Symbolisme de la Lumière

Publié le par Ysia

As-tu pénétré jusqu'aux sources de la mer? T'es-tu promené dans les profondeurs de l'abîme?  Les portes de la mort t'ont-elles été ouvertes? As-tu vu les portes de l'ombre de la mort? As-tu embrassé du regard l'étendue de la terre? Parle, si tu sais toutes ces choses.  Où est le chemin qui conduit au séjour de la lumière? Et les ténèbres, où ont-elles leur demeure? Peux-tu les saisir à leur limite, Et connaître les sentiers de leur habitation? (Job 38 : 19 Louis Segond (1910))

 

Est-ce la lumière qui se retire ou les ténèbres qui recouvrent de leur manteau la lumière ? Est-ce les êtres sensibles et objets inanimés qui reflètent la lumière ou ont-ils en eux une lumière intrinsèque dont l’éclat varie suivant les circonstances spatiales et temporelles? Luminosité ou réflexion? L’illumination, c est le degré de luminosité qui s'ajoute à l’éclat ou à la couleur d’un objet (Rudolph Arnheim, Art and Visual Perception, Chapter VI, Light), comme une couche de lumière laquée. Ainsi parle-t-on de relativité dans l’intensité lumineuse et observe-t-on l’éclat de chaque objet inanimé et être sensible dans le monde environnant, suivant l’intensité lumineuse des uns et des autres.   Winged-Old-Man-with-a-Long-White-Beard

 

L’effet de lumière ou effet de transparence est réalisé par la technique du glacis. Vers 1500, les peintres utilisaient du papier de couleur sur lequel ils appliquaient des reflets d’encre blanche et des hachures noires pour marquer les ombres. Souvent, ils commençaient leurs œuvres par une peinture monochrome, esquisse de fresque, qu’ils recouvraient d’un glacis transparent. Le symbolisme religieux de la lumière était connu des peintres depuis l’époque du Moyen-âge. Les peintures de Rembrandt présentent une scène sombre au centre de laquelle une lueur de lumière porte un message  de l’au-delà (Rudolf Arnheim, Art and Visual Perception).  Puisque l‘art cherche à tromper, Rudolf Arnheim explique dans son ouvrage Art and Visual Perception, a Psychology of the Creative Eye, l’importance du volume, de l’espace, des couleurs, du mouvement et des formes dans l‘art de la tromperie. Quelques règles d’or privilégient l’ordre dans l’équilibre et la mesure, règle de simplicité, à laquelle s’emploient les traits de Titien, les hachures et les lignes courbes de Dürer. Il met l’accent sur l’orientation dans l’espace, la constance des formes et la taille des objets dans le but de produire l’effet d’illusion. C’est la complexité de la relation entre ces différents éléments qui contribue largement au lyrisme d’une œuvre vivante. Toute déviation de cette ligne de conduite demande à être expliquée et justifiée, invoquant les raisons suivantes :

  • l’incompétence de l’artiste
  • son incapacité à  reproduire ce qu’il voit au lieu de ce qu’il sait,
  • sa mise en application aveugle des conventions,
  • son handicap visuel ou trouble neurologique qui entrave sa faculté visuelle
  • sa violation délibérée des règles d’exécution (p.97) 

Il s’agit de trouver l’équilibre:

  • entre le côté droit et le côté  gauche : when two equal objects are shown in the left and right halves of the visual field, the one on the right looks larger. For them to appear equal, the one on the left has to be increased in size.
  • entre le haut et le bas: If one wants the two halves to look alike, one must make the upper half shorter. (p.30)

Quant aux couleurs, red is heavier than blue, and bright colors are heavier than dark ones…A black area must be larger than a white one to counterbalance it. Rembrandt notamment renonça à utiliser la couleur bleue because it did not fit its chords of golden brown, red, ocher, and olive green. (p.60)

 

Rudolf Arnheim poursuit  sur le thème de la perception visuelle en énumérant les différentes formes de représentation à travers les âges, notamment :

  • la présentation vue de côté et orthogonale des figures de l’Art égyptien,
  •  la représentation en perspective, notamment par le chevauchement,
  • l’introduction de la troisième dimension par l’arrangement oblique des formes et  des objects,
  • la juxtaposition des plans qui donne de la profondeur au champ visuel et
  • l'image de répliques opposées dans les arts ethniques : The American Indians solved the problem of presenting the characteristic side view and the frontal symmetry of an animal at the same time by splitting the body into two side views. These were combined in a symmetrical whole and kept precarious contact with each other by sharing either the middle line of the back or the head or by cohering at the tip of the nose or the tail.(p.131-132) . Ces mêmes représentations se retrouvent sous des formes similaires dans l’art décoratif ancien chinois, telle celle inspirée par les figures bestiales 饕餮 des motifs décoratifs millénaires, dont la raison d’être était de chasser les mauvais esprits.   

 

Taotie

Enfin, c’est la vision périphérique qui permet l’appréhension de l’énigme de la Joconde : son sourire…  

Les neurones du cortex visuel primaire ne réagissent pas seulement aux lignes mais plus précisément à celles présentant une orientation spécifique – verticale, horizontale ou oblique (The Age of insight, pp.246 & 260, Eric R. Kandel, Random House, 2012). La créativité du cerveau s’exprime dans la capacité du système visuel de révéler chaque image, chaque tableau, chaque paysage sous des conditions différentes de luminosité et de distance (The Age of insight, p.236, Eric R. Kandel, Random House, 2012).  

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