Le mystère des Origines

Publié le par Ysia

  ...the diversity of thought and knowledge in genetic studies is partly shaped by the different approaches taken by researchers and by the different sources of data and methodologies used, in addition to the varying genetic records of different regions. Reconstructing human phylogenies from genetic data entails inferring points of divergence and estimating rates of change along branches. These can vary considerably depending on the models and mathematics used to build the phylogenetic trees, sampling biases, and the methods used to calibrate the molecular clocks.Probing deeper into first American studies

 

 

Dans l'article Probing deeper into first American studies par Tom D. Dillehay , Départment d'anthropologie, Université de Vanderbilt, édité par Jeremy A. Sabloff, Université de Pennsylvanie, Musée d'archéologie et d'anthropologie, Philadelphie, et publié sur le site PNAS, son auteur concède que la question du peuplement initial de l’Amérique s’avère l’une des plus énigmatiques de la préhistoire du monde. Malgré les nombreuses avancées qui ont permis d’approfondir notre compréhension dans le domaine de la génétique et les découvertes archéologiques récentes, le débat se poursuit quant à la datation et aux routes empruntées par le mouvement migratoire.

Des diverses routes de peuplement possibles, la Béringie, un pont terrestre entre la Sibérie et l’Alaska, est la plus probable. Une population asiatique a pour la première fois colonisée l’Amérique du Nord au sud de la calotte glaciaire, depuis la Béringie, probablement il y a entre 20 000 et 15 000 ans avant le présent (BP). A mesure que les données archéologiques seront rendues disponibles, les chercheurs connaîtront mieux les diverses routes de migration prises par différentes populations à différentes périodes historiques. Si le lien entre les traditions culturelles de la Sibérie et de la Béringie a clairement été mis en évidence avec les sites archéologiques d’Uskhi en Sibérie et de Nenana en Alaska, les découvertes archéologiques sont plus éparses en Amérique du Sud. C’est la culture Clovis - ainsi nommée après le site du Nouveau-Mexique datant de 12 000 ans BP environ - et ses pierres taillées qui sont jusqu’à présent les mieux documentées. Ces dernières décennies, diverses pointes lithiques et technologies, dont certaines d’avant la culture Clovis et d’autres contemporaines, ont été découvertes. Il existe un nombre suffisant de sites archéologiques dans tout le continent américain qui confirment l’existence d’une présence humaine avant la culture Clovis. En Alaska et dans le nord-ouest du Canada, quelques sites pré-Clovis (Bluefish Cave, Old Crow)  nécessitent des études supplémentaires pour confirmer leur datation. Plus au Sud, il y a Schaefer et Hebior (entre 14 800 et 14 200  ans BP) dans le Wisconsin, La Sena (entre 22 000 et 20 000 ans BP) dans le Nebraska, Lovewell (vers 19 000 ans BP) au Kansas, et Page-Ladson (vers 14 000 ans BP) en Floride. D’autres sites offrent des preuves solides d’une datation pré-Clovis, notamment l’abri de Meadowcroft (entre 22 000 et 13 400 ans BP) en Pennsylvanie, Cactus Hill (entre 20 000 et 18 000 ans BP) en Virginie, et probablement Topper en Caroline du Sud. La question des premiers peuplements en Amérique est rendue plus complexe par la découverte de traditions différentes des cultures lithiques sibériennes, notamment Cactus Hill et Page Ladson qui n’ont aucun antécédents convaincants dans la steppe russe, en Sibérie ou en Béringie. Certains outils découverts dans ces sites présentent toutefois des étapes similaires du processus de fabrication lithique de la culture solutréenne franco-cantabrienne datant de 21 000  à 18 000 ans BP. Les informations recueillies en Amérique centrale, pont terrestre entre le Nord et le Sud, sont trop rares et fondées principalement sur les pointes du type Clovis et autres pointes ramassées en surface. Des fouilles entreprises dans un petit nombre de sites  (notamment Tlapacoya au Mexique) ont produit des données stratigraphiques dont l’importance reste à démontrer. Bien que des études soient menées actuellement au Mexique, au Panama et dans d’autres pays,  il reste nécessaire d’approfondir les recherches archéologiques dans l’ensemble de l’Amérique centrale. L’archéologie de la fin du pléistocène en Amérique du Sud  présente des caractéristiques différentes car aucune culture n’a dominé cette région comme l’a fait la culture Clovis durant une brève période en Amérique du Nord. Les premières technologies consistent en différents types d’outils de pierre taillée, notamment une large variété de bifaces (Monte Verde, Fishtail, Paiján, El Jobo) et d’unifaces. Des datations plus précises ont montré une succession d’industries souvent diamétralement différentes, surtout dans les Andes, dans l’Est du Brésil et en Patagonie. Certains facteurs expliquent probablement cette diversité dans l’hémisphère Sud, notamment des barrières géographiques (Andes et Amazone) qui ont empêché les mouvements de population, des changements climatiques, la transformation des zones de ressources et l’évolution des conditions sociales.  Le seul lien possible entre l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud serait, pour certains experts, la présence de cannelures sur les pointes de Clovis et peut-être les pointes en forme de queue de poisson, qui proviendraient selon d’autres experts de la Patagonie. Plusieurs sites en Amérique du Sud sont antérieurs à la culture de Clovis, notamment Monte Verde vers 14 500 ans BP au Chili, probablement Taima–Taima vers 13 000 ans BP au Venezuela, Santana do Riacho et Lapa do Boquete vers 14 000 ans BP au Brésil.

La reconstruction du lien biologique et des mouvements de population, sur la base du génome mitochondrial (ADNmt)  et du chromosome Y, a considérablement bouleversé l’étude de la colonisation de l’Amérique. La génétique est non seulement devenue un outil puissant dans la recherche des origines des premiers Américains mais, tout comme l’archéologie et l’anthropologie biologique, elle a donné la preuve de la diversité des peuples anciens. Les analyses génétiques indiquent que la plupart des Amérindiens ont une origine asiatique unique et possèdent les cinq haplogroupes qui forment le lignage fondateur. La dissémination de ces haplogroupes suggère soit un seul mouvement migratoire majeur de l’Asie au Nouveau Monde soit de multiples vagues migratoires originaires d’une  population génétiquement homogène quelque part au nord-est de l’Asie orientale. D’anciens marqueurs d’ADN prélevés sur des squelettes humains suggèrent des haplotypes nord-américains d’origine asiatique et un seul haplotype non amérindien. Des analyses récentes ont confirmé la présence de plusieurs sous-haplogroupes et de leurs dérivés, suggérant des mutations de populations autochtones géographiquement isolées en Béringie ou dans une région voisine avant leur dispersion sur l’ensemble du continent américain. Les échantillons prélevés d’ADNmt à partir de 14 coprolithes humains datant de 14 100 ans BP dans la caverne de Paisley dans l’Oregon appartiennent aux deux haplogroupes les plus répandus dans la population amérindienne moderne et suggèrent un lien biologique avec les peuples anciens de l’Asie de l’Est. Egalement présent dans l’ADN des populations actuelles sont les deux haplogroupes du chromosone Y (C,Q) considérés comme le lignage paternel. Q et ses dérivés quasiment présents chez tous les Amérindiens révèlent une origine en Sibérie. Des conclusions récentes suggèrent également que tous les groupes indigènes dérivent d’une population ancestrale commune, ce qui explique la dissémination de l’allèle ((9AR) sur tout le continent américain à la fin du pléistocène. Dans leur ensemble, les données génétiques suggèrent que tous les lignages majeurs de la population amérindienne actuelle sont représentés parmi les populations modernes du nord-est de l’Asie et qu’une à quatre vagues migratoires se sont succédées depuis cette région de l’Asie aux Amériques. La thèse la plus largement acceptée est une seule vague de migration entre 20 000 et 12 000 ans BP le long de la côte pacifique ou le long d’une route intérieure par les terres septentrionales entre les calottes Laurentide et de la Cordillère vers 14 500 ans BP. D’autres études suggèrent de multiples migrations  le long de la côte et à travers les terres. A l’heure actuelle, l’horloge moléculaire date l’entrée de l’homme en Amérique entre 30 000 et 15 000 ans BP, suivant les mutations génétiques et la vitesse à laquelle elles sont intervenues. En Amérique du Sud, la signature génétique est moins évidente qu’en Amérique du Nord, ce qui rend plus délicate la question de dater et de déterminer le nombre de vagues migratoires. Les indices actuels suggèrent que le lien qui lie l’Amérique du Sud à l’Amérique du Nord est moins évident que celui qui lie l’Amérique du Nord à la Sibérie. Du fait de la grande distance qui sépare le Nord du Sud, il n’est pas surprenant que les différents processus démographiques, biologiques et environnementaux aient affecté les données à travers le temps et l’espace, d’autant que des échanges entre Béringiens et Américains du Nord ont plus aisément pu avoir lieu même après la première vague d’expansion en Amérique. Des études suggèrent en outre que les populations des Andes diffèrent génétiquement de celles habitant les basses terres tropicales  de l’Est, ce qui pourrait être le résultat de deux vagues migratoires séparées, de différents niveaux de peuplement, et/ou du flux génique entre et au sein des populations régionales, conséquence principale de la densité de population et des conditions géographiques. Les généticiens ont également suggéré qu’une plus grande diversité génétique et une structure démographique moins favorable à l’Ouest par rapport à l’Est de l’Amérique du Sud expliquent cet écart, même si les deux populations dérivent probablement de la même population fondatrice. D’autres recherches et collectes de données sont nécessaires pour corroborer ces thèses, d’autant que la datation de la colonisation par l’homme de l’Amérique du Sud reste à déterminer et à concilier avec la datation archéologique. Les études génétiques ont leurs limites car les chercheurs doivent s’entendre sur les unités de mesure utilisées (unité démographique, groupes génétiques tels que les haplogroupes) et tourner de plus en plus leur attention des populations locales actuelles aux populations anciennes. Le cas des squelettes humains datant de l’holocène notamment l’Homme de Kennewick dans l’Etat de Washington, l’Homme de la Grotte de l’Esprit au Nevada et la Femme de Buhl dans l’Idaho, peut-il être représentatif des populations de la fin du pléistocène, en dépit des quelques milliers d’années les séparant ou encore des tout premiers Américains desquels 350 générations au moins les séparent ?  S'il faut admettre que des échanges démographiques sont intervenus entre les différents groupes dans le temps et l’espace et tenir compte des facteurs de la dérive génétique,  du flux génique et de l’isolement géographique, encore faut-il pouvoir prouver avec certitude que le tableau génétique des squelettes du pléistocène a été altéré par les vagues de populations successives !  La découverte de nouveaux squelettes et la collecte des données génétiques seront cruciales.

Le nombre restreint de sites funéraires datant de la fin du pléistocène en Amérique contraste avec leur présence plus visible en Australie et dans d’autres régions du monde. Les raisons restent indéterminées. L'analyse morphométrique crânienne porte certains chercheurs à conclure que deux populations se sont introduites à des périodes différentes en Amérique et dont les origines biologiques et génétiques rassemblent non seulement les populations du Nord-est de l’Asie, mais aussi du Sud-Est et probablement de l’Europe, de l’Afrique et les Mélanésiens d’Australie. La forme crânienne la plus ancienne du Paléoaméricain offre des ressemblances avec les premiers hommes modernes qui s'observent aujourd’hui chez les Africains et les  Mélanésiens d’Australie. La forme crânienne plus récente est mongoloïde. Bien qu’il soit toujours possible que ces deux types crâniens constituent des formes extrêmes d’un processus continu de variations morphologiques, certains chercheurs sont convaincus que ces ressemblances crâniennes des populations anciennes d’Amérique du Sud, et à une moindre mesure d’Amérique du Nord, avec les Africains et Mélanésiens d’Australie suggèrent que des populations différentes de celles du type mongoloïde ont colonisé l’hémisphère Sud. En conclusion, ces variations crâniennes, compliquées par une discontinuité entre le début de l’holocène et l’holocène moyen, peuvent être le résultat d’une adaptation climatique, d’une dérive génétique, ou le fait que les premiers colons eux-mêmes formaient un groupe hétérogène.

Théories, méthodologies et approches empiriques dans les divers domaines scientifiques ont du mal à se réconcilier entre elles et à faciliter une meilleure compréhension de la première vague de colonisation de l’Amérique. Si la diversité des indices archéologiques, génétiques et morphologiques est plus largement reconnue,  il reste qu’un effort interdisciplinaire simultané est nécessaire aujourd’hui pour mieux recouper géographiquement et historiquement l’ensemble des données interdisciplinaires rigoureusement et uniformément prélevées.

Un élément encore ignoré est la place de l’art rupestre dans l’histoire de la colonisation de l’Amérique et son interprétation. Comment définir le cadre ontologique de ces recherches interdisciplinaires ? Faut-il parler d’un  processus de migration systémique ou de phénomènes culturels évolutifs localisés dans le temps et l’espace ? De manière plus générale, une étude comparative de la colonisation de l’Amérique avec celle d’autres continents par l’homme suivant des paradigmes biologiques, écologiques et anthropologiques doit également être menée.

 

Traduit et commenté par Ysia.

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