Syncrétisme

Publié le par Ysia

Stone sinker

Stone sinker

You might get to Tahiti, fail at your work, and discover that you are not a great artist after all. You are merely a shit. Your ground project in life, your art, might be based on an illusion, even if your deepest impulse is to pursue it. Think twice, then, before you head out to the South Seas.

Daniel Callcut

Chaque pas me coûte et commence ma réflexion qui embûche mon élan et initie ma pause ponctuée d’interrogations sur ma raison d’être et sur le monde environnant... Au cœur du mystère de la conscience et de l'univers s'inscrit la pensée sivaïte. Si je devais reprendre le dialogue entre mon âme et le ciel, je commencerais par mentionner les articles d'Isabelle Ratié sur Utpaladeva, philosophe et poète, qui insistait sur le rôle de la mémoire - ce qu'Isabelle Ratié traduit par les « traces résiduelles » - dans le fonctionnement de la conscience.

… a memory occurs simply because a past experience has left a residual trace, when stimulated by some external factor, triggers the return to consciousness of the past manifestation. One can therefore assume that perception in general happens in the same way: since residual traces can account for the objects of memories, they can also account for objects of experiences that appear to us as new.

Isabelle Ratié

Homo Sapiens remembered experiences and then replayed them and re-created them with increasing executive cognitive control and purpose.

The Evolution of Imagination, Stephen T. Asma.The University of Chicago Press, 2017. p.43

Monarque sur une fleur de vernonia (Vernonia novaborascensis)

Monarque sur une fleur de vernonia (Vernonia novaborascensis)

La conscience porte la voix de l'imagination. C'est la raison pour laquelle, il me semble, Utpaladeva la reconnaît intrinsèquement libre. Les jeux associatifs auxquels s’adonne le poète, partisan du syncrétisme, le plongent dans un chaos qu’il cherche à débrouiller comme s’il voulait faire remonter la vérité du puits. Mais la timide vérité submergée dans les eaux souterraines a bien du mal à se hisser à la surface de la conscience. Chaque être est un puits dans l’eau duquel l’autre contemple sa propre réflexion.

Jean Léon Gerome 1896 La Vérité sortant du puits

Dans l’arbre de la connaissance, une nouvelle discipline se forme et se prolonge en deux ramifications,  l’une tournée vers la philosophie et  l’autre vers la science. La philosophie n’est pas morte. Sa raison d’être est de rendre les sciences intelligibles.

Ce que l’on nomme « inconscient » échappe à la conscience. Dire qu’il n’y a pas d’inconscient, c’est affirmer que ce qui nous échappe n’est pas hors de la conscience mais une part inaccessible de la conscience. 

On ne peut parler d'évolution de l'imagination sans faire référence à Daniel E. Lieberman (The Evolution of the Human Head,Harvard University Press, 2011) et reposer la question sur laquelle il s'était penché : Qu'est-ce qui a précédé? Si de l’avis du professeur de philosophie Stephen Asma, l’ancêtre Homo ne disposait que des prémices d’un second univers intérieur, une imagination rudimentaire que  la musique, la danse et le langage ont décuplé, peut-on imaginer que cette fluidité cognitive reste en mouvement et saura conquérir un jour les territoires inexplorés de l’inconscient ?

Dans quelle mesure notre expérience quotidienne est-elle influencée par les mécanismes psychiques inconscients ? Comment les impulsions inconscientes surgissent-elles dans la sphère de la conscience ? On peut parler de différents degrés de conscience. Il y a l’observant face à l’observé. S’en suit la réaction émotionnelle intérieure de l’observant et le message subjectif que l’objet de son observation suscite, reflet de sa sensibilité et de son activité cognitive,  qui le conduit à travers un dialogue intérieur à définir par l’image et/ou à dénommer par le langage. (L'esprit et le cerveau)

 

…we apprehend the manifested object as “this” and not as “I” – as an entity external to the subject, distinct from him, and inert; and we also apprehend ourselves as inert insofar as consciousness then grasps itself as passive in front of the object that affects it. This state is nonetheless preceded by a state of desire to know, and ends in the awareness of one’s own knowledge. These three stages of the knowledge process succeed one another so quickly – and so continuously, for they constitute the development of a single reality… the reason why we are not aware of our freedom of perception is that we choose to sink into a fascination for the intermediary, completely objectified state of cognitions, disregarding the two other states and forgetting that the distinction between the subject and the object, far from being the essence of perception, is only a stage or a stopping place…

Isabelle Ratié

Native garden

Native garden

Bernardo Kastrup rappelle à juste titre qu’il faut savoir distinguer les différentes étapes de cognition. On appelle trop souvent « conscience  » ce qui en fait définit la métacognition et c’est cette part de la conscience qui semble échapper à notre contrôle.

Paradise series # 1: Eve with Fish and Snake, Joan Brown (Cleveland Art Museum)

Paradise series # 1: Eve with Fish and Snake, Joan Brown (Cleveland Art Museum)

La conscience, c’est l’interaction entre imaginaire et mémoire. Les émotions fondées sur les expériences passées nourrissent la conscience et les souvenirs sont le lien ténu entre ce qui a été et la réalité.

Qu’entend-on par « fabriquées » ? On entend par « fabriquées » le fait que le cerveau s’appuie sur les expériences passées pour construire une hypothèse ou procéder à une simulation. Les concepts formés à chaque étape de notre existence permettent au cerveau de donner un sens aux émotions et d’identifier les sensations. Ce travail de l’esprit se fait parfois à notre insu. (Ce dont les émotions sont faites)

La conscience, forme complexe de préhension, est multiple et pluridimensionnelle. Elle fonctionne comme une lame déferlante, un flot saccadé de pulsions instantanées. Le cerveau tel un récepteur d’émissions fait jaillir la conscience de l’inconscient endormi. (Union des Irréconciliables)

Is imagination the experience of consciousness’ freedom to create a world of its own at will? Or are the so-called creations of imagination nothing but memories of elements that the imagining subject has perceived in the past and that he merely combines in a different fashion? And do we imagine because we are determined to build certain mental images by a mechanism of residual traces left by previous experiences or because, in that “kingdom of the mind” that constitutes the domain of imagination, consciousness exercises its sovereign power by manifesting whatever it pleases to invent?

Isabelle Ratié

The present is a localized rather than a global phenomenon
…ours is a world of events rather than of things...
Perhaps the emotion of time is precisely what time is for us.

Carlo Rovelli

S’il faut déterminer l’ordre des étapes dans le processus de la conscience, la perception ouvre la voie. Cette reconnaissance par les sens qui déclenche l’acte de préhension par la conscience démarque une ligne invisible entre ce qui est réel et l'imaginaire.

Lorsque je dis que rien a de l'importance si ce n'est l'importance qu'on y attache, cela sous-entend justement que les seules choses que nous pouvons percevoir sont nos propres perceptions. Il n'y a pas d'univers sans perception. Ces perceptions insuflent un foisonnement d'informations que le cerveau dissèque, digère et restitue dans un langage individuel. (Mon empire de poussière)

La conscience intervient dans l’espace triangulaire du monde, de la chair et du diable. Le philosophe Alva Noë dans son livre intitulé Out of Our Heads affirme que la conscience n’est pas limitée dans la tête mais agit entre l’esprit et l’environnement physique.   D’un point de vue pratique, il faut la comprendre en tant qu’activité, comme, par exemple, dans l’expérience des couleurs. (l'Histoire inconsciente)

Is perception the awareness of objects that have an independent existence and that consciousness simply reveals, just as a lamp lights objects that were already present in the dark? Or are perceived objects mere appearances that do not belong to any reality outside of consciousness, just as dreamt or imagined objects? This question pervades the whole of Indian philosophy, dividing it into externalist doctrines (according to which perceived objects exist outside of the consciousness that perceives them) and idealistic doctrines (according to which consciousness, when perceiving, is aware of objects that are in fact mere aspects of itself).

Isabelle Ratié

L'idéal vers lequel tend la conscience est de concentrer son attention à la fois sur l’objet extérieur et l’acte intérieur de réflexion. Mais y parvient-elle?

our second universe is populated with thoughts, beliefs, concepts, images, and so on that have some level of intentionality.

The Evolution of Imagination, Stephen T. Asma. p.44

...remembrance is the subjective awareness of having perceived
…consciousness is intentional insofar as it is turned toward an object that stands above it or transcends it.

Isabelle Ratié

Mon corps fonctionne mécaniquement selon les lois de la nature. Je suis directement responsable des mouvements et actes de mon corps. Par conséquent, je contrôle les mouvements des atomes qui m'habitent. Où s'arrête la mécanique de nos gestes et actions, miroir des rouages de notre cerveau, et où commence la conscience? Sommes-nous de simples automates reproduisant les mêmes comportements et pensées face aux situations présentant de vagues similitudes avec le passé par le fait de réactions gravées dans notre ADN ou dans les premières années de notre enfance? La conscience n'est-elle qu'un dialogue à deux voix voire à voix multiples ?

… la trace résiduelle comme une qualité appartenant à une substance et qui rend compte du fait que cette substance est capable de revenir spontanément à son état antérieur dès lors qu’aucune autre force extérieure ne s’y oppose… La position antérieure de la branche est restée « inscrite », bien qu’invisible, dans la branche qui a été ainsi « informée »…l’organe interne a pris, si l’on peut dire, un pli.

Isabelle Ratié

Y-a-t-il unité de la conscience à savoir du phénomène sensoriel et et non sensoriel à l'intérieur de l'être? S'il s'agit d'un dialogue ou d'une discussion interne, il est à douter qu'une seule voix existe parce que temporelle et limitée aux circonstances physiques ou environnementales. Le dépositaire de la conscience est matériel et trouve sa source dans la biologie quantique.  La conscience n'est plus alors qu'un simple tuteur supervisant l'éducation de la substance vivante que nous sommes (Erwin Schrödinger, What is Life?, Mind and Matter, p.97). Entre Ontogénèse et phylogénèse, la conscience serait essentiellement «présente » lors de situations nouvelles ou de prises de conscience nouvelles et elle serait absente quand des niveaux de maîtrise ou de maturité sont atteints. (Qu'est-ce que la conscience?)

C’est le réseau par défaut qui est actif durant nos instants de rêverie, nos plongées mélancoliques, lorsque nous nous apitoyons sur nous-mêmes ou lorsque nous imaginons les dix mille scénarios du futur. Mais dès que nous reprenons une  activité qui demande notre attention à la différence des tâches machinales ou routinières, cette partie de notre cerveau est déactivée. (La taupe et le papillon)

Au carrefour de la science et de la philosophie, c'est vers la conscience cosmique que se dirige ma quête. L’être humain est une illusion du hasard dans l’évolution des espèces. Est-ce l’univers qui existe au sein  de la conscience ou la conscience qui existe au sein de l’univers ? Et les trous noirs de l'esprit de réverbérer les trous noirs de l'univers.

La conscience et le cosmos sont interdépendants. Ce sont des manifestations corrélatives...Certains chercheurs estiment que les effets quantiques peuvent être observés dans notre environnement quotidien et s'appliquer à l'univers macroscopique. D'une expérience à l'autre, il semble que notre conscience crée l'espace et le temps et non l'inverse. Sans la conscience, l'espace et le temps ne sont rien. Il n'y a pas deux mondes, à savoir le monde extérieur et le monde intérieur, mais un. La conclusion paraît quelque peu déroutante : La réalité des faits dépend de l'observation que nous en faisons dans le présent. Jusqu'à ce qu'ils aient été observés, ils n'ont pas vraiment eu lieu mais attendent d’être effectivement démontrés sur la base d’arguments observationnels. C'est ce que l'on appelle la causalité inversée…. (Mon empire de poussière)

…the phenomenal world is created by a universal consciousness through a process similar to the individual subject’s activity of imagination

Isabelle Ratié

…quantum mechanics supports the view that there is no objective physical world (outside minds) at all; all there is are minds with their personal intra-mental “physical worlds” (appearances of the physical world), … which creates the illusion of the commonly accessible extra-mental world.

Dmytro Sepeteyi

Et de poursuivre le questionnement :

Faut-il accepter que la conscience soit fondamentalement individuelle, barricadée dans l’enceinte de son entité corporelle ? Ou faut-il se laisser à penser que sa nature est universelle ? Individuelle, elle agirait comme une lampe qui irradie sa lumière sur son milieu ambiant. Universelle, l’univers dans sa globalité en serait non pas le produit mais le réceptacle. Il semble, à notre raison et dans les limites de nos connaissances, que l’univers interdit son libre flot et que la conscience prise dans les filets de l’espace-temps, communique dans un langage incohérent, se faufilant, inaperçue des premières galaxies à travers les trous noirs jusqu'au sein d’une multitude de lieux, d'êtres et de communautés.

Et s'il y a une conscience collective qui s'engouffre dans tous les orifices, pourquoi est-ce que la conscience individuelle a le sentiment de son isolement ? Si la séparation entre consciences n'est qu'une apparence, comment la dépasser?

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Edward S. Curtis

Publié le par Ysia

Le photographe Edward S. Curtis a entamé un projet monumental dans les années 1900 qui dura 30 ans pour documenter les traditions et cultures des tribus amérindiennes par ses photographies et ses écrits. Cette année, le Musée d’Art de la ville de Seattle, la seule parmi les principales villes américaines à avoir été nommée en référence à un chef amérindien, commémore, avec l’exposition de plus d’une centaine de portraits d’Amérindiens, le 150ème anniversaire de ce photographe-artiste qui a connu une renommée posthume.

Seattle

Seattle

Edward S. Curtis (1868-1952) publie dans la plus grande indifférence... son utopie encyclopédique, continuant invariablement de cultiver la nostalgie et l’anachronisme dans une vaste saga pictorialiste du monde amérindien.

Mathilde Arrivé

A chaque photographie, les procédés utilisés individuellement ou en combinaison sont identifiés, notamment la chaude profondeur des orotones ou la limpidité des épreuves argentiques.

The Vanishing Race

The Vanishing Race

The thought which this picture is meant to convey is that the Indians as a race, already shorn in their tribal strength and stripped of their primitive dress, are passing into the darkness of an unknown future. Feeling that the picture expresses so much of the thought that inspired the entire work, the author has chosen it as the first of the series.

Edward S. Curtis

Echo, Jaume Plensa, Olympic Sculpture Park, Seattle

Echo, Jaume Plensa, Olympic Sculpture Park, Seattle

Publié dans Cheminement

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Chéri Samba

Publié le par Ysia

Les années 90, Seattle Art Museum

Les années 90, Seattle Art Museum

Publié dans Cheminement

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Allégorie

Publié le par Ysia

Allégorie à la douzième exposition annuelle d’Art Brut de Washington du 8 septembre au 19 octobre 2018
Allégorie à la douzième exposition annuelle d’Art Brut de Washington du 8 septembre au 19 octobre 2018
Allégorie à la douzième exposition annuelle d’Art Brut de Washington du 8 septembre au 19 octobre 2018

Allégorie à la douzième exposition annuelle d’Art Brut de Washington du 8 septembre au 19 octobre 2018

Publié dans Stone by stone

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Tashi et le moine

Publié le par Ysia

Publié dans Cheminement, Bouddhisme Zen

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La raison poétique

Publié le par Ysia

L'appel, Paul Gauguin, Cleveland Museum of Art

L'appel, Paul Gauguin, Cleveland Museum of Art

...unconscious thought is, for all that, nothing more than a myth, however charming

Nick Chater

La créativité s’abreuve à la source de l’échange diffus entre corps, cœur et esprit. S’il n’y a pas d’inconscient, la créativité, elle, s’obstine à pousser la porte vers le néant. Elle tente un fragile travail de funambule entre l’humilité de la raison et  l’équilibre du corps et puise dans les abîmes du devenir. S’il n’y a pas d’inconscient, la conscience, quant à elle, s’interroge sur l’ampleur de son ignorance, sautant à pieds joints dans les brèches successives comme pour mieux  mettre à terre un ego tiraillé entre imaginaire et réalité.

La créativité est un état d’esprit qui se nourrit de lui-même et de son environnement. La créativité, c’est comprendre intuitivement les règles symboliques. C’est porter son attention en-dehors de soi sur l’inattendu, l’inconnu, le mystère. C'est se perdre soi-même pour que surgisse sa voix intérieure, cri desespérément humain.

Ysia

Portrait de femme, Modigliani, Cleveland Museum of Art

Portrait de femme, Modigliani, Cleveland Museum of Art

La conscience aux bords du précipice de l’inconscient se laisse à croire aux paroles d’Aristote, que le créateur, fût-il poète ou artiste, offre à bien des égards un regard plus philosophique et une vision plus universelle.  La division traditionnelle de l’esprit - la raison, l’imagination et la mémoire - s’est affublée aujourd’hui des oripeaux des sciences, des arts et de l’histoire. Fortes du regard que porte l’histoire sur le passé, les sciences dictent les normes et les limites du présent, engloutissant sous leur coupe, la philosophie déchue. S’il n’y a pas d’inconscient, le réseau complexe des trois domaines de l’apprentissage humain quadrille le cerveau. Le poète au contraire du philosophe ne lutte pas contre l’hégémonie des sciences. Entre épistémologie et  esthétique, il souffle un vent d’inconscience et instille un courant de liberté, transcendant règles et conventions.

Symbolic Head, Odilon Redon, Cleveland Museum of Art

Symbolic Head, Odilon Redon, Cleveland Museum of Art

L’imagination établit des connexions nouvelles enfouies dans les trous noirs de l’esprit, à l’horizon desquels la conscience guette leur éruption  et  les illumine. D’une nébuleuse perdue entre les synapses du cerveau, la compréhension naît. Mais s’il n’y a pas d’inconscient, d’où viennent les rêves ? Quel est ce film qui se déroule dans mon esprit endormi ?

L’inconscient est un mythe. Il n’y a pas non plus de Bouddha historique. La mesure du degré de désordre dans l’esprit du poète varie au gré des luttes internes entre l’angoisse existentielle et la soif de liberté. De l’imagination à la poésie et aux arts. De la mémoire à l’Histoire. De la raison à la philosophie. L’esprit à travers les âges a la capacité de tourner en rond,  de réinterpréter les concepts avec un langage réinventé, suivant les époques de l’Histoire et l’évolution des sociétés.  Suspendu aux lèvres de la science maîtresse comme à celles hier de la philosophie, le poète attend.

Les êtres physiques agissent sur les sens. Les impressions de ces êtres en excitent les perceptions dans l'entendement. L’entendement ne s’occupe de ses perceptions que de trois façons, selon ses trois facultés principales : la mémoire, la raison, l'imagination. Ou l'entendement fait un dénombrement pur et simple de ses perceptions par la mémoire, ou il les examine, les compare et les digère par la raison ; ou il se plait à les imiter et à les contrefaire par l'imagination. D’où résulte une distribution générale de la connaissance humaine qui parait assez bien fondée ; en histoire, qui se rapporte à la mémoire ; en philosophie, qui émane de la raison ; et en poésie, qui nait de l'imagination.

Denis Diderot

The Burning of the Houses of Lords and Commons, Turner, Cleveland Museum of Art

The Burning of the Houses of Lords and Commons, Turner, Cleveland Museum of Art

The Cleveland Arcade

The Cleveland Arcade

Cleveland Art Museum

Cleveland Art Museum

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La femme cerf

Publié le par Ysia

La femme cerf

L’ancien hôpital de la marine,  dont la construction avait été décidée par Abraham Lincoln, ouvrit ses portes en 1866 après son assassinat.  C’est dans le bâtiment historique aujourd’hui restauré que se tient tout l’été une exposition d’art qui réunit une centaine d’artistes.

Deer Lady (First Floor)

Deer Lady (First Floor)

Publié dans Stone by stone

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Andy Goldsworthy

Publié le par Ysia

There is life in a stone

Goldsworthy

Holes at Glenstone
Holes at Glenstone
Holes at Glenstone
Holes at Glenstone
Holes at Glenstone

Holes at Glenstone

Boulder at Glenstone
Boulder at Glenstone
Boulder at Glenstone

Boulder at Glenstone

Publié dans Cheminement

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Une brèche dans la digue des connaissances

Publié le par Ysia

La marche des idées procède d’une dialectique qui débute par une thèse, se poursuit par une antithèse pour finir par une synthèse, un processus que suit David Reich tout au long de son ouvrage Who we are and How we got here. Il étaye son raisonnement d’une profusion d’analyses et de recherches.

La connaissance est relative et dépend des informations disponibles sur le moment. Une analyse du point de vue de l’ADN mitochondriale n’offre pas la même vision de l’Histoire que du point de vue de l’ensemble du génome. L’ADN mitochondriale n’ouvre qu’une petite fenêtre sur la réalité de la lignée des ancêtres hominidés.

Les appellations comme dénisoviens ou néanderthaliens ne font pas l’unanimité. Certains auraient souhaité la création d’une nouvelle espèce homo pour l’hominidé de Denisova. D’autres débattent la question de savoir si le néanderthalien est un sous-goupe des Homo sapiens ou s’il fait partie de la famille élargie des hominidés de Denisova ou s’il représente une espèce distincte. Deux paramètres sont pris en compte pour parvenir à une décision : si les ancêtres ont réussi à procréer même s’il s’agit d’une progéniture hybride stérile ou peu fertile et si la forme des squelettes est identique. Par exemple, nous ne possédons pas  de données suffisantes sur l’hominidé de Denisova. Les dents que nous avons à notre disposition rappellent les énormes molaires des australopithèques, mangeurs de plantes, comme Lucy.

D’après les études réalisées sur une variété d’espèces à travers le royaume animal, on sait que la progéniture de deux populations séparées est affectée après une longue période donnée par une fertilité réduite. Ainsi il en a été des hybrides néanderthaliens et humains. Leur hybridation pose la question de savoir si elle s’est aussi produite entre d’autres humains archaïques. Il y a 200 mutations dans l’ADN mitochondriale qui séparent les néanderthaliens des hommes d’aujourd’hui et 400 mutations différentes d'avec les  dénisoviens. Vu le rythme auquel ces mutations se produisent, on estime que la séparation entre humains modernes et dénisoviens a eu lieu il y a 800 000 à un million d’années.

Une autre étude a révélé que soit les humains soit les chimpanzés dérivent d’une ancienne hybridation et qu’une longue période d’échanges génétiques a suivi la différentiation des populations humaines et chimpanzés à la différence de la séparation brutale il y a un à deux millions d’années entre chimpanzés et bonobos, résultat d’un changement climatique soudain qui forma le fleuve du Congo. Si Svante Pääbo a réussi à déceler moins de 4% de l’ADN du primate dans le génome néanderthalien, il est à près de 70% dans l’ADN du dénisovien.

Dénisoviens et néanderthaliens sont plus proches l’un de l’autre que de l’Homo sapiens au vu de l’ensemble de son génome et pas seulement de l’ADN mitochondriale. On estime la séparation entre, d’une part, leur ancêtre commun et, d’autre part, les Homo sapiens entre 770 000 et 550 000 ans alors que la séparation entre dénisoviens et néanderthaliens  aurait eu lieu entre 470 000 et 380 000, ce qui est, contre toute attente, proche de l’estimation basée sur l’ADN mitochondriale qui a déterminé que néanderthaliens et humains se seraient séparés entre 470 000 et 360 000 ans.

Une étude de l’ensemble du génome du dénisovien a permis de conclure qu’il était génétiquement plus proche des aborigènes de Nouvelle-Guinée que de toute autre population d’Eurasie, ce qui laisse suggérer que les ancêtres des néo-guinéens se sont mêlés aux dénisoviens. On se demande comment les anciens habitants de Sibérie et les ancêtres de l’île de la Nouvelle-Guinée se sont retrouvés pour procréer.

Cela me rappelle une autre étude mentionnée en 2015 dans un précédent article sur la traversée, il y a au moins 15 000 ans, de l'isthme de Béring par une population d'ancêtres lointains des hommes originaires d’Asie australe.

L’étude du génome des néo-guinéens confirme que cette part dénisovienne de l’ordre de 3 à 6%  est en moyenne plus récente que la part néanderthalienne de l’ordre de 2% soit entre 59 000 et 44 000 ans, ce qui constitue la part archaïque la plus importante chez un être humain aujourd’hui. C’est aux Philippines, en Australie et en Nouvelle-Guinée que se retrouvent les plus importantes empreintes génétiques de l’hominidé de Denisova notamment à l’est de la ligne de Huxley qui marque une coupure nette entre mammifères et marsupiaux, ligne géographique impénétrable qui a forcé l’isolement des populations ancestrales. Cependant ni les aborigènes des îles Andaman et de la péninsule malaise ni les morceaux de squelette trouvés près de Pékin dans la grotte de Tianyuan ne présentent le même héritage génétique. La part dénisovienne chez les asiatiques de l’est est entre 0.2 à 0.6. Par exemple, ce que l’on nomme les gènes tibétains de l’altitude sont l’héritage génétique transmis par les dénisoviens.

On estime que la séparation entre, d’une part, aborigènes néoguinéens et australiens et, d’autre part, hominidés sibériens de Denisova a eu lieu entre 400 000 et 280 000 ans, ce qui suggère la possibilité de plusieurs branches d’hominidés de Denisova, dont l’une aurait migré vers le nord. David Reich donne à l’autre branche le nom de «  australo-dénisovienne ».  Il faut rappeler là aussi un article publié en 2017 sur les conclusions d’une autre étude, selon lesquelles tous les aborigènes d’Australie descendent d’une population fondatrice unique arrivée lors d’une vague de migration unique il y a 50 000 ans. Le niveau des eaux était si bas que l’Australie et la Nouvelle-Guinée formaient un seul continent. Les humains ont migré d’Asie du Sud-est jusqu’à cette masse de terre continentale, certains s’installant dans ce qui est aujourd’hui la Nouvelle-Guinée et d’autres plus loin jusqu’en Australie.

Dans ce brouillard des origines, quelle place avait l’Eurasie dont l’Europe n’est qu’une péninsule ? Les populations ancestrales dénisoviennes, néanderthaliennes et les Homo sapiens y vivaient-ils ? Descendaient-ils des Homo erectus ? Dans ce scénario, certains s’en sont peut-être retournés en Afrique pour fonder l’humanité moderne…  La beauté d’un trou noir est qu’on se laisse à imaginer d’autres possibilités. L’Homo antecessor de Sima de los Hueros (Espagne) est un autre maillon de la chaîne, ancêtre des dénisoviens et des néanderthaliens. Johannes Krause a présenté une théorie selon laquelle une population d’ Homo sapiens a quitté l’Afrique il y a des centaines de milliers d’années pour se mêler aux  hominidés de Sima de los Hueros. L’hypothèse la plus plausible est que l’ancêtre des humains modernes, des néanderthaliens et des dénisoviens est l’Homo heidelbergensis considéré à la fois comme une espèce d’Afrique et d’Eurasie. L’Homo heidelbergensis est plus proche des néanderthaliens que des dénosivaniens d’après les analyses sur l’ADN mitochondriale mais pas selon l’analyse de l’ensemble de son génome.

Le trou noir, ainsi nommé par David Reich, que représente la période entre cinq millions et un million d’années est peuplé d’humains superarchaïques et d’ancêtres fantômes des Homo sapiens, dénisoviens et néanderthaliens.  

Publié dans Génétique

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Ronde spirituelle

Publié le par Ysia

Dans un monde de valeurs et d’antivaleurs, du conceptuel  à l’empirique, combien d’illusions pourchassées, combien de vanités piétinées sur la voie de l’authenticité !

Au centre de l’espace triangulaire du monde, de la chair et du diable, il ne s’agit pas de contrôler ses passions mais de les faire croître et mûrir. C’est de savoir que c’est l’émotion personnifiée qui monte et redescend l’échelle des êtres.

Au centre de l’espace triangulaire du monde, de la chair et du diable, il ne s’agit pas d’assoiffer l’ego intellectuel mais de le nourrir constamment, lentement pour qu’il s’abreuve à la connaissance du monde.

Au centre de l’espace triangulaire du monde, de la chair et du diable, l’âme recueillie sourd et grandit elle aussi, satisfaite de ce qu’elle est.

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