La vanité des mots

Publié le par Ysia

La vanité des mots

This old barbarian sat face to the wall,
Everyone in the Zen tradition is left confused.
One thousand years, ten thousand years -
Will anyone ever understand

Fūgai Ekun dans Stephen Addiss, The Art of Zen, p.54

La tradition veut que Bodhidharma se soit assis au pied d’un mur pendant neuf ans, son esprit vidé de toute agitation, muré dans un silence absolu à l’intérieur de lui-même sans proférer un mot à l’extérieur de lui-même parce que les mots sont devenus obsolètes et parce qu’il cherche intuitivement de sa main la poignée de la porte de l’éveil.

The Indian monk couldn't even speak Chinese !
He faced the wall in silence for nine years.
Doing nothing, totally inactive, he sat quietly,
Causing the world to mistakenly call this Daruma (Bodhidharma) Zen

Gesshū Sōko, ibid., p.68

La vanité des mots

Après avoir obtenu les manuscrits bouddhiques qu’ils étaient venus chercher  au terme d’un périple de quatorze années, le moine Xuanzang et ses trois compagnons ont découvert à leur insu que les livres sacrés ne contiennent que des pages blanches parce que le mot est illusoire, parce que l’enseignement bouddhique est indicible.

The blankness of the scrolls is thus a material manifestation of the Buddhist doctrine of emptiness, a sign pointing to the signless, apophatic, ineffable nature of ultimate reality.

Academia.edu

Le concept du bouddha historique est l’un des plus familiers et fondamentaux dans le domaine des études bouddhiques, mais c’est aussi l’un des plus problématiques car il porte le plus à confusion. D’un côté, il est universellement admis que le Bouddha a existé,  de l’autre, plus de deux cents ans de recherches académiques n’ont pas réussi à établir son existence. Bien que l’on répète que le Boudha était Siddhārtha Gautama du clan des Śākya, le nom de Siddhārtha (et ses variantes Sarvārthasiddha, etc.) n’est attesté dans aucune des sources les plus anciennes, notamment dans le canon pali ou dans des sources non bouddhiques. De plus, d’après la tradition ancienne, les Śākyas avaient été anéantis avant le décès du Bouddha, ce qui laisse supposer que même les auteurs du canon bouddhique ignoraient probablement leur existence. Le clan entier pourrait bien n’être qu’un mythe. Il reste le nom de Gautama qui est moins un nom qu’un épithète identifiant le Bouddha comme étant associé au clan Gautama, l’une des huit lignées brahmaniques anciennes dont l’origine remonte aux sept patriarches védiques.

Mais faut-il croire les légendes ? Si ni le bouddha historique ni même Laozi n’ont existé et que d’après certains experts, Bodhidharma n’avait aucun lien direct avec le bouddhisme chan , alors les mots sortis de la bouche de personnages imaginés de toutes pièces effectivement sont vains.

Tout attribut, quel qu’il soit, est vain et faux.
凡所有相,皆是虚妄

Vajracchedika Sutra (Sûtra du diamant)

Laisser faire le temps...  craqueler et mûrir sous le jeu des ombres et des lumières. La parole et l'image sont trompeuses car ni l'une ni l'autre ne prennent en compte le temps. Les mots altèrent la vérité des images et des sons et la parole corrompt l’intuition auditive et visuelle. Au temps d’avant les mots, quelle est la constante universelle ?  L’énergie autrement nommée le souffle.

Vedder, Elihu - The Questioner of the Sphinx - 1836

Les vents chauds apportent la vie au gré des mouvements tectoniques qui embrasent la croûte terrestre sous l’impulsion du magma souverain. L'Esprit transcende toutes les formes de vie animales, végétales, humaines. Dans tout phénomène il y a une part de manifeste et une part de caché, une idée de sacralité…

Publié dans Bouddhisme Zen

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