Conscience

Publié le par Ysia

L idée maîtresse que développe Evan Thompson dans son livre Waking, Dreaming, Being (Columbia University Press, 2015) est que

le soi est un processus que l’on ne peut chosifié ni qualifié d'entité. Le soi n’est pas en dehors des limites de l’expérience, enseveli au fin fond du cerveau ou de quelque royaume immatériel. C’est un processus vécu, sujet à une mutation perpétuelle. Nous générons le soi dans notre prise de conscience et ce soi vient et va suivant notre degré de conscience.

La conscience est fondamentalement ce qui révèle ou ce qui rend manifeste parce qu’elle est le préalable essentiel à l’apparition de tout phénomène. Strictement rien n’apparaît à moins de se manifester à un quelconque niveau de conscience.(p.14)

trad. par Ysia

le roi demanda à Yâjnavalkya pour commencer : « Quelle est la lumière de l’homme ? (Litt.: « Qu’est-ce qui sert de lumière à l’homme ? »).
- C’est la lumière du Soleil, O Roi ! répondit-il. Grâce à la lumière solaire il s’assied, il va, il agit, il revient.
- C’est bien vrai, O Yâjnavalkya. Lorsque le soleil est couché, quelle est la lumière de l’homme ?
- C’est la lumière de la lune, O Roi ! La lune alors est son luminaire grâce à la lumière lunaire il s’assied, il va, il revient.
- C’est bien vrai, O Yâjnavalkya. Lorsque le Soleil est couché, lorsque la Lune est couchée, quelle est la lumière de l’homme ?
Janaka connaît l’habileté dialectique de son interlocuteur et n’ignore pas sa propension à dissimuler le Haut Savoir. Aussi prend-il soin de procéder méthodiquement. De son côté, Yâjnavalkya se prête sans déplaisir à cette sorte d’affrontement fraternel.
- C’est la lumière du feu, O Roi ! Le feu est alors sa lumière ; à la lumière du feu il s’assied, il va, il revient.
- C’est bien vrai Yâjnavalkya ! Lorsque le Soleil est couché, lorsque la Lune est couchée, lorsque le feu s’est éteint, quelle est la lumière de l’homme ?
- C’est le son qui est sa lumière, O Roi ! À la lumière du son, il s’assied, il va, il œuvre, il revient ; par conséquent, O Roi, lorsqu’on ne distingue pas sa propre main, on se dirige cependant vers le lieu d’où un son est émané....
- C’est bien vrai, Yâjnavalkya ! Lorsque le Soleil est couché, lorsque la Lune est couchée, lorsque le feu s’est éteint, lorsque le son a disparu, quelle est la lumière de l’homme ?
- O Roi, c’est le Soi. À la lumière du moi, il va, il œuvre, il revient.
...
- Parmi tous quel est le Soi ?
- Il est cet Esprit, fait de conscience (Vijnana et non cit. Il s’agit de la « conscience – de » et non pas de la conscience sans objet), qui est lumière au sein des Prânas. Sans se modifier, il pénètre les deux mondes; pour ainsi dire, il pense ; pour ainsi dire, il frémit. Devenu rêve, il dépasse ce monde-ci avec les formes de la mort.
...
- Cet Esprit vient à subir la naissance ; il acquiert un corps ; il s’identifie au mal ; il s’envole en subissant la mort et abandonne le mal.
...
- Deux états de cet Esprit sont celui de ce monde, celui du monde suprême. Le rêve en est un troisième, à leur jonction. Lorsqu’il se tient en cet état de jonction, il aperçoit les deux autres, celui de ce monde, celui du monde suprême.
...
- Selon son mouvement, il assume son état suprême ; selon son mouvement, il voit le Mal ou la Félicité. Lorsqu’il s’engage dans le rêve, il emporte avec lui une parcelle de ce monde-ci où se conservent toutes choses. Il se détruit lui-même, il se construit lui-même ; par son éclat, par sa lumière il s’engage dans le rêve. C’est là que cet Esprit est sa propre lumière.
Il n’y a là ni chariots, ni attelages, ni chemins, mais il crée les chariots, les attelages, les chemins. Il n’y a là ni félicités, ni joies, ni voluptés mais il crée les félicités, les joies, les voluptés. Il n’y a là ni bassins, ni étangs couverts de lotus, ni rivières mais il crée les bassins, les étangs couverts de lotus, les rivières. C’est lui le Créateur.
...
Le Non-Rêveur subjugue par le rêve ce qui est corporel : il illumine les rêveurs ;
L’Esprit couleur de l’or, le Cygne sans second,
Emporte avec lui la lumière et revient à (l’autre) état.
...
L’Immortel remet au Prâna
le soin du réseau sans valeur,
Il s’en évade à l’extérieur;
Il va selon sa fantaisie,
L’Esprit couleur de l’or, le Cygne sans second.
...
Dans le rêve, le Dieu traverse le haut comme le bas ;
Il engendre des formes multiples ;
Soit qu’il se réjouisse avec des femmes,
Soit qu’il rie aux éclats (ou : qu’il mange), soit qu’il voie
des objets de terreur.
On voit Son jeu; on ne le voit pas lui.
(…) Certains assurément affirment que l’état de veille est, pour lui
un rêve : ce qu’on voit éveillé, on le voit aussi en rêvant. L’Esprit y
est sa propre lumière.
O Très Respecté, je te donne un millier (de vaches) ; va plus loin maintenant, parle-moi de la libération.
...

Patrick Lebail

Ainsi l’être réside dans deux mondes parallèles – ce monde et celui de l’au-delà. Entre eux s’étend le no man’s land des rêves où ils se rejoignent.La conscience est le préalable essentiel à toute forme de connaissance.

 

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