Section 1.1

Publié le par Ysia

Il est dit dans le Vajracchedikā Sūtra: Tout attribut, quel qu'il soit, est vain et faux. (Sūtra de la plate-forme, section 7, p. 34)

 

 

LE SUTRA DE LA SAPIENCE ADAMANTINE QUI MENE SUR L’AUTRE RIVE


 SECTION UN : RAISON ET MOTIF DE L'ASSEMBLEE DE LA LOI

 

S (1). Ainsi c’est ce que j’ai entendu(2).

C. Ainsi  (3) indique le sens. C’est fixe les termes. La loi que Ananda (4) désigne par ainsi c’est, ce moi l’a entendu du bouddha. Il est clair que ce n’est pas lui-même qui la prêche. C’est pourquoi il est dit : Ainsi c’est ce que j’ai entendu. En outre, je  est la nature et la nature est je (5). L’activité intérieure et extérieure émane de la nature qui entend tout (6). C’est pourquoi il proclame : J’ai entendu.1

 

(1) S. désigne le texte du Sūtra. C. désigne le Commentaire attribué à Huineng.

(2) Dans le commentaire attribué à Nāgārjuna 龙树 du Prajñāpāramitā Sūtra (T.223), l’auteur explique les divers termes et expressions qui forment l’introduction, sorte de profession de foi traditionnelle. La phrase introductive evam mayā srutam ekasmin samaye aurait répondu à une des interrogations d’Ananda au Bouddha, suggérées par Anirudda, l’un des dix grands disciples de Sakyāmuni, à savoir : Après le Parinirvāña du Bouddha, quel chemin suivrons-nous ? Qui sera notre maître et notre conducteur ?Quelle sera notre retraite ? Quelles paroles mettrons-nous au début des textes bouddhiques ? (Le traité de la grande vertu de sagesse de Nāgārjuna, T.1, chap.3, p.85). En premier lieu, evam mayā srutam 如是我问 atteste de la provenance des textes sacrés, c’est-à-dire qu’ils furent prononcés par le Bouddha en personne et ne sauraient être contestés. En général, les sūtras commencent par ces quatre caractères. Le fait qu’ils soient en majorité rapportés par Ananda, sage d’entre les sages, confirme qu’ils sont des œuvres de référence : la loi bouddhique n’est pas seulement les prédications sorties de la bouche du Bouddha, c’est aussi toutes les bonnes paroles répandues dans le monde. Les paroles adroites, bien dites proviennent toutes de la loui bouddhique. (op.cit., p.80-81). Evam  se réfère à la foi droite et pure en la loi exempte de querelle evam mayā srutam  du Bouddha, impliquant la profondeur et la vérité du discours bouddhique. Mayā  indique le moi. Même si cela est en contradiction avec un système qui pose en thèse l’Anātman, c’est pour se conformer à l’usage courant. Il ne s’agit pas d’affirmer que le moi possède une entité réelle ou essentielle mais il est communément accepté de dire ainsi. Srutam  englobe les trois étapes de l’audition : l’organe auditif, la conscience auditive et la conscience mentale.  Lorsque le son parvient au champ de l’audition et lorsque le manas veut entendre, la réunion de l’objet (c’est-à-dire du son) et du manas détermine la naissance d’une connaissance auditive. A la suite de cette connaissance auditive naît une connaissance mentale qui peut analyser toutes les sortes de causes et conditions et parvient à entendre les sons.  (id., p.71-72)

(3) De Harlez traduit par c’est ainsi que je l’ai entendu dire. C’est ainsi que signifie voilà comment et ne renferme pas  le même sens que Ainsi c’est ce que j’ai entendu.

Rushi 如是 désigne ce sūtra. Wo désigne celui qui le rapporte. Entendu, c'est du bouddha qu'il l'a lui-même entendu ou encore que cela a été directement transmis entre les disciples du bouddha. Le narrateur dit que c'est ainsi que prêchait le bouddha, que c'est ainsi qu'il l'a entendu et que c'est ainsi qu'il va à présent le réciter en parfait accord avec les paroles du bouddha. Rushi 如是marque la foi car quand on y ajoute foi, on dit que c'est ainsi et lorsqu'on y ajoute pas fois , on dit que ce n'est pas ainsi. Parce que la loi bouddhique est abstruse, si bien que seule la foi permet de la pénétrer.

Ru exprime le reflet du miroir. Shi exdprime que la vague demeure eau et que l'eau demeure vague (Daochuan).

(4) Dans le Le traité de la grande vertu de sagesse de Nāgārjuna, T.1, chap.3, il est expliqué la raison pour laquelle c’est Ananda qui, par tradition, rapporte les sūtras. Après l’entrée dans le nirvāña du bouddha, l’assemblée des milles arhats sous le commandement de Mahākāsyapa 迦叶 s’était réunie sur le mont Grdhrakūtaparvata 耆阇崛 , la montagne du Pic des vautours, proche de la cité de Rājagrha 王舍城 (p.189). Dans la mesure où Sāriputra 舍利子, Mahāmaudgalyāyana 大目乾连 ainsi que Gavāmpati 牛跡 avaient tous trépassé, Anirudha 阿那律aurait soutenu qu’Ananda était le seul à pouvoir rapporter la loi bouddhique et compiler la corbeille de loi des sūtras et celle de l’ bhidharma (recueil de traités et textes philosophiques). Upāli 戒波离est celui qui compila la Corbeille de loi de Vinaya.

(5) Il est difficile de retrouver dans d’autres commentaires les paroles de Huineng.  Le maître Daochuan décrit je comme la nature propre et autonome mais aussi pure, nue et fuyante. Il s’agit d’une reconnaissance de soi mais elle implique deux entités qui, si l’on demeure immobile, peuvent se fondre, l’une vibrant dans l’autre tel le vent dans le bois de pins (Daochuan).

Dans金刚般若波罗蜜经述义, celui de Zhou Zhi’an 周止菴, il est dit  que ce je a trois sens (p.6). Le premier 见心说我。Comment peut-on voir sa propre nature et dire je ? C’est parce qu’au sein de la nature se trouve le je。Le deuxième 慢心说我 l’arrogance est le moi. Le troisième fait simplement référence à l’usage conventionnel qui atteste du rôle d’Ananda.

(6) qui entend tout exprime l’omniscience de la nature et rappelle l’expression sanskrite bahusruta. Il faut comprendre par entendre le fait de connaître. Entendre les sūtras, c'est comme entendre le cri strident des animaux transperçant les nuées de fumée (Daochuan).

Publié dans Bouddhisme Zen

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