Section 1.5

Publié le par Ysia

S. Ayant mendié dans l’ordre, il s’en retourna à sa résidence d’origine. Le repas fini, il rangea sa sébile et son vêtement. Après s’être lavé les pieds, on disposa un siège et il s’assit (1).

C. dans l’ordre (2), c’est sans distinction entre le pauvre et le riche qui sont indifféremment convertis. Ayant mendié, c’est-à-dire que l’on mendie auprès de sept maisons au plus. Une fois les sept maisons dénombrées, il n’y a plus à se rendre autre part. s’en retourna à sa résidence d’origine, c’est la volonté bouddhique qui commande tout moine mendiant. A moins d’y être invité, il ne faut jamais se rendre chez les êtres aux habits blancs (3). C’est pourquoi on le dit. lavé les pieds, c’est que l'être Vérité, lors de ses apparitions , suit le modèle des êtres ordinaires. L’on dit par conséquent lavé les pieds. En outre, selon la loi du Grand Véhicule, cela n’est pas simplement se laver les mains et les pieds que l’on tient pour la pureté. Dès que par une pensée, l’esprit est pur, la fange des péchés est entièrement extirpée. Lorsque l'être Vérité entreprend de prêcher la loi, c’est la tradition de disposer un siège en bois de santal  (4). C’est pourquoi on dit on disposa un siège et il s’assit (5).5

(1) Zhiyan (T.1704) divise en quatre temps l’introduction au discours central : 1. Le bouddha va mendier dans la cité ; 2. Il retourne manger dans sa résidence d’origine ; 3. Après le repas, il met de l’ordre ; 4. Il s’asseoit.

Zongmi (T.1701) explique qu’il s’agit de réunir les conditions nécessaires. Si le bouddha ne rangeait pas sa sébile, son esprit ne trouverait pas le repos.  Pour rentrer en méditation, le bouddha doit se défaire de la pesanteur des circonstances, se laver et rentrer en méditation à proprement parler.

Yinshun explique qu'après avoir mendié son repas, il s'en retourne dans le bois de Jeta  pour y manger cette nourriture. Après avoir mangé, il range soigneusement la tunique qu'il a porté pour entrer dans la cité et le bol qui contenait sa nourriture. Puisque marcher en ville et mendier son repas se fait pieds nus, on ne peut éviter de se salir les pieds. Le bouddha doit donc se laver les pieds.

Après l'acte du corps vient l'acte mental (le bouddha revient s'asseoir pour s'absorber dans la méditation). S'en suit l'exercice de la parole avec la prédication.

(2) dans l'ordre, c'est aussi un après l'autre. Nul ne peut passer devant l'autre pour mendier.

(3) Huineng fait référence aux riches laïcs qui traditionnellement portaient des habits de couleur blanche.

(4) Le manuscrit annoté par Daochuan (Enô kenkyû, p.423) donne le caractère zhan au lieu de shi , d'où ma référence au siège en bois de santal (candana).

(5) Suivant l'édition Z. (Zokuzôkyô) 38, 4, p.331 et Enô kenkyû, p.423, Huineng emploie l'expression  fushi 敷施 pour expliquer fuzuo 敷座. Que l'on mette un siège à la disposition du bouddha est corroboré dans le texte sanskrit, d'après les traductions de Max Müller, d'Edward Conze, de Max Walleser (d'après le tibétain) et aussi selon le commentaire de Sengzhao (Z.38, 3, p.62). En revanche, Jizang (T.1699, p.99a) et Kuiji (T.1700, p.127b)  notamment expliquent que c'est au bouddha de préparer son siège parce que cela symbolise qu'il rentre en concentration. Ce n'est que lorsqu'il recouvre le calme intérieur qu'il est digne et capable de prêcher la loi. Ce geste extérieur accompagne le geste intérieur. En outre, il s'agit de faire taire ses exigences sur autrui, aussi agit-il par lui-même. Pourtant il me semble contradictoire nd'affirmer que le bouddha doive se mettre en état de prêcher la loi car il est celui qui ne va ni ne vient.

Il est généralement précisé que le bouddha s’asseoit les jambes croisées dans les autres traductions chinoises de Bodhiruci, Paramārtha et Dharmagupta conformément au texte sanskrit : …sat down on the seat arranged for him, crossing his legs, holding his body upright, and mindfully fixing his attention in front of him (Conze, p.21).

Zhiyi (T. 1698) indique que le siège sur lequel s’asseoit le bouddha symbolise la vacuité de toute chose. Voir la vacuité dans toute chose, c’est la définition de la concentration samadhi. Le fait que le bouddha s’asseoit montre implicitement qu’il rentre en concentration.

Publié dans Bouddhisme Zen

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