Section 3.1

Publié le par Ysia

Bodh Gaya

SECTION TROIS: LA DOCTRINE ORTHODOXE DU GRAND VEHICULE

 

T. Le bouddha déclara à Subhūti : Tous les bodhisattvas, les grands êtres, doivent ainsi discipliner leur esprit.

C. Qu’elle soit passée ou future, si chaque pensée est pure et immaculée, ils s’appellent bodhisattvas. Si, sans régresser d’une pensée à l’autre, l’esprit,  même tourmenté, est constamment pur et immaculé, ils se nomment  les grands êtres. Et, si, usant de toutes sortes d’artifices, ils convertissent et guident (1) les êtres (2) avec miséricorde et charité, leur nom est bodhisattvas.  Sachant convertir ceux qui peuvent l’être, ils se nomment les grands êtres. Respecter tous les êtres, c’est ce à quoi se soumet leur esprit. C’est quand rien ne change ni ne varie (3).  Affronter toute circonstance avec équanimité, c’est ce qui définit leur véritable nature. On dit aussi : sans forme extérieure d’imposture ni forme intérieure de confusion (4) c’est là la véritable nature. Toutes pensées égales, c’est discipliner l’esprit (5).

 

(1) 化導 (convertir et guider) se transforme dans le commentaire de Daochuan en化度 (convertir et sauver)

(2) Les êtres ordinaires se concentrent sur leurs affections tandis que les bodhisattvas sont déterminés à s’éveiller. L’existence des premiers est une lutte perpétuelle. Ces luttes acharnées sont provoquées par l’attachement erroné aux affections qui brident la sagesse. C’est pourquoi chaque geste, chaque mot de l’être ordinaire met en avant son propre avantage, celui de sa famille et de son clan au détriment du bonheur de la majorité des êtres.  Par contraste, le bodhisattva aspire à l’éveil pour le  bien d’autrui. C’est cela le véritable éveil. La sagesse purifiant les affections, c’est ce vœu d’éveil qui domine l’esprit du bodhisattva. Faisant le vœu d’encourager l’éveil et de sauver les êtres. L’esprit du bodhisattva dont le seul désir est d’obtenir les vertus méritoires de la sagesse insurpassée est semblable au diamant. (Yinshun)

(3) L’expression rappelle celle du Vimalakirti Nidesa Sutra 夫如者不二不異 et que Robert Thurman traduit par reality does not consist of duality or of diversity.

真者不變。如者不異 explique en deux temps le terme 真如 tathāta qui se traduit par ainsité ou quiddité. Il définit la véritable nature de toute chose, seul absolu au sein de la relativité des choses de la vie et de la mort (Le Sûtra de la plate-forme, p.102). Ainsi il faut déduire du commentaire de Huineng que真如不變不異tathāta, la véritable nature de toute chose, est immuable et indifférenciée.

(4) Le caractère est remplacé par le caractère dans le commentaire de Daochuan, ce qui est corroboré par le plus ancien manuscrit présenté dans Enô Kenkyû, p.426.

L’imposture marque les actes extérieurs. La confusion mentale naît de l’intérieur. 外不假曰真。內不亂曰如 rappelle la section 19 du 坛经 : A l’extérieur, se détacher des attributs se dit méditer. Ne pas être troublé intérieurement se dit concentration. En dépit des attributs extérieurs, que la nature intérieure soit sans trouble et que le soi originel demeure pur et naturellement recueilli ! Ce n’est qu’à cause des circonstances que le trouble naît. (Le Sûtra de la plate-forme, p.45) et la section 17 : Puisque la non-pensée n’aurait pas été établie si les pensées n’existaient pas, ce non de quoi alors est-il le non ? Et cette pensée, de quoi est-elle la pensée ? Le non signifie le détachement d’avec le dualisme et tous les tourments. La pensée consiste à penser à la nature originelle de l’ainsité.  L’ainsité est la substance de la pensée. La pensée est l’usage de l’ainsité. Si votre pensée surgissait de la nature propre de l’ainsité, en dépit des vue, ouïe, perception, et connaissance, vous ne seriez pas souillés par les multiples circonstances et demeureriez à jamais autonome. Le Vimalakīrti Nirdeśa Sūtra dit : A l’extérieur, savoir parfaitement distinguer toute chose de ses attributs, c’est intérieurement être immobile au sein du sens premier (p.43). Les deux versions chinoises de Kumarajiva et de Xuanzang rapporte effectivement l’expression  能善分別諸法相 於第一義而不動 (T.475)   能善分別諸法相 觀第一義 (T.476), pourtant c’est Huineng qui introduit la dichotomie extérieur/intérieur.

(5) L’assertion 不虛一本作不亂 est ajoutée au texte dans 金剛般若波羅蜜經口訣.        

 

Publié dans Bouddhisme Zen

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