère le traitement des signes et les interprète.  Il n’y a pas de pure objectivité.  

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Le tronc calciné

Publié le par Ysia

Tronc calciné (4)

Suis-je pareille à un ptéropode qui, incapable de s’adapter à son environnement,

N’arrive plus à créer sa coquille calcaire ?

De la diversité morphologique à la diversité biologique,

Les protubérances solaires continuent leur danse.

Le tronc calciné, mémoire d’Australie, symbole aborigène

Pareil au lettré chinois portant la sagesse du monde sur son dos

S’en va en silence en quête de vérité brûlée au gibier de la bêtise humaine.

Koru ou le point d’interrogation…

 

Imaginer une planète où nous aurions provoqué notre fin tragique par la combustion des carburants fossiles créant un couvercle baudelairien de gaz carbonique au profit des plantes et l'avènement de leur règne. Ironie de la vie. Sommes-nous des parasites sur la terre qui se réjouira sur la tombe de notre humanité perdue?

Qu'est-ce que la vie ou qu'est-ce que vivre? Vivre est un processus énergétique qui se manifeste par le transfert d'électrons d'une molécule à l'autre dans la chaîne respiratoire. Ainsi se produisent photosynthèse chez les plantes et respiration chez les animaux suivant les règles d'une chimie gouvernée par la thermodynamique et la cinétique (Nick Lane, The vital Question, p.148). Le magma du tréfonds de la Terre est-il à l’origine des vents chauds qui tourbillonnent autour du globe ?

Chimiosmose... Les eucaryotes ont 200 000 fois plus d'énergie par gène que les procaryotes, ce qui expliquerait leur bond dans l'évolution. Ils consument environ 5 000 fois plus d'oxygène par seconde qu'une bactérie étant donné l'amas d'ADN mais surtout l'énergie utilisée pour la synthèse des protéines.

Dans un processus énergétique préludé par Anaxagore, tous les êtres vivants se divisent entre les eucaryotes et les procaryotes. Un abîme pourtant sépare les deux.

Car rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau.

Anaxagore

Le corps est un écosystème d'éléments humains et non-humains connectés entre eux.Un univers à l’intérieur de nous vit.

L’avenir de la vie est un voile invisible. Son expérience est immédiate dans un appel constant à la créativité. Sous le commandement de la Raison universelle, l’humanité reçoit l’Ordre impersonnel de la nature.

La totalité de la vie, mieux connue sous le nom de « biosphère » des scientifiques et sous la dénomination de « création » des théologiens, est une membrane d’organismes enveloppant la Terre si ténue qu’elle ne peut être vue d’une navette spatiale et pourtant si complexe intérieurement que la plupart des espèces la composant y demeure inconnue.

The future of life, Edward O. Wilson, p.3, New York, 2002

C’est à partir des composés inorganiques que sont apparus les composés organiques, suivant l’expérience de Miller-Urey, loi mécanique de cause à effet. Peut-on par la biologie de synthèse reproduire la première bactérie à l’origine de la vie ?

La vie se définit comme une excroissance des organismes microbiens que sont les bactéries, les eucaryotes et les archées voyageurs de l’espace universel d’astre en astre, de planète en planète. Ainsi est la théorie de l’origine de la vie appelée panspermie, autrefois ridiculisée mais devenue aujourd’hui une possibilité indéniable. (The future of life, Edward O. Wilson, p.7).  Si la biosphère est le corps, l’humanité est l’esprit (ibid., pp.98-132), « nappe pensante », qui, après avoir germé au Tertiaire finissant, s’étale depuis lors par-dessus le monde des Plantes et des Animaux : hors et au-dessus de la Biosphère, une Noosphère  (Teilhard De Chardin, Le phénomène humain, p.121), nappe pensante aussi appelée conscience collective. Notre place dans un hypothétique avenir est de protéger la vie de la planète, conscients des connexions de la création.

Contemplant la totalité de la vie, le poète s’interroge : « Mais qui sont les enfants de Gaïa ? »

L’écologiste lui répond : « Ce sont les espèces. Il nous faut apprendre à connaître le rôle de chacune dans leur totalité afin de mener une gestion avisée de la Terre. »

Le systématicien ajoute : « Mais alors, de combien d’espèces parlons-nous ? Où sont-elles dans le monde ? Quelle est leur famille génétique ? »

The future of life, Edward O. Wilson, New York, 2002, p. 12

Familles, ordres, classes, phyla, royaumes – tout s’enchevêtre pour former la biosphère des trois domaines que sont les espèces, les écosystèmes et les gènes qui constituent l’hérédité individuelle et à la base de laquelle résident bactéries, eucaryotes et archées. Chaque espèce se limite à sa propre communauté dans la mesure où les espèces se consomment les unes les autres, sont consommées, se font concurrence et coopèrent. (ibid., p.11)

Comment expliquer l 'élan vital? Si la composition chimique de l'être vivant n'est pas franchement différente de celle d'une créature inanimée, qu'est-ce qui nous sépare de l'arbre si ce n'est peut-être un autre niveau de pensée? Comment des produits chimiques au sein de la cellule délivrent-ils l'information nécessaire à la transmission des traits héréditaires fondamentaux? Il s'agit bien de briser le code. Protoplasme à l'intérieur de la cellule vivante...

Il n'est pas correct de dire que les gènes doivent aux lois statistiques de l'ordre et du chaos la rigueur de leur modèle de reproduction. La vie est un phénomène qui se produit au niveau quantique. Les enzymes sont les moteurs de la vie. Mais que sont les enzymes? Et qu'est-ce qui leur permet d'accélérer le processus de transformation de la vie ? Les enzymes sont une forme de catalyses biologiques. De l'enzyme à la théorie de l'état en transition...

Mais pourquoi a-t-il fallu attendre les années soixante pour que l'on s'intéresse sérieusement au monde infiniment petit de Pascal?

De la décohérence aux battements quantiques...

L'effet tunnel est le processus permettant aux particules, notamment radioactives, de traverser des barrières impénétrables aussi facilement que le son traverse les murs. Comment les amphiprioninae peuvent-ils retrouver le chemin de leur origine et prendre refuge dans les mêmes coraux qui les ont vu naître? Et comment des papillons naviguent-ils avec une telle précision qu'ils peuvent atteindre un lieu à des milliers de kilomètres de leur origine ? Est-ce leur sens de l'odorat ou est-ce une mémoire ancestrale gravée dans leur ADN? Magnétoréception, application de la biologie quantique, ou comment les êtres vivants utilisent le champ magnétique de la terre pour se diriger grâce aux cellules magnétoréceptrices. Les rouges-gorges européens migrent depuis l'Afrique du nord jusqu'à l'Europe du nord. Qu'en est-il des rouges-gorges solitaires à ma fenêtre qui bravent les températures frigides de l'hiver?
Intrication ou enchevêtrement quantique... C'est la lumière qui est nécessaire pour permettre à l'oeil de l'oiseau la visualisation du champ magnétique.

Un soir, dans le chemin, je vis passer un homme
Vêtu d’un grand manteau comme un Consul de Rome,
Et qui me semblait noir sur la clarté des cieux.
Ce passant s’arrêta, fixant sur moi ses yeux
Brillants, et si profonds qu’ils en étaient sauvages,
Et me dit : « J’ai d’abord été dans les vieux âges,
Une haute montagne emplissant l’horizon ;
Puis, âme encore aveugle et brisant ma prison,
Je montai d’un degré dans l’échelle des êtres,
Je fus un chêne, et j’eus des autels et des prêtres,
Et je jetai des bruits étranges dans les airs ;
Puis je fus un lion rêvant dans les déserts
Parlant à la nuit sombre avec sa voix grondante ;
Maintenant, je suis homme, et je m’appelle Dante.

Victor Hugo, vers écrits sur un exemplaire de la Divine Comédie, Contemplations, Livre III : Les luttes et les rêves, Juillet 1943

Les organismes vivants ne pourraient se reproduire que s'ils n'avaient pu la toute première fois répéter l'information nécessaire pour se faire. Les gènes sont des entités mécaniques quantiques.
La vie est-elle une succession ininterrompue de faits al
éatoires ?

Les mutations sont des sauts quantiques. De l'évolution quantique à la mécanique quantique, quel est le lien entre la mécanique quantique et la génétique? La première est fondamentale dans la transmission des traits héréditaires car notre code génétique s'écrit en lettres quantiques. Les gènes quantiques codifient la structure et la fonction de chaque microbe, plante et animal.

La vie s'inscrit dans le royaume quantique. Comment des informations codifiées dans différentes régions du cerveau s'accordent et s'organisent dans notre esprit conscient? Ainsi se pose la question de la collecte et de la fusion de l'information dans l'esprit. Qu'est-ce que la conscience et comment interagit-elle avec la matière cérébrale? De la mécanique de la pensée... Du réseau neuronal à la main de l'artiste...
Le cerveau est un ordinateur quantique. Le champ électromagnétique est pr
ésent dans le cerveau et c'est cela la conscience. L'âme est l'étincelle vitale quantique tandis que la conscience collective est le champ magnétique de la terre....L'ombre de l'esprit.

Pourquoi le prononcer ce nom de la patrie?
Dans son brillant exil mon cœur en a frémi ;
Il résonne de loin dans mon âme attendrie,
Comme les pas connus ou la voix d'un ami.

Montagnes que voilait le brouillard de l'automne,
Vallons que tapissait le givre du matin,
Saules dont l'émondeur effeuillait la couronne,
Vieilles tours que le soir dorait dans le lointain,

Murs noircis par les ans, coteaux, sentier rapide,
Fontaine où les pasteurs accroupis tour à tour
Attendaient goutte à goutte une eau rare et limpide,
Et, leur urne à la main, s'entretenaient du jour,

Chaumière où du foyer étincelait la flamme,
Toit que le pèlerin aimait à voir fumer.
Objets inanimés, avez-vous donc une Ame
Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer?

Alphonse de Lamartine, Harmonies poétiques et religieuses

Si les fossiles appartiennent à la période du Visible (Phanérozoïque) commencée il y plus de 500 millions d'années, la période de la vie antérieure ou précoce (Protérozoïque) fut quatre fois plus longue. Avant cela, il y eut la période archéenne qui commença 3.8 milliards d'années à la suite de la formation de la croûte continentale et  encore avant il y eut peut-être, après l'impact géant avec un hypothétique corps céleste symboliquement nommé Théia, le temps premier de l'Invisible (Hadéen) qui débuta il y a 4,5 milliards d'années. Rappelons que l'émergence de la vie date de 3.8 milliards d'années. Les premiers Eucaryotes ont entamé leur évolution il y a 2.7 milliards d'années et formé des colonies entre 2.1 et 1.9 milliards d'années. Il y a 900 millions d'années, des organismes multicellulaires complexes apparaissent enfin et s'essayent progressivement à créer champignons, plantes, animaux et chromistes.(The Book of barely imagined beings, Caspar Henderson, The University of Chicago Press, 2013)

Issus des océans, nous avons évolué. C'est parce que nos poumons et nos membres se sont lentement modifiés les premiers. Et de créatures aquatiques, nous sommes devenues des créatures terrestres ou... aériennes, devrais-je dire, prisonnières de la loi de la pesanteur. Qu'est-ce que cela révèle ? Que nous dépendions avant tout de nos membres et de nos poumons. Que marcher, respirer et toucher voire manier nous importait davantage que le reste. Que les sens du toucher et de l'odorat sont essentiels et que l'air est la vie. L'air est l'agent de transmission.

«La méthode employée par la nature, nommée photosynthèse, s’est développée il y a trois milliards d’années quand une bactérie a manifesté la capacité de se nourrir directement du soleil, d’utiliser l’énergie pour transformer en sucre le dioxyde de carbone contenu dans l’air… La bactérie s’est ainsi multipliée rapidement et de manière prolifique, remplissant l’air de son déchet toxique, l’oxygène. Ces organismes qui n’ont pas été tués par l’oxygène en ont profité et évolué, donnant naissance à la vie sur la terre. Les plantes dépendaient de ce déchet produit par ces bactéries jusqu’à il y a 2,6 milliards d’années lorsqu’une plante a incorporé la bactérie dans sa cellule, réalisant la photosynthèse à l’intérieur d’elle. Quasiment toutes les formes de vie – y compris l’être humain – dépendent de la capacité photosynthétique des plantes pour absorber le carbone, élément constitutif essentiel de la vie contenu dans l’air, utilisant le soleil comme carburant. Et le climat de l’Holocène dans lequel évolue la civilisation humaine dépend des forêts pour moduler le niveau de gaz de serre dans l’atmosphère. (traduit par Ysia)

Gaia Vince, Adventures in the Anthropocene, pp.293-294

Les plantes ont-elles leur propre manière de pensée ? La forêt tropicale disparaît au rythme de 1,5 acres par seconde...

Et les arbres sur les branches desquels se posent les buses sont-ils des humains pétrifiés, condamnés au silence ?

L’arbre est-il une créature inanimée ?

Qu’est-ce que la sève d’un arbre ? Est-ce la vie ?

Est-ce la conscience quand le tronc devient branches ?

Peut-on croire en la transmigration des âmes d’un individu à l’autre, d’un être vivant à l’autre, de l’inconscience à la conscience ?

Tout au bout de la terre, le scientifique est un poète.

Au cri des écosystèmes éradiqués et des espèces disparues, il répond en leur mémoire. Sommes-nous ignorants, aveugles ou crédules qu’il ne nous est possible de constater la mort du chêne blanc ?

There will be a time when trees will die from top to bottom

Dans la gestion des milieux naturels, quelle doit être l'éthique qui gouverne le monde ? c’est l’Ethique universelle qui doit guider le développement durable. Parmi les douze menaces à l'environnement se trouvent selon Jared Diamond, auteur de Collapse :

  1. déforestation et destruction de l’habitat
  2. déficience des sols (salinité, érosion, baisse de fertilité)
  3. problèmes liés à la gestion des eaux
  4. surchasse
  5. surpêche
  6. effets des espèces introduites sur les espèces indigènes
  7. croissance démographique
  8. impact accru par habitant/ responsabilité individuelle accrue dans la gestion de l’environnement
  9. changements climatiques causés par l’être humain
  10. accumulation de produits chimiques toxiques dans l’environnement
  11. pénuries d’énergie
  12. utilisation par l’être humain de l’entière capacité photosynthétique de la terre 

Que peut-on apprendre des habitants de l’île du Pacifique,Tikopia ? Que c’est à la société dans son ensemble de répondre à l’urgence des problèmes liés à l’environnement. Combien d’arbres sont abattus chaque année par hectare de terre ? Combien germinent et avec quelle rapidité croissent-ils  ? Ainsi se définissent la fragilité et la résilience de notre environnement. De l’anthropocentrisme, n’est-il pas temps de parler de biocentrisme pour le salut de toutes les créatures, végétales, animales et humaines ? La biophilie est l'inclination innée à privilégier toute expression de vie auxquelles nous sommes irrésistiblement associés (The future of life, Edward O. Wilson, New York, 2002, p.134).

"Sagesse, où es-tu ?" demande la Terre.

Tribus et populations aborigènes d’ Amérique, d'Asie ou d’Afrique partagent-elles une même ADN de la sagesse humaine ? Descendants d’Antée, notre force vient de Gaia. Si nous nous coupons d’elle, nous commettons le suicide de la civilisation humaine. Est-ce dans la fosse tectonique de l’Afrique orientale que le berceau d’Antée se trouve, lui qui fut nourri au sein de Gaia ? Les fossiles anciens jonchent la terre aux quatre coins du monde, évidence de notre histoire commune.

We have created a Star Wars civilization, with Stone Age emotions.

Edward O. Wilson

Le savant, détenteur de vérités, énonce la raison de son désespoir. Terre, cimetière des hommes et des espèces éclipsées ou menacées par le blanchiment du corail. Jungle humaine où la loi des plus puissants règne. Mais c’est en compagnie des autres créatures et dans une matrice de conditions données que nous évoluons sur le chemin de la croissance collective future.

Est-ce la folie des grandeurs qui fait que l’homme, divinité déchue, se rue vers sa propre destruction et celle des espèces terrestres, aériennes ou aquatiques comme la baleine bleue ? Pourquoi la sagesse, à l’état de graine dans l’homme préhistorique semble s’être stagnée au stade paléolithique ?

Créer une éthique de l’écologie universelle. La terre n’est pas une esclave, tout au plus un véhicule dont nous sommes les passagers.

L’Hawaï des Anciens est un fantôme qui hante les collines et notre planète s’est appauvrie depuis son morne repli.

The future of life, Edward O. Wilson, p.45, New York, 2002

L’évolution est indissociable de son environnement. Au fur et à mesure des changements directs ou indirects opérés sur l’environnement se poursuit l’évolution humaine et des autres espèces vivantes. Les silures arrivés tardivement dans le Tarn se sont adaptés depuis 1983 à leurs nouvelles circonstances, chassant le pigeon qui constitue aujourd’hui 80% de leur alimentation. Premier pas vers une nouvelle étape de leur évolution ? Peut-on imaginer qu’une mutation s’est enclenchée, comme celle provoquée par la surexpression du gène Hoxd13 qui déclencha la pousse de membres il y a 400 millions d’années sur des poissons, conquérants de la terre ferme (Developmental Cell) ?  

All forms of life modify their contexts.

Lynn White

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Le mot n’est pas la chose

Publié le par Ysia

En dépit des deux découvertes majeures d'Abel daté de 3,5 millions d’années et de Toumai de 7 millions d’années, dont le paléontologue Michel Brunet est à l'origine, la genèse du genre humain est  obscure du fait de la dispersion des données et de la sporadicité des ossements fossiles dans le temps et l'espace. Il semble qu'il ait connu une première évolution dont la preuve constatée sont les fossiles humains découverts après les plus vieux outils de pierre à partir de 2,6 millions d’années. C'est au cours de ces trois millions d’années que nous sommes devenus humains par un processus ascendant - des pieds à la tête - car  c’est l’ancêtre doué de ses mains et debout qui a précédé le penseur. Les espèces sporadiques se sont tout autant succédées qu’elles ont cohabité de l'Afrique à l'Asie et l'Europe jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’une, l'Homo sapiens.

 

 En rétrospective, il apparaît qu'un modèle mental s'est instauré et a évolué au gré de l'ingénuosité humaine, de cause à effet. Le genre humain se caractérise par une longue période de l’enfance qui s'est allongée dans le temps permettant l'apprentissage et l'enseignement des connaissances acquises au fil des générations. Depuis le moment où l'Homo a développé des instincts carnivores, ses outils oldowayens il y a 2,6 millions d'années ont servi à dépecer avant  l'adoption de techniques de fabrication plus sophistiquées, pierres de silex acheuléennes il y a 1,7 millions d'années. Premier omnivore diurne, l'Homo erectus a donné la preuve d'une incroyable endurance pour chasser et migrer vers l’Asie et l’Europe. De cause à effet... le cerveau en ébullition s'est emballé dans une fuite en avant fulgurante. C'est un apport de ressources energétiques nouvelles qui a alimenté l'évolution progressive du genre humain. Son ingénuité a créé les conditions nécessaires lui permettant d'extraire les ressources de son environnement et engager une nouvelle stratégie de vie. Deux détails sont à considérer:  un dimorphisme sexuel impressionnant, comme le montrent les expositions des musées d'histoire naturelle, a toutefois diminué avec le temps passant de 20% à 8% de l'Homo erectus à l'homme moderne tandis qu'un commencement d'expression orale a découlé des transformations avérées du larynx chez l'Homo erectus. Sur les circonstances qui ont entouré la naissance de ce qui constitue aujourd'hui l'outil essentiel de communication de l'homme moderne, à savoir le langage, il y a toutefois en désaccord (The Evolution of the Human Head, p.477-520).

 L'évolution du visage humain, aspect marquant de l'homme, a commencé il y a cinq cent millions d'années avec l'apparition des vertébrés et des traits distinctifs que sont les yeux, la bouche et le nez. Ce faciès, quartier général des sens, devint un peu plus expressif avec les figures poilues des mammifères, pourtant capables de quelques expressions faciales. Des mammifères aux primates, les visages nus montrent un plus grand éventail d'expressions avec six expressions faciales fondamentales et 20 expressions mineures pour l'être humain. Ce sont les multiples muscles faciaux qui donnent vie au visage. Peur, surprise, amour ou peine se lisent sur nos visages au point qu'il devient presque possible de deviner le caractère d'un être humain.
Trois hypothèses ont été retenues pour expliquer ce qui a été le moteur de cette évolution: une meilleure nutrition, le développement d'une ingéniosité nécessaire pour la recherche et la gestion des aliments et l'hypothèse du cerveau social que soutient Adam Wilkins dans le livre Making Faces :The Evolutionary Origins of the Human Face, Harvard University Press, 2017.

Avec la découverte du feu il y a 700 000 ans environ, l'introduction de la préparation mécanique des aliments et, subséquemment, de la cuisson dans la gastronomie de la préhistoire a contribué au rétrécissement de la machoîre et de la bouche au bénéfice du cerveau (ibid., p.276). L'importante capacité crânienne prédispose l'Homo à percevoir les sons graves (ibid., p.389-398), ainsi en est-il du rôle de l'écho dans les cavernes aux peintures rupestres. Faut-il en déduire que les basses fréquences résonnent au plus profond de notre être telle la vibration de la syllabe sacrée qui produit une résonance corporelle ? Encore faut-il aujourd'hui comprendre la tendance inverse de la réduction dimensionnelle du cerveau qui s'est amorcée il y a douze mille ans! L’Homo sapiens abandonné à lui-même est l’objet de variations liées à son environnement géographique et au climat, son ossature perdant de fait la robustesse de ses plus proches ancêtres, Neandertal et Homo erectus. La face s’est rétractée et la sphère neuro-crânienne s’est arrondie. Ce sont ces différences physiques qui révèlent l’émergence de fonctions cognitives, motrices, nutritives, respiratoires et linguistiques. L’apport d’acides gras dans l’alimentation a rendu possible le développement à travers les âges du cerveau.

Daniel E Lieberman dans The Evolution of the Human Head, Harvard University Press, 2011

Chaque nouvelle découverte apporte son lot d’interrogations nouvelles..

Si la fabrication d’outils par les hominidés a commencé il y a 2,6 millions d’années, il a fallu longtemps pour maîtriser les facultés motrices et cognitives mises en cause et ainsi allier le geste à la pensée. Les premières industries soulignent un processus ayant pour aboutissement la création d’un produit fini et implique l’acte de volition. La volonté, voire velléités, est une manifestation primitive de l’être. Toutes les variations de l’organisme s’expliquent par l’usage et le non-usage, sous la pression de l'environnement, de ce potentiel biologique, moteur ou culturel, confirmant l’intention première de l’être préhistorique. La coordination entre le geste et la pensée implique la capacité innée d’emmagasiner l’information et de la reproduire dans un but utilitaire.

Le cerveau est une éponge qui s’imprègne du fluide de la connaissance. La conscience est sans cesse en évolution du néant à l’infini. Le facteur génétique explique l'architecture crano-faciale, en particulier deux gènes ont été identifiés comme essentiels dans la formation des traits du visage.

Mais c'est ce cerveau social qui m'intrigue davantage aujourd'hui.

Au cœur du paysage sonore aux allures de laboratoire scientifique, quatre paramètres successifs, à présent concomitants, ont marqué la vie sur terre depuis l'apparition des premières cellules à l'avènement  des civilisations: évolution, développement,  apprentissage, influence culturelle. La culture est un phénomène social qui dépend de la façon dont les humains se comportent et agissent les uns envers les autres (Human Head, Harvard University Press, 2011, p.2). Ces quatre caractéristiques découlent naturellement l'une de l'autre jusqu' à former aujourd'hui  un ensemble complexe interdépendant. La vie a pris origine il y a 3.8 milliards d'années environ, mais les circonstances précises qui ont conduit à l'apparition des premières formes de vie sont inconnues. Il est improbable qu'il y eut un commencement clairement défini car l'évolution passe par une kyrielle de boucles cycliques (ibid. p59). Comment un est devenu deux? Si une forme génétique élémentaire a commencé à se reproduire par la coopération et la persistance de ses éléments la composant, chaque changement dans la position des nuages de population correspond à une modification de la composition génétique des espèces. Plus l'espace occupé s'étend, plus les possibilités génétiques se multiplient sur deux échelles de grandeur, l'infiniment petit et l'infiniment grand, du fait de l'adaptation et de l'interaction des éléments qui y résident. Variation, persistance, renforcement, concurrence, coopération, richesse combinatoire et récurrence sont les sept clefs de la vie. Pourquoi parle-t-on de nuages de population? Les êtres tels des nuages flottants se sont dispersés sur la terre sous l'émission et la transformation de la lumière créatrice. C'est le temps qui régit notre vie passée et future. N'est-ce pas la date d'apparition des zébrures sur le corps de l'embryon qui décide de l'apparence du  zèbre ?

De petits groupes d’êtres humains aux regroupements en villages et villes,  en royaumes de plus en plus importants sous un chef puissant, un emblème, caractérisés d’un fétichisme latent. Des luttes entre individus aux combats entre communautés à la création par les vainqueurs de pays-nations.

On pense que toutes les créatures sur notre planète sont le résultat,au fur et à mesure des générations successives, de la lutte d’entités individuelles en concurrence les unes avec les autres pour leur survie et leur reproduction par le processus de sélection darwinien

Cells to civilizations, Enrico Coen, Princeton University Press, 2012, p.1

Ce sont les interactions entre les êtres humains qui aiguisent et développent l'intelligence et par là même contribuent à l'accroissement de la taille du cerveau et à l'élargissement du front. Les yeux se sont rapprochés, le museau a cédé la place au vestige résiduel du nez et la mâchoire s'est rétrécie.D'un groupe au nombre restreint d'individus, une centaine peut-être, parti d'Afrique à la conquête du monde d'abord avec les espèces humaines plus anciennes puis avec les Homo Sapiens au village planétaire où les interactions entre les êtres se multiplient, s'accélèrent et s'intensifient, quel sera le devenir du visage humain?

Quelle est  la prochaine étape ? L’apparition d’un nouvel ordre mondial. La plus grande menace qui pèse sur le devenir de l’humanité est la concentration du savoir entre les mains de privilégiés et la confiscation des connaissances. Ce n’est pas la peur de la connaissance qu’il faut craindre mais la peur du néant dans lequel  les âmes perdues, dépouillées de certitudes plongent. La peur de reconnaître la fragilité de nos valeurs et l’incapacité de certains à accepter le doute. Le compas de la vérité, c’est l’humilité. Si la réalité n’est pas ce qu’elle est ? La question n’est pas « qu’est-ce que c’est » mais comment et pourquoi ces apparences trompeuses ? Par quels subterfuges sommes-nous rendus aveugles ? Quel est ce voile qui masque la réalité de l’existence ?  Ce voile réside dans l’inconscient, dans les neurones et les synapses du cerveau.

S'agissant de l'exploitation par l’être humain de ses capacités innées, l’article sur l’anthropologie psychoanalytique reconnaît la place de l’ouïe dans le cheminement de l’artiste de la préhistoire et comment le jeu des sons a favorisé son adaptation dans le milieu sombre des cavernes. De la pierre taillée à la pierre polie, l’artiste des cavernes fait penser à un animal cavernicole à l'aube de sa conquête du milieu épigé sur la route de son évolution biologique. Mais à l’opposé de cette faune soumise à une évolution régressive, l'homme évolue dans le sens de l’ouverture, preuve de la capacité d’expansion et de complexification de la nature humaine. Nonobstant les technologies et la culture dans laquelle baigne l'homme moderne depuis sa naissance, ne peut-on s'émerveiller de l'ingénuosité des artistes des cavernes peut-être égale, même si différente, à la nôtre ?

Pourtant depuis quelque 20 000 années (12 000 d'après The Evolution of the Human Head), le cerveau se rétrécit.Une thèse pour expliquer cette tendance amorcée est le fait que les hommes vivant en société font face à des circonstances beaucoup plus favorables que l'homme préhistorique, ce qui aurait provoqué la lente diminution de la taille du cerveau. Peut-être serons-nous un jour semblables à des sauropodes aux corps élancés surmontés de longs cous et de petites têtes.

Ce décroissement surprenant,  Richard Wrangham  l’explique autrement : elle est due à la diminution de l’agressivité chez homme.

 

On peut craindre cependant que la tendance se soit une fois de plus renversée depuis les temps coloniaux, selon Richard Jantz. Faut-il alors redouter avec elle, une recrudescence de l'agressivité humaine ? A suivre.

Les vérités absolues sont des ennemis de la vérité plus dangereuses que le mensonge

Nietszche

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Union des irréconciliables

Publié le par Ysia

Blake jacobsladder

Le principe d’impermanence ne saurait garantir la permanence des choses, des êtres et des sentiments. Chaque être rencontré, expérience vécue aiguillent le cheminement spirituel individuel. Il n’y a rien à pardonner.

De la difficulté de séparer la réalité de l’imagination. La participation mystique définit le lien profond entre l’homme et les objets qui l'environnent et sa propension à donner forme humaine aux choses animées et inanimées et aux phénomènes : vallée, arbre, feu, bison, lion, oiseau… N’est-ce pas là l’origine de la thérianthropie ? La vie est un souffle qui s'introduit dans un libre va-et-vient dans tous les orifices.

C.G. Jung a dressé un pont psychologique entre l’Est et l’Ouest grâce à ses efforts de rationalisation des préceptes métaphysiques et des grandes orientations des mythes anciens. Mais il y a aussi le rêve dit télépathique, qui semble nous lier irrésistiblement à d’autres, parfois contre notre propre sens commun, comme un dialogue qui s’installe à distance, à notre insu, pour compenser le manque de communication ou sa difficulté dans les faits. Les acteurs connus ou inconnus mis en scène dans le rêve ne sont que la transposition rationnelle d'un échange symbolique entre les éléments constitutifs qui forment la totalité de l'être : l'ego, l'âme, le Soi et l'ombre sur le modèle du Prince charmant (ego) et de Cendrillon (ombre)...

L’idée créatrice, la toute première idée, jet originel naît d'un processus associatif. Les rêves sont-ils une anticipation d’événements futurs ou une reconstruction d’expériences passées ? Jouent-ils le rôle de gardiens de notre mémoire collective ou individuelle ? Les rêves infirment ou confirment notre compréhension de la vie. Si notre évaluation est correcte, le rêve le confirmera. Si nous nous leurrons, le rêve nous révèlera notre erreur, répudiant ou approuvant la logique consciente du rêveur. L’inconscient est le garant de notre santé psychique. Une pulsion physique provoquée par un mal de vivre que le rêve répondant à ce déclic cherche à résorber.

L'Union des irréconciliables fait référence à l'équilibre précaire entre les eaux profondes de l'inconscient et les pouvoirs ignés de la conscience.

 

    union of irreconciliables

Cette peinture indienne du mariage entre l'eau et le feu, originellement tirée de Nikolaus Mueller, Glauben, Wissen and Kunst der Alten Hindus, Mainz 1822 (C.G. Jung, Dreams, p. 221, Princeton University Press, 1974), est réminiscente du mythe de Héphaïstos qui, secouru par deux divinités marines de la cruauté de sa  propre mère, recouvre ses forces dans une grotte sous-marine. C'est dans les profondeurs de notre inconscient que nous puisons le courage d'affronter la réalité quotidienne.

La conscience, forme complexe de préhension, est multiple et pluridimensionnelle. Elle fonctionne comme une lame déferlante, un flot saccadé de pulsions instantanées. Le cerveau tel un récepteur d’émissions fait jaillir la conscience de l’inconscient endormi.

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Déhiscence et Transvaluation

Publié le par Ysia

la Nature de la nature est « polémos », lutte respectueuse et productive des contraires sous la disparate des choses et des changements

https://www.cairn.info/load_pdf.php?ID_ARTICLE=RETM_234_0047

Dans son ouvrage intitulé De la vérité dans les sciences, Aurélien Barrau nous invite à abandonner les analyses à l’emporte-pièce et la vision caricaturale des choses.

…ne pas céder à une vision simpliste qui, donnant l’illusion de la clarté, manquerait la complexité inhérente à la problématique et masquerait les authentiques difficultés.

De la vérité dans les sciences, Aurélien Barrau

L’étantité (ou étance) des philosophes est-elle à rapprocher de l’ainsité bouddhique ? Cette étantité philosophique peut-elle répondre au gouffre béant où nous entraîne le règne de la philosophie du soupçon ? Qu’est-ce que le domaine de l’ontique ? Un brouillard obscurcit sa vision. Entre réalité et imagination, comment élaborer une voix universelle ?

Il me semble nécessaire de rappeler qu'il importe avant tout d'apprendre à penser, réfléchir et raisonner. C'est bien ce à quoi Benjamin Franklin s'était attelé avant l' âge de 16 ans avec la lecture de deux œuvres fondamentales : : L'essai sur l'entendement humain de John Locke et La logique ou l’art de penser d’Antoine Arnaud et Pierre Nicole (1662). Aurélien Barrau nous met très justement en garde contre la "contamination du savoir par le vouloir".

Il n'y a rien de plus estimable que le bon sens et la justesse de l'esprit dans le discernement du vrai et du faux. Toutes les autres qualités d'esprit ont des usages bornés ; mais l'exactitude de la raison est généralement utile dans toutes les parties et dans tous les emplois de la vie. Ce n'est pas seulement dans les sciences qu'il est difficile de distinguer la vérité de l'erreur, mais aussi dans la plupart des sujets dont les hommes parlent et des affaires qu'ils traitent. Il y a presque partout des routes différentes, les unes vraies, les autres fausses; et c'est à la raison d'en faire le choix. Ceux qui choisissent bien, sont ceux qui ont l'esprit juste; ceux qui prennent le mauvais parti, sont ceux qui ont l'esprit faux : et c'est la première et la plus importante différence qu'on peut mettre entre les qualités de l'esprit des hommes.

Ainsi la principale application qu'on devrait avoir, serait de former son jugement, et de le rendre aussi exact qu'il le peut être; et c'est à quoi devrait tendre la plus grande partie de nos études. On se sert de la raison comme d'un instrument pour acquérir les sciences , et on se devrait servir au contraire des sciences comme d'un instrument pour perfectionner sa raison; la justesse de l'esprit étant infiniment plus considérable que toutes les connaissances spéculatives, auxquelles on peut arriver par le moyen des sciences les plus véritables et les plus solides...

La logique ou l’art de penser

La science, c’est la capacité de prévoir, d’observer et d’expérimenter. Pourquoi n’est-elle pas le primat de la raison pratique? parce que les scientifiques sont les premiers à reconnaître que « La certitude, en science, n’existe pas ». Comment alors lui accorder au cœur de la société et en politique la place qu’elle mérite ? Si tout est toujours sujet au doute, comment assurer la prééminence des sciences dans une société ? Si « tout peut être remis en cause. Tout doit l’être. Rien n’est acquis. Rien n’est sacré. Rien n’est intouchable », alors comment engager le dialogue avec les sceptiques  et les anti-intellectualistes et combattre le déni de la science ? Les vérités ne sont-elles que

des illusions dont on a oublié qu’elles le sont, des métaphores usées qui ont perdu leur force sensible

https://www.webnietzsche.fr/metaph.htm

 

Entre une approche théologique du monde et la théorie de la vérité-correspondance à l’émergence d’une vérité logique et pragmatique, la vérité « fixe la ligne de délimitation entre le possible et l’interdit », entre la logique et ce qui définit l’essence de l’être et de l’humanité. Il me semble que l’ambigüité, l’inconfort dans lequel nous place le dilemme de la vérité réside dans la terminologie, dans le vocabulaire, dans la parole même. Le langage ajoute à la confusion. Faut-il insister sur le fait que la montée des eaux et les catastrophes naturelles peuvent porter atteinte à la sécurité nationale des états si certains refusent d'entendre parler de changements climatiques ?

La vérité est sujette aux croyances et aux présupposés. Ces mêmes croyances et présupposés aux formes temporelles qui reviennent inlassablement sur le devant de la scène. Ce sont ces vérités qui sont à l’origine de mondes multiples qui coexistent, se côtoient et parfois s’entrechoquent.

It is from the far more difficult achievement of seeing ourselves amongst others, as a local example of the forms human life has locally taken, a case among cases, a world among worlds, that the largeness of mind, without which objectivity is self-congratulation and tolerance a sham, comes.”

Local Knowledge, Clifford Geertz

Toute révolution scientifique s’accompagne-t-elle immanquablement d’une redéfinition totale du réel ? (p.31) Imaginons l’effet papillon transposé dans un même corps dans lequel les interactions quantiques entraînent des réactions moléculaires qui, à leur tour, provoquent un mouvement physique. Imaginons alors la terre comme un corps physique unique dans lequel un battement d’ailes soulève l’ouragan. Et imaginons encore l’univers en tant que corps physique unique dont chaque galaxie suscite des réactions en chaîne.A la découverte d’une théorie de gravitation quantique...…. Le débat est ouvert (De la vérité dans les sciences, Aurélien Barrau, pp19-20).

Comment pourrait-on donc se « rapprocher » du vrai alors même que chaque rupture entraîne une vision infiniment distante de la précédente et tout aussi infiniment distante de la suivante ?

De la vérité dans les sciences, Aurélien Barrau, p.32

La vérité et le vrai, faut-il les séparer ? Vérité ontologique et vérité logique. La science décrit logiquement le monde mais ne représente pas son en-soi, sa nature propre et véritable. Le problème est bien l’interprétation des faits, constamment remise en cause à chaque révolution. A travers différents prismes, la réalité est la réalité mais sa vision n’est pas la même. L’angle, le point de vue n’est pas le même.

Notre vision d’humain est infiniment atrophiée par rapport à la richesse du réel.

ibid., p.36

Donc ce n’est pas que tout ce qui est vrai peut être réfuté, c’est que toute vérité est limitée par une autre qu’il reste à découvrir comme un puzzle dont chaque pièce représente une parcelle de vérité.

La vérité est « absolue » dans chaque monde mais le choix d’un monde est « relatif » à une attente, à une culture, à une histoire.

ibid., p.54-55

Publié dans Cheminement

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Le délire contemporain

Publié le par Ysia

L’arbre tombe dans la forêt. Le bruit fait tressaillir l’être qui vit dans l’effroi désormais. Le plus fracassant est le bruit, le plus effrayé l’être vit. Le son crée la réalité du fait. Pourtant, ce n’est pas parce qu’un arbre tombe dans la forêt que l’on en sera la victime.

Le bouddhisme définit trois sortes de peurs :

  • La première se fonde sur la haine. La crainte de perdre un bien matériel est cause de haine.
  • La seconde est la réaction à une crise morale.
  • La troisième est la conscience de notre évanescence dont la vieillesse, la maladie et la mort ne sont que les manifestations.

Des trois, c’est la première qu’il s’agit de combattre car elle appartient à l’ego et engendre la souffrance. La haine se manifeste à travers la colère, la peur et la tristesse dans l’appréhension de la perte d’un bien ou de subir un préjudice. La peur naît de nos désirs insatiables et de nos illusions. Illusion de la pertinence de notre existence et pérennité.

De la peur individuelle à la peur collective, concrètement, deux catégories se profilent : celles fondées sur des faits connus et celles sur des faits inconnus (Management of fear : A Buddhist perspective, Arijyayori Bhikkhu).

Confusion et soif irrépressible nourrissent l’effroi intime qui nous habite. Confusion qui force à croire au caractère irrésistible du désir et accentue la crainte de perdre l’objet convoité.

Mais surtout, la peur naît d’un esprit agité par les bruits de la vie, ballotté entre l’imagination et la réalité.

Surmonter la crainte quotidienne par la sagesse supramondaine, la concentration de l’esprit et le respect des préceptes moraux, voilà les clefs.

 

Walking on a dark path, one sees what one thinks is a snake. Fear! Panic! One climbs a tree and spends the night there afraid, trembling, distraught… the snake never leaves. Then, with daylight, it turns out the snake was really a rope. What a wasted night, caused by one’s own delusion.

https://www.academia.edu/33306476/Vasubandhu_Xuanzang_and_the_problem_of_consciousness

Publié dans Bouddhisme Zen

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De la difficulté de trouver un marbre de bonne qualité

Publié le par Ysia

Statue palmyrénienne jusqu’au 3 avril à Torpedo Factory, Alexandria (Virginie)

Statue palmyrénienne jusqu’au 3 avril à Torpedo Factory, Alexandria (Virginie)

La réussite ou l’échec d’une sculpture en marbre dépend de la qualité du marbre employé. Que Michel-Ange n’ait rencontré aucun problème dans le choix et le transport du marbre qu’il a travaillé est le préalable indispensable à la beauté de son art. Je m’étonne toutefois qu’un bloc de marbre après quarante ans (William E. Wallace, Michelangelo in and out of Florence, 1992, p.65) n’ait pas subi les dommages dus aux intempéries, comme c’est le cas du marbre que je me suis procurée l’an dernier si sableux, friable, jauni et cassable qu’il me semble téméraire de vouloir persévérer. Était-il entreposé à l’ abri pendant tout ce temps ?

 

Michelangelo’s dependence on a source of high-quality marble, skilled quarrymen, and organized transport was a problem that little concerned most other artists of the High Renaissance. .. he had access to the best material of his profession and some unusual opportunities to exploit it… The marble block from which Michelangelo carved the David was famous for its exceptional size – it was known simply as “il gigante” – and it languished uncarved for more than forty years partly for that reason. It is extremely rare to find and successfully quarry blocks of statuary marble of this size

William E. Wallace

De la difficulté de trouver un marbre de bonne qualité

Je connais ce sentiment coupable, ce délai du destin qui nous oblige à abandonner vingt-cinq années  un projet.  Qu’il soit artistique ou littéraire, faut-il se résigner à l’appeler « utopie » et laisser aux générations futures le soin de l’achever ? L’être humain n’est qu’un maillon dérisoire dans la chaîne infinie de la vie. Il ne peut y avoir de regret (ibid., p.65-66).

Publié dans Stone by stone

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Michael Heizer

Publié le par Ysia

As long as you're going to make a sculpture, why not make one that competes with a 747, or the Empire State Building, or the Golden Gate Bridge.... I'm building this work for later. I'm interested in making a work of art that will represent all the civilization to this point.

Michael Heizer

Je suis passionnée par la sculpture environnemnentale d'artistes comme Andy Goldsworthy et Michael Heizer. Au croisement de l'architecture et de la sculpture se situe l’œuvre de Michael Heizer. Pour l'architecte I. M. Pei, l’architecture est un art dont le médium est l’espace. Michael Heizer sait précisément travailler la pierre et l'espace.

Why should I destroy my life, my brain, and my health to innovate and let some asshole come along and steal it from me?

Michael Heizer

Depuis les années 70, il construit son projet fétiche "City" de la taille du Washington Mall au milieu du désert.

Une autre oeuvre de Michael Heizer qui m'a beaucoup inspirée est "Double Negative" dans l'Etat du Nevada. Il faut visualiser l'espace négatif pour donner vie à sa création. L'espace positif est l'espace qu'occupe physiquement la sculpture. L'espace négatif est l'espace environnant.

Double Negative Artwork

Publié dans Cheminement

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Utopie et Quotidien

Publié le par Ysia

Exposition jusqu’au 5 février à Torpedo Factory, Alexandria (Virginie)

Exposition jusqu’au 5 février à Torpedo Factory, Alexandria (Virginie)

Le couplage entre créativité et activisme favorise l’idée que l’on peut employer sa propre créativité au service de l’humanité pour améliorer les conditions de l'existence humaine. Quand Ann Cvetkovich, dans son article paru en 2012 et intitulé “The Utopia of Ordinary Habit: Crafting, Creativity and Spiritual Practice”, déclare que l’état dépressif peut être transformé par l’exercice de pratiques pouvant à même de devenir des microcosmes d’espoir, je pense à la sculpture sur pierre qui pour moi est un moyen d’échapper à ma propre dépression. Si la dépression peut être définie comme l’impact du monde autour de soi sur ses sens, c’est ce même ressenti qui produit le mouvement créatif de ma main et permet au corps de tirer l’esprit de sa torpeur dépressive. Il est effectivement difficile de faire la part des choses entre notre propre émotion et la misère du monde car le spleen peint en noir le monde environnant. Le corps flottant entre l’intérieur de l’être et le monde extérieur, la dépression devient une humeur passagère, une atmosphère des lieux ou une question de sensibilité. Ann Cvetkovich affirme que les activités artisanales, en général - et, dirai-je en ce qui me concerne, la sculpture sur pierre  - peuvent être considérées comme des manières de vivre créatives dans un climat culturel dépressif  et comme des formes ordinaires de pratiques spirituelles. L’utopie des habitudes ordinaires signifie que si la dépression est un état ordinaire, sa cure qui consiste dans l’art de vivre au quotidien peut l'être aussi. Les activités artisanales renforcent le soi souverain et libérent le corps et les sens du joug de l’esprit. Ce sont des formes d’auto-transformation. Et je sais que trop souvent les sentiments de tristesse et de désespoir sont jugés être des signes de dépression et seraient hier comme aujourd’hui mieux servis par l’action sociale que par la prise de médicaments. Comment habiter mieux son corps et moins son esprit permettrait  de recouvrer sa santé mentale et son soi souverain. Les activités manuelles ou artisanales sont un moyen de construire le guerrier spirituel nécessaire à la réalisation d’autres actions dans le monde, y compris l’activisme politique car créativité et activisme sont nourris des passions humaines. Quand les deux sont conjugués, ils peuvent remettre en question le monde et le changer doucement.

Publié dans Stone by stone

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