De l’expression humaine primitive

Publié le par Ysia

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..un masque n'est pas d'abord ce qu'il représente, mais ce qu'il transforme, c'est-à-dire ce qu'il choisit de ne pas représenter. La Voie des masques, Claude Lévi-Strauss.

 

Red-mask--1--copie-1.JPG   Le masque dans les arts primitifs intervient comme un pont entre le visible et l’invisible, un acte de réflexion, un miroir de l’intérieur, une perspective cryptique sur l’au-delà. Le masque ne donne-t-il pas à voir le passé, l’ancêtre totémique sous une forme codifiée ? Une relation mnémonique, où de la mémoire surgissent des émotions souterraines, s’établit entre l’image primitive et le regard individuel. L’expression humaine primitive est le fruit de l’expérience mentale du regard, le produit d’un processus par lequel l’entendement agit dans un réflexe cérébral. 

L’expression primitive est une chimère intense, une pensée visuelle guidée par les perceptions sensorielles teintées par l’imaginaire et la mémoire collective ou individuelle. L’invariant culturel, témoin des archétypes de l’Orient en Occident, de l’Asie aux Amériques, fait l’objet d’une représentation binaire, d’une figure géométrique, d’un règne originel du son et du regard avant la civilisation des mots. 

L’empreinte mnémonique laissée par l’image primitive constitue un code du langage, un moyen de transmission du savoir.  Quelle est l'origine de toute iconographie ? Faut-il voir à la source un totem clanique, élément de l’arbre généalogique ? A l’origine est le signe devenu image, l’image devenue hiéroglyphe. L’expression primitive crée une présence et  confirme un lien historique que son traitement scientifique permet d’analyser. C’est par la reconstruction de chaque signe qui forme l’image qu’il est possible de remonter dans le temps jusqu’à la préhistoire de l’homme et de l’art. Le peuple Tainò des Caraïbes qui croyait que les hommes étaient nés des entrailles hypogées conserva la fonction de lieu rituel pour les cavernes et grava des pétroglyphes à l’instar de ceux de la préhistoire.

 

Carlo Severi « Pièges à voir, Pièges à penser », Gradhiva 1/2011 (n° 13), p. 4-7.
URL :
www.cairn.info/revue-gradhiva-2011-1-page-4.htm.

Carlo Severi, Warburg anthropologue ou le déchiffrement d’une utopie: De la biologie des images à l’anthropologie de la mémoire 

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Le soleil, la lune et la nuit étoilée sont des ȃmes solitaires. De l’ère du bricoleur à celui de l’ingénieur, percepts et concepts se succèdent dans l’imaginaire de l’être humain au cœur de son espace vital où  le souffle ne va ni ne vient. Les cinq sens et les quatre éléments se combinent dans cet univers physique. Le problème essentiel est effectivement « de savoir pourquoi la pensée mythique manifeste une si grande et constante prédilection pour les animaux, les corps célestes et autres phénomènes naturels personnifiés » (Lévi-Strauss, La pensée sauvage, p.178). De l’ordre au chaos,  l’univers par le biais de la taxinomie zoologique, bactériologique ou botanique fait l’objet d’une classification par l’être humain systématicien. Les totems d’antan, pareils à des émanations d’une espèce, ont-ils été remplacés par les pommes et les sirènes? Ces nouvelles appellations totémiques représentent les nouveaux outils conceptuels, blasons de la société, acquis sociaux d’un symbolisme d’inspiration technologique, objets manufacturés. Faut-il être un monstre pour rester vivant? Modus operanti des héros modernes.

 

L’humanité, quant à elle, respire d’un seul soufle.

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