De la réalité de la dimension de l'Autre

Publié le par Ysia

Au chapitre 12 du Zhuangzi, Ciel et Terre, il est écrit:

 

夫道,渊乎其居也,漻乎其清也。金石不得无以鸣。故金石有声,不考不鸣。万物孰能定之!

La voie est si profonde et limpide que métaux et pierres précieuses résonnent à travers elle. Bien qu'ils aient la capacité d'émettre un son, sans un coup donné, ils ne peuvent résonner. Et les dix mille êtres, qui peut déterminer leur capacité  ? (Ysia)

 

Cherche-t-on à découvrir dans la nature le symbolisme attaché à chaque arbre, pierre et animal? La génétique et la physique quantique n'ouvrent-elles pas des dimensions symboliques sur la nature, le monde et l'univers où le temps et l'espace sont rois?

 

Pour contempler le paysage le plus merveilleux du monde, il faut arriver au dernier étage de la Tour de la Victoire, à Chitor. Il y a là une terrasse circulaire qui permet de dominer tout l’horizon. Un escalier en colimaçon mène à la terrasse, mais seuls osent monter ceux qui ne croient pas à la fable.Dans l’escalier de la tour de la Victoire, habite depuis le début du temps l’A Bao A Qou, sensible aux valeurs des âmes humaines. Il vit en état léthargique, sur la première marche, et jouit d’une vie consciente, seulement quand quelqu’un monte l’escalier. La vibration de la personne qui s’approche lui infuse vie et une lumière intérieure s’insinue en lui. En même temps, son corps et sa peau presque translucides commencent à se mouvoir. Quand quelqu’un monte l’escalier, l’A Bao A Qou se place presque sous les talons du visiteur et monte, en saisissant le bord des marches courbes et usées par les pieds des générations de pèlerins. À chaque marche, sa couleur s’intensifie, sa forme se perfectionne et la lumière qu’il irradie est chaque fois plus brillante. La preuve de sa sensibilité réside dans le fait qu’il arrive à obtenir sa forme parfaite seulement à la dernière marche, quand celui qui monte est un être spirituellement évolué. Autrement, l’A Bao A Qou reste comme paralysé avant d’y arriver ; son corps incomplet, sa couleur indéfinie et sa lumière vacillante. L’A Bao A Qou souffre quand il ne peut se former entièrement et sa plainte est une rumeur à peine perceptible, semblable au frôlement de la soie. Mais quand l’homme ou la femme qui le font revivre sont pleins de pureté, l’A Bao A Qou peut arriver à la dernière marche, complètement formé, et scintiller d’une vive lumière bleue. Son retour à la vie est très bref, car le pèlerin redescendant, l’A Bao A Qou roule et tombe jusqu’à la marche initiale, où, déjà éteint et semblable à une gravure aux vagues contours, il attend le prochain visiteur. Il est seulement possible de le bien voir quand il arrive à la moitié de l’escalier, les prolongements de son corps, tels des petits bras l’aident à monter, se définissent avec clarté. Certains disent qu’il regarde avec tout son corps et qu’au coucher, il rappelle la peau de pêche. Au cours des siècles, l’A Bao A Qou est arrivé une seule fois à la perfection. ( Le Livre des êtres imaginaires, José Luis Borges, 1957)


La sensibilité sensorielle des animaux est-elle supérieure à celle des hommes ? Parle-t-on de plusieurs niveaux de perception ? Et la connaissance, tributaire de l'intelligence humaine, comme celle du mouvement continu des planètes et de la loi de gravitation, sommes-nous les seuls à la posséder? Caspar Henderson écrit:


"...Still, other creatures have powers of perception - vision, hearing, smell and so on - that vastly exceed our own. In some ways their awareness of the world is superior to ours. And yet in at least one respect - consciousness - all (or virtually all) other animals seem to be greatly our inferiors." (The Book of barely imagined beings, Caspar Henderson, The University of Chicago Press, 2013)

 

Mais l'écriture scientifique n'offre qu'un dialogue embryonnaire avec l'univers. La matière noire invisible et l'énergie sombre sont autant de puzzles témoignant de l'ignorance humaine. Entre conscience et perception, seuls, les fantômes hantent les œuvres de l'artiste comme un ultime refuge des âmes égarées.

 

Ce qui a  ét é sera et ce qui sera a déjà ét é.


 

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