Section 1.2

Publié le par Ysia

S. Le bouddha se trouvait alors dans le pays de Śrāvasti, dans le bois de Jeta, dans le parc de Anāthapindada.

C. Lorsque l’on dit alors (1), c’est lorsque l’assemblée des maîtres et apprentis (2) se réunissait au complet. Le bouddha est le prédicateur de la loi. Se trouvait veut éclairer sur le lieu. Śrāvasti (3) est le pays du roi Pāsenādi (Prasenajit). Jeta est le nom d’un prince. Comme le bois est un don (4) du prince Jeta, l’on dit par conséquent le bois de Jeta.  Anāthapindada  est l’autre nom du vénérable Sudatta (5). Comme le parc appartenait à l’origine à Sudatta, l’on dit par conséquent le parc de Anāthapindada. Bouddha (6) est un vocable sanskrit. Dans la Chine des Tang, l’on dit l’éveillé. L’éveil possède deux sens. Le premier est l’éveil extérieur. C’est contempler la vacuité de toute chose (7). Le second est l’éveil intérieur. C’est savoir (8) que l’esprit vide et tranquille n’est pas souillé par les six poussières. Comme il ne voit pas extérieurement les fautes d’autrui et qu’il n’est pas troublé intérieurement par ce qui est faux et illusoire, il est donc nommé l’éveillé. L’éveillé, c’est le bouddha.

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(1) A noter que l’expression  ekasmin samaye n’est pas séparée dans les textes sanskrits de l’assertion précédente evam mayā srutam,  à l’inverse des sources chinoises. Dans le Traité, T.1, p.73, l’aspect unitaire de ekasmin n’est souligné, dit-on, que pour se conformer au langage courant. Car il n’y a ni unicité ni pluralité ni existence temporelle et donc ni temps distinct samaye. Il s’en suit l’irréalité du temps absolu. Remarquons que samaye se traduit en fait pas occasion, circonstance et non par temps (kāla). Il va de soi que l’expression  alors est pour mieux cacher que l’on a aucune idée sur la date exacte à laquelle l’assemblée s’est réunie.

 

Lao-tzeu, La Voie et sa vertu, François Houang et Pierre Leyris, Editions du Seuil, 1979, p.73

Tao Tö King, Le Livre de la Voie et de la Vertu, J-J-L. Duyvendak, Edition Adrien Maisonneuve, Paris, 1981, p.61

L’homme de bien est le façonneur de l’homme de mal

L’homme de mal est le matériau de l’homme de bien

L’homme bon est l’instructeur de ceux qui ne sont pas bons, et ceux qui ne sont pas bons sont les matériaux de l’homme bon.

 (2) L’emploi du caractère  资se réfère à l’emploi original qui en est fait dans Laozi, section 27 :

 

 

 

 

 (3) En introduction, il est fait mention du lieu, du temps ainsi que des personnages qui attestent de l’authenticité du texte. le pays de Śrāvasti est la province du Kosala dont la capitale Śrāvasti porte le nom du fondateur. Située au nord du Gange dans l’Oudh, c’est l’actuel bourg de Saheth-Maheth.. Parmi les lieux où le bouddha résida, il y eut pour les plus célèbres Rājagrha – l’actuel Rajgir identifié par Sir J. Marshall -, Kapilavastu 伽毗黎 – près du village de Paderia au Népal – et Vārānasī 波罗奈 – l’actuel Bénarès. Le bouddha aurait longtemps vécu dans la grande cité de Śrāvasti afin de sauver ses nombreux habitants et parce que le Kosala était sa province natale. La préférence du bouddha pour les lieux cités s’explique par le fait que leurs habitants sont des hommes dotés de racines de bien (op.cit., p.174-178). A Śrāvasti se trouvent plusieurs haltes dont Mrgāramātrprāsāda – monastère construit dans le Pūrvārāma à l’est de Srāvastī par la nonne Visākhā -, Rājakārāma – érigé par Prasenajit – et Jetavanavihāra que mentionne Faxian dans sa relation (A Record of Buddhistic Kingdoms, James Legge, réédition 1991, p.56) :  As you go out from the city by the south gate, and 1,200 paces from it, the (Vaisya) head Sudatta built a vihāra, facing to the south ; and when the door was open, on each side of it there was a stone pillar, with the figure of a wheel on the top of that on the left, and the figure of an ox on the top of that on the right. On the left and right of the building the ponds of water clear and pure, the thickets of trees always luxuriant, and the numerous flowers of various hues, constituted a lovely scene, the whole forming what is called the Jetavana vihāra…

(4) Le terme fait référence à un don, une offrande. pourtant selon l'histoire traditionnelle, les bois auraient été vendus et pas simplement donnés par le printe Jeta au riche marchand Anāthapindada.

(5) Sudatta fut ministre de l’état de Srāvastī (Lee Shaochang, p.27). Son autre nom Anāthapindada fait référence à sa grande  charité.

(6) Parmi les différents épithètes qualifiant Sākyamuni, Kumārajīva a choisi pour introduire ce texte l’appellation bouddha alors que Bodhiruci (T.236), Paramārtha (T.237), Dharmagupta (T.238) ou encore Yijing (T.239) ont employé, nonobstant des graphies différentes, le terme  bhagavat traduit entre autres par vénéré du monde. Sākyamuni est nommé bouddha du fait de son omniscience.

(7) La vacuité de toute chose désigne leur attribut réel. J’emploie indifféremment  les termes objet et chose. Disons que je considère les choses comme le fruit de la loi de causalité (du latin causa) et les objets comme des représentations de l’esprit.

(8) Les quatrième et cinquième manuscrits présentés  dans Enô kenkyû (p.422) ainsi que l'édition du Xuzangjing (p.331) donnent le caractère zhu au lieu de zhi .

Publié dans Bouddhisme Zen

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