Psychologie de la beauté

Publié le par Ysia

 

 

Féminité ventripotente au crépuscule de la vie.

Femme poussah symbole de fertilité.

Ramifications spirituelles.

Couleurs de châtaigne et de feuilles mortes.


Poésie automnale (Ysia)


C’est au cœur de la préhistoire que l'alliance de l’intelligence technique et de l’intelligence sociale a donné naissance au cerveau moderne humain. La sculpture de la pierre marque une tentative inconsciente de retourner aux origines acheuléennes, à la naissance de l’industrie lithique, lorsque les mots n’existaient pas et que l’ancêtre Homo Erectus communiquait  avec les mains.

Comment définir la forme esthétique du biface ? La beauté est temporelle, marquée par son époque et le lieu géographique de celui qui l’observe. La beauté n’est-elle pas avant tout conditionnée culturellement ? Le concept de beauté évolue de pair avec la psychologie humaine.

 

 

L’expérience de la beauté est un élément constitutif de la chaîne d’adaptations darwiniennes. La beauté est un effet adaptatif que nous prolongeons et intensifions dans la création et la jouissance d’œuvres d’art et d’objets récréatifs. L’évolution s’opère par le biais des mécanismes de la sélection naturelle et sexuelle. 


Au temps d’avant les mots, l'ancêtre muet, créateur du biface, être mythique prébabélien, Homo erectus ou Homo ergaster, vivait 50 000 à 100 000 ans avant l'invention du langage. Ainsi commença la plus longue tradition artistique de l’histoire humaine et protohumaine.A ceux qui penseraient que l'art n'existait pas avant Lascaux ou Chauvet, Michel Lorblanchet leur répond:

 

Pour ma part, je pense que l'art a émergé beaucoup plus tôt. L'art de Chauvet et de Lascaux n'est qu'un moment - particulièrement spectaculaire - d'une très longue évolution qui commence avec l'apparition des premiers hommes, il y a plus de deux millions d'années. L'homme est artiste depuis ses plus lointaines origines. Nos ancêtres Homo (erectus, habilis, ergaster, etc.), peut-être même les australopithèques, avaient sans doute des pulsions artistiques. A mon sens, l'évolution de l'art a été quelque chose de graduel et progressif.

Qu'est-ce qui vous permet d'affirmer cela ?

Les premiers hommes semblent avoir joué avec les formes, les matières, les couleurs. On découvre sur certains sites africains, datant de plus de deux millions d'années, des pierres ayant des formes et des couleurs particulières, qui ont été trouvées, transportées et conservées pour leur seule valeur esthétique. Plus tard, certains outils semblent avoir été taillés avec des pierres manifestement choisies pour leur beauté. En Tanzanie, par exemple, on dispose de témoignages d'outils façonnés dans de magnifiques blocs de lave verte ; les hommes qui les ont fabriqués n'étaient pas insensibles à la couleur des matériaux qu'ils utilisaient. On a découvert des racloirs et des bifaces taillés dans du quartz, du cristal de roche ou du jaspe multicolore qui sont pourtant des matériaux difficiles à travailler. Ces pierres ont donc été choisies pour leurs qualités esthétiques et pas simplement pour des raisons utilitaires.

En fabriquant des outils, les hommes ont assez tôt également cherché à leur donner une forme qui va bien au-delà des nécessités fonctionnelles. C'est le cas de ces magnifiques bifaces acheuléens, dont les formes symétriques dépassent de loin le strict besoin utilitaire (voir la photo ci-contre).

L'usage des colorants qui remonte au début du paléolithique (à partir d'au moins 1 500 000 ans) comporte des dimensions esthétique et symbolique incontestables. Les premiers Homo sapiens et les Néandertaliens se peignaient le corps, saupoudraient les morts de colorants. Cela atteste de préoccupations religieuses mêlées à un souci esthétique. Dans toute l'histoire humaine, ne l'oublions pas, l'art est lié à la fois à l'artisanat et au religieux, à l'utilitaire et au sacré.

Les débuts de l'art ont donc précédé l'apparition de l'art figuratif, celui des grottes ornées ou des statuettes apparues vers - 35000/40 000 ans.(L'art des premiers hommes. Entretien avec Michel Lorblanchet. Hors-Série N° 37 Juin/Juillet/Août 2002)

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