L'esprit vagabond

Publié le par Ysia

The principles of light and color, Edwin Babbitt

The principles of light and color, Edwin Babbitt

Des affres de la rêverie…

Scientific studies have shown that the spontaneously wandering mind has a negative impact on text comprehension and success at school, as well as on learning, attention, working memory, mathematical ability, and our capacity to drive a car safely. Daydreaming can also make us unhappy. Someone who loses contact with the present, because she zones out repeatedly into the future or the past, generally feels worse than someone who can keep her attention focused on what is happening now. There are also various types of insomnia, intoxication, light anaesthesia or illness (such as fever dreams or depressive rumination) in which we are in a sort of helpless twilight state, plagued by constantly recurring thoughts we cannot stop.

Thomas Metzinger

Sur l’arbre phylogénétique perchent le singe, le cheval et le dauphin. Le chantefable ou texte adapté du Vimalakīrti Nirdeśa Sūtra, manuscrit de Dunhuang, emploie l’expression 心猿意馬 qui signifie que l’esprit gesticule comme un singe et s’emballe comme un cheval au galop. Xin, idéogramme fondamental dans la littérature du bouddhisme signifie autant 'esprit' que 'cœur'. La conscience agit comme un dialogue entre le cœur et le cerveau. C’est la pensée visuelle qui stimule les errements de l’esprit.

…tout à coup, une idée s'élance, passe avec la rapidité de l'éclair, à travers les espaces infinis dont notre cerveau nous donne la perception. Cette idée brillante, surgie comme un feu follet, s'éteint sans retour: existence éphémère, pareille à celle de ces enfants qui font connaître aux parents une joie et un chagrin sans bornes ; espèce de fleur mort-née dans les champs de la pensée. Parfois l'idée, au lieu de jaillir avec force et de mourir sans consistance, commence à poindre, se balance dans les limbes inconnus des organes où elle prend naissance ; elle nous use par un long enfantement, se développe, grandit, devient féconde, et se produit au dehors dans la grâce de la jeunesse et parée de tous les attributs d'une longue vie ; elle soutient les plus curieux regards, elle les attire, ne les lasse jamais : l'examen qu'elle provoque commande l'admiration que suscitent les œuvres longtemps élaborées. Tantôt les idées naissent par essaim : l'une entraîne l'autre; elles s'enchaînent ; toutes sont agaçantes; elles abondent, elles sont folles. Tantôt elles se lèvent pâles, confuses, dépérissent faute de force ou d'aliments; la substance génératrice leur manque. Enfin, à certains jours, elles se précipitent dans les abîmes pour en éclairer les immenses profondeurs; elles nous épouvantent et laissent notre âme abattue. Les idées sont en nous un système complet, semblable à l'un des règnes de la nature, une sorte de floraison dont il serait possible à un homme, à un fou peut-être, de donner l’iconographie. Oui, tout, en nous et au dehors, atteste la vie de ces créations ravissantes que je compare à des fleurs, en obéissant à je ne sais quelle révélation de leur nature! Au reste, leur production comme fin de l'homme n'est pas plus étonnante que celle des parfums et des couleurs dans la plante. Les parfums sont des idées peut-être... La pesanteur du sentiment que produit l'attente ne s'accroît-elle pas par une addition constante des souffrances passées à la douleur du moment? Enfin, à quoi, si ce n'est à une substance électrique, peut-on attribuer la magie par laquelle la Volonté s'intronise si majestueusement dans les regards pour foudroyer les obstacles aux commandements du génie , éclate dans la voix , ou filtre , malgré l'hypocrisie , au travers de l'enveloppe humaine? Le torrentueux courant de ce roi des fluides qui, suivant la haute pression de la Pensée, s'épanche à flots, ou s'amoindrit et s'effile, puis, s'amasse pour jaillir en éclairs, est l'occulte ministre auquel sont dus soit les efforts , ou funestes ou bienfaisants, des arts et des passions ; soit , les intonations de la voix , rude, suave, terrible , lascive , horripilante , séductrice tour à tour, et qui vibre dans le cœur, dans les entrailles ou dans la cervelle au gré de nos vouloirs; soit tous les prestiges du toucher d'où procèdent les transfusions mentales de tant d'artistes dont les mains créatrices savent, après mille études passionnées, évoquer la nature; soit enfin, les dégradations infinies de l'œil, depuis son atone inertie jusqu'à ses projections de lueur les plus effrayantes.

Louis Lambert, Honoré de Balzac

Les pensées germent et déclenchent des mécanismes émotionnels physiques comme la peur et la peine. Ce processus se fonde sur un inconscient affectif, bagage de l’odyssée individuelle ou collective humaine.

D’une image, le dialogue intérieur naît. C’est le réseau par défaut dans le cerveau qui est actif lors de cette errance mentale. Je ne sais comment qualifier le soi rêveur ni même s’il existe. Mais s’il existe, il semble qu'il soit composite.

I don’t believe in any such entity or thing as ‘the self’. At best, we have an inner image or representation of ourselves as a whole, made up of many functional modules and layers. At its most basic, this self-model is based on an internal model of the body, including affective and emotional states, and grounded in inner-body perceptions such as gut feelings, heartbeat, breath, hunger or thirst. On another, higher layer, the self-model reflects a person’s relationships to other people, ethical and cultural norms, and sense of self-worth. But in order to create a robust connection between the social and biological levels, the self-model fosters the illusion of transtemporal identity – the belief that we are a whole and persisting entity based on the narrative our brain tells itself about ‘our’ past, present and future. (I think that it was exactly the impression of transtemporal identity that turned into one of the central factors in the emergence of large human societies, which rely on the understanding that it is I who will be punished or rewarded in the future. Only as long as we believe in our own continuing identity does it make sense for us to treat our fellow human beings fairly, for the consequences of our actions will, in the end, always concern us.)

Thomas Metzinger

Chaque être vivant est l’agglomérat inextricable de matières organiques qui apparaissent dans leur corporéité en suivant des règles immatérielles sous l’emprise des sensations , limitées par les perceptions et dominées par l’acte volitionnel au sein de la conscience .  

Dans le théâtre de la vie, l’être humain est le plus clair du temps une marionnette actionnée au moyen de fils tirés du plus profond de l’inconscient. La pensée comme un dauphin jaillit hors de l’océan de notre inconscient. Elle surgit et replonge dans l’océan de l’oubli. Parfois, elle n’est qu’une vague impression, une idée furtive qui glisse juste au-dessous du seuil de conscience. Tout comme ce dauphin que l’on observe, on peut apprendre à observer le cheminement de nos pensées et expliquer leur raison d’être. Ce sont parfois plusieurs dauphins qui se disputent notre attention. Un à droite, un à gauche et nous voilà plongés dans des tergiversations qui paralysent notre élan de décision. L’intuition est prisonnière de notre pérégrination mentale, de ce processus de régulation émotionnelle qui agite l’esprit.

Gustave Doré - The Monkey and the Dolphin

D’autres ont aussi tenté de décrire le soi. Est-il quadruple ? Est-il quintuple? Est-il multiple?

The ecological self is the self as perceived with respect to the physical environment : ‘I’ am the person here in this place, engaged in this particular activity.
The interpersonal self, which appears from earliest infancy just as the ecological self does, is specified by species-specific signals of emotional rapport and communication: I am the person who is engaged, here, in this particular human interchange.
The extended self is based primarily on our personal memories and anticipations: I am the person who had certain specific experiences, who regularly engages in certain specific and familiar routines.
The private self appears when children first notice that some of their experiences are not directly shared with other people: I am, in principle, the only person who can feel this unique and particular pain.
The conceptual self or ‘self-concept’ draws its meaning from the network of assomptions and theories in which it is embedded just as all other concept do. Some of those theories concern social roles (husband, professor, American), some postulate more or less hypothetical internal entities (the soul, the unconscious mind, mental energy, the brain, the liver) and some establish socially significant dimensions of difference (intelligence, attractiveness, wealth). There is a remarkable variety in what people believe about themselves, and not all of it is true.

Ulric Neisser

Comment cette cacophonie se déroule dans notre tête ? La pensée flotte, musarde, et s’égare, pour certains parfois, la moitié du temps. Et c’est là qu’interviennent les trois enseignements de William Osler : il faut apprendre à se concentrer sur son quotidien sans se préoccuper du lendemain, appliquer la règle d’or et cultiver l’équanimité avec courage et humilité car ce que l'avenir me réserve, je ne saurais le dire - et là mon avis diverge de celui de William Osler - ni ne devrais plus m’inquiéter de la mémoire du passé ( Remarques à l'occasion d'un dîner d'adieu à New York (20 mai 1905), publié dans Aequanimitas, et autres adresses (édition de 1910), p. 473).

Il est dit dans le Vimalakīrti Nirdeśa Sūtra:

A l’extérieur, savoir parfaitement distinguer toute chose de ses attributs, c’est intérieurement être immobile au sein du sens premier.
(外)能善分別諸法相 (内)於第一義而不動。

Sūtra de la plate-forme, p.43

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