Le tronc calciné

Publié le par Ysia

Tronc calciné (4)

Suis-je pareille à un ptéropode qui, incapable de s’adapter à son environnement,

N’arrive plus à créer sa coquille calcaire ?

De la diversité morphologique à la diversité biologique,

Les protubérances solaires continuent leur danse.

Le tronc calciné, mémoire d’Australie, symbole aborigène

Pareil au lettré chinois portant la sagesse du monde sur son dos

S’en va en silence en quête de vérité brûlée au gibier de la bêtise humaine.

Koru ou le point d’interrogation…

 

Imaginer une planète où nous aurions provoqué notre fin tragique par la combustion des carburants fossiles créant un couvercle baudelairien de gaz carbonique au profit des plantes et l'avènement de leur règne. Ironie de la vie. Sommes-nous des parasites sur la terre qui se réjouira sur la tombe de notre humanité perdue?

Qu'est-ce que la vie ou qu'est-ce que vivre? Vivre est un processus énergétique qui se manifeste par le transfert d'électrons d'une molécule à l'autre dans la chaîne respiratoire. Ainsi se produisent photosynthèse chez les plantes et respiration chez les animaux suivant les règles d'une chimie gouvernée par la thermodynamique et la cinétique (Nick Lane, The vital Question, p.148). Le magma du tréfonds de la Terre est-il à l’origine des vents chauds qui tourbillonnent autour du globe ?

Chimiosmose... Les eucaryotes ont 200 000 fois plus d'énergie par gène que les procaryotes, ce qui expliquerait leur bond dans l'évolution. Ils consument environ 5 000 fois plus d'oxygène par seconde qu'une bactérie étant donné l'amas d'ADN mais surtout l'énergie utilisée pour la synthèse des protéines.

Dans un processus énergétique préludé par Anaxagore, tous les êtres vivants se divisent entre les eucaryotes et les procaryotes. Un abîme pourtant sépare les deux.

Car rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau.

Anaxagore

Le corps est un écosystème d'éléments humains et non-humains connectés entre eux.Un univers à l’intérieur de nous vit.

L’avenir de la vie est un voile invisible. Son expérience est immédiate dans un appel constant à la créativité. Sous le commandement de la Raison universelle, l’humanité reçoit l’Ordre impersonnel de la nature.

La totalité de la vie, mieux connue sous le nom de « biosphère » des scientifiques et sous la dénomination de « création » des théologiens, est une membrane d’organismes enveloppant la Terre si ténue qu’elle ne peut être vue d’une navette spatiale et pourtant si complexe intérieurement que la plupart des espèces la composant y demeure inconnue.

(The future of life, Edward O. Wilson, p.3, New York, 2002)

C’est à partir des composés inorganiques que sont apparus les composés organiques, suivant l’expérience de Miller-Urey, loi mécanique de cause à effet. Peut-on par la biologie de synthèse reproduire la première bactérie à l’origine de la vie ?

La vie se définit comme une excroissance des organismes microbiens que sont les bactéries, les eucaryotes et les archées voyageurs de l’espace universel d’astre en astre, de planète en planète. Ainsi est la théorie de l’origine de la vie appelée panspermie, autrefois ridiculisée mais devenue aujourd’hui une possibilité indéniable. (The future of life, Edward O. Wilson, p.7).  Si la biosphère est le corps, l’humanité est l’esprit (ibid., pp.98-132), « nappe pensante », qui, après avoir germé au Tertiaire finissant, s’étale depuis lors par-dessus le monde des Plantes et des Animaux : hors et au-dessus de la Biosphère, une Noosphère  (Teilhard De Chardin, Le phénomène humain, p.121), nappe pensante aussi appelée conscience collective. Notre place dans un hypothétique avenir est de protéger la vie de la planète, conscient des connexions de la création.

Contemplant la totalité de la vie, le poète s’interroge : « Mais qui sont les enfants de Gaïa ? »

L’écologiste lui répond : « Ce sont les espèces. Il nous faut apprendre à connaître le rôle de chacune dans leur totalité afin de mener une gestion avisée de la Terre. »

Le systématicien ajoute : « Mais alors, de combien d’espèces parlons-nous ? Où sont-elles dans le monde ? Quelle est leur famille génétique ? »

The future of life, Edward O. Wilson, New York, 2002, p. 12

Familles, ordres, classes, phyla, royaumes – tout s’enchevêtre pour former la biosphère des trois domaines que sont les espèces, les écosystèmes et les gènes qui constituent l’hérédité individuelle et à la base de laquelle résident bactéries, eucaryotes et archées. Chaque espèce se limite à sa propre communauté dans la mesure où les espèces se consomment les unes les autres, sont consommées, se font concurrence et coopèrent. (ibid., p.11)

Comment expliquer l 'élan vital? Si la composition chimique de l'être vivant n'est pas franchement différente de celle d'une créature inanimée, qu'est-ce qui nous sépare de l'arbre si ce n'est peut-être un autre niveau de pensée? Comment des produits chimiques au sein de la cellule délivrent-ils l'information nécessaire à la transmission des traits héréditaires fondamentaux? Il s'agit bien de briser le code. Protoplasme à l'intérieur de la cellule vivante...

Il n'est pas correct de dire que les gènes doivent aux lois statistiques de l'ordre et du chaos la rigueur de leur modèle de reproduction. La vie est un phénomène qui se produit au niveau quantique. Les enzymes sont les moteurs de la vie. Mais que sont les enzymes? Et qu'est-ce qui leur permet d'accélérer le processus de transformation de la vie ? Les enzymes sont une forme de catalyses biologiques. De l'enzyme à la théorie de l'état en transition...

Mais pourquoi a-t-il fallu attendre les années soixante pour que l'on s'intéresse sérieusement au monde infiniment petit de Pascal?

De la décohérence aux battements quantiques...

L'effet tunnel est le processus permettant aux particules, notamment radioactives, de traverser des barrières impénétrables aussi facilement que le son traverse les murs. Comment les amphiprioninae peuvent-ils retrouver le chemin de leur origine et prendre refuge dans les mêmes coraux qui les ont vu naître? Et comment des papillons naviguent-ils avec une telle précision qu'ils peuvent atteindre un lieu à des milliers de kilomètres de leur origine ? Est-ce leur sens de l'odorat ou est-ce une mémoire ancestrale gravée dans leur ADN? Magnétoréception, application de la biologie quantique, ou comment les êtres vivants utilisent le champ magnétique de la terre pour se diriger grâce aux cellules magnétoréceptrices. Les rouges-gorges européens migrent depuis l'Afrique du nord jusqu'à l'Europe du nord. Qu'en est-il des rouges-gorges solitaires à ma fenêtre qui bravent les températures frigides de l'hiver?
Intrication ou enchevêtrement quantique... C'est la lumière qui est nécessaire pour permettre à l'oeil de l'oiseau la visualisation du champ magnétique.

Un soir, dans le chemin, je vis passer un homme
Vêtu d’un grand manteau comme un Consul de Rome,
Et qui me semblait noir sur la clarté des cieux.
Ce passant s’arrêta, fixant sur moi ses yeux
Brillants, et si profonds qu’ils en étaient sauvages,
Et me dit : « J’ai d’abord été dans les vieux âges,
Une haute montagne emplissant l’horizon ;
Puis, âme encore aveugle et brisant ma prison,
Je montai d’un degré dans l’échelle des êtres,
Je fus un chêne, et j’eus des autels et des prêtres,
Et je jetai des bruits étranges dans les airs ;
Puis je fus un lion rêvant dans les déserts
Parlant à la nuit sombre avec sa voix grondante ;
Maintenant, je suis homme, et je m’appelle Dante.

Victor Hugo, vers écrits sur un exemplaire de la Divine Comédie, Contemplations, Livre III : Les luttes et les rêves, Juillet 1943

Les organismes vivants ne pourraient se reproduire que s'ils ont pu la toute première fois répéter l'information nécessaire pour se faire. Les gènes sont des entités mécaniques quantiques.
La vie est-elle une succession ininterrompue de faits al
éatoires ?

Les mutations sont des sauts quantiques. De l'évolution quantique à la mécanique quantique, quel est le lien entre la mécanique quantique et la génétique? La première est fondamentale dans la transmission des traits héréditaires car notre code génétique s'écrit en lettres quantiques. Les gènes quantiques codifient la structure et la fonction de chaque microbe, plante et animal.

La vie s'inscrit dans le royaume quantique. Comment des informations codifiées dans différentes régions du cerveau s'accordent et s'organisent dans notre esprit conscient? Ainsi se pose la question de la collecte et de la fusion de l'information dans l'esprit. Qu'est-ce que la conscience et comment interagit-elle avec la matière cérébrale? De la mécanique de la pensée... Du réseau neuronal à la main de l'artiste...
Le cerveau est un ordinateur quantique. Le champ électromagnétique est pr
ésent dans le cerveau et c'est cela la conscience. L'âme est l'étincelle vitale quantique tandis que la conscience collective est le champ magnétique de la terre....L'ombre de l'esprit.

Pourquoi le prononcer ce nom de la patrie?
Dans son brillant exil mon cœur en a frémi ;
Il résonne de loin dans mon âme attendrie,
Comme les pas connus ou la voix d'un ami.

Montagnes que voilait le brouillard de l'automne,
Vallons que tapissait le givre du matin,
Saules dont l'émondeur effeuillait la couronne,
Vieilles tours que le soir dorait dans le lointain,

Murs noircis par les ans, coteaux, sentier rapide,
Fontaine où les pasteurs accroupis tour à tour
Attendaient goutte à goutte une eau rare et limpide,
Et, leur urne à la main, s'entretenaient du jour,

Chaumière où du foyer étincelait la flamme,
Toit que le pèlerin aimait à voir fumer.
Objets inanimés, avez-vous donc une Ame
Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer?

Alphonse de Lamartine, Harmonies poétiques et religieuses

Si les fossiles appartiennent à la période du Visible (Phanérozoïque) commencée il y plus de 500 millions d'années, la période de la vie antérieure ou précoce (Protérozoïque) fut quatre fois plus longue. Avant cela, il y eut la période archéenne qui commença 3.8 milliards d'années à la suite de la formation de la croûte continentale et  encore avant il y eut peut-être, après l'impact géant avec un hypothétique corps céleste symboliquement nommé Théia, le temps premier de l'Invisible (Hadéen) qui débuta il y a 4,5 milliards d'années. Rappelons que l'émergence de la vie date de 3.8 milliards d'années. Les premiers Eucaryotes ont entamé leur évolution il y a 2.7 milliards d'années et formé des colonies entre 2.1 et 1.9 milliards d'années. Il y a 900 millions d'années, des organismes multicellulaires complexes apparaissent enfin et s'essayent progressivement à créer champignons, plantes, animaux et chromistes.(The Book of barely imagined beings, Caspar Henderson, The University of Chicago Press, 2013)

Issus des océans, nous avons évolué. C'est parce que nos poumons et nos membres se sont lentement modifiés les premiers. Et de créatures aquatiques, nous sommes devenues des créatures terrestres ou... aériennes, devrais-je dire, prisonnières de la loi de la pesanteur. Qu'est-ce que cela révèle ? Que nous dépendions avant tout de nos membres et de nos poumons. Que marcher, respirer et toucher voire manier nous importait davantage que le reste. Que les sens du toucher et de l'odorat sont essentiels et que l'air est la vie. L'air est l'agent de transmission.

«La méthode employée par la nature, nommée photosynthèse, s’est développée il y a trois milliards d’années quand une bactérie a manifesté la capacité de se nourrir directement du soleil, d’utiliser l’énergie pour transformer en sucre le dioxyde de carbone contenu dans l’air… La bactérie s’est ainsi multipliée rapidement et de manière prolifique, remplissant l’air de son déchet toxique, l’oxygène. Ces organismes qui n’ont pas été tués par l’oxygène en ont profité et évolué, donnant naissance à la vie sur la terre. Les plantes dépendaient de ce déchet produit par ces bactéries jusqu’à il y a 2,6 milliards d’années lorsqu’une plante a incorporé la bactérie dans sa cellule, réalisant la photosynthèse à l’intérieur d’elle. Quasiment toutes les formes de vie – y compris l’être humain – dépendent de la capacité photosynthétique des plantes pour absorber le carbone, élément constitutif essentiel de la vie contenu dans l’air, utilisant le soleil comme carburant. Et le climat de l’Holocène dans lequel évolue la civilisation humaine dépend des forêts pour moduler le niveau de gaz de serre dans l’atmosphère. (traduit par Ysia)

Gaia Vince, Adventures in the Anthropocene, pp.293-294

Les plantes ont-elles leur propre manière de pensée ? La forêt tropicale disparaît au rythme de 1,5 acres par seconde...

Et les arbres sur les branches desquels se posent les buses sont-ils des humains pétrifiés, condamnés au silence ?

L’arbre est-il une créature inanimée ?

Qu’est-ce que la sève d’un arbre ? Est-ce la vie ?

Est-ce la conscience quand le tronc devient branches ?

Peut-on croire en la transmigration des âmes d’un individu à l’autre, d’un être vivant à l’autre, de l’inconscience à la conscience ?

Tout au bout de la terre, le scientifique est un poète.

Au cri des écosystèmes éradiqués et des espèces disparues, il répond en leur mémoire. Sommes-nous ignorants, aveugles ou crédules qu’il ne nous est possible de constater la mort du chêne blanc ?

There will be a time when trees will die from top to bottom

Dans la gestion des milieux naturels, quelle doit être l'éthique qui gouverne le monde ? c’est l’Ethique universelle qui doit guider le développement durable. Parmi les douze menaces à l'environnement se trouvent selon Jared Diamond, auteur de Collapse :

  1. déforestation et destruction de l’habitat
  2. déficience des sols (salinité, érosion, baisse de fertilité)
  3. problèmes liés à la gestion des eaux
  4. surchasse
  5. surpêche
  6. effets des espèces introduites sur les espèces indigènes
  7. croissance démographique
  8. impact accru par habitant/ responsabilité individuelle accrue dans la gestion de l’environnement
  9. changements climatiques causés par l’être humain
  10. accumulation de produits chimiques toxiques dans l’environnement
  11. pénuries d’énergie
  12. utilisation par l’être humain de l’entière capacité photosynthétique de la terre 

Que peut-on apprendre des habitants de l’île du Pacifique,Tikopia ? Que c’est à la société dans son ensemble de répondre à l’urgence des problèmes liés à l’environnement. Combien d’arbres sont abattus chaque année par hectare de terre ? Combien germinent et avec quelle rapidité croissent-ils  ? Ainsi se définissent la fragilité et la résilience de notre environnement. De l’anthropocentrisme, n’est-il pas temps de parler de biocentrisme pour le salut de toutes les créatures, végétales, animales et humaines ? La biophilie est l'inclination innée à privilégier toute expression de vie auxquelles nous sommes irrésistiblement associés (The future of life, Edward O. Wilson, New York, 2002, p.134).

"Sagesse, où es-tu ?" demande la Terre.

Tribus et populations aborigènes d’ Amérique, d'Asie ou d’Afrique partagent-elles une même ADN de la sagesse humaine ? Descendants d’Antée, notre force vient de Gaia. Si nous nous coupons d’elle, nous commettons le suicide de la civilisation humaine. Est-ce dans la fosse tectonique de l’Afrique orientale que le berceau d’Antée se trouve, lui qui fut nourri au sein de Gaia ? Les fossiles anciens jonchent la terre aux quatre coins du monde, évidence de notre histoire commune.

We have created a Star Wars civilization, with Stone Age emotions.

Edward O. Wilson

L’arbre est-il une créature inanimée ? Qu’est-ce que la sève d’un arbre ?  Est-ce la vie ? Est-ce la conscience quand le tronc devient branches ? Peut-on croire en la transmigration des âmes d’un individu à l’autre, d’un être vivant à l’autre, de l’inconscience à la conscience ? Tout au bout de la terre, le savant est un poète. Au cri des écosystèmes éradiqués et des espèces disparues, il répond en leur mémoire. Sommes-nous ignorants, aveugles ou crédules qu’il ne nous est possible de constater la mort du chêne blanc ? Le savant, détenteur de vérité, énonce la raison de son désespoir. Terre, cimetière des hommes et des espèces éclipsées ou menacées par le blanchiment du corail. Jungle humaine où la loi des plus puissants règne. Mais c’est en compagnie des autres créatures et dans une matrice de conditions données que nous évoluons sur le chemin de la croissance collective future.

Est-ce la folie des grandeurs qui fait que l’homme, divinité déchue, se rue vers sa propre destruction et celle des espèces terrestres, aériennes ou aquatiques comme la baleine bleue ? Pourquoi la sagesse, à l’état de graine dans l’homme préhistorique semble s’être stagnée au stade paléolithique ?

Créer une éthique de l’écologie universelle. La terre n’est pas une esclave, tout au plus un véhicule dont nous sommes les passagers.

L’Hawaï des Anciens est un fantôme qui hante les collines et notre planète s’est appauvrie depuis son morne repli.

The future of life, Edward O. Wilson, p.45, New York, 2002

L’évolution est indissociable de son environnement. Au fur et à mesure des changements directs ou indirects opérés sur l’environnement se poursuit l’évolution humaine et des autres espèces vivantes. Les silures arrivés tardivement dans le Tarn se sont adaptés depuis 1983 à leurs nouvelles circonstances, chassant le pigeon qui constitue aujourd’hui 80% de leur alimentation. Premier pas vers une nouvelle étape de leur évolution ? Peut-on imaginer qu’une mutation s’est enclenchée, comme celle provoquée par la surexpression du gène Hoxd13 qui déclencha la pousse de membres il y a 400 millions d’années sur des poissons, conquérants de la terre ferme (Developmental Cell) ?  

All forms of life modify their contexts.

Lynn White

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