C'est quoi "faire l’aumône"?

Publié le par Ysia

Lors donc que tu fais l'aumône, ne sonne pas de la trompette devant toi, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d'être glorifiés par les hommes. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur récompense. Mais quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite, afin que ton aumône se fasse en secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.

Matthieu 6, Louis Segond Bible

Il faut parfois s’arrêter en chemin avant de pouvoir reprendre sa route...

Le bouddhisme chinois des premiers jours était-il sous l’influence idéologique de la religion taoïste (玄學autrement nommé 老莊) ou vice versa ? S’agit-il d’un langage emprunté maladroitement aux taoistes pour mieux répandre la pensée du Bouddha ? Les quatre dimensions incommensurables spirituelles 四無量心 catvāri apramāṇāni, autrement nommées les quatre équanimités 四等 ou égalités d’âme, sont dans la doctrine bouddhique la sympathie (与乐 le partage de la joie), la compassion (拔苦 l’acte de conforter autri dans sa douleur), la joie, le détachement.

慈 ou le partage de la joie, la bienveillance 仁愛 en tant que vertu dans l’âme. Il s’agit, me semble-t-il, d’une qualité morale, une disposition généreuse à l’égard de l’humanité, une gentillesse d’esprit, une noblesse d’âme, une bonhomie, je veux dire sympathie.

悲 ou commisération, compassion, c’est-à-dire le sentiment que nous éprouvons face à la souffrance d'autrui.

喜 ou réjouissance, la joie ressentie pour l’autre.

捨ou renoncement, l’abnégation, le désintéressement, je veux dire détachement dans le sens de l'âme libérée des attaches du monde.

布 signifie le don matériel, 施 signifie se sacrifier au profit d’autrui. Celui qui en a les moyens donne à celui qui en a besoin, c’est ce qui s’appelle 布施.

Ce sont les quatre dimensions incommensurables spirituelles 慈(Maitrī), 悲(Karuṇā),喜(Muditā), 舍(Upekṣā)qui profitent à autrui, le consolent et le confortent, c’est ce qui s’appelle布施.Comment se passe l’acte véritable du don ? C’est par des biens matériels, par l’enseignement bouddhique et par la confiance insufflée. C’est par l’humilité et le respect sans en attendre les honneurs. L’esprit pur, c’est ce qui s’appelle la non-substantialité du don.

L’existence se vit en soi et dans la multitude des autres.Comment expliquer l’échange entre les êtres, la confrontation du premier instant, ce premier contact du regard ? C’est faire le don de l’existence de son être auquel répond celui qui reçoit la manifestation de l’existence de l’autre.

En outre, sans aucun doute, ô Subhûti, un bodhisattwa qui fait fond sur la matière ne peut faire de dons (utilement) ; de même s’il fait fond sur une chose quelconque, sur les formes, les conditions des sons, des odeurs, du goûter, du tact. Mais il pourra faires des dons (utiles) s’il ne fait pas fond sur la connaissance d’aucun objet déterminé. Car, ô Subhûti, si ce bodhisattwa, qui ne s’appuie sur rien, donne généreusement, on ne peut facilement apprécier la mesure de ses mérites

De Harlez « Vajracchedikâ » dans Journal Asiatique, novembre-décembre 1891, p.440-509

And again, O Subhûti, a gift should not be given by a Bodhisattva, while he believes in objects ; a gift should not be given by him, while he believes in anything ; a gift should not be given by him, while he believes in form; a gift should not be given by him, while he believes in the special qualities of sound, smell, taste, and touch. For thus, O Subhûti, should a gift be given by a noble-minded Bodhisattva, that he should not believe even in the idea of cause. And why?Because that Bodhisattva, O Subhûti, who gives a gift, whithout believing in anything, the measure of his stock of merit is not easy to learn.

Müller Max “The Vagrakkhedikâ or Diamond-cutter” (Anecdota Oxoniensia:1881) dans Sacred Books of the East, N.Y.: Dover Publications, 1969, vol.49, p.111-144

Moreover, Subhúti, a Bodhisatwa in the active discharge of his functions ought to be without any object of reliance or desire (i.e. unaffected by any secondary in the discharge of his chief business). When occupied, for instance, in attending to the work of charity – his ought to be that charity which is called “unmixed with any material consideration” –he ought to distribute his alms without relying on (or, having any reference to) any sensible gratification, whether it be of sound, or odour, or taste, or touch, or thought. Subhúti, a Bodhisatwa ought thus to discharge the work of almsgiving, relying on no sensible distinction whatever. What then! If a Bodhisatwa be thus charitable, having no reliance or reference, his consequent happiness must be immensurable and boundless.

Beal Samuel, Vajra-chhedikā, the "Kin Kong King," or Diamond Sūtra, The Journal of the Royal Asiatic Society of Great Britain and Ireland , New Series, Vol. 1, No. 1/2 (1865) , pp. 1-24

And also, Subhūti, the Bodhisattvas should give gifts not supported by [any] thing. They should give gifts not supported by anything. They should give gifts not supported by form. They should give gifts not supported by sound, smell, touch, [or] even dharmas. Subhūti! In the manner of someone who is not supported by the perception of a sign – like that – [each of] the bodhisattvas, the Great Beings, should give gifts. If one asks why that is [so]. O Subhūti, the heap of merits of any one of the Bodhisattvas who have given gifts not supported [by anything].

Poppe Nicholas The Diamond Sutra, Wiesbaden : Otto Harrassowitz,1971.

Moreover, O Subhuti, a Bodhisattva in truth should rely on nothing when he gives alms. That is to say, in alms-giving, he should not rely on any visual object. He should not rely on sound, odor, taste, contact, nor on any mental object. O Subhuti, a Bodhisattva should perform acts of charity spontaneously without relying on the characterizing attributes. And why? Because if a Bodhisattva performs acts of charity without relying on the characterizing attributes his blessings and merits will be inestimable and immeasurable.

Lee Shaochang “The Diamond Sutra” dans Popular Buddhism in China, p.27-52, Shanghai Commercial Press, 1939

Publié dans Bouddhisme Zen

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