De la nature de la réalité physique

Publié le par Ysia

Le philosophe de l’esprit Paavo Pylkkänen explique que, quand on parle d’ontologie quantique, c’est pour mieux indiquer qu’à la base de la mécanique quantique réside la possibilité qu’une onde pilote mentalement une particule de matière en lui donnant forme et en guidant  son mouvement par la transmission d’une information,  pareille à une pensée physique, une poussière métaphysique. 

Et si l’autosimilarité est le principe qui gouverne une infinité de structures spatio-temporelles, ne va-t-il pas de soi qu’un corps fait de cette sorte d’agrégats soit habité d’un esprit qui le guide ? Sous le couvercle de la prison cosmique, une infinité d’états superposés s’effondrent dans une optique d’information intégrée pour laisser jaillir la conscience qui s’en va séjourner dans l’univers quantique des poussières élémentaires dont l’univers est fait. Imaginons que l’univers soit un cerveau. Un trou noir est une perte de mémoire,  un trou blanc une source d’idées qui jaillissent. Le gaz nébuleux dont naissent les étoiles est l’état de confusion qui précède la clarté. A l’image de notre ADN qui remonte l’espace et le temps voyage la conscience dans un univers d’ondes et de vibrations. 

A supermassive black hole in action

A supermassive black hole in action

Dans les ombres de l’esprit il y a le problème que pose la nature de la réalité physique. Le physicien Lev Vaidman affirme qu’il existe une infinité de mondes parallèles similaires à celui que nous connaissons, tous incorporés  dans un seul état quantique de l’univers. Ces mondes parallèles n’ont pas d’effet sur le nôtre. Bien qu’ils puissent produire des phénomènes d’interférence, nous ne sommes pas à même de mesurer leurs effets. Ce qu’il veut dire, c’est que s’il peut retracer les évènements passés intervenus dans notre monde et leur donner un sens, l’avenir consiste en une infinité de mondes multiples.  Un état quantique représente une série d’énoncés sur les probabilités des mesures quantiques observées.

L’information, descriptive d’un ensemble de données, s’emboîte d’une particule dans un système, d’un individu dans un groupe, des étoiles  dans les galaxies jusqu’à l’univers entier. La nature de la réalité physique dépend de son observation et, par conséquent, de l’interprétation ontologique de la conscience car, enfin, s’il faut concevoir la conscience dans une optique d’information intégrée, son fondement est-il physique ou non-physique ?

The tricky question here is whether the information first gets unified and integrated in pre-conscious processes, and is then presented to consciousness.

Is there Room in Quantum Ontology for a Genuine Causal Role for Consciousness

De la manière la plus palpable dans notre vie quotidienne, la nature de la réalité physique passe par le temps. Pourtant la théoricienne Emily Adlam affirme que la localité temporelle est un dogme qu’il serait temps de faire tomber. Bien que l’on convienne aujourd’hui du principe d’intrication quantique, à savoir du principe de non-localité spatiale, la question de la localité temporelle a été peu débattue, c’est-à-dire que l’on est généralement d’avis que les probabilités liées aux mesures observées à un temps donné dépendent exclusivement de l’état considéré à ce moment donné. En fait, la localité temporelle reste tout au moins un principe méthodologique incontournable dans notre façon de concevoir les sciences et dans ce que nous admettons être une hypothèse scientifique raisonnée. Elle est profondément ancrée dans les bases de l’interprétation que nous donnons à la mécanique quantique. Démêler les liens inextricables tissés entre localité temporelle et théorie quantique risque de remettre radicalement en cause sa signification.  

Le formalisme à deux vecteurs d’état introduit il y a 54 ans « transcrit dans le langage des mathématiques une "vision du monde" qui cherche à rendre intelligible un ensemble d'observations ». Il pose le paradoxe selon lequel le passé et le futur jouent un rôle égal dans la détermination de l’état quantique aux points intermédiaires et sont par conséquent tout aussi réels l’un que l’autre. La théorie de la double causalité s’articule comme un passage dans lequel le temps et le renversement du temps produisent l’observation d’un élément de réalité.  Yakir Aharonov, Eliahu Cohen et Tomer Landsberger sont enclins à penser que la nature cherche à communiquer une vérité fondamentale, à savoir que la mécanique quantique est unique dans le sens qu’elle fixe les conditions limites finales et non redondantes de tous les systèmes. Autrement dit les conditions limites finales qui caractérisent les états de transition entre physique microscopique et physique macroscopique jouent un rôle essentiel dans l’interprétation de la mécanique quantique, notamment en cosmologie et en physique des trous noirs.

It is generally understood that a measurement involves an amplification of a microscopic superposition into the macroscopic realm by means of entanglement, followed by decoherence by the environment… We propose a mechanism based on the two-state vector formalism, where in each measurement a single outcome is chosen by a second quantum state evolving backwards in time. Generalizing this to the entire Universe, we develop an interpretation where the initial and final states of the Universe together determine the results of all measurements.

The Two-Time Interpretation and Macroscopic Time-Reversibility

A la jonction entre passé et avenir se situe le présent comme si dans leur détermination à se rencontrer,  le passé avait parcouru la même distance que l’avenir à reculons. Peut-on transposer dans la réalité physique le principe de deux états quantiques dont l’un évolue en arrière et l’autre en avant ? L’avenir comme s’il était écrit peut-il avoir une influence sur le présent ?

Car enfin si la théorie quantique ne décrit pas le monde tel que nous le vivons, à quoi sert-elle ? La nature de la réalité physique passe aussi par la réalité de soi. La conscience arpente les routes de l’avenir et les voies du passé. Dans mon inconscience passée,  ai-je eu la prescience de mon avenir qui m’emmène à présent  sur ce chemin ? Un traducteur est pareil à un acteur qui s’identifie aux rôles qu’il joue. Me suis-je à une période de ma vie trop identifiée aux œuvres bouddhiques que je traduisais ? On a tendance à penser être ce que l’on fait et les autres imaginent que nous sommes ce que nous faisons mais on n’est pas ce qu’on fait. Je ne suis pas ce moi autobiographique.

L’esprit du poète poursuit son exploration à des milliers d’années-lumière en quête de nouvelles manières de penser et puise dans la sagesse des autres des grains de folie, animé du brûlant désir de rencontrer la vérité. Mais au-delà des implications scientifiques, la nature de la réalité physique passe de manière plus élémentaire par les émotions. Alex Honnold dont l’expression « honnolding » est tirée est un spécialiste de l’escalade en solo.  L’Université médicale de la Caroline du Sud a voulu étudier l’activité cérébrale du grimpeur grâce à des images scanner de son cerveau. Les conclusions de l’étude ont montré une activité minimale de la région liée aux noyaux amygdaliens qui régit le système de réponses aux menaces perçues. Bien qu’il soit difficile de déterminer quelle part est innée et quelle part est acquise après  15 années d’escalade,  Joseph LeDoux, un neuroscientifique de l’Université de New York, estime qu’Alex Honnold a probablement toujours montré un certain sang-froid, renforcé par des milliers de prises de risques dans le cadre de son occupation.  Son aptitude à se concentrer sur le présent lui permet de voir la réalité du moment sans le voile de ses appréhensions.

An inspiring Hubble mosaic of Stephan's Quintet

An inspiring Hubble mosaic of Stephan's Quintet

Publié dans Les deux infinis

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