Section 2.3

Publié le par Ysia

S. Comme c’est rare (1), Ô vénéré du monde ! (2)

C. En gros, rare  possède un sens triple. Le premier élément rare, c’est de pouvoir renoncer au rang de souverain de la roue d’or (3). Le deuxième élément rare, c’est d’être sans comparaison avec les trente-deux marques distinctives et les quatre-vingt marques physiques secondaires et les trois sphères du désir, de la forme et de l’absence de forme. Le troisième élément rare est la nature (du bouddha) pouvant receler les quatre-vingt quatre mille lois bouddhiques et le triple corps parfait. Comme cela englobe ces trois sens, c’est pourquoi il est dit Comme c’est rare ! Le vénéré du monde est celui dont l’intelligence surpasse les trois domaines, que rien ne peut égaler, dont la vertu est si grande que rien ne lui est supérieur et qui est unanimement respectée. C’est pourquoi il est dit vénéré du monde.8

 

(1) On  comprend généralement que c’est l’apparition en ce monde d’un bouddha qui est rare. Kuiji (T. 1700) fait référence sur ce point au Sūtra du Lotus. Suivant son commentaire, seuls quatre bouddhas sont apparus sur terre au cours de la présente ère : le bouddha Krakucchanda 拘留孫 se manifesta. Puis ce fut au tour du bouddha Kanakamuni 拘那含, du bouddha Kāsyapa 迦叶et du bouddha Sākyamuni. Lors de la prochaine, le bouddha Maitreya 弥勒 verra le jour.

Il faut noter que le commentaire de Huineng sépare nettement l’assertion Comme c’est rare ! de la suite du texte. Les commentateurs, tels que sengzhao et Daochuan déduisent logiquement que c’est préserver la pensée des bodhisattvas et les commander que l’on tient pour chose rare. C’est d’ailleurs ainsi que l’ont compris les traducteurs De Harlez, Price, Müller, Walleser, Conze et Suzuki. Parmi les six traductions chinoises, seule celle de Xuanzang (T.7, n°220) confirme cette interprétation. Pour ma part, je suis la coupure du commentaire de Huineng, d’autant qu’il en explique la signification et qu’elle suit la ponctuation de cinq des traductions chinoises. Cependant je note ici l'article publié par North American Conference on Chinese Lingusitics (NACCL) sur les erreurs de ponctuation du Taisho mais aussi celles de sa forme électronique nouvelle sur le site CBETA ( auquel je me réfère entre autres).

(2) Suivant la coutume, Subhūti fait l’éloge du bouddha Sakyamuni par ces paroles : Comme c’est rare, Ô vénéré du monde !

(3) Le premier élément rare est signalé par Jizang (T. 1699) et surtout Zhiyi (T.1698) qui emploie précisément le titre jinlunwang 金轮王. Il s’agit de l’un des souverains légendaires indiens des quatre continents denommés chakravartin. L’un a, pour symbole, la roue en fer, le deuxième  la roue de cuivre ; le troisième la roue d’argent, le quatrième la roue d’or qui surpasse les trois autres dans l’univers cosmique des temps anciens. Le bouddha s’impose comme au-dessus de la puissance séculière du souverain à la roue d’or.

Publié dans Bouddhisme Zen

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