Le désert de Siddharta

Publié le par Ysia

Alors Siddharta commença à se rendre compte des raisons pour lesquelles, quand il était brahmane et moine pénitent, il avait lutté en vain contre ce moi. Ce qui l'avait empêché de vaincre, c'était l'abus de la science, des vers sacrés, des prescriptions rituelles, de la mortification, de l'action, du zèle! Il avait été orgueilleux parce qu'il était toujours le plus intelligent, toujours le plus assidu, toujours en avance sur tous les autres: c'était lui le Prêtre, le Sage. Et c'était dans ce sacerdoce, dans cet orgueil, dans cette intelligence que s'était glissé son moi, qu'il s'était installé, tandis qu'il s'imaginait pouvoir le tuer par les jeûnes et les pénitences. A présent il voyait bien que la voix mystérieuse avait eu raison et qu'aucun maître n'aurait jamais pu le sauver. C'est pour cela qu'il avait dû aller dans le monde où il s'était perdu au milieu des plaisirs et des richesses auprès des puissants et des femmes, qu'il était devenu commerçant, joueur, buveur et cupide jusqu'à ce que le prêtre et le Samana périssent en lui. C'est pour cela qu'il avait dû continuer à supporter ces affreuses années d'une existence écœurante, absurde et vide, jusqu' à ce qu'il tombât dans le désespoir le plus amer, jusqu'à ce que l'homme de débauches, l'homme avide de richesses qu'était Siddharta fût mort. Et il était mort en effet; car du sommeil de l'ancien Siddharta un nouveau Siddharta était né. Celui-là aussi deviendrait vieux et il lui faudrait aussi mourir un jour : Siddharta passerait comme passent toutes choses... (Hermann Hesse,  Siddharta, p.149-150, Grasset, 1950)

Publié dans Art et mysticisme

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