Préface au Sutra

Publié le par Ysia

PREFACE AU SUTRA DE LA SAPIENCE ADAMANTINE QUI MÈNE SUR L’AUTRE RIVE du sixième patriarche, le grand maître Huineng de Caoxi  

 

 

Le Sūtra du diamant considère l’absence d’attribut comme la Doctrine, l’absence de demeure comme la Substance (1) et la subtile réalité comme son Usage. Dès lors que Bodhidharma est venu de l’Ouest, il a eu pour dessein de transmettre ce sūtra afin que les êtres voient leur nature et s’éveillent à sa quintessence. Ce n’est que parce que les êtres du monde ne voient pas leur nature que la loi a été établie pour la découvrir. Si les êtres du monde voyaient tout à fait la substance fondamentale de ce qui est, il n’y aurait pas établir de loi. Innombrables sont les lecteurs de ce sūtra ! Infini est le nombre de ses laudateurs ! Ses commentateurs  et glossateurs sont au total plus de huit cent. Les principes qu’ils prêchent obéissent à leurs vues respectives. Et bien qu’elles soient différentes, il n’y a pas de dualité (2) dans la loi. Ceux dotés de racines supérieures, plantées lors des vies antérieures, comprennent dès qu’ils l’écoutent. Sans la sagesse (3) des vies antérieures, ils ne s’éveilleraient pas au sens bouddhique en dépit de force récitations. C’est pourquoi j’explique le sens sacré afin de trancher et d’extirper le doute dans l’esprit des disciples. S’ils saisissaient indubitablement l’essence de ce sūtra, il n’y aurait pas lieu de l’expliquer. La bonne loi, prêchée autrefois par l'être Vérité (4) a pour dessein d’extirper ce qui n’est pas bien dans l’esprit de l’être commun. Le sūtra est la parole de l’être saint. Faites que les êtres l’écoutent de sorte qu’ils transcendent le profane, s’éveillent au sacré et apaisent à jamais leur esprit égaré. Ce sūtra, toutes les créatures le possèdent foncièrement au sein de leur nature. Ceux qui ne voient pas d’eux-mêmes ne font que réciter les écritures. S’ils s’éveillaient à leur esprit originel, ils sauraient que le sūtra n’y réside pas (5). S’ils peuvent être éclairés sur leur nature propre, ils croiront que de ce sūtra émanent tous les bouddhas. A présent, de crainte que tous les êtres du monde recherchent le bouddha hors de leur corps et qu’ils s’ en enquièrent au-dehors sans intérieurement ni manifester leur esprit ni observer le sūtra, j’ai composé ces aphorismes de sorte que tous les disciples observent intérieurement le sūtra de l’esprit et voient d’eux-mêmes entièrement l’esprit pur et immaculé du bouddha. Combien incalculables ils seront ! Si, après sa lecture, des disciples doutent, leurs doutes se dissiperont au vu de ces commentaires. Ils n’auront plus besoin de ces aphorismes. Ceux qui aspireront à l’étudier verront ensemble la nature d’or au cœur du minerai. Grâce au feu de sagesse, ils le fondront et l’affineront. Le minerai disparu, l’or subsistera. Sākyamuni, notre maître originel, a prêché le Sūtra du diamant dans le pays de Srāvasti. Du fait des questions soulevées par Subhūti, le bouddha l’a prêché dans sa grande compassion. Ayant obtenu l’éveil à l’écoute de la loi, Subhūti a prié le bouddha de conférer un titre à sa prédication afin que les générations futures s’y conforment et l’observent. C’est pourquoi, dans le sūtra, dit-on, le bouddha y révèle, dit-on, que le sūtra a pour nom La sapience adamantine qui mène sur l’autre rive, et c’est sous ce nom qu’il doit être honoré. La sapience adamantine qui mène sur l’autre rive, prêchée par l'être Vérité, désigne la loi. Qu’est-ce que cela signifie ? c’est parce que le joyau du domaine adamantin a une nature foudroyante qu’il peut détruire tout élément. Bien que l’or soit extrêmement solide, la corne de bélier (6) peut le détériorer. Le diamant (7) symbolise la nature de bouddha et la corne de bélier, les passions. Bien que l’or soit dur et solide, la corne de bélier peut le briser. Malgré la solidité de la nature bouddhique, les passions peuvent la troubler. Mais même si les passions sont tenaces, la connaissance de sapience peut les rompre. Et même si la corne de bélier est solide, le fer forgé peut la détériorer. Ceux qui s’éveillent à ce principe verront entièrement leur nature. Le Sūtra du nirvāna dit :

Ceux qui voient la nature de bouddha ne s’appellent pas des créatures mondaines. Ceux qui ne voient pas la nature de bouddha le sont nommés.

Le symbole du diamant que prêche l'être Vérité est à l’intention des natures mondaines qui ne sont ni fermes ni solides. Même quand leur bouche récite le sūtra, la lumière ne jaillit pas. S’ils récitaient extérieurement et cheminaient intérieurement, la clarté serait uniforme. S’ils ne sont ni fermes ni solides intérieurement, sagesse et concentration se perdent. Quand la bouche récite et que l’esprit chemine (8), la sagesse est égale à la concentration. C’est le point ultime (9). L’or est au cœur de la montagne, mais la montagne ne connaît pas ce joyau ni le joyau ne connaît cette montagne. Et pourquoi ? Du fait de l’absence de nature. Puisque l’être possède une nature, il entreprend d’utiliser ce joyau. S’il obtient de rencontrer un orfèvre (10), il creusera la montagne qui s’effondrera. S’emparant du minerai, il le fondra et l’affinera afin de le changer en or fin. S’en servant à son gré, il parviendra à échapper à la misère. Au sein des quatre corps (11), la nature de bouddha y est aussi. Le corps symbolise l’univers et l’ego, la montagne. Les passions représentent le minerai et la nature de bouddha, l’or. La connaissance de sagesse se compare à l’artisan et le zèle et la vaillance, à l’acte de creuser. Au cœur de l’univers corporel, il y a la montagne de l’ego. Dans la montagne de l’ego, il y a le minerai des passions. Dans le minerai des passions, il y a le joyau de la nature bouddhique. Dans le joyau de la nature bouddhique,  il y a l’artisan de sagesse. Usez de l’artisan de sagesse pour faire s’effondre en la creusant  la montagne de l’ego et voir le minerai des passions afin que le feu de l’illumination le fonde et l’affine et qu’apparaisse la nature propre de bouddha, adamantine, claire et limpide. C’est pourquoi le diamant est considéré comme son symbole puisqu’elle en porte le nom.  Saisir la vacuité sans cheminer intérieurement, cela n’est que le nom sans la substance. En expliquer le sens et poursuivre le cheminement, c’est disposer à la fois du nom et de la substance(12). En l’absence de cheminement, c’est là l’homme commun. Cheminant intérieurement, il est pareil aux saints . D’où le nom de diamant. Que nomme t-on prajñā ? Prajñā  (13) est un mot sanskrit. Dans la Chine des Tang, on parle de connaissance de sagesse. La connaissance ne surgit pas dans l’esprit du sot. La sagesse confère la capacité. La sagesse est la substance de la connaissance. La connaissance est l’usage de la sagesse (14). Si la substance est douée de sagesse, on usera de la connaissance sans égarement. Si la substance n’est pas douée de sagesse, on usera  bêtement de l’intelligence (15). Ce n’est qu’ignorance et inconscience sans éveil. C’est pourquoi  on cultive la connaissance de sagesse afin de les extirper. Que nomme t-on pāramitā  (16) ? Dans la Chine des Tang, on dit atteindre l’autre rive. Atteindre l’autre rive, cela signifie se détacher de la naissance et de mort. C’est seulement parce que les natures mondaines ne sont ni fermes ni solides qu’en toute chose, il y a l’attribut de naissance et de mort. Errer au fur et à mesure de destinées successives sans atteindre la terre d’ainsité, c’est cette rive-ci. Détenir la grande sagesse, plénitude en toute chose, et être détaché de l’attribut de naissance et de mort, c’est atteindre l’autre rive. Il est dit aussi : Lorsque l’esprit est égaré, c’est cette rive-ci. Lorsque l’esprit est éveillé, c’est l’autre rive. L’esprit hérétique, c’est cette rive-ci. L’esprit orthodoxe, c’est l’autre rive. Lorsque la bouche s’exprime et que l’esprit chemine, c’est le corps de loi ; le passage sur l’autre rive. Mais si la bouche s’exprime sans que ne chemine l’esprit, cela n’est pas le passage sur l’autre rive. Qu’appelle-t-on sūtra  (17) ? Sūtra est le sentier. C’est la voie par laquelle on devient bouddha. Si l’être ordinaire désire accéder à ce chemin, il devra cultiver intérieurement la pratique de la sapience jusqu’à l’ultime. S’il advient qu’il ne peut que prêcher et réciter sans que son esprit ne se conforme à la pratique, c’est qu’il n’y a aucun sūtra. S’il voit et chemine réellement, c’est que son propre esprit renferme le sūtra. C’est pourquoi ce sūtra, l'être Vérité l’a dénommé Le sūtra de la sapience adamantine qui mène sur l’autre rive.

(1) Cela rappelle, si l'on fait abstraction de la non-pensée, la section 17 du Manuscrit de Dunhuang:

...ma propre loi, porte de l'illumination, a toujours considéré, depuis les temps reculés, ... l'absence d'attribut comme la substance et l'absence de demeure comme le fondement… (Sūtra de la plate-forme, Catherine Toulsaly, You-Feng, 1992, p. 42)

(2) Aldoux Huxley a fait remarquer que, dans les langues indo-européennes, la racine du mot dualité signifiait deux connotations de choses mauvaises ( Revue Troisième Millénaire ).

(3) Edward Conze lui préfère le terme cognition ou gnose “The Diamond Sutra” Buddhist Wisdom Books, Londres: Unwin Hyman Limited, réédition 1988, p.73

(4) Celui qui ne va ni ne vient qui est la nature véritable, Vérité et que je traduirai par l'être Vérité .

Sans visage est la vérité. Lui ayant prêté le nôtre, nous l'avons rendu périssable. « De la divine Vérité, nous ne pouvions faire qu'une vérité humaine. Ainsi, du même coup, nous la livrions à la mort », avait-il écrit (E. Jabès, Le Livre du Dialogue, 1984, p. 100)

 

Mais le tathāgata est aussi celui qui s’en revient, car il s’en retourne à la vérité originelle, source commune à tous les bouddhas passés, présents et futurs. pourrait alors signifier 回来. Il est défini  dans Le traité de la grande vertu de sagesse de Nāgārjuna, Etienne Lamotte, Publications de l’Institut Orientaliste de Louvain, 1981, T.1, p.126 comme suit : De la façon dont les Buddha (antérieurs) s’en sont allés par le chemin de la sécurité, ainsi (tathā) le Buddha (actuel) s’en est allé (gata) et n’ira plus à de nouvelles existences. représente l’état d’intime et claire connaissance de la vérité originelle, auquel le bouddha a accédé.

Mais le bouddha ne va ni ne vient sinon son corps serait corps de métamorphose et puisqu'il ne va ni ne vient, son corps est corps de loi. D’après Daochuan, lorsqu'il y a allée et venue, position assise ou couchée, c'est là le corps de rétribution du tathāgata. S'il ne vient ni ne va, c'est là son corps de loi. Le corps de loi du tathāgata est tel quel, immobile. S'il y a mouvement, c'est le corps de rétribution.

Pour Huijing, tathāgata a le sens de zhenru 真如 (tathāta).

Selon Kuiji, tathāgata est pareil à la lune qui se reflète dans l'eau. Lorsque l'eau est claire, elle apparaît. Lorsque l'eau est trouble, fangeuse, elle disparaît. Mais à l'origine, la lune ne va ni ne vient. Ce n'est qu'à cause de l'eau qu'il y a naissance et extinction.

(5) …Laissez être en nous la nature ; alors elle se montre et se donne sans papier ni encre… Paracelse (XVe siècle), étude parue dans les Cahiers de l’hermétisme, Paris 1980, p.23.

(6) L’édition du Xuzangjing 续藏经 (38-4, p.330) se lit 羚 (antilope) tout comme les manuscrits n°et n°5 (1655) présentés dans l’étude comparative de Enô Kenkyû (Tokyo, 1978, p.419-420). En revanche, les manuscrits les plus anciens, présentés dans la même source, donnent le caractère (bélier).

(7) Que symbolise le diamant ? Le diamant sert dans sa forme d’expression au langage de la sapience. Le risque est néanmoins que l’on puisse, contre toute attente, être perdu – voire troublé – par cette construction métaphorique. Selon Jizang 吉藏(T.1699), le diamant est l’aspect phénoménal tandis que prajñā est le principe essentiel . D’après la plupart des commentateurs, dont Huineng, qui se réfèrent à la signification du mot diamant en chinois, c’est l’entité solide au cœur de l’or. Huineng dit qu’il faut dégager l’or de sa gangue. Dégager l’or pur de la gangue, autrement dit faire en sorte de voir sa propre nature. C’est par la découverte de la nature propre que toutes les passions sont tranchées. Il est mis en évidence le caractère à la fois brillant et coupant du diamant, symbole de la sapience. Sa brillance rappelle l’usage de la lumière sapientiale dans le 坛经. Toutefois, débarrasser le minerai de sa gangue pour en dégager l’or pur, cela ne signifie-t-il pas dépoussiérer le miroir de l’esprit adamantin afin de découvrir la nature bouddhique? Il est à noter que pour introduire sa définition, Huineng emploie l’expression joyau de l’univers adamantin, c’est-à-dire le domaine de la vertu de connaissance du Bouddha Vairocana 大日 par la lumière duquel tout s’éclaire. En conclusion, le terme diamant s’emploie pour qualifier ou symboliser divers concepts et objets dès l’instant où ils représentent ce qu’il y a de plus subtil, exquis, fin et solide à la fois dans la loi bouddhique. Il peut aussi bien décrire le sūtra ou encore la loi.

(8)  …En chaque chose il y a une bouche par laquelle son esprit révèle ce qui est en elle. Cette bouche parle de l’abondance du cœur…Paracelse, ibid., p.76

(9) Le terme ultime a le sens de finalité. Là où il n’est plus besoin de poursuivre sa quête.

(10) La rencontre avec l’orfèvre rappelle celle avec le bienveillant ami ainsi mentionné dans le Sûtra de la plate-forme, section 31, p.58 : Si vous ne pouvez vous éveiller par vous-mêmes, vous devez rechercher un grand ami bienveillant afin qu’il vous montre la voie vers la vision de votre nature.

(11) D’après Le traité de la grande vertu de sagesse de Nāgārjuna, T.1, p.27 : Il y a quatre points de vue (siddhānta) : 1. le point de vue mondain,2. le point de vue individuel,3.le point de vue thérapeutique,4.le point de vue absolu. On peut rapprocher ces quatre points de vue des quatre corps mentionnés dans le 坛经, section 20, à savoir le corps formel, le corps de métamorphose, le corps de rétribution et le corps de loi. J’ajouterai parallèlement que dans la Légende du Graal, il est fait état de la base quaternaire du Soi, correspondant aux quatre fonctions de la conscience identifiées au Démon, au Fils, à Dieu et au Saint-Esprit.

(12) Notons que si l’on ne peut dépendre des mots, l’on ne peut par ailleurs séparer le mot de la substance, le mot devant représenter la valeur intrinsèque de l’objet. Il m’importe d’inclure ici un article de la revue du Troisième Millénaire (n°28, p.10-13) intitulé La vision de beauté d’Ibn Arabi dans lequel son auteur Pir Vilayat Inayat Khan, chef ésotérique de l’Ordre Soufi International, écrit : Pour se hisser jusqu’à la sphère de la métaphore, on a besoin d’expériencer (sic) ; la beauté nous dévoile la plénitude enfouie en nous-mêmes. Si les formes dévoilent un sens, c’est parce qu’elles servent d’expression à un langage qui met en forme ce sens…Traditionnellement, ce langage est celui des sons (le verbe). Les Soufis parlent du « nom » de toutes choses… Pour pouvoir accéder à l’intention divine à travers Ses noms, il faut contempler ces noms, en découvrant en eux la même beauté que celle que l’on cherchait dans la forme. Pour cela on a besoin de participer de ce niveau métaphorique qui est facilement voilé par ses propres constructions mentales… le mystique acquiert l’intelligence que Dieu a de Lui-même dans ce qui est essence de Son être, tandis que, par l’intermédiaire des attributs, noms et qualités qui manifestent Son essence en la caractérisant, elle devient, en quelque sorte, connue d’une manière dérivée.

(13) Prajñā englobe le sens de la triple sapience : 1. La sapience de l' attribut réel qui est aussi l'esprit de l'ainsité, 2. La sapience de la contemplation éclairée, 3. La sapience des expédients (ou des écritures). C'est la sapience qui permet de contempler l’attribut de la réalité et dont le premier pas passe par les écritures ou expédients. Voici la définition qu’en donne Albert Low (Troisième Millénaire, n°29, p. 22) : Le mot Prajñā est composé de deux parties : pra et jñā. Pra signifie éveillé et jñā, connaissance primordiale ou connaissance sans contenu.

(14) Dans le Sûtra de la plate-forme, section 15, il est question de la concentration et de la sagesse, non pas de la connaissance et de la sagesse :La lampe est la substance de la lumière. La lumière est l’usage de la lampe.

(15) Ma traduction de 智慧 est fort hésitante. Disons que je traduirai indifféremment par connaissance ou intelligence. La raison qui m’amène notamment à employer le terme intelligence est que l’intelligence est à la fois l’action et la faculté de comprendre intuitivement, la vision intuitive étant l’acte de l’intelligence par lequel les bienheureux connaîtront Dieu en lui-même, clairement et immédiatement (Dictionnaire de la langue philosophique, p.383). Pir Vilayat Inayat Khan définit les termes conjugués connaissance et sagesse de la manière suivante : La connaissance est un voile sur le connu et la sagesse une porte devant laquelle on s’arrête…(op.cit., p.14) 

(16) A l'origine pāramitā avait pour traduction ancienne traverser l'infini, repris par Zhiyi, qu'il suffit de rapprocher de son emploi originel dans Laozi, section 28, (Lao-tzeu, La Voie et sa vertu, François Houang et Pierre Leyris, Editions du Seuil, 1979, p.75):

复归于无及 C'est retourner au Sans-limites

Prajñāpāramitā a deux significations : 1. Prajñā qui permet de passer sur l’autre rive, 2. L’ultime prajñā, la suprême sapience. 

(17)Sūtra, c’est la voie de la communion.  C'est dans la communion à l'attribut réel que devient possible le passage sur l'autre rive.  

Sūtra signifie à l'origine fil, ligne. Il s'agit de suivre la ligne directrice.

Lewis Lancaster has vividly outlined this dilemma of the Chinese Buddhists. He writes (1999: 519),
“The question for the Chinese was how to give recognition to this new body of literature. It was important for them to give ‘it’ a name, to catalogue ‘it’ and to formalize the arrangement of the many titles. This was all part of the process of creating a canon, in the sense of a list of recognized works.”
To accomplish this goal, especially in the absence of any direction from Indian monks who often adhered to distinct traditions, the Chinese clergy created their own model. Borrowing the term used for the prescribed texts for the Chinese examination system, they called the translations ‘jing’ 經, which were evaluated for authenticity, arranged according to chronological order (based on the date of translation), copied (later printed), circulated and stored in libraries.

Tansen Sen, The Spread of Buddhism to China,China Report 48, 1&2 (2012): 11–27

Publié dans Bouddhisme Zen

Commenter cet article