Classique des monts et des mers 山海經

Publié le par Ysia

Le Classique des monts et des mers, compilation mythique de fables illustrées,  regorge de personnages et divinités aux caractéristiques animales. Il décrit la géographie, la végétation et la faune de lieux peuplés d’êtres fantastiques aux quatre coins de cet univers enchanté. Monstres humains, fruit de notre imaginaire collectif, à l’image de la mythologie grecque, si ce n’est que celle-ci vient de l’Orient.

 

Oiseaux multicolores et magnifiques. Pie. Serpent noir. Singes. Bête à la forme de chien, aux taches de léopard et aux cornes de bœuf. Rat aux oreilles blanches et au bec noir. Porc jaune à la tête et la queue blanches. Chèvre à la queue de cheval. Renard à neuf queues.  Tigre ailé. Porc à deux têtes, noir. Renard aux cornes. Hérisson de couleur feu. Bœuf blanc aux quatre cornes. Chien à six pieds. Chien blanc à tête noire qui prend son envol dès qu’il aperçoit un humain. Léopard à longue queue et à visage humain et oreilles de bœuf. Faisan à plumage blanc et pattes jaunes. Vache rouge à tête humaine et pattes de cheval. Chèvre au corps d’homme. Antilope à quatre cornes et pattes de cheval. Lapin ailé à tête de souris. Hibou à tête humaine et à une seule patte. Coq à visage humain. Singe à tête blanche et pattes noires.

 

Esprit au corps de bête. Esprit au visage humain et au corps de dragon. Esprit-tigre à neuf queues, à tête d’homme et griffes de tigre. Esprit au visage humain ou bestial. Esprit à la tête d’oiseau et au corps de dragon.  Esprit à corps de tigre, huit têtes et dix queues. Esprit à corps d’oiseau. Esprit à oreilles de chien. Esprit du tonnerre au corps de dragon. Esprit au visage d'homme et au corps de cheval. Homme dragon. Etre à deux visages. Etre à trois corps...

 

Les poissons sont eux aussi à l’image de cette faune multicolore et bigarrée, mélange de diverses caractéristiques animales et humaines, multipliant les têtes et diversifiant leurs attributs dans ce bestiaire magique où le règne animal ne s’accommode de la présence des hommes que pour mieux imposer son empreinte. Poisson-poulet aux plumes noires à trois queues, six pattes et quatre têtes. Poisson-blaireau. Homme-poisson à quatre jambes. Poisson à tête de chien.

 

 Il convient de constater que l‘art ancien reprend effectivement les mythes des classiques par lesquels la faune superbe et magique reprend vie. Aux quatre points cardinaux, on tente de localiser géographiquement ces multiples lieux et de rapporter un récit féérique sur ces divinités, souvenir des empereurs Yao et Shun,  de la Reine mère de l’Ouest à la  queue de léopard et aux crocs de tigre, parée de ses plus beaux atours, et des souverains célestes de la tradition taoïste. Est-ce cette littérature qui influença l’art ancien ou l’art ancien qui influença la littérature à moins qu’ils ne soient tous deux les produits d’une fantasmagorie, legs d’une origine lointaine bien réelle ? Un zoologiste serait le mieux à même de traduire cette collection de fables mythiques. Puisque les illustrations de l'oeuvre originale n’ont pu être préservées, c’est vers ces bronzes et ces jades millénaires qu’il faut se tourner pour apprécier la réalité de ce monde devenu invisible car disparu.

 

Et que l’on rappelle en conclusion la description fabuleuse de l’Inde par Ctésias quelque 400 ans avant notre ère.  Il rapporta de la Perse une vision fantasmagorique de la végétation et de la faune ainsi que des habitants de l’Inde, proche du Classique des monts et des mers :

 

La martichore est un animal de l'Inde, qui a la face de l'homme, la grandeur du lion et la peau rouge comme le cinabre. Elle a trois rangées de demis, les oreilles semblables à celles de l'homme, et les yeux d'un bleu tirant sur le vert comme l'homme; sa queue ressemble à celle du scorpion de terre. Cette queue renferme un aiguillon qui a plus d'une coudée de longueur ; il est à l'extrémité de la queue, tel que celui du scorpion…

 

Ces montagnes sont habitées par des Gryphons. Ce sont des oiseaux à quatre pieds, de la grandeur du loup, dont les jambes et les griffes ressemblent à celles du lion. Leurs plumes sont rouges sur la poitrine, et noires sur le reste du corps. ..

 

Dans ces montagnes il y a des hommes qui ont une tête de chien, dont les vêtements sont de peaux de bêtes sauvages. Ils n'ont point de langage ; ils aboient comme les chiens et s'entendent entre eux. Leurs dents sont plus longues que celles des chiens. Leurs ongles ressemblent à ceux de ces animaux ; mais ils les ont plus longs et plus ronds. Ils sont noirs et très justes, de même que le reste des Indiens avec qui ils sont en commerce; ils entendent la langue indienne, mais ils ne peuvent répondre que par leurs aboiements, ou par des signes qu'ils font avec les mains et les doigts, comme les sourds et muets. Les Indiens les appellent dans leur langue Calystriens, ce qui signifie Cynocéphales.  (Ctésias, oeuvre numérisée par Marc Szwajcer)

 

Dans les fragments qu’il nous laisse de sa relation sur l’Inde, l’Ambassadeur Mégasthène rapporte également trois cents ans avant notre ère l’existence de scorpions et de serpents ailés, de chevaux à tête de cerf surmontée d’une corne, d’hommes sans bouche, ainsi que des okypodes, des énotocœtes, des monommates, des amyctères et des hyperboréens (Géographie de Strabon, Amédée Tardieu, Librairie Hachette, 1880)

Le dragon, « assemblage mécanique de quelques animaux », élément fédérateur entre les tribus. S’agit-il d’un syngnathinae ? Serpents à oreilles ou serpents à cornes ? Non, il ne s’agit pas d’une « émergence simultanée, en plusieurs points du monde » :

les images rupestres accompagnées de leur glose permettent d’attester la présence du motif du dragon en Amérique, en Afrique, en Eurasie et en Océanie à l’époque précolombienne, et laissent donc supposer une diffusion du motif depuis l’Asie lorsque cela était encore possible par le détroit de Béring, au Paléolithique supérieur ... une mythologie primordiale diffusée en même temps que les premières migrations humaines... La clef de l’interprétation de tant de motifs encore hermétiques […] se trouve, à notre disposition et immédiatement accessible, dans des mythes et des contes toujours vivants (Levi-Strauss 1948 : 636).

Julien d'Huy

Publié dans Art ancien chinois

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