L'ordre du temps

Publié le par Ysia

L'ordre du temps

Mixture is fundamental to who we are, and we need to embrace it, not deny that it occurred

David Reich, Who we are and How we got here, 2018, p.97

Il serait plus exact d'utiliser la métaphore du treillis plutôt que de l'arbre pour décrire le génome humain vu les innombrables croisements au fil du temps. Les similarités génétiques s’expliquent par les mélanges de population successifs. Les groupes génétiques de population sont eux-mêmes aujourd’hui les fruits du mélange de populations très différentes qui ont autrefois existé. Le livre de David Reich se lit comme un travail de détective pour mieux comprendre les détours et culs-de-sac par lesquels l’évolution des hominidés est passée. Son objectif est de retracer leur parcours, de retrouver les populations fantômes qui ont arpenté la Terre, c’est-à-dire celles qui pourraient expliquer le lien génétique entre divers groupes de population ancestraux séparés géographiquement. Chaînons manquants, trous noirs génétiques dont les restes en Afrique, en Asie ou en Europe donnent la preuve de la cohabitation et mélanges épisodiques. Ce qui est certain, en Afrique comme ailleurs, le modèle de l’arbre de l’évolution dans lequel les populations aujourd’hui seraient inchangées et séparées à chaque nouvelle branche est obsolète. En vérité, la vie a suivi des cycles de mélanges et de ruptures, ce qui laisse à s’interroger sur le devenir de l’humanité.

Il y a eu tant de mouvements migratoires et d’extinctions de populations qu’il est dans la plupart des cas difficile de réécrire les détails des faits démographiques anciens simplement à partir de l’ADN des populations actuelles. Le seul moyen à ce jour à notre disposition  est de comparer l’ADN ancienne de restes retrouvés avec celui des groupes de population qui sont demeurés plus isolés et séparés du reste des hommes, notamment les pygmées d’Afrique centrale, les chasseurs-cueilleurs San de la pointe sud de l’Afrique ou encore la population Hadza de Tanzanie. En Afrique, berceau de l’humanité, les séquences du génome offrent une diversité environ un tiers plus grande que dans le reste du monde non seulement au sein des populations africaines mais aussi entre elles.

Perhaps all present-day humans are a mixture of two highly divergent ancestral groups, with the largest proportion in West Africans, but all populations inheriting DNA from both

Who we are and How we got here, 2018, p.212

Trois options ont déterminé l'évolution de l'espèce Homo : l'extinction, le déplacement et l'adaptation. Entre éruptions volcaniques et périodes glaciaires, la capacité d’adaptation face aux catastrophes naturelles et changements climatiques a été la cause fondamentale du devenir des hominidés.  Il y a 50 000 ans, quatre importantes tendances migratoires ont marqué l'histoire des premiers hommes modernes : le déplacement hors de l’Afrique et vers l’Eurasie, l’expansion des chasseurs-cueilleurs en Europe d’abord des aurignaciens puis des gravettiens, l’expansion magdalénienne et enfin la migration lors de la période chaude du Bölling/Alleröd.

Il y a plus de 50 000 ans, une population vivant dans la région septentrionale de l’ Eurasie était l'une des populations ancestrales primordiales. Une partie a migré vers l’est à travers la Sibérie et le détroit de Béring pour donner naissance à la population amérindienne, une autre vers l'ouest pour faire partie de la population dans le sud de l’Europe (p.79-80). C’est sur la base d’une reconstruction statistique que l’existence de populations fantômes est inférée. On sait ainsi que les Amérindiens descendent en fait du croisement de deux populations, l'une venant d’Asie de l’Est et l'autre de l’Ouest de l’Eurasie.

On sait encore que les habitants de l'Asie de l’Est sont plus proches génétiquement des anciens chasseurs-cueilleurs d’Europe que des ancêtres de la population européenne actuelle par le biais d’une population fantôme dite basale eurasienne qui a contribué au quart de la composition génétique ancestrale des populations de l’Europe et du Moyen-Orient.

C’est la sédentarisation des populations avec l’agriculture et la domestication du bétail il y a environ 11 000 - 12 000 ans qui ont favorisé une plus grande homogénéisation des populations. Et c’est d’une certaine façon un autre modèle d’homogénéisation qui prend place aujourd’hui avec les révolutions industrielle et de l’information.

Le passé a montré que la période actuelle n’est pas plus extraordinaire au regard des grands mouvements de fond qui se sont succédés.  Et dans un grand nombre de ces faits démographiques au cours de l'évolution, le leit-motiv est l’accouplement de deux catégories : les mâles jouissant du pouvoir social dans une population, les femelles dans une autre (ibid., p.231 et autres références notamment en Europe de l’Est, en Inde, en Colombie et aux Etats-Unis p.137).

L'ordre du temps

Publié dans Génétique

Partager cet article

Repost0

Le temps des perceptions

Publié le par Ysia

Bill Traylor, Spread-Legged Drinker, American Art Museum, Washington

Bill Traylor, Spread-Legged Drinker, American Art Museum, Washington

All of us are naturally composing our past...and projecting our future.... We are usually spinning reality in both directions as we blithely neglect the present moment entirely.

Stephen T. Asma, The Evolution of Imagination,The University of Chicago Press, 2017, p.200

La flèche du temps signifie implicitement la perception que nous avons du temps qui passe dans une seule direction. Stephen Asma cherche à définir en quoi consiste l’acte de perception à travers l’Histoire et les limites dans lesquelles il provoque les images mentales qui interviennent dans le processus de conscience et de réflexion. C’est dans ce contexte qu’il place sa discussion sur l’évolution de l’imagination.

L’imagination, dit Stephen Asma, est un système de simulations qui s’appuie sur la perception, les émotions et la mémoire dans le but de créer des moyens par lesquels les ressources extérieures et intérieures sont examinées avec la plus grande virtuosité. Dans les profondeurs du soi,  entité subjective globale, se manifeste la conscience individuelle  dans un flot créateur et éphémère que le modèle de Dietrich (2003) et sa théorie d’hypofrontalité transitoire paraissent supporter.

According to Csikzentmihalyi, in flow experience there is a balance between challenges and skills, where action and awareness are merged, self-consciousness disappears, time becomes distorted, and the activity becomes an end in itself (inherently rewarding).

Stephen T. Asma, p.199

C’est au soi qu’il appartient de transposer la conscience dans la matière. L’acte d’observation par les sens initie l’intériorisation d’un mouvement  à travers le corps et dans le cerveau (The Evolution of Imagination, p.64). Ce que l’on nomme les neurones miroirs se présentent comme un outil de conversion dans l’apprentissage  de schémas visuels, un élément fondamental de la structure cognitive qui convertit une représentation par les sens  en une représentation motrice (ibid., p.67).  Entre perception sensible et abstraction rationnelle, il y a dans un temps intermédiaire les images mentales qui déterminent nos façons de penser, d’agir et de décider.

Mirroring ‘meaningful’ actions: Sensorimotor learning modulates imitation of goal-directed actions

Avant le langage, l’ancêtre de l’homme moderne se servait de son corps pour communiquer. Les mouvements de ses mains ont laissé des traces sur le bois, la pierre et les parois des grottes. On pense qu’un support périssable comme le bois avait pendant longtemps été employé dans l’élaboration des sculptures de figurines jusqu’à ce que la pierre soit utilisée à cet effet il y a environ 30 000 ans.  Bien qu’il soit possible que  l’imagerie visuelle  et autres aspects de la culture  paléolithique supérieure aient connu une explosion du fait de l’apparition concomitante du langage, l’auteur estime que le langage a probablement suivi et non précédé la communication par l’image et c’est cet ordre de succession qui a subsisté dans le processus de conscience à travers l’évolution des espèces.  

L’un des thèmes principaux du livre repose sur l’idée que nos moyens d’expression corporelle sont beaucoup plus significatifs que nous voulons bien le reconnaître. Molly Joyce, une jeune compositrice et interprète a insisté hier lors de sa performance à la National Gallery of Art de Washington,  sur les dimensions physiques nouvelles de son imaginaire à la suite d’un grave accident. Elle a expliqué comment elle s’est appliquée à transformer sa propre infirmité « d’une imperfection statique fixe en un potentiel créatif fluide », du cadre social limitatif sur la normalité du corps à un imaginaire du corps qui se meut au-delà de la simple perception de sa physicalité.

Stephen Asma cite le psychologue Lawrence Barsalou qui affirme que les images mentales et artistiques sont une forme originelle de pensée. Si Nadia Chomyn, autiste et largement privée de la faculté du langage, montrait autant de talent artistique,  l’auteur convient que les auteurs des peintures des grottes ornées auraient aussi pu être dépourvus de la faculté du langage. C’est  le règne de la cognition dite chaude plutôt que l’avènement de la cognition dite froide, aspect relativement plus récent dans le développement  du cerveau, qui est à l’origine des premières représentations d’images tridimensionnelles ou pariétales de la période du paléolithique supérieur (ibid., p.69-70). 

Sur l’héritage d’une vie émotionnelle s’est lentement greffée la pensée moderne à mesure du développement du cerveau humain qui donna la preuve il y a 30 000 ans de sa capacité à conceptualiser (ibid., p.96).   L’imagination manœuvrée par le soi « autobiographique », ainsi nommé par Antonio Damasio, poursuit son évolution dans le temps.  

J’ajoute que la philosophie modelée par les penseurs successifs sous l’impulsion de leur imagination donne au long de son histoire la preuve de son lien avec la perception.

In Memory of Gela Nga-Mirraitja Fordham

In Memory of Gela Nga-Mirraitja Fordham

Partager cet article

Repost0

L'appel de la nature

Publié le par Ysia

I believe world peace is closely intertwined with respect for our natural environment. When we understand that we all have the same origin and the same destination, we will make peace with one another because world peace is how to care for the tree of life that gives form to everything and everyone since the beginning of time.

I believe world peace is closely intertwined with respect for our natural environment. When we understand that we all have the same origin and the same destination, we will make peace with one another because world peace is how to care for the tree of life that gives form to everything and everyone since the beginning of time.

Renée Phillips est la directrice et fondatrice dévouée et chaleureuse de Manhattan Arts International, une organisation fondée en 1983 dans le but de promouvoir les nouveaux artistes. En 2015,  elle décida de créer un nouveau site consacré au pouvoir guérisseur des arts, un site riche en spiritualité et en optimisme. En cette Journée internationale de la paix, une nouvelle exposition a été mise en ligne qui inclut ma sculpture de marbre  « Call of Nature ».

La paix dans le monde est étroitement liée au respect pour l’environnement. Lorsque nous aurons pris conscience que nous partageons la même origine et la même destinée, nous serons en paix les uns avec les autres et parce que la paix, c’est aussi prendre soin de l’arbre de vie qui a donné forme à tous les êtres depuis le commencement.

Publié dans Stone by stone

Partager cet article

Repost0

Syncrétisme

Publié le par Ysia

Stone sinker

Stone sinker

You might get to Tahiti, fail at your work, and discover that you are not a great artist after all. You are merely a shit. Your ground project in life, your art, might be based on an illusion, even if your deepest impulse is to pursue it. Think twice, then, before you head out to the South Seas.

Daniel Callcut

Chaque pas me coûte et commence ma réflexion qui embûche mon élan et initie ma pause ponctuée d’interrogations sur ma raison d’être et sur le monde environnant... Au cœur du mystère de la conscience et de l'univers s'inscrit la pensée sivaïte. Si je devais reprendre le dialogue entre mon âme et le ciel, je commencerais par mentionner les articles d'Isabelle Ratié sur Utpaladeva, philosophe et poète, qui insistait sur le rôle de la mémoire - ce qu'Isabelle Ratié traduit par les « traces résiduelles » - dans le fonctionnement de la conscience.

… a memory occurs simply because a past experience has left a residual trace, when stimulated by some external factor, triggers the return to consciousness of the past manifestation. One can therefore assume that perception in general happens in the same way: since residual traces can account for the objects of memories, they can also account for objects of experiences that appear to us as new.

Isabelle Ratié

Homo Sapiens remembered experiences and then replayed them and re-created them with increasing executive cognitive control and purpose.

The Evolution of Imagination, Stephen T. Asma.The University of Chicago Press, 2017. p.43

Monarque sur une fleur de vernonia (Vernonia novaborascensis)

Monarque sur une fleur de vernonia (Vernonia novaborascensis)

La conscience porte la voix de l'imagination. C'est la raison pour laquelle, il me semble, Utpaladeva la reconnaît intrinsèquement libre. Les jeux associatifs auxquels s’adonne le poète, partisan du syncrétisme, le plongent dans un chaos qu’il cherche à débrouiller comme s’il voulait faire remonter la vérité du puits. Mais la timide vérité submergée dans les eaux souterraines a bien du mal à se hisser à la surface de la conscience. Chaque être est un puits dans l’eau duquel l’autre contemple sa propre réflexion.

Jean Léon Gerome 1896 La Vérité sortant du puits

Dans l’arbre de la connaissance, une nouvelle discipline se forme et se prolonge en deux ramifications,  l’une tournée vers la philosophie et  l’autre vers la science. La philosophie n’est pas morte. Sa raison d’être est de rendre les sciences intelligibles.

Ce que l’on nomme « inconscient » échappe à la conscience. Dire qu’il n’y a pas d’inconscient, c’est affirmer que ce qui nous échappe n’est pas hors de la conscience mais une part inaccessible de la conscience. 

On ne peut parler d'évolution de l'imagination sans faire référence à Daniel E. Lieberman (The Evolution of the Human Head,Harvard University Press, 2011) et reposer la question sur laquelle il s'était penché : Qu'est-ce qui a précédé? Si de l’avis du professeur de philosophie Stephen Asma, l’ancêtre Homo ne disposait que des prémices d’un second univers intérieur, une imagination rudimentaire que  la musique, la danse et le langage ont décuplé, peut-on imaginer que cette fluidité cognitive reste en mouvement et saura conquérir un jour les territoires inexplorés de l’inconscient ?

Dans quelle mesure notre expérience quotidienne est-elle influencée par les mécanismes psychiques inconscients ? Comment les impulsions inconscientes surgissent-elles dans la sphère de la conscience ? On peut parler de différents degrés de conscience. Il y a l’observant face à l’observé. S’en suit la réaction émotionnelle intérieure de l’observant et le message subjectif que l’objet de son observation suscite, reflet de sa sensibilité et de son activité cognitive,  qui le conduit à travers un dialogue intérieur à définir par l’image et/ou à dénommer par le langage. (L'esprit et le cerveau)

 

…we apprehend the manifested object as “this” and not as “I” – as an entity external to the subject, distinct from him, and inert; and we also apprehend ourselves as inert insofar as consciousness then grasps itself as passive in front of the object that affects it. This state is nonetheless preceded by a state of desire to know, and ends in the awareness of one’s own knowledge. These three stages of the knowledge process succeed one another so quickly – and so continuously, for they constitute the development of a single reality… the reason why we are not aware of our freedom of perception is that we choose to sink into a fascination for the intermediary, completely objectified state of cognitions, disregarding the two other states and forgetting that the distinction between the subject and the object, far from being the essence of perception, is only a stage or a stopping place…

Isabelle Ratié

Native garden

Native garden

Bernardo Kastrup rappelle à juste titre qu’il faut savoir distinguer les différentes étapes de cognition. On appelle trop souvent « conscience  » ce qui en fait définit la métacognition et c’est cette part de la conscience qui semble échapper à notre contrôle.

Paradise series # 1: Eve with Fish and Snake, Joan Brown (Cleveland Art Museum)

Paradise series # 1: Eve with Fish and Snake, Joan Brown (Cleveland Art Museum)

La conscience, c’est l’interaction entre imaginaire et mémoire. Les émotions fondées sur les expériences passées nourrissent la conscience et les souvenirs sont le lien ténu entre ce qui a été et la réalité.

Qu’entend-on par « fabriquées » ? On entend par « fabriquées » le fait que le cerveau s’appuie sur les expériences passées pour construire une hypothèse ou procéder à une simulation. Les concepts formés à chaque étape de notre existence permettent au cerveau de donner un sens aux émotions et d’identifier les sensations. Ce travail de l’esprit se fait parfois à notre insu. (Ce dont les émotions sont faites)

La conscience, forme complexe de préhension, est multiple et pluridimensionnelle. Elle fonctionne comme une lame déferlante, un flot saccadé de pulsions instantanées. Le cerveau tel un récepteur d’émissions fait jaillir la conscience de l’inconscient endormi. (Union des Irréconciliables)

Is imagination the experience of consciousness’ freedom to create a world of its own at will? Or are the so-called creations of imagination nothing but memories of elements that the imagining subject has perceived in the past and that he merely combines in a different fashion? And do we imagine because we are determined to build certain mental images by a mechanism of residual traces left by previous experiences or because, in that “kingdom of the mind” that constitutes the domain of imagination, consciousness exercises its sovereign power by manifesting whatever it pleases to invent?

Isabelle Ratié

The present is a localized rather than a global phenomenon
…ours is a world of events rather than of things...
Perhaps the emotion of time is precisely what time is for us.

Carlo Rovelli

S’il faut déterminer l’ordre des étapes dans le processus de la conscience, la perception ouvre la voie. Cette reconnaissance par les sens qui déclenche l’acte de préhension par la conscience démarque une ligne invisible entre ce qui est réel et l'imaginaire.

Lorsque je dis que rien a de l'importance si ce n'est l'importance qu'on y attache, cela sous-entend justement que les seules choses que nous pouvons percevoir sont nos propres perceptions. Il n'y a pas d'univers sans perception. Ces perceptions insuflent un foisonnement d'informations que le cerveau dissèque, digère et restitue dans un langage individuel. (Mon empire de poussière)

La conscience intervient dans l’espace triangulaire du monde, de la chair et du diable. Le philosophe Alva Noë dans son livre intitulé Out of Our Heads affirme que la conscience n’est pas limitée dans la tête mais agit entre l’esprit et l’environnement physique.   D’un point de vue pratique, il faut la comprendre en tant qu’activité, comme, par exemple, dans l’expérience des couleurs. (l'Histoire inconsciente)

Is perception the awareness of objects that have an independent existence and that consciousness simply reveals, just as a lamp lights objects that were already present in the dark? Or are perceived objects mere appearances that do not belong to any reality outside of consciousness, just as dreamt or imagined objects? This question pervades the whole of Indian philosophy, dividing it into externalist doctrines (according to which perceived objects exist outside of the consciousness that perceives them) and idealistic doctrines (according to which consciousness, when perceiving, is aware of objects that are in fact mere aspects of itself).

Isabelle Ratié

L'idéal vers lequel tend la conscience est de concentrer son attention à la fois sur l’objet extérieur et l’acte intérieur de réflexion. Mais y parvient-elle?

our second universe is populated with thoughts, beliefs, concepts, images, and so on that have some level of intentionality.

The Evolution of Imagination, Stephen T. Asma. p.44

...remembrance is the subjective awareness of having perceived
…consciousness is intentional insofar as it is turned toward an object that stands above it or transcends it.

Isabelle Ratié

Mon corps fonctionne mécaniquement selon les lois de la nature. Je suis directement responsable des mouvements et actes de mon corps. Par conséquent, je contrôle les mouvements des atomes qui m'habitent. Où s'arrête la mécanique de nos gestes et actions, miroir des rouages de notre cerveau, et où commence la conscience? Sommes-nous de simples automates reproduisant les mêmes comportements et pensées face aux situations présentant de vagues similitudes avec le passé par le fait de réactions gravées dans notre ADN ou dans les premières années de notre enfance? La conscience n'est-elle qu'un dialogue à deux voix voire à voix multiples ?

… la trace résiduelle comme une qualité appartenant à une substance et qui rend compte du fait que cette substance est capable de revenir spontanément à son état antérieur dès lors qu’aucune autre force extérieure ne s’y oppose… La position antérieure de la branche est restée « inscrite », bien qu’invisible, dans la branche qui a été ainsi « informée »…l’organe interne a pris, si l’on peut dire, un pli.

Isabelle Ratié

Y-a-t-il unité de la conscience à savoir du phénomène sensoriel et et non sensoriel à l'intérieur de l'être? S'il s'agit d'un dialogue ou d'une discussion interne, il est à douter qu'une seule voix existe parce que temporelle et limitée aux circonstances physiques ou environnementales. Le dépositaire de la conscience est matériel et trouve sa source dans la biologie quantique.  La conscience n'est plus alors qu'un simple tuteur supervisant l'éducation de la substance vivante que nous sommes (Erwin Schrödinger, What is Life?, Mind and Matter, p.97). Entre Ontogénèse et phylogénèse, la conscience serait essentiellement «présente » lors de situations nouvelles ou de prises de conscience nouvelles et elle serait absente quand des niveaux de maîtrise ou de maturité sont atteints. (Qu'est-ce que la conscience?)

C’est le réseau par défaut qui est actif durant nos instants de rêverie, nos plongées mélancoliques, lorsque nous nous apitoyons sur nous-mêmes ou lorsque nous imaginons les dix mille scénarios du futur. Mais dès que nous reprenons une  activité qui demande notre attention à la différence des tâches machinales ou routinières, cette partie de notre cerveau est déactivée. (La taupe et le papillon)

Au carrefour de la science et de la philosophie, c'est vers la conscience cosmique que se dirige ma quête. L’être humain est une illusion du hasard dans l’évolution des espèces. Est-ce l’univers qui existe au sein  de la conscience ou la conscience qui existe au sein de l’univers ? Et les trous noirs de l'esprit de réverbérer les trous noirs de l'univers.

La conscience et le cosmos sont interdépendants. Ce sont des manifestations corrélatives...Certains chercheurs estiment que les effets quantiques peuvent être observés dans notre environnement quotidien et s'appliquer à l'univers macroscopique. D'une expérience à l'autre, il semble que notre conscience crée l'espace et le temps et non l'inverse. Sans la conscience, l'espace et le temps ne sont rien. Il n'y a pas deux mondes, à savoir le monde extérieur et le monde intérieur, mais un. La conclusion paraît quelque peu déroutante : La réalité des faits dépend de l'observation que nous en faisons dans le présent. Jusqu'à ce qu'ils aient été observés, ils n'ont pas vraiment eu lieu mais attendent d’être effectivement démontrés sur la base d’arguments observationnels. C'est ce que l'on appelle la causalité inversée…. (Mon empire de poussière)

…the phenomenal world is created by a universal consciousness through a process similar to the individual subject’s activity of imagination

Isabelle Ratié

…quantum mechanics supports the view that there is no objective physical world (outside minds) at all; all there is are minds with their personal intra-mental “physical worlds” (appearances of the physical world), … which creates the illusion of the commonly accessible extra-mental world.

Dmytro Sepeteyi

Et de poursuivre le questionnement :

Faut-il accepter que la conscience soit fondamentalement individuelle, barricadée dans l’enceinte de son entité corporelle ? Ou faut-il se laisser à penser que sa nature est universelle ? Individuelle, elle agirait comme une lampe qui irradie sa lumière sur son milieu ambiant. Universelle, l’univers dans sa globalité en serait non pas le produit mais le réceptacle. Il semble, à notre raison et dans les limites de nos connaissances, que l’univers interdit son libre flot et que la conscience prise dans les filets de l’espace-temps, communique dans un langage incohérent, se faufilant, inaperçue des premières galaxies à travers les trous noirs jusqu'au sein d’une multitude de lieux, d'êtres et de communautés.

Et s'il y a une conscience collective qui s'engouffre dans tous les orifices, pourquoi est-ce que la conscience individuelle a le sentiment de son isolement ? Si la séparation entre consciences n'est qu'une apparence, comment la dépasser?

Partager cet article

Repost0

Edward S. Curtis

Publié le par Ysia

Le photographe Edward S. Curtis a entamé un projet monumental dans les années 1900 qui dura 30 ans pour documenter les traditions et cultures des tribus amérindiennes par ses photographies et ses écrits. Cette année, le Musée d’Art de la ville de Seattle, la seule parmi les principales villes américaines à avoir été nommée en référence à un chef amérindien, commémore, avec l’exposition de plus d’une centaine de portraits d’Amérindiens, le 150ème anniversaire de ce photographe-artiste qui a connu une renommée posthume.

Seattle

Seattle

Edward S. Curtis (1868-1952) publie dans la plus grande indifférence... son utopie encyclopédique, continuant invariablement de cultiver la nostalgie et l’anachronisme dans une vaste saga pictorialiste du monde amérindien.

Mathilde Arrivé

A chaque photographie, les procédés utilisés individuellement ou en combinaison sont identifiés, notamment la chaude profondeur des orotones ou la limpidité des épreuves argentiques.

The Vanishing Race

The Vanishing Race

The thought which this picture is meant to convey is that the Indians as a race, already shorn in their tribal strength and stripped of their primitive dress, are passing into the darkness of an unknown future. Feeling that the picture expresses so much of the thought that inspired the entire work, the author has chosen it as the first of the series.

Edward S. Curtis

Echo, Jaume Plensa, Olympic Sculpture Park, Seattle

Echo, Jaume Plensa, Olympic Sculpture Park, Seattle

Publié dans Cheminement

Partager cet article

Repost0

Chéri Samba

Publié le par Ysia

Les années 90, Seattle Art Museum

Les années 90, Seattle Art Museum

Publié dans Cheminement

Partager cet article

Repost0

Allégorie

Publié le par Ysia

Allégorie à la douzième exposition annuelle d’Art Brut de Washington du 8 septembre au 19 octobre 2018
Allégorie à la douzième exposition annuelle d’Art Brut de Washington du 8 septembre au 19 octobre 2018
Allégorie à la douzième exposition annuelle d’Art Brut de Washington du 8 septembre au 19 octobre 2018

Allégorie à la douzième exposition annuelle d’Art Brut de Washington du 8 septembre au 19 octobre 2018

Publié dans Stone by stone

Partager cet article

Repost0

Tashi et le moine

Publié le par Ysia

Publié dans Cheminement, Bouddhisme Zen

Partager cet article

Repost0

La raison poétique

Publié le par Ysia

L'appel, Paul Gauguin, Cleveland Museum of Art

L'appel, Paul Gauguin, Cleveland Museum of Art

...unconscious thought is, for all that, nothing more than a myth, however charming

Nick Chater

La créativité s’abreuve à la source de l’échange diffus entre corps, cœur et esprit. S’il n’y a pas d’inconscient, la créativité, elle, s’obstine à pousser la porte vers le néant. Elle tente un fragile travail de funambule entre l’humilité de la raison et  l’équilibre du corps et puise dans les abîmes du devenir. S’il n’y a pas d’inconscient, la conscience, quant à elle, s’interroge sur l’ampleur de son ignorance, sautant à pieds joints dans les brèches successives comme pour mieux  mettre à terre un ego tiraillé entre imaginaire et réalité.

La créativité est un état d’esprit qui se nourrit de lui-même et de son environnement. La créativité, c’est comprendre intuitivement les règles symboliques. C’est porter son attention en-dehors de soi sur l’inattendu, l’inconnu, le mystère. C'est se perdre soi-même pour que surgisse sa voix intérieure, cri desespérément humain.

Ysia

Portrait de femme, Modigliani, Cleveland Museum of Art

Portrait de femme, Modigliani, Cleveland Museum of Art

La conscience aux bords du précipice de l’inconscient se laisse à croire aux paroles d’Aristote, que le créateur, fût-il poète ou artiste, offre à bien des égards un regard plus philosophique et une vision plus universelle.  La division traditionnelle de l’esprit - la raison, l’imagination et la mémoire - s’est affublée aujourd’hui des oripeaux des sciences, des arts et de l’histoire. Fortes du regard que porte l’histoire sur le passé, les sciences dictent les normes et les limites du présent, engloutissant sous leur coupe, la philosophie déchue. S’il n’y a pas d’inconscient, le réseau complexe des trois domaines de l’apprentissage humain quadrille le cerveau. Le poète au contraire du philosophe ne lutte pas contre l’hégémonie des sciences. Entre épistémologie et  esthétique, il souffle un vent d’inconscience et instille un courant de liberté, transcendant règles et conventions.

Symbolic Head, Odilon Redon, Cleveland Museum of Art

Symbolic Head, Odilon Redon, Cleveland Museum of Art

L’imagination établit des connexions nouvelles enfouies dans les trous noirs de l’esprit, à l’horizon desquels la conscience guette leur éruption  et  les illumine. D’une nébuleuse perdue entre les synapses du cerveau, la compréhension naît. Mais s’il n’y a pas d’inconscient, d’où viennent les rêves ? Quel est ce film qui se déroule dans mon esprit endormi ?

L’inconscient est un mythe. Il n’y a pas non plus de Bouddha historique. La mesure du degré de désordre dans l’esprit du poète varie au gré des luttes internes entre l’angoisse existentielle et la soif de liberté. De l’imagination à la poésie et aux arts. De la mémoire à l’Histoire. De la raison à la philosophie. L’esprit à travers les âges a la capacité de tourner en rond,  de réinterpréter les concepts avec un langage réinventé, suivant les époques de l’Histoire et l’évolution des sociétés.  Suspendu aux lèvres de la science maîtresse comme à celles hier de la philosophie, le poète attend.

Les êtres physiques agissent sur les sens. Les impressions de ces êtres en excitent les perceptions dans l'entendement. L’entendement ne s’occupe de ses perceptions que de trois façons, selon ses trois facultés principales : la mémoire, la raison, l'imagination. Ou l'entendement fait un dénombrement pur et simple de ses perceptions par la mémoire, ou il les examine, les compare et les digère par la raison ; ou il se plait à les imiter et à les contrefaire par l'imagination. D’où résulte une distribution générale de la connaissance humaine qui parait assez bien fondée ; en histoire, qui se rapporte à la mémoire ; en philosophie, qui émane de la raison ; et en poésie, qui nait de l'imagination.

Denis Diderot

The Burning of the Houses of Lords and Commons, Turner, Cleveland Museum of Art

The Burning of the Houses of Lords and Commons, Turner, Cleveland Museum of Art

The Cleveland Arcade

The Cleveland Arcade

Cleveland Art Museum

Cleveland Art Museum

Partager cet article

Repost0

La femme cerf

Publié le par Ysia

La femme cerf

L’ancien hôpital de la marine,  dont la construction avait été décidée par Abraham Lincoln, ouvrit ses portes en 1866 après son assassinat.  C’est dans le bâtiment historique aujourd’hui restauré que se tient tout l’été une exposition d’art qui réunit une centaine d’artistes.

Deer Lady (First Floor)

Deer Lady (First Floor)

Publié dans Stone by stone

Partager cet article

Repost0

<< < 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 30 40 > >>