Déhiscence et Transvaluation

Publié le par Ysia

la Nature de la nature est « polémos », lutte respectueuse et productive des contraires sous la disparate des choses et des changements

https://www.cairn.info/load_pdf.php?ID_ARTICLE=RETM_234_0047

Dans son ouvrage intitulé De la vérité dans les sciences, Aurélien Barrau nous invite à abandonner les analyses à l’emporte-pièce et la vision caricaturale des choses.

…ne pas céder à une vision simpliste qui, donnant l’illusion de la clarté, manquerait la complexité inhérente à la problématique et masquerait les authentiques difficultés.

De la vérité dans les sciences, Aurélien Barrau

L’étantité (ou étance) des philosophes est-elle à rapprocher de l’ainsité bouddhique ? Cette étantité philosophique peut-elle répondre au gouffre béant où nous entraîne le règne de la philosophie du soupçon ? Qu’est-ce que le domaine de l’ontique ? Un brouillard obscurcit sa vision. Entre réalité et imagination, comment élaborer une voix universelle ?

Il me semble nécessaire de rappeler qu'il importe avant tout d'apprendre à penser, réfléchir et raisonner. C'est bien ce à quoi Benjamin Franklin s'était attelé avant l' âge de 16 ans avec la lecture de deux œuvres fondamentales : : L'essai sur l'entendement humain de John Locke et La logique ou l’art de penser d’Antoine Arnaud et Pierre Nicole (1662). Aurélien Barrau nous met très justement en garde contre la "contamination du savoir par le vouloir".

Il n'y a rien de plus estimable que le bon sens et la justesse de l'esprit dans le discernement du vrai et du faux. Toutes les autres qualités d'esprit ont des usages bornés ; mais l'exactitude de la raison est généralement utile dans toutes les parties et dans tous les emplois de la vie. Ce n'est pas seulement dans les sciences qu'il est difficile de distinguer la vérité de l'erreur, mais aussi dans la plupart des sujets dont les hommes parlent et des affaires qu'ils traitent. Il y a presque partout des routes différentes, les unes vraies, les autres fausses; et c'est à la raison d'en faire le choix. Ceux qui choisissent bien, sont ceux qui ont l'esprit juste; ceux qui prennent le mauvais parti, sont ceux qui ont l'esprit faux : et c'est la première et la plus importante différence qu'on peut mettre entre les qualités de l'esprit des hommes.

Ainsi la principale application qu'on devrait avoir, serait de former son jugement, et de le rendre aussi exact qu'il le peut être; et c'est à quoi devrait tendre la plus grande partie de nos études. On se sert de la raison comme d'un instrument pour acquérir les sciences , et on se devrait servir au contraire des sciences comme d'un instrument pour perfectionner sa raison; la justesse de l'esprit étant infiniment plus considérable que toutes les connaissances spéculatives, auxquelles on peut arriver par le moyen des sciences les plus véritables et les plus solides...

La logique ou l’art de penser

La science, c’est la capacité de prévoir, d’observer et d’expérimenter. Pourquoi n’est-elle pas le primat de la raison pratique? parce que les scientifiques sont les premiers à reconnaître que « La certitude, en science, n’existe pas ». Comment alors lui accorder au cœur de la société et en politique la place qu’elle mérite ? Si tout est toujours sujet au doute, comment assurer la prééminence des sciences dans une société ? Si « tout peut être remis en cause. Tout doit l’être. Rien n’est acquis. Rien n’est sacré. Rien n’est intouchable », alors comment engager le dialogue avec les sceptiques  et les anti-intellectualistes et combattre le déni de la science ? Les vérités ne sont-elles que

des illusions dont on a oublié qu’elles le sont, des métaphores usées qui ont perdu leur force sensible

https://www.webnietzsche.fr/metaph.htm

 

Entre une approche théologique du monde et la théorie de la vérité-correspondance à l’émergence d’une vérité logique et pragmatique, la vérité « fixe la ligne de délimitation entre le possible et l’interdit », entre la logique et ce qui définit l’essence de l’être et de l’humanité. Il me semble que l’ambigüité, l’inconfort dans lequel nous place le dilemme de la vérité réside dans la terminologie, dans le vocabulaire, dans la parole même. Le langage ajoute à la confusion. Faut-il insister sur le fait que la montée des eaux et les catastrophes naturelles peuvent porter atteinte à la sécurité nationale des états si certains refusent d'entendre parler de changements climatiques ?

La vérité est sujette aux croyances et aux présupposés. Ces mêmes croyances et présupposés aux formes temporelles qui reviennent inlassablement sur le devant de la scène. Ce sont ces vérités qui sont à l’origine de mondes multiples qui coexistent, se côtoient et parfois s’entrechoquent.

It is from the far more difficult achievement of seeing ourselves amongst others, as a local example of the forms human life has locally taken, a case among cases, a world among worlds, that the largeness of mind, without which objectivity is self-congratulation and tolerance a sham, comes.”

Local Knowledge, Clifford Geertz

Toute révolution scientifique s’accompagne-t-elle immanquablement d’une redéfinition totale du réel ? (p.31) Imaginons l’effet papillon transposé dans un même corps dans lequel les interactions quantiques entraînent des réactions moléculaires qui, à leur tour, provoquent un mouvement physique. Imaginons alors la terre comme un corps physique unique dans lequel un battement d’ailes soulève l’ouragan. Et imaginons encore l’univers en tant que corps physique unique dont chaque galaxie suscite des réactions en chaîne.A la découverte d’une théorie de gravitation quantique...…. Le débat est ouvert (De la vérité dans les sciences, Aurélien Barrau, pp19-20).

Comment pourrait-on donc se « rapprocher » du vrai alors même que chaque rupture entraîne une vision infiniment distante de la précédente et tout aussi infiniment distante de la suivante ?

De la vérité dans les sciences, Aurélien Barrau, p.32

La vérité et le vrai, faut-il les séparer ? Vérité ontologique et vérité logique. La science décrit logiquement le monde mais ne représente pas son en-soi, sa nature propre et véritable. Le problème est bien l’interprétation des faits, constamment remise en cause à chaque révolution. A travers différents prismes, la réalité est la réalité mais sa vision n’est pas la même. L’angle, le point de vue n’est pas le même.

Notre vision d’humain est infiniment atrophiée par rapport à la richesse du réel.

ibid., p.36

Donc ce n’est pas que tout ce qui est vrai peut être réfuté, c’est que toute vérité est limitée par une autre qu’il reste à découvrir comme un puzzle dont chaque pièce représente une parcelle de vérité.

La vérité est « absolue » dans chaque monde mais le choix d’un monde est « relatif » à une attente, à une culture, à une histoire.

ibid., p.54-55

Publié dans Cheminement

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