Le sort de l'humanité

Publié le par Ysia

Pour être heureux il faut reconnaître sa défaite

Ysia

Pourquoi parle-t-on d'une croissance économique décevante depuis 1970? Parce qu'elle se cantonne selon Robert Gordon, auteur de l'ouvrage monumental intitulé The Rise and Fall of American Growth (Princeton 2016), dans la sphère limitée des communications, du divertissement et des technologies de l'information. Il est vrai que le progrès observable par l’homme contemporain, s'agissant de l'alimentation, des vêtements, du logement, des transports, de la santé notamment, est depuis 1970 relativement lent en termes qualitatif et quantitatif. Faut-il qualifier d’unique la contribution de la période entre 1870 et 1970 à la croissance économique qui a rompu singulièrement avec la lente progression des cent mille premières années de l'humanité? S’il faut juger de l’importance d’une invention sur l’impact réel dans la vie quotidienne alors ni l’invention du feu, ni la révolution agraire ni la révolution industrielle des siècles précédents ne saurait égaler, de par leur occurrence isolée dans l’histoire de l’humanité, la cadence accélérée des grandes inventions de la période donnée.

Faut-il craindre la stagnation de l'humanité durant les prochaines décennies voire siècles, ne considérer la période de 1870 à 1970 que comme un soubresaut dans l'évolution humaine, une anomalie et prédire le déclin inéluctable de l’humanité dans un divertissement virtuel sans fin, un cycle infernal de passions numériques?

Ce que je crois, c' est que dans ce débridement du réseau informatique se trouve un nouveau siècle des lumières, un éveil au monde et aux autres, la gestation des grandes inventions futures, une tout autre forme d'énergie qui pourrait révolutionner le monde. Mais il est trop tôt pour le dire. Le présent recèle les germes d’un bouleversement futur.

 S’agissant des aspects positifs de la culture Web, ne sous-estimons pas le pouvoir de l’Internet dans le domaine de la diffusion de la connaissance des sciences, de la philosophie et des libertés. Toutes les idées ne sont pas bonnes à prendre, certaines sont même fallacieuses. Mais rien n’est parfait dans ce monde. Même les glorieuses inventions ont progressivement apporté leur lot d’inconvénients, notamment le transport routier, ses conséquences dramatiques sur l’environnement et le nombre élevé des accidents de la route.

Selon Kurzweil, c'est en 2029 que pour la première fois nous parlerons d'une entité non biologique consciente. Un fusionnement se fera entre les outils créés et nous-mêmes si bien que la distinction entre hommes et machines disparaîtra. Ce processus est déjà en marche avec l'établissement et l'expansion inexorable de l'information en nuage.

Ysia

L'information en nuage est-elle une conscience collective, un niveau supérieur de l’humanité?

Le ton pessimiste de Robert Gordon peut aussi être interprété comme une sonnette d'alarme, un rappel du but fondamental d'une grande invention future qui serait d'améliorer l'existence quotidienne, de protéger l'environnement naturel et d'élever le discours des êtres.

Comment est-ce possible qu’au cœur de l’abondance persiste la misère de plus de 50 millions de personnes vivant dans des foyers en situation d’insécurité alimentaire, en particulier les ménages dirigés par des femmes dans le Sud des États-Unis et les centres urbains des grandes métropoles ? Et comment se fait-il qu’une relation confirmée dans les chiffres existe entre pauvreté et obésité ?  Et comment ne pas souligner l’impact de la pauvreté sur l’espérance de vie? Alors qu’en Europe, un système de protection sociale était déjà mis en place sous Bismarck dans les années 1880, comment expliquer que l’Amérique possède encore aujourd’hui le système de protection sociale le plus cher et le niveau d’espérance de vie le plus bas des pays les plus riches ?

A la recherche de mondes multiples ou parallèles? Utopie!

Il  est  remarquable de noter que l'espérance de vie ne s'était guère améliorée avant 1870 voire 1890.  Même les femmes avaient vu leur espérance de vie se dégrader en l'espace d'un siècle. Comment expliquer un tel bond en avant? Il semble que de nombreux facteurs y ont contribué : les progrès de la médecine, une meilleure nutrition, l'hygiène sanitaire, l'aménagement des eaux, les réglementations nouvelles concernant l'approvisionnement en alimentation et les services de santé, l’amélioration des conditions de travail et la diminution de la violence.  Même  les moustiquaires inventées dans les années 1870 y ont été pour quelque chose. Cependant l’embellie n'était pas générale mais dépendait des conjonctures sociales et des circonstances locales, notamment dans le sud des États-Unis.

Il  faut souligner cependant que même si la mortalité due aux maladies infectieuses est passée de 37 % à 2% de 1900 à 2009, dans le même temps, la mortalité due aux trois maladies chroniques (cancer, infarctus, maladies cardiaques) est passée de 7%  à 60%.

Les hôpitaux n’étaient pas subventionnés par le gouvernement ni ne faisaient payer les pauvres mais étaient financés grâce à de riches philanthropes et aux associations religieuses ou ethniques. En 1926, seulement 28%  des hôpitaux étaient la propriété du gouvernement fédéral ou local. Qu'est-ce qui accélère le coût de la vie? Trouve-t-on encore des docteurs qui offrent gracieusement leurs services aux pauvres ? On déplore depuis lors le coût des écoles médicales, le monopole de la collation des grades et des titres universitaires, comme celui du doctorat de médecine,  la hausse constante du coût des soins hospitaliers, des équipements de plus en plus onéreux et des spécialistes aux tarifs toujours plus exorbitants. Combien restent-ils de dispensaires et de cliniques gratuites pour les pauvres ? Combien inadéquate demeure l'assurance-maladie ? Aujourd'hui tout comme hier on évite de voir le docteur pour ne pas payer de frais médicaux. Quel est le nombre de personnes qui meurent faute de moyens ou qui se sont vu refuser des soins? 35 000 à 45 000 Américains entre 18 et 64 ans meurent chaque année parce qu'ils n'ont pas d'assurance-maladie, selon l'Université Northwest qui cite une étude parue en 2009.

 

In the late 1970's and 1980's, the character of hospitals shifted toward more profit-oriented behavior.

Robert Gordon, The Rise and Fall of American Growth, p.483

Quel bel exemple que celui de John Hopkins qui avait si gracieusement légué l'argent à l'origine de la construction de l'hôpital et de l'université qui portent aujourd’hui son nom ! L'initiative est poursuivie aujourd'hi par Michael R. Bloomberg.

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